ICTÈRE
On donne le nom ^ictère , d^ictéricie , de jaunisse^ à la coloration en jaune de la peau. Cet état du derme est presque toujours lié à une altération organique appréciable de l’un des points de l’appareil biliaire , et c’est ce qui fait qu’aujourd’lîui on le regarde non comme une maladie, mais comme un symptôme de maladie.
Lorsque l’ictère sc développe chez un indi-
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vieil! , il coiiinicnce parla conjonctive , vers lande interne des yeux , d’où il se répand sur toute la portion de cette membrane qui recouvre la cornée transparente. Bientôt après, la peau des tempes , les commissures des paupières , le pourtour des lèvres et des ailes du nez, se colorent en jaune. Yicnncnt ensuite le cou , la partie antérieure de la poitrine , la paume des mains, le bout des doigts, les ongles même , et successivement toute riiabitude extérieure du corps. Les lèvres, quoi c[u’en aient dit quelques écrivains , restent constamment rouges chez les ictériques. La peau présente souvent, surtout dans ses plis ou ses rides, des lignes jaunes, de petites taches jaunes ou brunes, qui s’agrandissent, se confondent, et forment des plaques plus ou moins étendues. La jaunisse peut être partielle ; et ce qui est assez remarquable , c’est qu’elle se montre ([uelquefois alors sur des surfaces c^ui , dans l’ictéricie générale, sont peu ou point colorées. xVT. Ferrus parle d’une femme de la Salpétrière c( chez qui la plupart des solides, à l’exception de la peau, furent trouvés d’une teinte ictériqiie très intensej le tissu sous-araclmoïdicn et le tissu adipeux de tout le corps étaient infdtrés d’une
gros et gorgé de sang, mais aucun obstacle ap-
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parent ne s’opposait à l’excrétion de la bile. La vésicule en contenait une grande quantité d’une teinte foncée ; la moindre pression la faisait couler dans le duodénum (i).)) On avudessujetschez qui la face était colorée seule en jaune. Une fille tourmentée depuis un mois par une démangeaison des téguments des mamelles eut ces parties frappées d’ictéricie immédiatement après l’emploi de quelques purgatifs. On lit dans XesEphémérides des curieux de la nature l’observation d’un homme dont le côté gauche avait pris une couleur jaune , tandis que le côté droit était noir et le visage vert.
Les auteurs prétendent que dans l’ictère les déjections alvines sont pour l’ordinaire décolorées, grisâtres, presque blanches ; mais je crois pouvoir assurer qu’il est beacoup plus commun qu’on ne pense de les voir conserver leur couleur naturelle. Les urines, également, n’olFrent pas toujours d’altération notable. Lorsqu’elles éprouvent quelques changements , c’est d’abord sous le rapport de leur limpidité, qui paraît plus grande que dans l’état normal \ bientôt après
(i) Dictionnaire de médecine en i8 volumes, lopiexii, page 20.
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elles deviennent d’un jaune foncé et le%ncnt eu jaune le linge et le papier. Vers la fin des accidents, c’est-à-dire à l’époque où , la maladie qui occasione l’ictère disparaissant, ce dernier disparaît aussi, les urines sont assez souvent troublées par un sédiment rougeâtre extrêmement ténu , qui se dépose très lentement, a. C’est encore vers cette période qu’elles présentent quelquefois à leur superficie une couche comme huileuse qui donne des reflets assez vifs et pour ainsi dire métalliques. Ce caractère , d’ailleurs , n’est point propre à l’ictéricie : il se remarque toutes les fois que les urines se décomposent à l’air libre ; il est seulement ici moins tardif, (i) »
La jaunisse peut ne s’accompagner que des symptômes que je viens d’énumérer. Quand, par exemple, elle reconnaît pour cause une vive émotion morale, la respiration et la circulation conservent fréquemment une intégrité parfaite; il n’est pas rare même que , très peu de temps après son développement , les organes digestifs ne fournissent aucun signe d’irritation. Mais dans le plus grand nombre des cas d’ictère il
(i) Dictionnaire de médecine en i8 vol. , tome xii, page 21 .
