‹ Monnaies royales de la LydieChapitre 9 sur 16 · Même type · texte numérisé non relu

Même type

Cf. Même carré creux.

Argent; flan de petit module, allongé et globuleux.

Poids : gr. 76.

Borrel, Numismatic Chronicle, t. If, p. 246; Brandis, p. 387, n"^ 43.

(Je n'ai pas vu Toriginal de cette pièce, mais elle doit avoir perdu

de son poids par le frai ; la taille de gr. 76 = 5/6 de Tobole est

impossible; ce doit être une obole au poids maximum de gr. 908

usée dans la circulation.)

L'unité de la série monétaire, prolongée pendant près de deux siècles.

* N« 533 du catalogue.

' Numism.Chronic^t, II, p. 21 G.

' K* 533 du Catalogne.

* N» 833 du catalogue.

* Ntmiêm, C/irontc.,!, c.

qae nous venons de rétablir, a été jusqu'ici méconnue. Les renvois que nous avons faits au capital ouvrage de Brandis suffisent à montrer comment on la morcelait entre divers pays et cités, sans tenir compte des indications it)ui à fait décisives qui auraient dû en faire rassembler les pièces sous la même rubrique. Hais une fois le groupement opéré, tel qu'on vient d'en lire le catalogue, je ne crois pas qu'aucun numismatiste puisse révoquer en doute l'unité et la continuité de cette série^ lesquelles résultent de Pidentité de fabrique^ de remploi des mêmes carrés creux très-particuliers, qui se continuent toujours les mêmes, d'une certaine façon pour les plus grosses pièces et d'une autre pour les divisions, puis de la filiation et de la succession régulière des types, enfin de la commensurabilité réciproque de toutes les valeurs monétaires, dernier fait que j'établirai un peu plus loin avec détail.

Les monnaies d'or et d'argent qui représentent dans mon classement la cinquième époque ont été déjà restituées avec certitude à la Lydie et à son monnayage royal par Borrell \ H. Hommsen ^ et Brandis ', et cette attribution est aujourd'hui généralement adoptée *. La provenance constante des pièces ne peut pas laisser de doutes, a In four se^ parate instances, dit Borrell, where ihose ofgold hâve reached me^ one was found ût Casaba, a village not far from Sardis, and the others f remplaces siill nearer to the ancient Lydian capital. In silver, the examples are almost endless, as more than one hundred hâve been brought to méat différent période ; and in every instance, were the truth could be elicited, they were discovered toithin a circle of thirty miles from the same ca^ pital » '. En outre, suivant la judicieuse remarque de M. Mommsen, tandis que l'origine municipale de toutes les autres monnaies de style antique de l'Asie Mineure en or ou en électrum est attestée par la présence des types caractéristiques des ditiérentes cités grecques de la côte^ sur celles-ci nous voyons un type qui n'appartient à aucune de ces cités et qui par conséquent a dû être celui d'un atelier royal indigène. J'ajoute que ce type, en présentant le lion et le taureau face à face, dans une attitude de combat, reproduit un des symboles les plus importants des religions asiatiques, un de ceux qui se répètent le plus fréquemment sur ies monuments de toute nature.

Hais, comme Fa déjà reconnu Brandis^, il est impossible de sé-

* Numismatic Chromcle, t. II, p. 216 et suiv.

' Histoire de la monnaie romaine, trad. Blacas^ 1. 1, p. 7.

' Doê MûnX'Mass und Gewichlstoesenin Vordérasien, p. 71, 168 etsuiv., 3S6 et suiv.

* y. aussi les observations de Cousinérj dans Mionnet, Supplément, t. YI, p. 405; et celles de Bargon, Calalog. Thomas^ p. 316. *

* V. encore Borrell, Numiem. Chron., t YI, p. 194.

* P. 167 et 386.

parer de ces pièces dos n^' 15 et 16, qui sont du même travail, plus ancien seulement, et offrent le même type des parties antérieures de lion et de taureau disposées seulement un peu différemment. Celles-ci à leur tour forment, par l'identité du style, évidemment contemporain, des carrés creux^ de la forme des flans en lingots ovales, et du système de poids, un groupe indivisible avec nos n°' 10-14, que Brandis en a distraits tout à fait à tort, classant 10^ 11 et 13 à Hilet, 14 à Samos et li aux incertaines, et qui présentent encore comme types le lion et le taureau, mais séparés sur des pièces différentes et figurés en entier.

De ces dernières pièces on remonte avec non moins de certitude aux n^' 8 et 9, qui forment dans mon classement le groupe de la troisième époque, et dont le type est une partie antérieure de lion, le style rude et fort ancien.

La figure du lion, seul ou combiné avec le taureau, est donc celle qui prédomine dans ce monnayage royal de la Lydie. Or c'est là un fait qui en confirme l'attribution, car le lion est spécialement un emblème lydien. Parmi les présents envoyés par Grésus à Toracle de Delphes, le plus important était une image de lion en or, pesant dix talents * . Une ancienne légende liait le salut de la cité de Sardes à un lion miraculeusement né d*une des concubines du roi Hélès ^. C*était, d'ailleurs, l'animal sacré de Cybèle, la grande déesse de la contrée '. Il appartient aussi à Dionysus * , au moins à partir d'une certaine époque, car Gerhard ^ a justement remarqué qu'il est au nombre des symboles que ce dieu grec a empruntés aux dieux de l'Âsie-Hineure, auxquels il avait été assimilé. Et parmi ces assimilations, qui enrichirent de beaucoup de fables nouvelles le cycle dionysiaque, la plus capitale est précisément celle qui fut faite de Bacchus au principal dieu mâle de la religion lydienne ^, analogue du Sabazius phrygien ^ et comme lui, suivant des indications qui paraissent positives ^, associé à Gy bêle, ce qui justifierait l'attribution du lion comme son symbole ^.

