MAISONS REMARQUABLES
Nous avons dit que l’on pouvait voir encore une assez grande partie des murs flanqués de tour qui défendaient autrefois la ville de Chevreuse; il n’en est pas de même des habitations anciennes, des maisons qui, à l’exception de quelques-unes, ont presque toutes disparu pour faire place à des constructions plus ou moins récentes. Si la ville actuelle présente encore, par ses dispositions générales et par le percement de ses rues, l’aspect d’une cité du moyen âge, on s’aperçoit à l’examen qu’habitations et habitants sont de notre époque et dans l’esprit du siècle.
Une des maisons les plus curieuses de Chevreuse, sinon des plus remarquables, est connue sous le nom de Maison des bannières, et se voit rue de Versailles n° 14, près de l’ancienne porte Pince-Loup. Nous ignorons d’où peut lui venir cette dénomination qui lui est donnée dès 1668, dans le terrier de Chevreuse’. C’est un hôtel privé qui paraît avoir été assez considérable et habité par des personnes de distinction : il remonte au commencement du xve siècle. Très-soigné comme construction, il offre encore des parties dignes d’intérêt et même d’étude; et nous espérons qu’un jour ou l’autre, notre ami Abel Boudier, architecte né à Chevreuse, voudra bien le relever et en faire
1. Elle esc ainsi désignée dans le terrier : « Une maison sise à Chevreuse, rue Pinceloup, appelée les Bannières, consistant en chambre basse et salle à côcé y ayant deux chauffe-pieds, chambre au-dessus avec cheminée. . . » M. Moutié paraît convaincu que la maison des Bannières n’était aucre chose que celle des larmiers , c’est-à-dire l’hôtel où les droits de banalité écaient perçus. Selon lui la maison devait contenir le four banal, et les celliers ou caves descinées à recevoir les vins prélevés sur le pressurage public. — Le moc larmier , substantif et synonyme de messier , désignait le garde des vignes et des fruits ; il recevait les amendes et était nommé par le seigneur. — Bannier, adjeccif, avait le sens de bannal ec s’appliquait aux personnes assujetties au droit du ban. M. Moutié estil dans le vrai en faisant cette supposition? Nous n’oserions l’affirmer : il faut admetcre toutefois que la chose est possible.
une restitution. En examinant avec soin, et mieux que nous ne l’avons fait nousmême, le vieux logis, il arrivera à lui rendre son ancienne physionomie et à montrer toutes ses qualités de construction et de décoration.
La façade sur la rue est maintenant dépourvue de tout intérêt, et c’est dans la cour qu’il faut pénétrer pour se rendre compte de l’importance de la maison. Là, on aperçoit un corps de logis contenant l’escalier, dont la porte, inscrite dans une ogive, est arrondie aux angles. Cet arc inscrit dans un autre, est surmonté d’un tympan plein, au centre duquel on a taillé, au milieu d’un immense bloc de grès, une charmante petite console destinée à recevoir la statue de la Vierge ou du saint patron du logis. La console est intacte, mais la statue est absente; les iconoclastes ont passé là.
Un bandeau en talus avec larmier, bandeau tournant tout autour du bâtiment, se voit au-dessus de la porte, et trois ouvertures au cadre mouluré indiquent par leur disposition la révolution de l’escalier, dont les marches, à l’exception des trois premières, sont en bois. Sur le pan coupé de ce corps de bâtiment, on voit au sommet un bandeau amorti obliquement aux extrémités, dont nous ignorons la destination. Une pierre saillante, sorte de corbeau triangulaire, se présente ensuite à la dernière assise de la construction et semble être l’amorce d’une partie complètement disparue. Tout ce côté de la maison, en grès fin, soigneusement appareillé est couvert d’un comble moderne.
A la droite de cet escalier disposé en retour d’équerre, on voit le grand corps de bâtiment dont le pignon s’élève sur la rue. Le rez-de-chaussée a conservé en entier une belle fenêtre rectangulaire avec meneau pris dans toute l’épaisseur du mur : une fenêtre semblable existe à côté, mais, moins heureuse que la précédente, elle est privée de sa croisée de pierre et complètement défigurée. Le premier étage devait avoir des fenêtres identiques; mais, refait presque en entier, il n’offre plus à cette heure que des ouvertures sans caractère. Tout ce rez-de-chaussée, comme la loge de l’escalier, est contruit en beau grès fin, appareillé avec soin.
Un bâtiment, en partie ancien, et sous lequel est pratiqué un large passage conduisant à une arrière-cour, s’appuie au côté gauche de l’escalier. Ce bâtiment vient ajouter sans doute au pittoresque de la cour, mais son examen et celui des masures voisines excitent en même temps des regrets de voir cette ancienne maison du xye siècle ainsi dégénérée et défigurée. (Voy. pl. 25 une perspective de cette cour dans son état actuel.)
Au numéro 43 de la rue de Paris, en K du plan général, on voit encore, au fond d’une cour, une ancienne maison assez curieuse, mais par malheur fort dénaturée. Les façades n’offrent plus rien qui soit digne de remarque, et il faut pénétrer à l’intérieur ou descendre dans les caves pour constater l’an-
cienneté et l’intérêt du logis. Un escalier en bois vermoulu, et dans un état tel qu’il n’est pas sans danger d’en gravir les marches, conduit jusqu’au deuxième étage, converti en atelier de menuiserie. C’est dans cette partie du logis que l’on remarque une de ces belles et vastes cheminées comme on les faisait autrefois, dont le manteau atteignait aux solives du plancher, et où toute une famille pouvait, sans gêne aucune, prendre place au foyer. La cheminée en question, qui nous paraît remonter au règne de Henri IV ou aux premières années de Louis XIII, n’est pas en pierre, mais en plâtre habilement travaillé. Elle est décorée de movdures de bon goût, et son manteau, porté par d’énormes consoles d’un galbe heureux, est orné en son milieu d’un cadre destiné à recevoir une peinture quelconque. Sur le linteau, à la base du cadre, et dans un cartouche des plus simples, on lit l’inscription suivante, sentence à la fois profonde et sage :