‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 19 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

Or, les plus téméraires n’auraient jamais alors entrepris pareil travail. 11 est donc probable que, pendant longtemps encore, nos architectes auraient jugé les monuments du moyen âge sans les connaître, et que l’impossibilité de les classer fût demeurée proverbiale, si quelques hommes étrangers à la pratique de l’art, de simples amateurs, sans préjugés d’école, sans doctrines traditionnelles, n’obéissant qu’à leur propre sentiment, à l’amour des belles choses et à un certain attrait de curiosité, ne s’étaient mis à la recherche de ces monuments, et après en avoir beaucoup contemplé, beaucoup comparé, n'avaient senti le besoin de se rendre compte de leurs impressions et d’analyser ce qu’ils avaient vu.

Ils ne tardèrent pas à reconnaître que, dans les innombrables éléments dont cette architecture se compose, la confusion et l’irrégularité sont surtout apparentes, et que, pour peu qu’on les regarde avec attention, il est impossible de n’être pas frappé de certaines analogies et de certaines différences qui se reproduisent d’une manière constante et régulière. A force de réunir les analogies et d’abstraire les différences, ils parvinrent à établir des divisions générales susceptibles d’être ultérieurement subdivisées et de devenir les cadres d'une classification méthodique. La plus large, la plus complexe de ces divisions résulta naturellement d’une différence fondamentale dans la forme d’un des membres principaux de l’architecture. Comment ne pas remarquer, en effet, que, parmi tous ces édifices auxquels on applique sans distinction cette dénomination de monuments du moyen âge, il en est dont toutes les arcades, toutes les ouvertures se terminent en pointe, en ogive, tandis que, dans d’autres, le plein cintre règne exclusivement, et que, chez quelques-uns enfin, on remarque simultanément le plein cintre et l'ogive?

Ces distinctions n’étaient-elles que fortuites, ou bien constituaient-elles des différences essentielles dans l’origine et la nature de ccs trois sortes de monuments? Les uns et les autres pouvaient-ils être contemporains, ou bien devait-on nécessairement les attribuer à des époques distinctes? Pour résoudre ces questions, il fallut recourir au témoignage des monuments écrits, et lorsque, après des expériences maintes fois répétées, après des vérifications sans nombre, il fut toujours reconnu que les monuments à plein cintre n’apparaissaient plus au delà d’une certaine époque, que les monuments à ogive, au contraire, ne commençaient à paraître qu’à partir d’une autre époque, et que les monuments mixtes semblaient appartenir aux années intermédiaires, il fut permis sans doute de constater ce premier résultat comme une preuve évidente qu'il y avait là une science possible.

Ce n’était qu’un premier pas; mais bientôt, en faisant pénétrer l’analyse dans ces trois grandes classes de monuments, on reconnut que chacune d’elles, prise à part, pouvait être subdivisée, et que les signes indicateurs de ces subdivisions, bien qu’ils fussent plus ou moins distincts, n'avaient rien d’arbitraire ni d’accidentel. En un mot, ces premiers essais, quelque incomplets qu’ils fussent, posèrent les bases d’une classification générale. On commença à voir clair dans ces dix siècles de ténèbres; les monuments de chaque espèce se trouvèrent groupés à peu près à leur rang dans l'ordre chronologique; et, enfin, ce qui n'est pas moins nécessaire, on entreprit de fixer leurs rapports géographiques, c’est-à-dire les différences qui les distinguent, non plus de siècle à siècle dans le même lieu, mais de pays à pays dans le même moment.

En effet, pour connaître l’histoire d’un art, ce n’est pas assez de déterminer les diverses périodes qu’il a parcourues

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