< Herodot., I, 50.

3 Herodot., I, 84.

3 Sur le oalte de Cjbèle en Lydie, y. Maury, Bist, des religions de la Grèce, t.III,p. 111 .

* y. les textes et les moniiments rassemblés dans Ch. Lenormant et de Witte, Élite des monumenlê céramographiqueê, 1. 1, ^, 148.

* Griechische Mythologie, i 450, 4.

* y. PreUer, Griechische Mythologie, 2* édition, 1. 1, p. 546 et stdv.

^ Sur Sabazius, y. mon travail publié dans la Revue archéologique de novembre et décembre 1874 et janvier 1875.

* Ëuripid., Palamed., fragm. 589.

* Welcker {Griechische GoBlterlehre, t. II, p. 621 et suiv.) a déjà reoonnn que o^est rln Baisareus Ijùien que le symbol*; du lion est venu au Dionysos grec.

Ce symbole a d'ailleurs avant tout une signification solaire \ plus accusée encore peut-être qu'ailleurs dans le groupe du lion et du taureau combattants ; or^ d'autres indices concourent à prouver que le dieu lydien identifié au Dionysus bellénique était, comme le Sabazius de la Phrygie qu'on y identifiait également» un dieu solaire. Son nom était Bossareus, dont on a fait ensuite une épithète de Bacchus *. Ce nom, dans la langue lydienne, signifiait « le dieu aux renards » , du mot boMsara ou bassaris désignant cet animal '. Pour se rendre compte du sens du symbole du renard, exprimant les ardeurs excessives du soleil qui dévorent les moissons en y propageant la rouille, il suflBt de se référer au rôle qu'on faisait jouer à ce quadrupède dans la fête romaine des Ao6tgalia *, en le comparant à l'histoire biblique des renards de Samson ' (ppOV, le Solaire). Hais en constatant que le principal dieu de la Lydie, dieu solaire auquel appartient le lion, était Bassareus, le dieu aux renards, il est impossible de ne pas lui rapporter comme symbole le renard qui sur les plus fortes pièces de nos quatre premières époques se montre toujours au fond de l'empreinte du poinçon central du revers et qui est particulièrement distinct sur les n^ 4, 2, 8 et 13 '. Il y a là une nouvelle et décisive confirmation de l'attribution à la Lydie de toute la série monétaire où la figure du renard se reproduit de cette façon, plus ou moins visible ; car ce n'est pas un symbole banal et qui pouvait se retrouver en beaucoup de lieux divers ; c'est un emblème tout à fait caractéristique de la religion d'une contrée nettement déterminée. A la nature solaire, que ce symbole marque si clairement chez le dieu, se rapportent aussi l'astre à huit rayons que nous avons remarqué dans les deux poinçons carrés flanquant le poinçon allongé au renard sur le n® 14^, et la fleur étoilée à quatre pétales qui en est un succédané et que l'on constate avec certitude au fond d'un des deux poinçonnements correspondants des n^ 1 et 13.

Ainsi pour moi tous les types de la série monétaire que je restitue, en l'attribuant aux rois de Lydie, sont des symboles du culte de Bassareus. C'est, du reste, ce que l'on devait attendre. Il n'était pas seulement^

■ Macrob., Satum.f l, 20.

^ Gerhard, Etrusk. Spieg, p. 70, 37 ; Manry, Religions de la Grèce^ t. III, p. 188. ' Yoj. Vossios, Thêol, gent, p. 405 et Tarticle fiouraàpa dans le Thêêourus d'âenri £b tienne, édition Didot.

* Ovid, Fast, IV, 901 et suiv.

* Jud. XV, 4 et 5.

* Sur le no 12 nous y avons, non plus le renard entier, mais la tête de rtnard trèsnettement reconnaissable.

' Aussi dans une des divisions du oarré creux du n^ 11.

en effets le dieu principal du pays; les vastes conquêtes qu'on lui tiiribuait, que Ton célébrait chaque année dans les fêtes de printemps du mont Tmolus ^ et qui fournirent à la fable grecque la donnée première de celles de Dionysus *, en faisaient comme le prototype et le protecteur spécial des monarques lydiens.

Les observations que je viens de faire sur les symboles des poinçons imprimés en creux au revers des pièces ont montré combien les deux groupes des n"' 1-5 et 6-7 sont intimement liés aux groupes suivants, que j'ai déjà rattachés les uns aux autres. Ils forment incontestablement la tête de la série^ dans laquelle ils marquent la première et la deuxième époque. La fleur éloilée à quatre pétales^ emblème solaire, qui^ répétée quatre fois ou isolée, constitue le type du droit du second groupe, avant l'introduction des figures d'animaux^ e$t aussi celle que nous venons de constater dans un des poinçons du revers des n^' 1 et 13.

