PREMIÈRE PARTIE. — VII
Les RomaiDS, sans doute, auraient dédaigné cet expédient, lorsque, passés maîtres dans l’art de construire, ils élevaient avec tant d’audace les arcs et les voûtes semi-circulaires de leurs grandes salles de thermes; mais de telles traditions, une fois perdues, ne s’improvisent pas, et des artistes à demi barbares, voulant lancer aussi des voûtes et des arcades sur de vastes vaisseaux, devaient procéder avec plus de prudence, et chercher dans l’arc brisé un moyen plus sûr d’accomplir leur entreprise. De là ce grand nombre de monuments à plein cintre, dont la partie supérieure se termine en ogives rarement très-aiguës, quelquefois même assez peu sensibles pour que, du sol de l’édifice, il soit difficile de ne pas les prendre pour des pleins cintres, monuments évidemment antérieurs et par leur date, et par leur caractère, à toute tentative de rénovation de l’architecture. Nous croyons que ces exemples prématurés de l’ogive doivent être à peu près comme non avenus pour qui cherche sincèrement à fixer les premières limites de l’époque de transition. Ce ne sont évidemment pas là les débuts de la nouvelle architecture; on aurait pu continuer ainsi de siècle en siècle à employer l’ogive dans les voûtes, sans que le style à ogive proprement dit eût jamais pris naissance; d’où il suit, nous le répétons, que même quand il est prouvé qu’une voûte à ogive est contemporaine du monument auquel elle appartient, ce n’est pas un signe suffisant pour classer ce monument dans l’époque de transition. Nous ne voulons pas dire que les édifices qui appartiennent réellement à cette époque ne se terminent pas presque tous par des voûtes à ogive, nous disons seulement que tout monument terminé par une voûte à ogive n’est pas nécessairement un monument de transition.
Mais si les voûtes sont un indice imparfait et souvent trompeur, il n’en est pas de même des parois verticales. Là, point
d’équivoque possible. Si vous y trouvez l’ogive mêlée au plein cintre, soit par séries, soit par groupes alternatifs, vous êtes en pleine transition.
Il n’entre pas dans notre plan d’indiquer, même sommairement, sous combien de combinaisons différentes le mélange de ces deux formes peut se produire. Il faudrait passer en revue tous les monuments mi-partis qui sont parvenus jusqu’à nous. Lenombre en est immense , et on peut affirmer qu'il n’en est pas deux où le plein cintre et l’ogive occupent les mêmes places, et soient distribués dans le même ordre et dans les mêmes proportions. Ici l’ogive domine dans l’intérieur du monument, tandis que toutes les ouvertures extérieures sont à plein cintre; là les deux formes sont entremêlées, aussi bien en dedans qu’en dehors; quelquefois, c’est seulement dans les ouvertures extérieures du chœur que la forme aiguë apparaît timidement; ailleurs, c’est uniquement dans la façade qu’on peut en apercevoir quelques indices. Tantôt le plein cintre est seul admis dans les parties inférieures de l’édifice, tandis que les étages supérieurs semblent réservés à l’ogive, tantôt, mais plus rarement, c’est l’ogive, comme à Noyon, par exemple, qui règne seule dans les premiers étages, tandis que le plein cintre est relégué dans le haut. L’énumération de toutes ces variétés serait interminable et sans profit. 11 suffit de constater que, quelle que soit la manière dont l’ogive se mêle au plein cintre, dès l'instant qu elle occupe dans un monument, soit au dedans, soit au dehors, et plutôt dans les parties verticales que dans les voûtes, une place assez notable pour qu’il ne soit pas permis de supposer qu elle la doive seulement au hasard , le monument est à coup sûr un monument de transition.
Voilà donc notre règle générale : le caractère de transition lésulte de la présence simultanée de l’ogive et du plein cintre,