‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 24 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

mettre qu’à une époque quelconque du moyen âge il ait existé une architecture, ne peut s’empêcher de reconnaître que quelques-uns des monuments que nous ont laissés ces siècles d’ignorance ont un certain air de grandeur et produisent, surtout à l'intérieur, une assez vive impression l . Mais ce sont là, dit-il, des effets que l’instinct seul peut créer: rien ne prouve qu’ils soient le résultat de combinaisons savantes et réfléchies. Selon lui, les architectes du moyen âge, aussi bien ceux du xiii" que ceux du ix c siècle, lors même qu’ils font de belles choses, ne savent pas ce qu'ils font : ils tâtonnent sans règle, sans méthode. Si par fortune ils rencontrent une heureuse disposition, ils sont hors d’état de la reproduire à coup sûr, soit dans un autre édifice, soit même dans les différentes parties du même monument. En un mot, pour réduire à des termes précis l’opinion de l’illustre écrivain , il regarde comme radicalement impossible de découvrir dans celte soi-disant architecture la base, soit d’un système de proportion, soit d'un système de construction, soit d’un système d’ornementation; trois choses sans lesquelles une architecture n’existe pas.

Voilà la question nettement posée; nous l’acceptons dans ces termes. A notre avis, l’architecture des xm* et xiv“ siècles possède un système de proportion, un système de construction, un système d’ornementation; systèmes qui lui sont propres, qui constituent son originalité, et qui la rendent profondément distincte, non-seulement de l’architecture antique, mais de tous les modes de bâtir employés successivement à d'autres époques du moyen âge.

Voyons d’abord ce qui regarde les proportions.

Point d’architecture sans un système de proportion : nous

1 V. Dictionnaire historique d’architecture, lom. Il, p«g. 175. i"col. an mot Ordre.

en tombons d'accord. Il faut qu’un certain rhythnie, une certaine mesure, un certain ordre, déterminent les rapports du tout avec les parties. Si ces rapports sont harmonieux, l’esprit est satisfait et l'art a rempli sa mission. Mais pourquoi supposer qu’un procédé unique et invariable puisse seid créer cette harmonie? Il y a de l’ordre dans une architecture dès quelle produit l’effet quelle a pour but de produire. Peu importe si les moyens quelle emploie sont plus ou moins conformes à ceux dont on s’est déjà servi pour produire d'autres effets; c’est en elle-même qu’il faut la juger, abstraction faite des modèles consacrés.

Le système de l’antiquité repose, comme on sait, sur certains rapports de mesure entre la colonne et l’entablement, entre le support et la chose supportée. Or il n’y a pas d’entablement dans l’architecture du xnT siècle : faut-il en conclure que tout système de proportion lui est interdit, et que ses productions sont nécessairement arbitraires et désordonnées? Sans doute, le mode suivi par les anciens est admirablement simple et régulier. L’esprit humain a peut-être eu tort de l'abandonner; peut-être, au contraire, comme quelques-uns le pensent, a-t-il fait preuve, en s’en écartant momentanément, d’une heureuse témérité. Ce n’est pas là qu’est la question. A tort ou à raison, nos pères, pendant le moyen âge, sont sortis des voies de l’antiquité, et le chemin qu’ils ont pris les a conduits dans des régions nouvelles, dans un monde inconnu des anciens. Ce monde n’a-t-il pas ses lois, son rhythme, son harmonie? Cherchez d’abord à le comprendre, et voyez ensuite si ces artistes, que vous croyez barbares, n’en ont pas connu le secret et ne l’ont pas fidèlement exprimé.

N’est-il pas évident, en effet, que c’est volontairement et systématiquement qu’ils ont abandonné, ou plutôt qu’ils ont

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