L'examen des pièces de la première époque |n^ 1-5} achèvera, je crois, de déterminer et de confirmer Tattribution de la série au monnayage royal de la Lydie. Il suffit en effet de regarder ces pièces pour s'assurer qu'elles dépassent en antiquité toutes les autres' espèces d'or ou d'électrum fabriquées en Asie-Mineure, toutes celles des cités grecques. C'est ft peine si elles méritent, à proprement parler, le nom de monnaies, puisqu'elles ne sont réellement pas frappées d'un type au moyen d'un coin monétaire. Ce sont de simples lingots fondus, que Ton a poinçonnés sur un de leurs cêtés aplatis, pour contrôler le titre du métal encore plus que pour en garantir le poids régulier. Elles ne doivent presque pas différer des lingots préparés de manière à représenter des fractions exactes du système pondéral, dont on vérifiait le poids à la balance dans chaque transaction, lingots qui ont longtemps formé Tunique instrument commun d'échange commercial dans les empires asiatiques, dans ceux, par exemple, de l'Assyrie et de Babylone. Nous avons là une transition extrêmement curieuse entre le métal employé comme une simple marchandise, au poids, sans garantie qui dispensât, comme dit Aristote, « de l'embarras de continuels mesurages, » et la monnaie proprement dite. Or, Hérodote ' et Xénophane de Colophon *, tous deux à portée d'être bien informés de ces faits puisqu'ils étaient originaires de TAsie-Mineure, afiirmaient que les rois de Lydie avaient fait fabriquer les premières monnaies d'or. C'est

• Himer, Eclog. XXXVI, 1 ; Oral. IH, 6; XIII, 7 , XIV, 7, 3 Preller, Griech. Mylhol. 2* édit. 1. 1, p. 561.

* Ap. Pollao. Onomoit. IX, 83.

donc leur monnayage seul qui pouvait offrir un fait semblable dans les espèces de ce métal.

J'attribue ces pièces primitives au règne de Gygès^ prince auquel les documents cunéiformes de l'Assyrie restituent le caractère pleinement historique presque effacé' sous les fables qu'Hérodote et les autres Grecs avaient admises sur son compte. En etfet, Xénophane de Colophon faisait de la monnaie une invention lydienne et revendiquait pour les rois de ce pays la gloire d'avoir fabriqué les premières espèces de poids régulier et marquées d'un type, gloire que la tradition grecque la plus habituelle attribuait à Phidon roi d'Argos^ et à son atelier monétaire de nie d'Egine ^ Parmi les érudits modernes^ H. Georges Rawlinson s^est fait le défenseur de Texactitude et de Tauthenticité de cette prétention '• J'ai^ pour ma part^ grand'peine à l'admettre; il me semble difficile d'aller à l' encontre de la masse imposante des témoignages en faveur de Phidon, et je crois, en m'appuyant sur les monuments numismatiques eux-mêmes, que le monnayage de l'argent à Egine a précédé d'un certain nombre d'années celui de Tor en Lydie. Hais pour que cette prétention ait pu être élevée, il fallait que la tradition fit remonter les premiers essais monétaires des Lydiens à Tavénement de la dynastie des Hermnades, sinon même un peu antérieurement, aux derniers règnes de celle des Héraclides. En effet, Phidon régnait sur Argos et Egine vers 748 av. J.-G. ' Du reste, malgré Tabsence de tout type frappé sur le droit, les pièces qui ouvrent la série royale de la Lydie sont d'une apparence moins grossière que les premières pièces d'Egine au type de la tortue de mer ^, celles où le flan garde encore la forme des b6ù.iayt,oi, c'est-à-dire des lingots d'argent irréguliers et allongés, sans empreinte, qui circulaient auparavant dans la Grèce et dont Phidon avait dédié quelques-uns dans le temple d'Héra à Argos, en souvenir de son invention ^ Le flan, ou, pour parler plus exactement, le lingot est fondu avec une forme bien plus régulière ; les poinçons du revers des pièces lydiennes sont gravés plus finement et d'un art

» Ephor. ap, Strab. VIII, p. 376; uElîan. Var, hist, XII, 10; Poil. Onomatt. IX, 83; EuBtath. ad Homer. IHad, p. 604; Schol. ad Pind. Olymp. XIII, 27; Etym, Magu. F. à6ekla%ou ev6olx6v v6(i.(a|ta; of. Ottfr. MuUer, JEginetica, p. 57.

II est certain que Phidon était rauteor d'une grande réforme des poids et mesures, à laquelle se rattache naturellement Pinventiou de la monnaie. Herodot. Vi, 127 ; Poil. Onomast. X, 179; Schol. ad Pind. l, c. ; Pliû. Bût. nat. YII, 66.

' On the intention of coining and the tarlitst êpecimens of coined tnoneyy à la fin du tome I^' de sa traduction anglaise d'Hérodote.

' Clinton, Fasti hêlUnicif t. I, p. 247 et suiv.

* Voj. le spécimen gravé dans Mionnet, Supplément j t. III, pi. XVIII, Ji9 5.

* Etym, Magn. \o ô6eX(woç.

plus avancé, plus maître de lui-même, que celui des coins des pièces d'Egine. Pourtant je n'oserais pas tirer de ce fait un argument absolu en faveur de Tantériorité des espèces éginétiques; car il suffirait pour l'expliquer de Tavance incontestable qu'à cette période historique rAsie-Hineure avait sur la Grèce proprement dite en fait de civilisation et de culture des arts.

Le système des poids de nos monnaies primitives de la Lydie se continue sans aucune variation pendant le cours des quatre premières époques. L'échelle de ses divisions est la suivante, en portant les poids au maximum, tel qu'il résulte de la comparaison des pesées des différents exemplaires de ces pièces mêmes et des autres monnaies taillées sur le même pied vers la même époque dans diverses parties de l'Âsie-Hineure. Ces maxima obtenus par l'observation, la balance à la main, peuvent être tenus pour certains, d'autant plus qu'ils coïncident tr^-exactement avec les résultats que fournit la division régulière des talents et des mines correspondants.

= Btatëre = 14 gr. 52.

— — 10 gr. 89.

— bémistatère — 7 gr. 26.

= trité = 4 gr. 84.

= heoté = 2 gr. 42.

