‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 20 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

dans un lieu donné, il faut suivre sa marche dans tous les lieux où il s’est produit, indiquer les variétés de forme qu’il y a successivement revêtues, et dresser le tableau comparatif de toutes ces variétés, en mettant en regard, non-seulement chaque nation , mais chaque province d’un même pays. Ainsi , par exemple, on ne connaît pas l’architecture grecque, si l’on se borne à étudier les différents styles qui, successivement, brillèrent à Athènes; il faut se transporter à Égine, à Sycione, en Ionie , en Sicile , partout où l’art fut florissant , et chercher, à côté des caractères généraux sous lesquels il apparaît à chaque siècle, les influences diverses qu’il subit dans chaque lieu.

C’est vers ce double but, c’est dans cet esprit qu'ont été dirigées presque toutes les recherches entreprises depuis vingt ans parmi nous au sujet des monuments du moyen âge. Déjà, vers le commencement du siècle, quelques savants d’Angleterre et d’Allemagne nous avaient donné l’exemple par des essais spécialement appliqués aux édifices de ces deux pays. Leurs travaux n’eurent pas plus tôt pénétré en France, et particulièrement en Normandie, qu’ils y excitèrent une vive émulation. En Alsace, en Lorraine, en Languedoc, en Poitou, dans toutes nos provinces, l’amour de ces sortes d’études se propagea rapidement, et, maintenant, partout on travaille, partout on cherche, on prépare, on amasse des matériaux. La mode, qui se glisse et se mêle aux choses nouvelles, pour les gâter bien souvent, n’a malheureusement pas respecté cette science naissante et en a peut-être un peu compromis les progrès. Les gens du monde sont pressés de jouir; ils ont demandé des méthodes expéditives pour apprendre à donner sa date à chaque monument qu’ils voyaient. D’un autre côté, quelques hommes d’étude, emportés par trop de zèle, sont tombés dans un dog-

matismc dépourvu de preuves et hérissé d’assertions tranchantes, moyen certain de rendre incrédules ceux qu'on prétend convertir. Mais malgré ces obstacles, inhérents à toute tentative nouvelle, les vrais travailleurs continuent leur œuvre avec patience et modération. Les vérités fondamentales sont acquises; la science existe, il ne s’agit plus que de la consolider et de l’étendre en dégageant quelques notions encore embarrassées, en achevant quelques démonstrations incomplètes. Il reste beaucoup à faire; mais les résultats obtenus sont tels qu’à coup sûr le but doit être un jour définitivement atteint.

Essayons d'indiquer, avec toute franchise, quels sont ces résultats, c’est-à-dire quels sont les points qu’une méthode vraiment scientifique a constatés, quels sont ceux qui restent encore incertains et contestables.

La période des monuments à plein cintre n’est pas également bien éclaircie dans toutes ses phases. Sa durée est trèslongue, et, sous une apparente uniformité, elle renferme les variétés les plus nombreuses. On peut bien tracer, même assez nettement, les divisions principales dont elle se compose; mais les caractères permanents de chacune de ces divisions ne se déterminent pas encore avec une précision suffisante. Il est plus facile de les sentir que de les expliquer. Ainsi , pour qui a beaucoup vu de monuments de ce genre, il existe de notables différences entre les constructions encore gallo-romaines des vi” et vu” siècles et les monuments carlovingiens; et, parmi ces derniers, ceux qui appartiennent au règne de Charlemagne lui-même se distinguent aisément de tout ce qui a été construit dans la seconde moitié du ix” siècle et dans le x” tout entier. Mais les signes de ces différences ne sont pas toujours exactement les mêmes. Il faut les chercher, tantôt dans certain mode de construction, tantôt dans certaine nature d’ornements, et

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