Les sujets traités par M. de Coubertin sont
Sur le côté du nord : Jesu bone Pastor , le Bon Pasteur. — Jesu patientissime , le Christ à la Colonne. — Consojatrix afilictorum, la sainte vierge console une femme qui lui présente son enfant malade. — Regina martyrum, la sainte Vierge lève vers le ciel les flèches, instrument du martyre de saint Sébastien. — Santé Leobine. — Saint Lubin prêchant V Evangile. — Santé Egidius. — Saint Gilles guérissant un enfant malade.
Sur le côté du midi : Jesu rex gloriæ, le Chrisc ressuscitant. — Jesu mitis et humilis corde, le Christ bénissant les enfants. — Mater Christi, la Nativité de Jésus-Christ. — Janua Cceli la sainte Vierge ouvrant le ciel à une jeune fille. — Sancte Martine , saint Martin partageant son manteau. — Sancta Maria-Magdalena , sainte Marie-Magdeleine accompagnée par les saintes Femmes se rend au sépulcre.
Les voûces du chœur sont peintes aussi, et des ornements en style du xin' siècle accompagnent les sujets principaux. Le maître-autel de l’église est moderne et un peu riche, il nous semble. Nous lui préférons [deux autels en R, modernes aussi, exécutés soigneusement en pierre et accompagnés de peintures d’un fort bon style. — M. Bourbon a sculpté ces autels et M. Lud. Morize les a décorés de peintures.
Parmi les tableaux qui ornent ce sanctuaire, signalons une copie du Christ en croix de Prud’hon, par M. de Coubertin ; une Transfiguration de l’école de Le Brun ou peut-être même de ce maître, et une Cène par Restout, ponant la date de 1741.
cimetière : on voit qu’elle est assez dépourvue d’intérêt et d’une pauvreté primitive que rachèteront difficilement la croix antéfixe du pignon, les pinacles et la rose en pierre factice que l’on vient d’ajouter. Ces additions récentes ont nécessité la pose d’un échafaudage que nous avons cru bon de reproduire, afin de conserver un caractère pittoresque à la gravure : si les archéologues étaient jamais tentés de nous reprocher cette licence, les artistes, en revanche, n’hésiteraient pas, croyonsnous, à l’excuser.
Nous montrons, pl. 20, une perspective intérieure de l’église qui confirmera tout ce que nous avons dit relativement à son peu d’intérêt. Nous regrettons toutefois, mais un peu tard malheureusement, de n’avoir pas grave, au lieu de cette vue perspective, une coupe longitudinale qui aurait montré les belles peintures de M. de Coubertin. A défaut d’une construction intéressante, le lecteur aurait eu du moins un bel exemple de décoration murale sous les yeux.
Vis-à-vis de l'entrée principale de l’église, on voit les restes de l’abbaye de Saint-Saturnin, dépendant autrefois de l’abbaye de Bourgueil, et dont l’origine remonte à la fin du xe siècle : deux siècles après, elle était convertie en simple prieuré. Fort maltraitée ensuite par les guerres de religion, l’église fut réduite, vers 1597, à deux travées prises dans l’un des collatéraux : le prieur, Jean Bagereau, conseiller au parlement, obtint de l’évêque l’autorisation de rétrécir ainsi ce sanctuaire. Enfin, en 1698, le prieuré, qui était depuis longtemps sans religieux, fut uni par Louis XIV à la maison de Saint-Cyr.
A force de recherches et grâce à l’obligeance de M. Morize, nous avons pu retrouver exactement le périmètre de l’ancien vaisseau, et nous l’avons gravé, pl. 18, avec les constructions élevées dans ces derniers temps'. L’église comprenait six travées avec bas côtés et se terminait par un chevet carré. On voit encore, noyés dans la maçonnerie moderne , quatre des anciens piliers octogones de la nef. En E est installée l’école communale du pays ; en H, un puits est creusé dans l’épaisseur du mur : le reste de l’église, ari delà du passage, est converti en magasins. La planche 21 montre l’état actuel de la nef et du collatéral pris du point N du plan.