1/12 == hémiheoté = 1 gr, 21.

L'échelle des divisions par 1, 72» Va» Ve» 'Aa est celle qui se maintient régulière pour tout le monnayage d'or de l'antiquité hellénique et asiatique. Elle preuve d'une manière irréfragable que Tunité génératrice, le statère, est ici la plus forte pièce, celle de 14 gr. 5^, qu'au premier abord on serait tenté de prendre pour un distatère, en la comparant aux systèmes monétaires des ftges plus récents. Le statère se divisant en deux drachmes, celui-ci donne 7 gr. S6 pour la drachme ou hémistatère.

Les premières monnaies royales de Lydie ont donc été le modèle qu'ont suivi la plupart des cités grecques de la cête de l'Asie-Hineure, quand elles ont frappé, dans le cours du vu* siècle, des pièces d'un travail trèsancien, faites avec le même métal, électrum ou or blanc, taillées d'après le même système pondéral et contemporaines des espèces lydiennes où commencent à apparaître les figures d'animaux. On en connaît déjà de Lampsaque ^, d'Abydos ^, de Gebrenus % de Cymé ^, de Glazo-

' Brandis, p. 388.

2 Brandis, p. 389.

' Brandis, p. 389.

* Brandis, p. 390.

mène S d'Ephèse ^, de Hilet *, de Chios^, de Samos ^, de Cos % et d'une ville encore indéterminée qui a pour type une tortue de terre ^. Brandis qualifie ce système monétaire^ au statère de i4 gr. 52 et à la drachme de 7 gr. , 26, de Klein asiatischer Fuss, Je préfère le qualifier de système lydo-pMm'cieny pui.^que mes recherches en montrent désormais le point de départ en Lydie et que d'un autre côté, comme Ta aussi reconnu Brandis ^, c'est le générateur du système monétaire phénicien postérieur à Alexandre, des Ptolémées et des Séleucides^ lequel n'en diffère qu'en ce qu'il fait de l'ancienne drachme un didrachme et adopte par conséquent une nouvelle drachme de la moitié, c'est-à-dire de 3 gr. 56 •.

Pour ce qui est de l'origine de ce système, qui se rattache à l'antique civilisation du bassin de TËuphrale et du Tigre, ainsi qu'à ses rapports avec les autres systèmes pondéraux et monétaires de l'Asie antérieure, dont Torigine première est la même, la question a été traitée de main de mattre et li'une manière définitive par Brandis ^®, et je n'aurai qu'à ré* sumer ici le plus brièvement possible les résultats de ses savantes études.

Le système des poids de Babylone, source de tous ceux de TAsie antérieure et de la Grèce, lui-même legs de la primitive culture des Accads touraniens, reposait sur l'existence de deux talents^ l'un fort et l'autre faible^ dont les étalons étaient réciproquement dans le rapport de 2 à i, le fort pesant 58 kilogr. 896 gr., le faible S9 kilogr. 448 gr. L'un et l'autre se divisaient également en 60 mines, chacune de 60sicles ou statères ^^ Ceci donnait donc :

Série forte :

1 talent 58,896 gr.

« Brandis, p. 392.

> Brandis, p. 393.

' Brandis, p. 394 et suiv. ; mais il faut en retrancher les pièces que nous restituons à la Lydie.

* Brandis, p. 399 et suiv.

^ Brandis, p. 401 ; moins la pièce que nous revendiquons pour la Lydie. ^ Brandis, p. 401.

' F. Lenormant, Monnaies des Lagides, p. 152. Cest à tort que Brandis a voulu at« tribuer cette pièce à Ëgine ; elle est d'Asie-Mineure. •P. 116.

* Au lieu de 3 gr. 63 qu*aurait donnés exactement la moitié de la drachme ancienne de 7 gr. 26; tous les systèmes monétaires éprouvent avec le temps un léger affaiblissement, dont le cours est progressif et presque régulier.

** Dans la seconde partie de son ouvrage, p. 43-100.

i> Le grec (rrati?)p est la traduction exacte du sémitique 7pp.

gr-

Sf-

gr

gr-

gï-

1/60 = 1 mine

1/3600 = i/60 =s 1 liole

Série faible :

1 talent

1/60 =1 mine

1/3600 = 1/60 = 1 siole

Hais daas rAsie-Hineure et dans la Syrie on avait adopté une autre division du talent, combinant le système de fractionnement décimal avec le système sexagésimal. Il y avait toujours 60 mines au talent^ mais la mine se coupait en 100 demi-sicles ou drachmes^ c'est-à-dire 50 sicles, d'où Ton comptait 3000 sicles au talent, au lieu de 3600. Prenant pour point de départ le sicle babylonien de la série forte et le multipliant 3000 fois d'après ce principe, on obtint un nouveau talent de 49,080 gr., dont la mine ferait 818 gr. '. Ce système de poids fut celui que Ton adopta dans le commerce de presque toute l'Asie antérieure pour compter Tor employé aux échanges^ et qui servait encore officiellement pour ce métal dans la monarchie des Achéménides, avec cette modification pourtant qu'alors l'étalon assyrien de 50,490 gr. avait, comme nous le verrons un peu plus loin , supplanté dans cette monarchie à partir de Darius l'étalon proprement babylonien de 49,080 gr. La proportion normale et généralement admise par le négoce dans les contrées asiatiques, du vni^ au vi* siècle pour le rapport de la valeur de l'or à celle de l'argent variait entre : : 13 : 1 et : : 13 V2 • ^'• On voulut', pour faciliter les échanges et les comptes, établir un poids

* En Assyrie les poids étaient im peu plos élevés :

BÉBIB FOBTE t

1 talent 60,600 gr.

