‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 17 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IV

Mais une autre question se présente. L’incendie de 1293 ne parait avoir été ni moins violent ni moins destructeur que celui de 1 1 3 1 . Ses ravages sont môme attestés avec plus de précision, nous en connaissons mieux toutes les circonstances. Nous savons qu’à l’exception des maisons des templiers et de la petite église Saint-Pierre , tous les monuments religieux de la ville furent réduits en cendre. Comment donc supposer que l’église du xu* siècle ait survécu à cette catastrophe ? La même raison qui nous fait affirmer que l'ancien édifice a été détruit en 1 1 3 1 , et que, dans le monument actuel, tout est postérieur à cette époque, ne doit-elle pas nous forcer de croire qu’après 1293 une reconstruction complète fut également nécessaire, et qu’en conséquence l’église Notre-Dame ne date ni du milieu, ni de la fin du xii* siècle, mais bien des dernières années du xiu*, ou même du commencement du xiv*?

La conclusion paraît rigoureuse, et cependant elle est inadmissible : pourquoi? Parce qu'il est un témoin qui nous défend d’y croire, témoin plus véridique et que les archives de Longpont et que toutes les traditions écrites, c’est à savoir le monument lui-même. Il nous dit clairement qu’il u’est pas d’origine aussi récente : ce plan, ces profils, ces détails de sculpture, vous ne les retrouverez dans aucun monument construit, soit au commencement du xiv* siècle, soit même vers la fin du 1111 e , 11 faudrait supposer que ceux qui bâtirent cette église se seraient amusés à oublier les usages de leur temps pour ressusciter ceux d’un siècle passé; comme si cette façon d'emprunter les modes d’une autre époque, ce goût rétrospectif, ainsi qu’on dit aujourd’hui, n’étaient pas d'invention toute moderne, comme si jamais nos pères avaient connu pareils raffinements.

Ainsi, malgré le témoignage de toutes les chroniques, la cathédrale de Noyon ne peut pas être postérieure à 1293. L’in-

cendie de cette année, quelle qu'ait été sa violence, n’a endommagé que partiellement l'édifice; la masse a résisté aux llammes: c’est chose prouvée pour nous, sous peine de nier toutes les observations, d’abolir toutes les règles aujourd'hui consacrées par la science.

Mais que parlons-nous de science! Existe-t-il réellement une science en pareille matière? Ne voyons-nous pas des hommes qui passent à bon droit pour doctes et profonds, sourire de pitié à l’idée qu’on puisse découvrir une règle, une loi quelconque pour classer chronologiquement les monuments du moyen âge?

Ce dédain est-il fondé? S’il est vrai que les œuvres de certains siècles soient encore entourées d’une grande obscurité, n’y a-t-il pas d’autres époques où la clarté est déjà vive et complète? Les hommes qui se livrent à ces études nouvelles ne se nourrissent-ils que de chimères, ou bien ont-ils obtenu des résultats sérieux? Qu’ont-ils trouvé jusqu’ici? Qu’ont-ils encore à faire? Ces questions valent la peine d’être éclaircies.

Qu’il nous soit donc permis de les examiner avec quelque détail.

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