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ii’on est point ainsi, et à Eenscmble des pliénoluèncs dont il s’aj»it se joignent les symptômes suivants ; dans le principe , dégoût, anorexie; langue couverte d’un enduit jaunâtre qui s’étend quelquefois aux dents, aux gencives et à toute la membrane muqueuse buccale ; goût de bile , rapports de gaz acerbes, etc. ; à une époque plus avancée, nausées, vomissements, fièvre, douleur vive dans l’hypocondrc droit, etc.
Les médecins anciens pensaient généralement que la coloration en jaune de la peau provenait de la bile , qui , par une cause qu’ils ne connaissaient pas , se mêlait au sang et circulait avec lui. Plus tard , lorsque l’anatomie pathologique eut appris que, toutes les fois que le canal cholédoque est oblitéré , le phénomène qui nous occupe .a lieu, on fut conduit à poser en principe que les nombreux absorbants du foie étaient le moyen par lequel la bile ou seulement quelques uns des éléments qui la composent passaient dans le torrent circulatoire. Vers la lin du siècle dernier, quelques pathologistes avancèrent qu’il y avait dans l’ictère dissociation des éléments du sang , et formation dé un liquide particulier ^ analogue à la hile uniquement sous la rapport de la couleur, et qui s’ épanchait entre les lames du tissu cellulaire. D’autres,
ayant cru remarquer que l’espèce de spasme qu’on appelle cliair-de-'poule donne quelqiielois une teinte jaunâtre à la peau, 2" que ce genre de spasme cesse constamment avec la vie , et que la couleur ictérique disparaît quelquefois aussi après la mort, conclurent de ces diverses circonstances que la plus grande analogie existait entre l’état spasinodi([uc dont je viens de parler et la jaunisse, et que par conséquent celle-ci n’était que le résultat dfune modification aj)po7'tée à la circulation deitnique. Deux ou trois écrivains de nos jours ont publié que Victère dépend de ce que le foie cesse de séparer de la masse du saiig les matériaux de la hile que l'on suppose y exister (1). Enfin M. Dubreuil, professeur à Montpellier , s’est cru en droit d’établir tout récemment que la teinte ictérique est la suite d'une modification ^naladive des parties constituantes du sang , peut-être de la matière colorante portée sur le séi'um (2).
Ces cinq théories prouvent d’une part qu’on a de tout temps clierclié à expliquer comment , à l’occasion d’un état morbide existant dans le
(1) Andral, Clinu j Lie médicale , lonic iv, p^gc
(2) Ephemé rides médicales , 1826'.
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foie ou ailleurs , il arrive qu’une matière colorante jaune vient à imprégner plusieurs de nos tissus et se montre en même temps dans les liquides * de l’autre, que les médecins ne sont pas d’accord sur ce point de pathologie. Que si Ton me demande maintenant ce que je pense de chacune d’elles en particulier , je répondrai que la la 4® et la 5e, sont basées sur des suppositions purement gratuites ( la dissociation des éléments du sang , la ‘présence des principes constitutifs de la hile dans le sang normal , le transport de la matière coloi'ante sur le sérumf^ que la 3° est également insoutenable , car il est faux que la teinte que prend la peau dans ce qu’on appelle cliair-de-poule ressemble en rien à celle de la jaunisse , et personne n’ignore que cette dernière ne disparaît après la mort que très -rarement. La théorie des anciens , telle qu’elle a été modifiée par les anatorno - pathologistes , mérite seule , selon moi , d’être prise en considération. Je n’ignore pas qu’on a allégué que dans cette manière de voir on n’expliquait pas la formation des jaunisses qui dépendent d’une cause autre que l’oblitération du canal cholédoque ou du conduit hépatique , et que d’ailleurs, si ce fluide, dont les propriétés sont si marquées, était absorbé, il ne circulerait pas iirquinémcnl