1/60 =- 1 mine 1,010 gr.

1/3600 = 1/60 = 1 Biole 16 gr. 83

8BBIE FAIBLB :

1 talent 30,300 gr.

1/60 = 1 mine 500 gr.

1/3600 = 1/60 = 1 siole 8 gr. 415

' Dans les pays où l'on prit pour point de départ de ce nouveau talent le siole assyrien, au lieu du babylonien, il fut de 50,490 gr. et la mine de 841 gr. 5. La moitié de ce talent, ou, pour parler autrement, son correspondant dans la série faible, e 25,245 gr. (à la mine de 420 gr. 7) est le talent eubofque des Grecs, source du système monétaire d'Athènes et de Corinthe.

' Outre ce que dit à ce sujet Brandis, voy. Vasquez Qaelpo, Systèmes métriques et monétaires, t. I, p. 300, et le § 5 du chapitre I*' de VHistoire de la Monnaie romaine de M. Mommsen, trad. Blacas, tome I***.

pour Targent difféicut de celui de Tor, de telle façon qu'un lalent, une mine ou un sicle d'or représentassent un nombre exact et sans fractions supplémentaires de talents, de mines et de sicles d'argent. Le rapport adopté pour point de départ de ce système pondéral créé spécialement pour l'argent fut, dans un très-grand nombre de contrées^ en particulier dans celles de l'intérieur des terres : : 20 : 1; d'où résulta que le poids du talent, de la mine et du sicle d'argent se trouva en regard de celui du talent, de la mine et du sicle d'or : : i3 V3 *• ^0; par conséquent le talent y fut de 32,700 gr.^ la mine de 545 gr., et le sicle de iOgr. 90 ^ C'est le système que les écrivains grecs appellent spécialenrxnt bnbylonien *, mais qu'il est plus exact de nommer babylonico-médigue; à de Dieq rares exceptions près^ sur lesquelles nous aurons précisément à revenir dans le cours de ce travail, il ne servit jamais à tailler que des monnaies d'argent. Dans d'autres pays, principalement^ semble-t-il, dans les parties de l'Asie-Hineuro les plus voisines de la côte et en général dans les habitudes du commerce maritime de la Méditerranée orientale, on préféra régler les poids de l'argent de manière à ce que l'on donnât 15 talents, 15 mines ou 15 sicles de ce métal pour 1 talent^ 1 mine ou 1 sicle d'or ; d'où résulta une proportion : : 13 V3 '• 13 entre les étalons de l'argent et de Tor. C'est là ce qui produisit le talent de 43,590 gr., la mine de 726 gr., et le statère de 14 gr. 53, c'est-à-dire le système que nous qualifions de ly do-phénicien y et qui, créé originairement dans rintention spéciale de servir au mesurage des quantités d'argent, paraît avoir été appliqué à tous les métaux précieux dans le royaume de Lydie.

Des observations qui précèdent il résulte qu'au moment où les monarques lydiena de la dynastie des Hermnades inaugurèrent leur monnayage, il y avait trois principaux systèmes pondéraux en usage dans TAsie-Hineure pour les métaux précieux servant aux échanges, tous les trois dérivant par des voies différentes des anciens poids de Babylone*

1« Le système asiatique de l'or, que l'on doit qualifier en l'envisageant au point de vue monétaire, de système phocàique^ d'après le nom de la cité qui l'employa la première à la taille de ses espèces frappées :

1 talent 49,080 gr.

J/60 = 1 mine 818 gr.

1/3000 = 1/50 = 1 statère 16 gr. 36

1/6000 = 1/100 = 1/2=1 drachme 8 gr. 18

* Talent 33,660 gr., mine 561 gr., sicle 11 gr. 22, là où Ton avait pria pour base de tontes ces combinaisons l'étalon assyrien du sicle de poids des marchandises ordinaires.

2 Herodot. IIl» 89 et 96; ^lian. Yar. hist. I, 22.

gr-

gr.

gr-

gr-

gr.

gr-

gr-

gr-

^ Le système asiatique de l'argent^ que les Grecs ont appelé Inibyio. nien ou médique :

1 talent

1/60 = 1 mine

1/3000 = 1/50 =1 stetèra

1/6000 = 1/100 = 1/2=1 drachme

3® Le système lydo-phéoicien :

1 talent

. i/60 = 1 mine

1/3000 =1/50 =1 statère

1/6000 = 1/100 =1/2=1 drachme

Les rois lydiens adoptèrent comme norme de leur monnayage le troisième, qui était celui qui prévalait dans les habitudes commerciales de leur pays, et ils se bornèrent à réduire le poids du stalère de 14 gr. 53 à 14 gr. 52 dans les espèces frappées, ce qui constituait un droit de seigneuriage très-modéré sur la monnaie.

Hais à la série des divisions duodécimales du statère^ que tous les Grecs adoptèrent également dans leurs monnaies d*or, ils ajoutèrent une coupe divisionnaire qui sort de cette série et qui n'a été imitée nulle part ailleurs, celle des V4 du statère (voy. le n« S). Réglée à 10 gr. 89, elle coïncidait comme poids avec le statère du système babylonien ou médique, 1 centigr. étant défalqué de son poids normal et théorique pour le droit de seigneuriage. Pourtant je ne crois pas que ce soit cette coïncidence qui ait été surtout cherchée dans rétablissement de la coupe de % statère lydo-phénicien, puisque le système babylonien ou médique n'était pour ainsi dire nulle part employé que pour l'argent Mais cette taille étrangère à Téchelle duodécimale, ou du moins y réprésentant 7^2^ ^^ parait avoir eu surtout pour objet de permettre un raccordement facile entre la monnaie lydienne et le système phocàîque, dont l'usage était aussi très-répandu dans TAsie-Mineure. En effet Pbocée* et Téos * dlonie allaient bientôt Tadopter pour base de la coupe de leurs monnaies du même métal, élecirum ou or blanc, dont le style indique des émissions très-peu postérieures aux premières frappes royales de Lydie. L'exemple de ces deux cités allait être rapidement suivi par Héraclée de Bithynie ^, Chalcédoine ^, Cyziquc ^

1 Brandis, p. 396.

2 Brandis, p. 39Î.

' Brandis, p. 38Î.

