‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 40 sur 129 · PREMIÈRE PARTIR. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIR. — VII

. soit par défaut d’espace , soit par nécessité de fortifier quelques parties d’un édifice, soit même par caprice de décoration, on ait employé accidentellement cette forme. 11 n'y a rien là qui constitue f époque de transition. La présence d’une ogive dans un monument à plein cintre ne commence à tirer à conséquence que lorsqu’elle résulte évidemment d’une intention systématique, d'un parti pris; lorsque ce procédé de construction est mis en regard du système semi-circulaire avec le dessein d’établir entre eux une sorte de lutte, et de remplacer, au moins partiellement, l’un par l'autre.

Toute la question est donc de savoir comment se révèlent cette intention systématique, ce parti pris, celle lutte? Rien n’est plus clair toutes les fois qu’au lieu d’ogives éparses, égarées, pour ainsi dire, vous voyez apparaître, soit des séries d’ogives entremêlées à des séries de pleins cintres, soit l’ogive régnant seule à certains étages ou dans certaines parties spéciales de l’édifice.

Il faut pourtant y regarder de près, surtout lorsqu’il s’agit des voûtes. On rencontre des monuments entièrement à plein cintre, dont toutes les voûtes sont à ogive; mais la plupart du temps ces voûtes ont été construites un siècle on deux après le monument.

N’oublions pas que si les voûtes d’arête furent en usage dès les beaux siècles de l’architecture romaine, elles disparurent presque entièrement au milieu des temps de barbarie, et que, dans la plupart des églises bâties avant le xi” siècle, on voyait, en guise de voûtes, des plafonds horizontaux composés de poutres apparentes plus ou moins ornées. Ces plafonds ne cessèrent pas complètement d’être employés durant le xi* siècle, ni même pendant le commencement du xn e ; on en trouve encore aujourd’hui des exemples dans des églises d’Angleterre

postérieures à la conquête, telles que celles de Winchester, d’Ely et de Peterborough. C'est seulement vers le milieu du xir siècle que l’usage de voûter les grandes nefs et les transsepts des églises commença à devenir universel. Alors on ne se contenta plus de construire des voûtes dans les églises qu'on bâtissait à nouveau, on en ajouta dans les églises anciennement bâties, et comme logive, en ce temps-là, devenait la forme dominante, les voûtes substituées aux vieux plafonds furent presque toutes des voûtes à ogive.

Avant donc de rien conclure de la présence d'une voûte à ogive dans un monument entièrement à plein cintre, il faut s’assurer si la voûte et le monument sont contemporains; et lors même qu’on aura la certitude qu’ils ont été faits en même temps, ce ne sera pas toujours un motif pour que le monument appartienne nécessairement à l’époque de transition. En effet, l'emploi de l’ogive dans les voûtes et surtout dans les grands arcs doubleaux qui relient, même lorsqu’il n’y a pas de voûte, les deux parois de la grande nef à son extrémité vers le point d'intersection , peut remonter aux époques les plus reculées. Ainsi, dans la grande église de Saint-l’ront, à Périgueux, église dont la construction ne saurait être postérieure aux premières années du xr siècle, et qui est probablement' plus ancienne, les vastes coupoles suspendues sur la nef et sur les transsepts sont • soutenues par quatre grandes ogives construites évidemment en même temps que le reste de l'église. Je défie qu’on découvre dans tout ce monument la moindre tendance aux idées novatrices, le moindre reflet de transition. Ce n’était donc pas pour obéir à une mode nouvelle que ceux qui construisaient ces grands arcs, au lieu de les terminer par un cintre parfait, les brisaient à leur extrémité supérieure, c’était pour chercher un moyen de construction qui leur offrît plus de chance de solidité.

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