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dans les vaisseaux sanguins , où l’introduclion des substances les moins actives produit toujours des accidents graves. Mais je ferai observer, relativement à la première de ces objections , qu’il n’y a aucune raison pour croire que la bile n’est pas absorbée dans ce cas. Nous verrons plus bas, en eüét, que les diverses espèces d’ictère dont pajlent les auteurs n’ont lieu que tout autant que le foie est atteint d’irritation. Or il ne répugne nullement d’admettre que les absorbants contenus dans ce viscère , étant nécessairement alors surexcités , pompent la bile, ou s’emparent seulement de quelques uns de ses principes et les transportent dans le torrent circulatoire. Quant à la seconde, ceux qui l’ont avancée disent à l’appui que M. Magendie affirme qu’un animal d’un volume moyen mourut après qu’on lui eut injecté dans les veines sept grammes de bile. Mais est-on sûr que la bile que M. Magendie injecta n’avait pas acquis , parle contact de r air, des qualités plus âcres, plus corrosives, que celles qu’elle avait pendant qu’elle était renfermée dans la vésicule? Et si on ne l’est pas, est-on autorisé, je le demande , à regarder les conséquences qui découlent de ce fait comme très rigoureuses ? On a tort d’assimiler les expériences plus ou moins iïnparfaites des vivisec-
igo CONGESTIONS SANGUINES PASSIVES
tciu's aux opcralions de la nature , et de se Ilgiirer que les unes et les antres doivent avoir les memes résultats. Pour que ceux-ci lussent identiques , il faudrait qu’il y eût identité dans les procédés , et cela n’est pas. De pareilles objections, au surplus, perdent toute leur force devant les belles recberclies de MM. Orfila , Chevreul , etc. , qui , comme on sait , ont démontré que le sang et les urines des ictériques contiennent plusieurs des principes constituants de la bile. Vainement m’opposera-t-on que ces principes existent dans le sang normal. La preuve du contraire, c’est qu’on n’a jamais rencontré les matériaux delà bile que dans lesang et les urines des ictériques. Dire que chez les autres individus ces matériaux ne peuvent être découverts dans nos humeurs , parce qu’ihshs’y trouvent en trop petite quantité , éliminés qu’ils sont par le foie (i), c’est substituer une hypothèse à une réalité.
De toutes les théories qui ont été émises sur la question qui nous occupe , celle des anciens, je le répète , est la seule qui mérite d’ètre prise en considération, f ondée stir la liaison presque
(i) Anduaii, Clinicjue médicaic , tome iv , page ^7.
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conslaiile d’une maladie appréciable du Foie avec Ficlère , sur l’analogie de la leinlc iclérique avec celle des tissus animaux qui sont imprégnés de bile , sur la certitude qu’on a qu’un obstacle à l’cxcrélion de la bile entraîne toujours la coloration en jaune de la peau , sur la présence de ce fluide ou de quelques uns de scs principes dans le sang clicz les ictériques, tout concourt à lui donner l’apparence de la vérité et me détermine à l’adopter.
L’aôcction dans laquelle l’ictère s’observe le plus communément est l’iiépatite aiguë ou clironique.
La gastro-entérite , que presque tous les patliologistes mettent au nombre des causes de la jaunisse , ne la produirait jamais si elle existait seule. Ce n’est que lorsque cette pblegmasic s’est communiquée au foie et que celui-ci est atteint d’irritation que la peau se colore en jaune.
L’anatomie patliologique nous a fait connaître depuis long-temps que les obstacles mécaniques à l’écoulement de la bile s’accompagnent constamment d’ictéricie. Ces sortes d’obstacles ont leur siège dans les canaux liépatique et cliolé doque. Pour ce qui concerne la vésicule et le conduit cystique , leur oblitération ne détermine pas la coloration en jaune de la peau , sans doute
192 CONGESTIONS SANGUINES PASSIVES parce qu’elle n’enipêche pas la bile de continuer à passer dans les voies digeslives. On s’accorde gcnéraleinent à regarder les calculs qui se trouvent logés dans les canaux hépatique et cholédoque comme une cause fréquente de leur obstruction. Il arrive quelquefois que la membrane muqueuse du dernier de ces conduits s’enflamme sous l’influence d’une gastro-entérite et s’épaissit au point de l’oblitérer complètement ; on a vu aussi un ver s’introduire par son orifice duodé^ nal et le boucher. Mais, le plus ordinairement , les obstacles qui nous occupent dépendent d’une compression exercée soit par une tumeur du foie, soit par des kystes, des masses squirrheuses, développés dans les organes qui touchent les canaux excréteurs. M. Portal cite un cas où la partie droite du pancréas tuméfié et dure comprimait l’orifice du canal cholédoque ; il parle également d’un notaire chez qui le même orifice était oblitéré par une tumeur cancéreuse située dans le duodénum (i).
