LE DONJON DE MAUREPAS
On a vu, par le résumé historique donné précédemment, que la châtellenie de Maurepas avait été possédée pendant de longues années par les seigneurs de Chevreuse. Il était donc difficile, après avoir montré aussi complètement le château des sires de Chevreuse, de ne pas décrire et montrer à son tour celui de Maurepas; d’autant plus que ses ruines se présentent sous un aspect éminemment pittoresque.
Le village de Maurepas est situé au bord de la vaste plaine de Trappes et du vallon qui donne naissance à la Mauldre, à 12 kilomètres nord-ouest de Chevreuse. C’était autrefois le chef -lieu d’une châtellenie inféodée à une famille qui prit le nom de Maurepas, et dont les premiers membres connus existaient à la fin du règne de Philippe Ier. Ces seigneurs tenaient leur fief des châtelains de Chevreuse, qui le tenaient eux-mêmes de ceux de Choisel. En 1278, Jean de Choisel vendit à l’évêque de Paris son droit seigneurial sur la châtellenie de Maurepas qui, après avoir été possédée au xiv6 siècle par les seigneurs de Chevreuse de la maison d’Amboise, passa ensuite aux mains de Pierre de Chevreuse et de ses successeurs.
Le cardinal de Lorraine incorpora la châtellenie de Maurepas au duché de Chevreuse vers 1^17 : détachée du duché en 1691, elle fut érigée en comté au profit d’un membre de la famille de Pontchartrain ; elle appartint ensuite à J.-Fréd. Phélippeaux, ministre bien connu sous le nom de comte de Maurepas.
Le château, depuis très-longtemps converti en bâtiments de ferme, ne présente aucune partie antérieure au xve siècle. C’est à l’angle sud du manoir que s’élèvent, sur une motte circulaire, les ruines pittoresques et encore imposantes du vieux
donjon du xi° siècle. Il ne reste plus aujourd'hui qu’une moitié de cette tour cylindrique, flanquée, de la base au sommet, de quatre éperons ou contre-forts, larges et peu saillants (voy. fig. 20 le plan du donjon au rez-de-chaussée). Ses murs
Fig. 20.
ont 2 mètres d’épaisseur et son diamètre est de 15 mètres : la hauteur totale du donjon mesure 20 mètres environ. Dans le contre-fort de l’est est pratiqué un coffre de cheminée, et dans celui du midi on voit des cabinets de latrines s’ouvrant sur le premier étage (voy. fig. 21 une coupe faite sur le milieu du contre-fort; fig. 22, l’entrée des latrines et fig. 23 une fenêtre du rez-de-chaussée à l’intérieur).
Les étages n’étaient pas voûtés, et le pilier central destiné à supporter les planchers est en grande partie détruit. Au sommet des contre-forts, on retrouve encore les restes d’échauguettes disposées en encorbellement. A cette hautexir, le couronnement du donjon est percé de baies carrées paraissant indiquer autrefois l’existence de hourds en bois, comme en possédaient la plupart des édifices de ce genre. On retrouve aussi des traces de la chemise en maçonnerie qui protégeait la base de la tour.
La construction entière du donjon est vraiment remarquable et ne laisse rien à désirer : les contre-forts et l’encadrement des baies sont en meubère soigneusement appareillée ; les autres parties sont également en meulière non appareillée et liée par un mortier de chaux formant une masse qui défiera longtemps encore, il faut l’espérer, les injures du temps.
Les restes du donjon de Maurepas et du château ont un caractère franche-
vigoureusement tout un angle du château. 11 faut ajouter toutefois, malgré la satisfaction que l’on éprouve à la vue de ruines aussi intéressantes et aussi artistiques, qu’on préférerait encore voir le vieux donjon de Maurepas au grand complet, avec son couronnement, ses échauguettes , ses hourds et la belle toiture conique qui en augmentait considérablement la hauteur.