* Brandis, p. 388.

^ Brandis, p. 388.

Dardanusde Troade*, Mitylène •, Méthjmna ^ Erylhres ^; même le poids pbocaîque devait au bout de peu de temps supplanter le poids iydo-phénicien à Lampsaque % à Glazomène ^ et à Samos ^. Un statère pbocaîque de i6 gr. 34 élait à un statère lydien de 4 4 gr. 52 : : I : i Vs • Le rapport n'était donc pas commensurable entre deux étalons monétaires divisés duodécimalement; il fallait s'élever jusqu'à la somme déjà considérable de 9 statères lydiens pour trouver un accord avec une somme exacte de système pbocaîque, 8 statères. Au contraire^ si la pièce de iOgr. 89 était ^4^^ statère lydien de 14 gr. 52, elle se trouvait en même temps par rapport au statère pbocaîque de i 6 gr . 34 : : 1 : 1 V2 > 3 de ces pièces correspondaient exactement à S statères pbocaîques. L'emploi de la coupe de V4 statère ouvrait donc à la monnaie lydienne la circulation de tous les marchés où prévalait l'usage du système de poids pbocaîque ; et je ne doute pas que ce ne soit pour cela qu'elle ait été adoptée.

J'ai indiqué les raisons, à mes yeux décisives, qui me font rapporter au règne de Gygèsies pièces de la première époque. Une fois la série formée et restituée à la Lydie, je ne crois pas que l'on puisse bésiter à placer la fabrication du groupe de la quatrième époque, si ricbe, si remarquable par la beauté des figures d'animaux (surtout les n°' iO et 14)^ enfin si un, malgré la variation des types dans les mêmes données, ce qui suppose nécessairement un monnayage prolongé pendant un certain nombre d'années — à placer, dis- je, la fabrication de ce groupe au règne d'Alyatte, très-prospère et très-éclatant pendant plus d'un demisiècle, qui vit la monarcbie lydienne parvenir au faite de sa puissance. Il suffit de se reporter à l'bistoire des rois de Lydie, telle que nous la connaissons par Hérodote *, pour voir cette attribution s'imposer d'une ma-

* Brandis, p. 390.

' Brandis, p. 391.

s Brandis, p. 391.

* Brandis, p. 393.

& Brandis, p. 389.

* Brandis, p. 392. .

' Brandis, p. 401.

Ce poids est celui qui a été adopté plus tard ]>our la série des Cyzicènes.

* J'ai résumé oe que Ton sait des annales des rois de la dynastie des Mermnades dans mon Manuel d^histoirt ancienn$ de V Orient^ ^« édition, t. II, p. 386-398 ; on me permettra d'y renvoyer le lecteur. C'est là qu'en partant du synchronisme précis avec Gygès fourni par les documents cunéiformes d'Assourbanipal^ roi d'Assyrie, j'ai proposé pour les différents règnes de cette dynastie les dates que je reproduis dans le présent travail et qui modifient un. peu celles d'Hérodote, jusqu'à présent adoptées. Celles-ci étaient :

Gygès 716 av. J.-C. — Ardys 678 — Sadyatte 629 — Alyatte 617 — Crésus 560.

nière irrésistible. Âlyatfe laissa de son règne et de ses richesses un moniiment magnifique dans le fameux mausolée que décrit Hérodote * et dont les vestiges subsistent encore aujourd'hui *• Conquérant de Smyrne, suzerain d'Abydos, de Colophon, de Magnésie du Sipyle et de Priène» c'est de ces cités helléniques qu'il dut faire venir les graveurs de ses belles monnaies, très-supérieures à celles des époques précédentes, car déjà les sculpteurs et les toreuticiens grecs de Tlonie avaient dépassé leurs instituteurs, les artistes indigènes, et nous savons par des exemples positifs combien leurs œuvres étaient recherchées à la cour de Sardes.

Si les monnaies de Gygès et celles d'Alyatte me paraissent ainsi bien définies, l'attribution du groupe des n^ 6 et 7 à Ardys et de celui des n^ 8 et 9 à Sadyatte n'a pas le même caractère de précision, et je suis loin de prétendre la garantir. Pourtant il y a quelque chose d'assez frappant dans ce fait qu'entre le groupe des n^ 1-5 et celui des n^ 10-16 se placent deux groupes représentant deux époques successives de monnayage, de même qu'entre Gygès et Alyatte il y a deux règnes.

Le classement de tous ces groupes, tel que je viens de l'établir, et la détermination de leurs époques, surtout celle des monnaies d' Alyatte, achèvent de se confirmer, quand on passe brusquement de ces dernières pièces aux monnaies de Crésus (cinquième époque), qui ont été reconnues par M. Hommsen ^ et encore mieux établies par Brandis ^. En effet, si les types et les carrés creux des époques précédentes s'y continuent d'une manière qui assure, comme nous l'avons dit tout à Theure, l'unité numismatique de la série, la nature du métal et les poids y sont tout à fait différents, ce qui coïncide avec les témoignages littéraires sur la réforme opérée dans le système des monnaies par le dernier roi de Lydie, lequel avait fait frapper en or un statère nouveau que Pollux ' connaissait encore comme une monnaie à part et nettement caractérisée, sous le nom de orai^p xpoCaetoç.

