‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 45 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

quinze ou vingt monuments de premier ordre dont l’histoire repose sur des titres authentiques, et qui sont indubitablement de trente à quarante ans plus anciens que les monuments similaires en Allemagne. A moins donc de mettre de côté tout ce que les témoignages les plus irrécusables nous apprennent au sujet d’églises, telles que Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Senlis, Saint-Yved de Braisne, la cathédrale de Soissons; à moins de ne tenir aucun compte de faits aussi bien établis que l’époque où furent construits nos grands édifices du xm c siècle, la cathédrale de Reims, par exemple, celle de Bourges, celle d’Amiens, celle de Beauvais, je ne saurais, quelles que soient mon estime et ma déférence pour des hommes dont l’esprit et la science sont si justement honorés en Allemagne, leur accorder que cette antiquité qu’on attribue chez nous à certains monuments à ogive doive nécessairement être une fable grossière, par cela seul qu’au delà du Rhin l’impossibilité d’un tel fait serait évidente et hors de tout débat. Pour faire une telle concession, il faudrait avoir oublié qu’en l’an ia48 nous consacrions à Paris la Sainte-Chapelle du palais, ce type accompli du style à ogive, lorsque sur les bords du Rhin, dans cette même année, on se disposait seulement à poser la première pierre du dôme de Cologne.

Mais si nous n’adoptons pas dans toutes ses conséquences le scepticisme des savants allemands, nous nous garderons bien, d’un autre côté, d’accepter sans contrôle les brevets d’ancienneté si libéralement accordés parmi nous, non-seulement à quelques monuments de transition, mais même à des constructions à ogives du style le plus pur, le plus fin, le plus élancé, telles que la cathédrale de Coutances, par exemple, ce modèle exquis de l'art de bâtir au xm' siècle, dont on veut faire remonter la fondation à l’an io3o et l’achèvement à l’an io83.

De tous les paradoxes qu’a suggérés l’archéologie du moyen âge, c’est assurément là le plus hardi. Soutenue d’abord avec chaleur et conviction par le savant M. de Gerville, mais accueillie presque aussitôt par d’inflexibles objections et par une incrédulité à peu près générale, cette opinion semblait abandonnée, lorsque, il y a peu d’années, un nouveau champion , M. l’abbé Delamarc, vicaire général de Coulances, se présenta dans la lice avec un mémoire aussi remarquable par une parfaite bonne foi que par les plus grands efforts de patience et d’érudition 1 . Malheureusement l’auteur était mieux préparé aux recherches paléographiques qu’à l’étude des monuments. 11 paraît en avoir peu vu, peu comparé; de là vient qu’il fait si bon marché de toute classification chronologique, fondée sur l’étude et sur la comparaison des monuments eux-mêmes. 11 lui semble presque puéril d’attacher, en pareille matière, quelque importance aux analogies et aux différences, comme si, en quelque matière que ce soit, la science humaine pouvait reposer sur autre chose. Si M. Delamare avait pour un moment laissé là les textes qu’il étudie si bien, et visité avec des yeux d’archéologue seulement quinze ou vingt monuments du xin* siècle pris au hasard, si, retrouvant dans tous ces monuments les mêmes principes générateurs, au travers de quelques différences secondaires, il avait ensuite porté ses regards sur un certain nombre de monuments de transition, et qu il eût retrouvé en eux les germes, encore incomplets, de ces principes communs à tous les monuments du xm* siècle, ne se serait-il pas dit, en refermant prudemment ses nécrologes et ses archives capitulaires, il y a quelque chose de moins

1 Euai sur la véritable origine et iur lei Inséré dans le XII* volume des Mémoires vicissitudes de la cathédrale de Coatancet, de U société des antiquaires de Normanpar M. l'abbé Delamare, ia4 pages in-4*. die; années i84o et i84i.

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