La porte principale, en P, est ouverte, au nord, vis-à-vis de l’église paroissiale : c’est, avec trois contre-forts assez mutilés, tout ce qui reste de ce côté du prieuré; mais cette porte, on peut le dire sans hésiter, est une œuvre réussie, qui méritait d’être reproduite par la gravure. Elle présente bien tous les caractères
MONOGRAPHIE DE CHEVREUSE. 3t
de 1 architecture de transition de la fin du xne siècle, où le plein cintre commence à être remplacé par l’ogive. La forme de l’arcade est large et peu élevée; c’est une ogive qui n’ose pas encore s’accuser, mais offrant malgré cela de la grâce et de l'ampleur. On y remarque, comme décoration des moulures, les ornements employés de préférence à cette époque : des chevrons brisés, des fleurons à quatre lobes, des feuilles en forme de rez de cœur, et, à la naissance de la moulure supérieur# , d’énormes têtes grossièrement sculptées, ayant servi peut-être à supporter un porche en bois : ces têtes sont prises dans des assises des contre-forts. (Voy. la pl. 23 et fig. 10, ci-dessous, le profil de l’archivolte.)
Toute cette porte, soigneusement appareillée, est en pierre de taille; mais les contre-forts sont en meulière très-poreuse et le reste en moellon enduit d’un crépi. Les colonnes sont d’une seule pierre ; malheureusement, l’une d’elles est absente, ainsi que son chapiteau. Nous montrons, fig. 11, le profil de leur base à 10 centimètres pour mètre, et, fig. 12, le plan de l’embrasure et du contre-fort à 5 centimètres. L’ouverture de la porte, légèrement agrandie depuis peu, a perdu par cette modification la rangée de boutons de fleurs qui l’encadrait si gracieusement 1 .
1. On a retrouvé dernièrement les traces d’une porte fort ancienne à la façade principale en P du plan. Cette ouverture en plein cintre à double rang de claveaux en pierre est murée et cachée maintenant par l’enduit de la façade.
Il est inutile de dire que la statue de saint Saturnin, évêque, placée dans une niche, au tympan de la porte, est moderne : c’est une œuvre médiocre et sans intérêt de la fin du xvii° siècle.
Il nous reste à dire quelques mots de l’intérieur de la chapelle actuelle , réduite, en 1698, à deux travées de l’ancien vaisseau. La fi g. 12 en montre la coupe longitudinale, et la fig. 13 la coupe transversale, à 5 millimètres pour mètre.
Bien qu’élevée en meulière, l’église de Saint- Saturnin était une construction soignée, dont les voûtes surtout accusent une certaine expérience de l’art. Deux de ces voûtes seulement sont conservées, et abritées aujourd’hui par un comble à deux pentes. Des planchers sont établis dans la hauteur totale de la chapelle.
On retrouve encore, à l’intérieur et à l’extérieur, des chapiteaux de décoration
assez simple, mais d’un beau caractère, et offrant cette particularité d’être taillés dans la meulière, pierre ingrate s’il en fut, et peu propre à la sculpture. Nous en montrons à une grande échelle, figures 15 et 16, deux des mieux conservés, sur le tailloir desquels s’appuient les arcs doubleaux et les colonnettes destinées à supporter les arcs ogives.
11 y avait encore à Chevreuse une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, et attenante à l’ancien hospice. Quant à la chapelle de Saint-Lubin, reconstruite en 1845, nous avons déjà dit qu’elle ne méritait aucune espèce de mention, et nous la passerions sous silence, sans la belle pierre tumulaire de Guillaume Salenbien qui s’y voyait avant d’être transportée au château de Dampierre (voy. pl. 24). Cette tombe laisse voir un personnage en costume du temps, les mains jointes et la tète abritée par un dais : deux chiens, emblèmes de la fidélité, sont à ses pieds, tandis que, selon l’usage, des anges thuriféraires sont gravés au sommet. On lit, en belles lettres du xme siècle et disposées en bordure, l’inscription suivante :
ICI GIST. GUILLAUME SALENBIEN BORGOIS PARIS. DEX AIT DE S AME MERCI AMEN. DITES PATER NOSTER VOS Q PAR CI PASSEZ.