‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 36 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VI

Si l'incendie du ai juillet iag3 eût été aussi violent que le prétendent les archives de Longpont, si toutes les églises de Noyon, à l'exception de la petite paroisse de Saint-Pierre et de la chapelle des Templiers, eussent été réduites en cendre, la cathédrale ne pourrait avoir été reconstruite que vers les dernières années du xm* siècle, ou même au commencement du siècle suivant, et son architecture porterait nécessairement les caractères du style du xiv” siècle; car, dans la plupart des monuments de l’Ile-de-France et de la Picardie, les innovations de détail qui constituent ce style commencent à apparaître un peu avant l’an i3oo, vers la première moitié du règne de Philippe le Bel. Or il n'existe, dans toute la cathédrale de Noyon, que deux échantillons très-peu importants du style du xiv* siècle, c’est à savoir la décoration appliquée sur les jambages des trois portes qui mettent en communication le porche occidental avec la nef de l’église, et les deux contreforts ou éperons qui soutiennent la façade de ce porche (voir les planches m et xvn). Le porche lui-même paraît appartenir au xm' siècle, malgré la forme obtuse des trois grandes ogives qui servent d’ouvertures. L’impossibilité d’élever davantage cette terrasse (voir la vue cavalière, planche xxn) sous peine de masquer une partie de la façade, et la nécessité de donner une grande largeur à ces ouvertures pour livrer passage à la foule et pour dégager l’aspect des portes de l’église, tels sont les motifs qui ont probablement fait adopter cette forme insolite.

Mais ii suffit de voir les profds et l'ornementation de ce porche pour reconnaître qu’il ne peut avoir été construit ni beaucoup avant, ni beaucoup après les dernières années du règne de Philippe-Auguste. Les contre-forts, au contraire, sont évidemment ajoutés après coup; ils ne font pas corps avec la maçonnerie du porche; les assises des deux constructions ne se raccordent pas, il n’y a pas adhérence, et, enfin, les eolonnettes placées dans les angles, les bases cl les chapiteaux de ces eolonnettes, et toute la décoration de la partie supérieure sont dans le goût du xiv e siècle le mieux caractérisé. Quant aux jambages des portes, leur décoration, aujourd’hui toute mutilée, mais qui laisse encore apercevoir des traces de coloration très-visibles et des feuillages de lierre et de groseiller sculptés avec une étonnante finesse, ne consiste qu’en une sorte de placage incrusté dans la masse d'une maçonnerie évidemment plus ancienne.

Il est à présumer que l’incendie de 1293 porta principalement scs ravages de ce côté de l’édifice ; qu’il n’ébranla ni les clochers, ni l’église elle-même, mais qu’il endommagea les portes de la nef, et le porche placé devant ces portes; que, pour réparer le désastre, on refit en placage et dans le goût du temps la décoration des portes, et qu’enfin, pour prévenir la chutedu porche, on éleva ces deux éperons si forts et si saillants. Cette conjecture est confirmée par le passage suivant d'une bulle du pape Boniface VIII, en date du 17 juillet 1294 : «quodquædam pars Noviomensis ecclesiæ, cum claustro et « capitulo, ac orna mentis, fuerat casu miserahili concremata '. »

1 Cette bulle a pour objet d'autoriser le doyen et le chapitre de Noyou à mettre à exécution un statut qui obligeait chaque nouveau chanoine de faire don au chapitre d'une chape de la valeur de dix franc». Ce statut, intitulé : De cappa se-

rica a novo canonico solwnda, fut arrêté en chapitre l'an ia88, cinq ans avant l'incendie, et pour tout autre cause que le besoin de réparer l’église. Mais le pape, en le confirmant, prit pour motif le désastre survenu l'année précédente.

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