‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 10 sur 129 · PREMIERE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — IV

Selon Levasseur, c'est à saint Médard, premier évêque de Noyon, qu’il faut attribuer la construction de l’église cathédrale. Avant lui, il n’avait existé dans la ville que de petits oratoires, tels qu’en bâtissaient les premiers chrétiens. La seule église de la province, l’église épiscopale, était celle de Vermand, Augnsta Veromanduorum, aujourd’hui Saint-Quentin. A la vérité, Levasseur ne veut pas admettre que Saint-Quentin ait jamais eu l’honneur d’être la capitale de la province et le siège de l’évêché : il consacre d’immenses dissertations à prouver que l’ancien Vermand n’est autre que le village de Vermand, situé aux environs de Noyon. Peut-être a-t-il raison , mais cela n'a pas la moindre importance. Ce qu’il suffit de constater, c’est que, vers l’an 470, la ville de Vermand fut saccagée et renversée de fond en comble par les Huns, et que saint Médard, évêque de Vermand, se retira, avec son troupeau, dans la ville ou plutôt dans le château de Noyon, Castrum Noviomense; que là, grâce à de fortes murailles de construction romaine, il échappa aux fureurs des barbares, et qu’enfin, lorsque ce terrible orage fut passé, ne pouvant faire renaître de ses ruines la ville de Vermand, il se fixa définitivement à Noyon et en fit le siège de son évêché.

Cette tradition est confirmée par tant d’écrivains, que nous ne faisons aucune difficulté d’y ajouter foi. 11 est donc probable que la première église bâtie à Noyon fut l’œuvre de saint Médard; il y a même lieu de croire quelle occupait une par-

tie de l’emplacement sur lequel s’élève l’église actuelle : mais qu’il subsiste aujourd’hui un fragment quelconque, un seul pan de mur, une seule pierre de l’église de Saint-Médard, c’est ce qu’il n’est pas même permis de supposer.

Levasseur n'en est pas moins convaincu qu’il a devant les yeux l’église du v e siècle; seulement, il se demande si le saint prélat construisit l’édifice tout entier, ou s’il n’en acheva qu’une partie. Se conformant à l’opinion qui lui semble la plus générale, il n’attribue à saint Médard que le chœur seulement. Quant à la nef, elle lui paraît être dune autre main et d’un autre temps. Il suppose que sa construction tira en longueur, et que les premiers fondements en furent jetés seulement vers le temps de Charlemagne, environ deux cents ans après la mort de saint Médard. Toutefois, il n’est pas éloigné d’admettre que le saint évêque, pour accomplir son œuvre, avait bien pu construire quelque forme de nef; mais il pense que cette partie du bâtiment, moins solide que le chœur, ayant menacé ruine assez promptement, il fallut la reconstruire, et que ce fut Charlemagne lui-même par qui ce grand travail fut entrepris.

Il ne faut pas oublier, dit-il, que Charlemagne fut sacré roi à Noyon, ainsi que le rapportent et Sigebert, dans ses Chroniques 1 , et plusieurs autres historiens. Or, peut-on croire que ce grand homme, qui mit sa gloire à bâtir tant d’églises et de monastères, eût laissé inachevée ou prête à s’écrouler la nef d’une cathédrale qui avait eu l’insigne honneur de le voir prendre la couronne et prêter son serment de roi? Comment supposer que, pendant le cours de son long règne, il n’eût pas trouvé le temps d’accomplir une œuvre qu’une sorte de devoir lui commandait d’entreprendre? A l’appui de celte opinion,

1 «Et Carolus quidenj Noviomi regiam accepit coronam; Carlomanus vero in urbe • Suestonica. » (Sigeb. anno 768.)

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