Lorsque l’un des canaux hépatique et cholédoque est obstrué , la bile s’accumule au-dessus de l’obstacle, et par son séjour devient un sti-
(i) Maladies du Joie , ])agos i?./} et 19.7.
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mnlant pour les vaisseaux biliaires et les derniers rarniiscules de ees vaisseaux. De là Tirritation se propage au parenchyme hépatique : c’est alors seulement que la jaunisse se manifeste.
Il n’est pas rare de voir l’idère survenir à la suite des opérations chirurgicales longues et douloureuses , d’une plaie d’arme à feu , d’une plaie par déchirement , d’une hernie étranglée , d’une entorse , etc. D’autres fois ce phénomène se déclare subitement après un accès de colère , une vive frayeur, etc. « Les auteurs, dit M. Por- TAL , ont consigné dans leurs écrits des exemples de ces jaunisses , et particulièrement Lazare Rivière , Hoffmann , Morgagni , Lallemand, qui a écrit un assez bon traité sur les passions ; on y voit que des criminels ont eu la jaunisse la plus intense dès qu’on leur a prononcé leur arrêt de mort , que d’autres personnes sont devenues très jaunes en apprenant la perte d’un procès , la mort inattendue de quelqu’un tendrement aimé(i). » Les passions tristes long-temps prolongées favorisent aussi le développement de la teinte ictérique , et plusieurs médecins assurent que les passions gaies peuvent
(1) Maladies du foie , page i/^i.
igi CONGESTIONS SANGUINES PASSIVES avoir le même résultat. .Dans tous ces cas, la jaunisse a été regardée comme provenant d’une cause purement nerveuse ; mais la vérité est qu’elle n’a lieu que parce que , sous l’influence de l’une des causes dont il est question dans ce paragraphe , la membrane muqueuse gastro-intestinale fortement surexcitée a fait participer le foie à son état de souffrance. Les accidents généraux qui accompagnent les grandes opérations de chirurgie, les plaies d’armes à feu, etc. , débutent toujours par le tube alimentaire , et l’on peut sans crainte avancer que l’irritation du parenchyme hépatique n’est jamais alors que consécutive à celle des voies digestives. C’est aussi par l’intermédiaire d’une irritation gastrointestinale que les vives affections de Tâme , les passions tristes ou gaies déterminent l’ictère. M. Andral pense que le cerveau réagit directement en pareille occurrence sur le plexus hépatique. Mais si l’on réfléchit que l’ictéricie dite s'pasmodique ne s’observe que chez les individus très irritables , très disposés aux maladies de l’appareil biliaire , qui présentent en un mot tous les caractères de ce que les anciens appelaient lüétliore bilieuse j que le cerveau et
l’estomac sont liés par les sympathies les plus étroiles, et (pi’il n’est pas prouvé que le premier
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de ces organes soit en rapport inlinic d’action avec le foie; 3° que les passions tristes coexistent le plus souvent avec une gastrite clironique ; 4® que riiépatite qui se développe pendant le cours d’une plilegmasie cérébrale non traumatique a constamment été précédée des symptômes de la gastro-entérite ; si l’on réllécliit , disje ^ aces diversescirconstances , on en conclura sans peine ([ue l’état du foie qui produit l’espèce . d’ictère dont il s’agit ici reconnaît pour cause prochaine une lésion gastro-intestinale , qui , elle-même , est survenue immédiatement après une émotion morale vive , telle qu’une grande frayeur , un accès de colère , etc.
La jaunisse qui se manifeste quelquefois chez les femmes enceintes est due , suivant les uns , au développement de la matrice , qui , dans la grossesse , apporte une gene plus ou moins considérable à la sécrétion de la bile ; suivant les autres, au contraire, ce phénomène doit être rapporté à un nouveau mode d^ action de tous les viscères abdominaux ^ à une sorte de spasme qui correspond èi celui pu éprouve V utérus pendant les premiers mois de la gestatio7i (1). Pour
(0 Dictionnaire de jncdecine dw 18 volumes, tome xii, page 18.
196 COiXGKSTIONS SANGUfNES PASSIVES
moi je pense que rinfluence sympalliiqiie que la matrice exerce sur les voies digestives dans la grossesse nous donne une raison très satisfaisanté du mode de production de Fictère dans ce cas. C’est encore ici une irritation gastro-intestinale qui , transmise au foie , occasione la coloration en jaune de la peau.
