‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 102 sur 129 · DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XIV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XIV

celle des chapiteaux eux-mêmes; les bases des colonneltes sont formées par deux tores que sépare une scotie très-haute et très-peu profonde; enfin, ces bases ne portent pas de griffes. Ce sont là les indices d’une assez grande ancienneté. Or, il est fort douteux que les sculpteurs du temps de Baudoin U , même en se proposant de travailler dans l'ancien style, fussent restés ponctuellement et archéologiquement fidèles à ces prescriptions de détail. Lear imitation aurait été plus ou moins libre et porterait leur propre cachet. Nous ne sommes donc pas éloigné de croire que ces colonnettes et ces chapiteaux auront pu être, au moins en partie, sauvés des ruines de l’ancienne église, qu’on aura employé tout ce qui n’était pas calciné, et que, s’il a fallu faire à neuf quelques colonneltes, on les aura calquées sur les anciennes pour quelles fussent semblables à celles qu’on employait.

Que cette explication soit plus ou moins exacte, que ces chapiteaux et leurs bases appartiennent à une église antérieure, qu’ils aient été restaurés, copiés, ou même composés à nouveau , il importe assez peu; car, dans tous les cas, le fait principal subsiste : ce fait, c’est la présence de sculptures rom a nobyzantines du style le mieux caractérisé dans des chapelles éclairées par des fenêtres à ogive , et dans une église où le style à ogive est en quelque sorte souverain. Qu’on ait employé ces sculptures après les avoir conservées, ou qu’on les ait fait faire dans un esprit archaïque, c’est toujours au même principe qu’on a obéi : on a voulu maintenir dans l’édifice un certain respect pour les anciennes traditions.

Quelques mots maintenant sur les chapiteaux eux-mêmes. Us sont de deux sortes : les uns à figures, les autres à feuillages fantastiques. Parmi ces derniers, il en est quelques-uns qui sont brodés de perles. Le caractère des feuilles et la manière

dont elles sont ajustées se rapprochent beaucoup plus du goût oriental que du style romain dégénéré. 11 en est plusieurs cependant où le souvenir des volutes se laisse apercevoir, mais dans le plus grand nombre on n’en voit pas trace. Quant aux figures, elles sont surtout bizarres : on en peut juger par les deux exemples que présente cette planche. Nous ne nous épuiserons pas en conjectures pour en deviner le sujet. Cette espèce de sanglier à deux pattes dont le corps se termine en queue de dragon a-t-il avalé un serpent? y a-t-il dans cette représentation grossière un symbolisme quelconque? Nous l’ignorons et ne croyons pas qu’il soit fort nécessaire de le chercher. Autant il est digne d’intérêt d’interroger certaines œuvres de sculpture dessinées avec assez d'intelligence pour que la main qui les traça semble avoir obéi à une intention, à une opération de l’esprit , autant il serait puéril de vouloir découvrir le sens d ébauches informes échappées au ciseau capricieux de certains artistes du moyen âge.

Peut-être ne faudrait-il pas ranger dans cette catégorie le chapiteau qui occupe le centre de la planche. Ces quatre chimères ailées et coiffées du bonnet phrygien n’ont-elles pas un sens? Ne pourrait-on pas y voir une satire de l’espritde liberté? L’artiste n’aurait-il pas voulu qualifier de chimériques et d’impuissantes les premières tentatives d’affranchissement dont il était témoin? Cette conjecture, qui s’accorderait avec celle que nous avons faite sur l’âge de ces sculptures, est peut-être un peu raffinée. Mais à quelles subtilités demi-scolastiques, demipaïennes, l’esprit ne se livrait-il pas dès le milieu du xi e siècle? Dans tous les cas, il est presque impossible de ne voir dans ces quatre figures qu’une création purement fantastique, une combinaison d’un hasard inintelligent. Sans doute, il arrive souvent aux sculpteurs de cette époque d’emprunter sans rime ni raison

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