PREMIÈRE PARTIE. — VI
Le pape, comme on voit, n’est pas d’accord avec les moines de Longpont; il ne parle pas d’un embrasement total, mais seulement d’un incendie partiel, et il indique même par ces mots: « cum claustroet capitulo, » le côté de l’église qui dut être particulièrement endommagé. En effet, la salle du chapitre et une des galeries du cloître sont précisément situées dans le voisinage du porche (voyez la planche 1 "). 11 nous semble donc hors de doute que l’église ne fut atteinte que dans sa partie occidentale, et nous croyons que, même # dans cette partie, si le feu dévora le mobilier, les ornements, les tapisseries, les vitraux, il ne fit qu'endommager la maçonnerie, et ne donna lieu qu’à de simples réparations. Celles du porche sont seules apparentes aujourd’hui , parce qu’elles furent sans doute les plus considérables. Quant à la salle Tlu chapitre, elle ne dut être également que restaurée: ses profils sont trop fermes, son ornementation trop mâle et trop accentuée, pour quelle ne date pas du milieu du xnr siècle. Il est plus difficile, à l’égard du cloître, de se prononcer avec certitude : il peut sans doute avoir été reconstruit après l'incendie, mais il conserve sous tant d’aspects le cachet pur du xin' siècle que, malgré ce dessin rayonnant et ces formes un peu compliquées, nous penchons à croire que sa construction peut être antérieure de quelques années à 1293.
Ainsi voilà - un premier point éclairci : non-seulement l’église entière n'a pas été incendiée, mais celles de ses parties qui ont subi faction du feu n’ont pas toutes été reconstruites, et n’ont exigé que des travaux de réparation; d’où il suit que ce n’est ni au xiv' siècle, ni à la fin du xm* qu'il faut attribuer ce qui subsiste encore aujourd’hui de l’ancienne cathédrale de Noyon.
Serait-ce au xni* siècle lui-même? et, par exemple peut-on
supposer qu’après l’incendie de ia38 des travaux de reconstruction générale auraient été entrepris? Nous parlons de reconstruction générale, parce que, comme nous l’avons déjà fait observer, l’édifice entier étant homogène et appartenant à un même style, il ne peut être question de reconstructions partielles et successives, mais seulement d’une réédification complète, faite en un seul coup, et achevée tout au plus en un demi-siècle. Or il serait extraordinaire que ce fût l’incendie de ia38 qui eût été l’occasion de cette réédification. Rien ne prouve, comme nous l’avons dit, qu’il ait causé de grands ravages : le petit nombre d’auteurs qui en font mention ne le citent qu’en passant et sans lui attribuer la moindre gravité. On peut donc supposer que la solidité de l’édifice n’en fut pas compromise. Mais, indépendamment de cette présomption, d'autres raisons plus fortes nous donnent l’assurance que la reconstruction de la cathédrale ne date pas de celte époque. D’abord il eût été sans exemple en 12 38, et surtout dans cette partie de la France, d’admettre, même par fantaisie et comme exception, l’emploi de l’arc à plein cintre; à plus forte raison n’aurait-on pas construit d'après ce type abandonné la presque totalité des ouvertures à l’extérieur de l’église et au dedans toutes celles des étages supérieurs. Les transsepts arrondis, tradition du style à plein cintre, qu’on retrouve si rarement, même à l'époque de transition , n’auraient jamais été tolérés après 1 2 38, pas plus que les colonnes annelées, telles que celles qui s’élèvent dans le chœur et à l’entrée de la nef de Noyon, pas plus que l’alternance d’un support cylindrique et d’un pilier multiple, ancienne combinaison qui avait disparu sans retour dès la fin du xn* siècle.
Ces raisons, ou plutôt ces faits, sont, selon nous, sans réplique. Ainsi, la cathédrale de Noyon n’a pas plus été construite