.l’ai avancé , comme on sait , en réfutant l’une des objections qu’on a faites à la théorie de l’absorption de la bile , que nous verrions plus bas que l’ictère ne s’observe que tout autant que le foie est atteint d’irritation. Cette proposition se trouve démontrée maintenant , car il résulte de ce que je viens de dire sur les diverses causes que les auteurs ont assignées à la coloration en jaune de la peau que, quelles que soient les circonstances
dans lesquelles ce phénomène ait lieu, la condition si7ie quâ non de son existence est le développement antérieur d’une irritation du foie, tantôt légère et ne s’annonçant que par les signes qui dénotent une supersécrétion de bile , tantôt offrant les caractères d’une hépatite plus ou moins intense. Cela posé , si l’on se rappelle que les matériaux de la bile n’ont jamais été rencontrés ([lie dans le sang et les urines des ictériques, on sera naturellement conduit à établir (jne, puisque d’une part la teinte ictérique ne com-
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meiice à sc iiianilesler que lorsque le parenchyrlie hépatique est devenu le siège d’une surexci- .tation morbide, cl que de l’autre les éléments de la bile n’existent pas normalement dans nos humeurs, la formation de la jaunisse est duc en définitive à ce que, le foie étant atteint d’irritation chez les ictériques, les absorbants de ce viscère sont nécessairement alors doués d’une activité plus grande que de coutume, et pompent le lluide biliaire ou s’emparent seulement de c[uelques nus de ses principes et les transportent dans le torrent circulatoire. On m’opposera sans doute qu’il arrive souvent que la Jaunisse n’accompagne pas l’irritation hépatique , et ({u’olle devrait cependant en être inséparable, s’il était vrai qu’elle dépendît do ce c[ue, le foie étant a ttoin t d’irritation, les absorbants qui entrent dans la structure de ce viscère sc trouvent surexcités et exercent leur action sur la bile. Mais ici com-
me dans beaucoup d’antres cas il faut faire la part de ce qui nous échappe dans l’étude des causes des maladies, et que dans notre ignorance nous désignons sons le nom d’idiosyncrasie , de disposition individuelle. Si tel sujet souffrant d’une hépatite ne devient pas ictérique, tandisque tel autre affecté de la même phlegmasie, ou n’ayant (ju’une irritation du foie peu pronon-
if)8 COIN’GESTIOxXS SANGUINES PASSIVES
cée, voit sa peau se colorer en jaune, c’est que la constitution de ce dernier l’y dispose davantage.
Les pathologistes ont appelé symptomatique l’ictéricie qui dépend d’une hépatite aiguë ou chronique , d’un abcès ou d’une dégénérescence du tissu propre du foie ; spasmodique ou essentielle celle qui se développe après une émotion morale vive , pendant la grossesse , etc ; calculeuse celle' qui survient lorsque des pierres ont produit l’obstruction du canal cholédoque ; par compression celle qui résulte de l’oblitération des canaux excréteurs par une tumeur située dans leur voisinage. Mais je ferai remarquer que, dès le moment qu’il demeure démontré que , quelles que soient les circonstances dans lesquelles la jaunisse ait lieu, son développement a toujours été précédé d’une irritation du foie , il est clair qu’elle n’est jamais qu’un symptôme de cette dernière, et que par conséquent les titres de spasmodique , de calculeuse , etc. , ne lui conviennent nullement. Ces dénominations d’ailleurs ont cela de vicieux qu’elles ne donnent pas une idée exacte du mécanisme par lequel la peau se colore en jaune.
Lorscpic l’ictère se déclare à la suite de l’une de ces irritations gastro-hépatiques qui sont oc-
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casionécspar un accès de colère , une vive Frayeur, etc. , il persiste , en général , plus ou moins longtemps après que tous les signes de l’afFection simullanéc du Foie et du tube digesüF ont disparu. Dans tous les autres cas , sa durée est le plus ordinairement subordonnée à celle de la maladie qui le détermine.
La jaunisse, n’étant qu’un symptôme, n’exige pas de traitement particulier. Cependant Je crois que , quand elle survit à la cause qui l’a produite, on pourrait activer sa disparition par de légers purgatifs , les bouillons , les apozèmes amers et apéritifs , les sucs de plantes borraginées , cliicoracées , etc.