CHAPITRE XX
Copie de la Requête adressée à MM. du Département contre les sieurs Pinard et Chariot
Vous représentent les officiers municipaux de Marmagne, Fontenay en dépendant, qu’il a été procédé lundi 25 du présent mois à la vente des meubles et effets de ladite abbaye par le sieur Pinard, notaire à Rouvray, administrateur du district de Semur-en-Auxois, commis par MM. du Direc-
toire : nous avons à nous plaindre que le procédé est irrégulier, avec d’autant plus de raison que le sieur commissaire s’y est conduit d’une manière très indécente ainsi qu’il a paru à tous les auditeurs.
Suivant le décret de l’Assemblée nationale, il devait, avant que de procéder à la vente, appeler la municipalité du lieu pour être présente à toutes les opérations, nous nous sommes fait un devoir de nous y transporter pour empêcher tous les abus. Il y avait à cette vente une société de fripiers et de brocanteurs au nombre de dix-huit.
Dans cette société il y avait entre autres le sieur Garnier, crieur, qui, ayant l’appréciation, était aussi acheteur, en sorte que tout leur était délivré. Les personnes qui y étaient pour acheter ce qui leur convenait, ne pouvaient l’avoir que par un arrangement en second pour en tirer un bénéfice avec ces gens-là. Un monopole ainsi connu du public n’a pu l’empêcher de porter plainte à notre municipalité, qui, dans la crainte qu’on ne fît une émotion populaire à ces cris publics, comme il était impossible de rassembler les officiers municipaux, moi, Bressonnet, en qualité de maire de Marmagne, je me suis transporté à ladite abbaye et à la cuisine où l’on avait commencé la vente. J’avais entendu un nommé Réné Lecomte, maréchal à Éringes, qui disputait en disant à M. Pinard que le crieur était acheteur, et tandis qu’il était occupé à parler d’autres affaires, il délivrait à ses associés ou des personnes qui n’avaient dit mot : ce crieur lui observait que ces personnes qui n’avaient dit mot lui faisaient signe, et que lui-même pouvait en faire autant, et que ce signe suffisait : il est étonnant qu’un pareil procédé soit régulier : Si tous les enchérisseurs ne faisaient qu’un signe, comment connaître le prix? M. Pinard a pris le parti du crieur, et a molesté ledit Lecomte en lui disant qu’il était le maître et qu’il n’avait rien à observer.
Nous nous sommes présenté en qualité de maire et de
procureur de la commune ponr calmer la populace et nous avons représenté que malgré que nous ne fussions pas appelé à cette vente, qu’il était bon de lui observer que tous les objets doivent être appelés, et donner le temps aux personnes d’examiner les choses afin de les porter à leur valeur. Vaines ont été nos recommandations. On a même adjugé un grand chandelier en cuivre jaune presque tout neuf de 110 francs avec un magnifique crucifix de même matière, lequel a été vendu à monsieur le curé de Nogent 33 francs; sur le champ le dit chandelier passa 140 francs. On cria ensuite une belle horloge à 200 francs. Nous lui avons demandé si on vendait aussi les cloches. Il nous a répondu que oui. Voici ce qui intéressait beaucoup le prix de l’horloge. Nous l’avons prié de vouloir remettre la vente au lendemain, car elle ne convenait qu’à des communautés, même à la nôtre, et que pour en faire l’acquisition, il fallait assembler le conseil, qu’il n’était pas dit dans l’affiche qu’elle serait vendue, qu’il était question seulement de la batterie de cuisine; les fripiers ont voulu qu’elle fût vendue, mais un des officiers municipaux de Montbard pour démasquer ces fripiers, la porta à 510 francs, elle lui fut adjugée malgré la cabale.
Le lendemain , le commissaire voulait délivrer une foyère sans qu’elle eût été préalablement criée ; un particulier de Montbard s’y opposa formellement et la porta à 15 francs. Le commissaire molesta ce particulier, et lui dit qu’il voulait la garder pour le District. Toute l’assemblée a eu pitié de cette réponse et exigea qu’elle fût criée de nouveau, et, après plusieurs enchères, elle fut vendue 25 francs.
La municipalité de Marmagne vous observe encore que pendant que le commissaire procédait à la vente, il en sortit nuitamment plusieurs voitures d’effets de toutes sortes; et même de jour plus de 20 voitures de fumier qui ont été vendues à M Royer, curé de Villaines-les-Prévotes, qui ne
se trouvent pas certainement sur le procès-verbal de vente ; il a été enlevé en même temps et démoli un lavoir dont la tuile a été enlevée par un sieur Jadrin, charpentier à Touilîon. Les bois, par la voiture des religieux, ont été conduits à Montbard, et plusieurs voitures de pierres ont été également enlevées. La municipalité de Marmagne ne vous fera, Messieurs, aucune observation sur la conduite indécente du sieur Commissaire, elle se bornera à vous assurer que tous les jours il prenait le café avec les fripiers et les liqueurs, qu’il les traitait comme ses camarades. La municipalité espère que vous la réintégrerez dans ses droits relativement aux religieux de Fontenay, et que les comptes de cette vente lui seront communiqués et que vous prendrez en considération la délibération des officiers municipaux de Marmagne, ainsi que la dénonciation des déprédations des religieux avant la vente, et que vous en ferez justice.
28 Octobre 1790. Jean Lefol, procureur de Marmagne, Edme Bressonnet, maire. ( arch. comm. )
Vente des principales fermes de Fontenay
Le 13 Avril 1791, le Pressoir fut vendu à MM. Blondon, Bressonnet, Bassot, Debussy, Bernard.
Le 28 Avril 1791, Étormay fut vendu à MM. Blandin, Leclerc, Rolle;
Fain-lès-Montbard, au sieur Marchand ;
Les Morots, au sieur Maldant ;
Fontaines-les- Sèches, au sieur Janot Bréon ;
Le 17 Janvier, Genay, à M. Perrot en 1792 ;
Le 3 janvierl792, Jours, ail sieur Mathieu;
Le 28 Avril 1791, Laignes, au sieur Onet;
Le 27 Janvier 1791, La Villeneuve, au sieur Touzel;
Le 16 Juillet 1791, Planay, au sieur Heylier;
Le 17 Avril 1791, Saint-Germain, au sieur Pauchat;
Le 7 janvier 1792, Touillon, au sieur Hivert;
Thostes, aux sieurs Perrier et Priard;
La propriété de Fontenay, composée de 111 journaux de terres, de 45 soitures de prés, de 25 arpents de broussailles, et de mauvaises vignes autour de la maison fut vendue le 11 avril 1791 au sieur Claude Hugot de Précy-s-Thil, régisseur de la famille de Saint-Maur-de-Flée, 78000 francs. La vente est signée: Guyot et Adam, notaires.
(Arch. de la famille de Montgolfier.)
L’abbé Eudes prête serment.
Ego, [rater O do, abbas Fonteneli , subjectionem , rever entiam et obedientiam a sanctis patribus constitutam secundum regu lam sancti Bencdicti , tïbi, domine gâter episcope, tuis que suc cessoribus ccinonice substituendis et sedi Œduensi, salvo ordine nostro , perpetuome exhibiturum promitto .
(M. Charmasse, Cart. èvèch. Autun, 344).