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L’ÉGLISE PAROISSIALE

L’église paroissiale de Chevreuse, sous l’invocation de saint Martin, est un des édifices les plus irréguliers, comme plan, qu’il nous ait été donné de voir : le chœur est, en effet, violemment incliné à droite, et la courbe de l’abside, au lieu d’être un demi-cercle parfait, forme une sorte d’ellipse dont les points de centre sont à peu près introuvables. Les piliers du chœur sont irrégulièrement disposés, et les voûtes adoptent des formes qui ne peuvent guère être proposées comme modèles.

L’église est, selon toute probabilité, contemporaine du prieuré de Saint- Saturnin, dont les restes se voient tout près de là. Il subsiste une assez grande partie des constructions primitives, mais dissimulées par des réparations et des modifications successives. Un violent ouragan renversa en 1308 la flèche du clocher, et le chevet tout entier eut particulièrement à souffrir de ce désastre qui motiva sans doute la reconstruction de l’abside à la fin du xv° siècle1.

La nef ne possède que deux travées, avec bas côtés, et celles-ci présentent une largeur en disproportion avec le reste de l’église; mais c’est une des parties les plus anciennes de l’édifice, et on peut la faire remonter sans crainte jusqu’au xiig siècle. Cette nef est d’ailleurs dépourvue de tout intérêt, par un remaniement récent qui semble en avoir amoindri le caractère : très-insignifiante comme construction, elle est à peu près nulle au point de vue décoratif.

La tour entière du clocher est ancienne aussi et contemporaine de la nef,

1. Il y avait autrefois cinq cloches dans le clocher : la seule qui existe encore avait été fondue en 1659 et avait eu pour parrain et marraine le duc Charles d’Alberc de Luynes et la duchesse de Chevreuse, sa mère. — Cassée en 1729, elle fut refondue la même année.

c’est-à-dire du xne siècle; à défaut de la construction même, des. corbeaux sculptés à la corniche inférieure sont empreints du caractère de cette époque, et permettent d’assigner une date à ce clocher, percé, aux deux étages, de haies ogivales accouplées.

La partie L des murs du collatéral (voy. pl. 18), l’escalier du clocher et des combles M, et peut-être aussi les piliers octogones du chœur, nous semblent dater du xme siècle. Les voûtes du chœur et des collatéraux ont été reconstruites vers 1614, et des clefs de voûte de bon goût contribuent à leur donner quelque intérêt. Les matériaux employés dans la construction sont : le grès dans toute la partie inférieure du chevet, et la pierre meulière dans toute la partie primitive.

Deux verrières anciennes subsistent encore, mais non dans leur intégralité absolue : la plus intéressante des deux représente une Annonciation, et a été donnée par maître Audiger, le jour de l’an 1614.

On remarque aussi de très-belles portes en bois de la fin du xve siècle, parfaitement conservées et d’un travail qui ne laisse rien à désirer; puis, un escalier en bois de la même époque, conduisant à la tribune de l’orgue.

Depuis une quinzaine d’années, des travaux importants d’assainissement et de restauration intérieurs et extérieurs ont été faits, grâce à la générosité de plusieurs habitants du pays 1 ; M. de Coubertin notamment, dont le château est situé entre Saint-Remy et Chevreuse, a couvert les parois du chœur, au-dessus des arcades, de fresques d’un excellent style et d’une exécution remarquable. On ne peut que féliciter cet artiste de faire un si noble usage de son talent2.

Notre planche 19 montre la façade principale de l’église donnant sur le

1. Parmi ces personnes, il faut nommer M. Charles Brouty, architecte à Paris, qui non-seulement a dirigé en grande partie la restauration de l’église, mais encore a contribué de ses deniers à cette restauration.

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