Pendant les quatre premières époques, le métal monnayé par les rois de Lydie, comme également par toutes les cités grecques de l'Asie Mineure à la période primitive de leur fabrication monétaire, était celui que les anciens appellent le plus habituellement électrum i^Xexipov et Hérodote ' or blanc, Xeuxbç xp^^^<;> ^^ le distinguant de Tor proprement

' Hamilton, Besearchês in Atia Minor, t. I, 145.

^ Hittoirt de la monnaie romaine^ trad. Blacas, t. I, p. 7.

♦ P. 168 et suiv.

* Ononuut, III, 8Î.

dit. Le nom d'électrum s'appliquait à tout alliage d'argent et d'or où la proportion de Targent s'élevait au-dessus de 20 % ^; on distinguait, du reste, rélectruni artificiel et l'électrum naturel '. En effet, presque toujours dans la nature le minerai d'or se présente uni à une certaine proportion d'argent, laquelle, dans celui que donnent les lavages de quelques pays, s'élève bien au-dessus do la limite qui pour les anciens déterminait l'électrum et modifie de la manière la plus sensible la couleur du métal en la blanchissant. Ainsi Tor de Vôrôspatak en Transylvanie est naturel • lement mêlé d'une quantité d'argent qui atteint quelquefois 38,74 7o ^^ poids total du minerai. Celui qu'on recueillait en grande abondance en Lydie aux temps antiques^ soit dans les lavages des sables du Pactole, soit dans les excavations des filons quartzeux du Tmolus et du Sipyle, paraît avoir contenu une proportion encore plus forte d'argent. Les analyses que l'on a faites d'hectés primitives de Idilet au type de la tète du lion et de l'astre ^ semblent prouver que l'ailiage naturel y allait quelquefois jusqu'à 43,8 7o d'argent, ce qui obligeait d'y ajouter pour le monnayage une très-faible proportion de cuivre, pour donner un peu de couleur et empêcher le métal d'être presque aussi blanc que de l'argent. C'est là, du reste, un maximum qui n'était pas toujours atteint, car les analyses do duc de Luynes * paraissent montrer que l'électrum monétaire de l'Asie-Hineure, soit naturel comme à l'origine, soit imité plus tard par des alliages artificiels, était d'une composition très-irrégulière, où les proportions des deux métaux variaient, mais où celle de l'argent était toujours fortement supérieure à 30 7o '• ^^ minerai mélangé de la Lydie constituait l'électrum de Sardes, que Ton oppose à Tor pur recueilli dans l'Inde '• Pour en tirer de l'or il fallait l'affiner. Mis en œuvre tel que le donnait la nature, on le considérait, dès le temps de la composition des poésies homériques, comme un métal distinct de Tor^ et classé à un rang de noblesse intermédiaire entrel'or et l'argent''. lien était de même

1 Plin. mst. nat, XXXIII, 4, 23; of. Pausan. Y, 12,6; Eiistath. ad Dionjs. Peneg. 293} Hesych.Suid.et Phot. v® ijXexTpov; Serv. orfVirg. JSneidyUl, 402; Isidor. Grig, XVI, 24.

' Plin. l, c. of. Ch. Lenormant, Revue numismatique , 1856, p. 88 et sniy. ; Brandis, p. 164.

» Brandis, p. 216.

* Bev, numism, 1856, p. 89.

* Pline fait la remarque suivante à propos de Télectrum : Si (argentum) quintam portionem excessit^ incmiiiua non resistit. Tous les numismatistes ont pu remarquer que les flans des statères d'électrum ont constamment éclaté sous le marteau et présentent des fissures irrégulières et profondes qu'on ne voit presque jamais dans ceux des pièces de véritable or.

* Sopbod. Àntig, 1037.

''Odysê.O, 460; £,296.

bien antérieurement, dans la civilisation préhistorique d'âge du bronze de la cité si ancienne dont H. Schliemann a découvert les débris à Hissarlik en Troade, et qu'il croit, à tort suivant moi, être riliou d'Homère. Le trésor du chef de cette ville renfermait del'or, deTélectrum, de l'argent et du bronze, comme celui deHénélasàSparte d'après VOdystée\ei de môme encore les offrandes envoyées par Crésus à Toracle de Delphes consistaient en or, or blanc ou électrum et argent ^. En parlant de ces offrandes^ Hérodote nous indique que des tuiles, les unesd'or, les autres d*électrum, exactement des mêmes dimensions, pesaient les unes 2 talents Va> 1^ autres 3 talents. Le poids spécifique deTélectrum de Sardes était donc à celui de Tor : : 2 : 2 Va» ce qui conduirait à admettre une proportion moyenne de 30 Vo d'argent dans cet électrum.

Avant tout^ la réforme monétaire de Crésus consista à substituer comme métal étalon Tor affiné à Télectrum naturel que les rois ses prédécesseurs avaient seul monnayé; en même temps il introduisit les espèces d'ai^ent, que les villes grecques avaient cpmmencé à émettre depuis près d'un siècle, mais que les rois de Lydie n'avaient pas encore fabriquées.

Dans le monnayage organisé à nouveau par ce prince, parmi les espèces d'or, il faut, comme nous Tavons fait, distinguer deux groupes évidemment contemporains, puisqu'on ne remarque aucune différence de types, de fabrique ou de style entre les pièces de Tun et de l'autre, toutes exactement pareilles, mais qui représentent deux systèmes de poids difiérents.

