PREMIÈRE PARTIE. — IV
secours, au lieu d'être distribués avec habileté et prévoyance, n’avaien t consisté qu'en efforts désordonnés et confus , les pierres n’auraient pas tardé à se fendre , à se détacher, et l’édifice n’eût été bientôt qu’un monceau de ruines'.
11 existait d'ailleurs, au temps de nos pères, certains usages qui rendaient les églises bien plus exposées qu’aujourd’hui au danger du feu. Les murailles étaient, en grande partie, recouvertes de tapisseries, d’étoffes, de tentures de toute espèce; de nombreux ex-voto étaient suspendus aux voûtes; en un mot, les églises étaient alors aussi meublées qu elles sont nues aujourd’hui. D’un autre côté, le nombre des cierges toujours allumés, même pendant la nuit, était considérable, ainsi que l’attestent ces innombrables testaments dans lesquels il est pourvu par le mourant à l’entretien d’un cierge brûlant à perpétuité dans telle ou telle chapelle. Est-il donc étonnant que les clercs qui faisaient la garde s’endormissent quelquefois , et que souvent, aulever du jour, la flamme se fût emparée de tout l’intérieur d’une église 1 * 3 ?
Ces accidents étaient si fréquents, que, dans cette seule année 1 1 3 1 , où la cathédrale de Noyon fut incendiée , le feu détruisit l’église Saint- lliquier et le bourg qui en dépendait , ainsi que plusieurs autres paroisses moins importantes des diocèses d’Amiens et de Beauvais. L’année précédente, en î i3o, l’église Saint-Furcy de Péronne avait été la proie des flammes,
1 L'incendie récent de la ville de Hambourg prouve que, même de nos jours et malgré les moyens perfectionnés dont nous disposons, une ville presque entière et
tous ses édifices les plus importants peuvent être réduits en cendre; à la vérité, Hambourg était en quelque sorte une ville du moyen âge.
1 11 est reconnu aujourd'hui que la du-
rée moyenne des salles de spectacle est de trente à quarante ans, et qu’elles périssent presque toutes par le feu. II en était à peu près de même des églises pendant le moyen âge , surtout jusqu’à l’époque où , toutes les anciennes églises construites en bois ayant successivement été détruites, il n’exista plus que des édifices religieux bâtis en pierres ou en maçonnerie.
et enfin, en 1 1 36 , nous voyons l’église Saint-Vaast d’Arras, avec son cloître, ses dépendances et une grande partie de la ville, presque entièrement détruite par le feu.
Mais aucun de ces incendies ne causa autant d’émotion et ne fit autant de bruit que celui de Noyon. Il est donc à présumer que ce désastre avait eu des conséquences encore plus terribles que de coutume, et il est impossible, par exemple, de ne pas supposer que la cathédrale avait dû être complètement ruinée, ou , du moins, qu elle s’était trouvée, après l’incendie, dans un tel état, que de simples réparations eussent été insuffisantes. L’intervention du pape Innocent II , son appel aux archevêques de Rouen et de Sens, suffiraient, à défaut d’autres indices, pour attester qu’il ne s’agissait pas d’une simple restauration, et que l’édifice était à reconstruire de fond en comble.
Nous nous croyons donc autorisé à affirmer, sauf à en donner encore d’autres preuves, que l’église actuelle ne peut, dans aucun cas , être antérieure à l’année 1 1 3 1 . Nous verrons plus tard si la reconstruction fut immédiate ou si elle ne dut pas traîner en longueur. Mais une chose est certaine, c’est que cette reconstruction dut être complète; car l’édifice est bâti évidemment d'un jet, et c’est à peine, comme on l’a déjà vu, s’il s’y trouve un seul pan de muraille qui puisse être attribué à une époque plus ancienne *.
Ainsi , ni le chœur de saint Médard , ni la nef de Charlemagne, ni les clochers de ioo 3 ne doivent avoir la prétention d'être parvenus jusqu’à nous; et cette date de 1 1 3 1 est la plus ancienne à laquelle il soit permis de faire remonter le monument qui est devant nos yeux.
1 Ce fragment de muraille est celui çoit à droite en entrant par la porte Sainte-
dont nous avons déjà parlé, et qu'on aper- Eulrope.