CHAPITEAUX DES CHAPELLES DU CHŒUR
Paraii ces chapiteaux, il en est d’une forme élégante; il en est aussi dont le dessin est confus et tourmenté; quelques-uns enfin sont d'une rudesse vraiment bizarre. Si nous étions dans une église romane ou byzantine, si ces sculptures étaient à leur place et en leur temps, nous nous bornerions à un examen rapide, quelques observations suffiraient.
Ici, au contraire, outre les mérites et les défauts de ces chapiteaux, il nous faut tenir compte du singulier contraste que produit leur présence dans ce monument.
Au premier aspect, on est tenté de croire que les chapelles du chœur sout antérieures au xn' siècle, et quelles auront été conservées lors de la reconstruction de l’église. Mais comment supposer que, dans l’ancienne église romane, brûlée en 1 1 3 1 , l’abside ait été ainsi entourée d’une ceinture de chapelles séparées du chœur par une allée collatérale? Ce plan si moderne n’appartient-il pas nécessairement au xii* siècle, et les fenêtres à ogive qui éclairent ces chapelles, fenêtres qui n’ont pas été ouvertes après coup, n’ajoutent-elles pas une preuve de plus à celles que nous fournit le plan ? 11 faut donc le reconnaître, ces chapelles, telles que nous les voyons, ont été construites en même temps que le reste du chœur.
Mais ne peut-on pas supposer que les colonnettes appliquées contre les murs, et surtout leurs chapiteaux, ont appartenu à l’ancienne église? Le feu ne peut-il pas les avoir épar-
gnées ? Ne les aura-t-on pas sauvées des décombres et mises en
réserve pour les employer lors de la reconstruction générale?
Une telle hypothèse ne serait guère admissible dans la plupart des cas; elle est contraire à toutes les habitudes des constructeurs du moyen âge ; jamais on ne les voit employer des pièces de rapport; ils ont trop de foi dans leurs propres œuvres pour emprunter celles d’autrui. Mais ici, dans cette église toute pleine d’exceptions, on ne peut pas raisonner d’après une règle générale. Il y a entre ces chapiteaux et tout le reste du monument une telle disparate, qu’il faut bien, pour l’expliquer, recourir à une cause extraordinaire. Si ces sculptures avaient été exécutées en même temps que toutes les autres, pourquoi en différeraient-elles si essentiellement? Je sais bien qu’on peut dire quelles sont placées dans le chœur, près du sanctuaire , c’est-à-dire dans la partie de l'édifice où le clergé devait tenir plus particulièrement à suivre les traditions du vieux style. Mais pourquoi , dans le reste du chœur et dans le sanctuaire lui-même, ne trouvons-nous quedes chapiteaux d’un goût beaucoup plus moderne? Ceux-là mêmes qui supportent des arcades à plein cintre, aussi bien que ceux qui soutiennent des ogives, se rapprochent du style en usage au xin' siècle. Ne semble-t-il donc pas que s’il n’existe de chapiteaux romanobyzantins que dans ces cinq chapelles, c’est qu’on n’en aura sauvé de l’incendie que le nombre nécessaire pour les décorer?
Ce qui fortifie cette conjecture , ce n’est pas seulement le dessin barbare et grossier de quelques-uns de ces chapiteaux, mais certains détails de style que les constructeurs de l’église auraient probablement omis s’ils les avaient composés euxmêmes, s’ils avaient fait de vieux chapiteaux de fantaisie, s’ils avaient sculpté de mémoire dans le goût de l’ancien temps. Ainsi les tailloirs sont tous d’une hauteur presque égale à