Le premier (n^ i7-20) nous ofire un statère de 10 gr. 89 ^, avec la série de ses divisions normales. C'est le poids du statère d'argent babylonico-médique transporté exceptionnellement dans le monnayage de l'or, de même que nous l'avons vu transporté dans le monnayage de rélectrum sous les rois plus anciens. Quoique la composition de l'électrum naturel du Pactole, du Tmolus ou du Sipyle fût variable, du moment qu'on avait pris l'habitude de l'employer pour les usages industriels et pour la monnaie tel que le donnait la nature, en le considérant comme un métal à part, on avait dû lui attribuer une valeur commerciale fixe dans un rapport exact avec celle de l'or et de Targent. Brandis * a établi que le rapport avec l'or était : : 3 : 4, autrement di qu'un poids donné d'électrum avait une valeur de ^ % "joindre que

* Odyss. A, 73 et sniv.

» Hérodot. I. 60,

^ Résultant exactement de la trité do 3 gr. 63.

♦ P 109 et suiv.

celle du môme poids en or. C'est ce fait dont la tradition, mal comprise au bout d'un grand nombre de siècles, a fait dire à Servius ^ et à Isidore de Séviile • que Félectrum ne contenait régulièrement que V4 d'or, ce que toutes les analyses jusqu'à présent faites démentiraient, s'il s'agissait en réalité d'une proportion d'alliage. Le rapport : : 3 : 4 une fois donné pour les deux métaux, un statère d'or de 10 gr. 89 de la réforme de Crésus avait exactement la môme valeur qu'un des plus anciens statères en électrum de 14 gr. 52, et toutes les divisions de ces deux pièces se correspondaient avec la môme rigueur. En môme temps, Tor valant 43 V2 fois son poids d'argent, un statère d'or de 10 gr. 89 ^et par suite aussi un statère d'électrum de 14 gr. 52) équivalait à la fois à 13 V2 sicles ou statères d'argent (27 drachmes) du système babyionico-médique et à 10 statères (20 drachmes) d'argent du système ly do-phénicien, que l'on employait dès lors au monnayage de ce métal à Lampsaque *, à Âbydos *, à Cymé % à Héthymna', à Clazomène '', à Ephèse », à Erythres », à Phocée ^% et à Chios *< .

Le second groupe de pièces d'or dans la réforme monétaire de Crésus (qob 21.^4) est constitué par un statère de 8 gr. 17, avec la série complète de ses divisions ordinaires. Ce statère de 8 gr. 17 est la moitié du statère phocaîquedelG gr. 36. C'est aussi le statère de la série faible des poids primitifs de Babylone, lequel, multiplié par 3000, donne naissance à un talent de 24, 540 gr., dont le talent euboïque de 25,245 n'est qu^une variante ayant pour point de départ l'étalon du statère de Ninive (8 gr. 415), au lieu de celui de Babylone (8 gr. 18).

Enfin la série du monnayage de Crésus se termine par des pièces d'argent dont les divisions et les poids s'échelonnent ainsi (je rétablis les maxima, faciles à déterminer avec certitude) :

10 gr. 8y 5 gr. 445 3 gr, 63 gr 908

statère ou sicle

drachme

tétrobole

obole

» Ad Virg. ^n. VII, 402.

^ Ori^. XVI, 24.

^ Brandis, p. 389.

* Brandis, p. 389.

* Brandis, p. 391,

* Brandis, p. 391.

"> Brandis, p. 392.

* Brandis, p. 393.

* Brandis, p. 394.

»• Brandis, p. 397 '» Brandis, p. 400,

Les pièces qui se suivent dans le rapport réciproque de i, Va» Vt2 appartiennent au système du sicle d^argent babylonico-médique. Nous avons vu plus haut comment ce système était celui qu*on avait adopté, en vertu du rapport de valeur entre l'or et l'argent, pour peser ce der« nier irélal, tandis qu'on employait pour For le système du statère phocaîque de i6 gr. 34, de manière à donner 20 sicles d'argent pour un statère d*or. La donnée fondamentale était ici la même; seulement Crésus ayant pris pour le statère d'or, au lieu de l'étalon phocaique, un étalon juste de moitié, 8 gr. il, son nouveau statère valait 10 sicles d*argent à iO gr. 89, ou 20 drachmes à 5 gr. 445. C'est cette pièce de 8 gr. 17 comme unité d'un système de l'or qui fut sa création propre; aussi tout indique que c'est à elle, et non à celle de 10 gr. 89 dans le même métal* que doit être appliqué le nom de oraT^p xpoCaetoç.

La monnaie d'argent de 3 gr. 63 est un hémidrachme ou triobole du système lydo-phénicien, et en même temps, dans le système du sicle babylonico-médique, un tétrobole, coupe irrégulière, très-rare et motivée seulement par le désir de trouver un point de coïncidence entre les deux systèmes de poids. Hais, si le statère d'or de 8 gr. 17 est V4 de celui de 10 gr. 89» les divisions de ces deux unités parallèles du monnayage de Crésus n'offrent plus entre elles des rapports eiacts dans la donnée du fractionnement duodécimal de chacune d*elles.

La coordination de tous les éléments de ce système monétaire, qui au premier abord semblent ainsi contradictoires^ se montre claire et ingénieuse si l'on en dresse le tableau général, embrassant ensemble les trois métaux. En effet, en prenant pour point de départ les rapports de valeur de l'or à Télectrum : : 4 : 3, et de Tor à l'argent : : 13 Va ^ ^i on trouve l'échelle de correspondances suivantes :

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