‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 53 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

Nous l’avons affirmé déjà, et nous le répétons avec plus d’assurance, ce n’est pas durant le xi' siècle. On peut à cette époque rencontrer des ogives éparses, on trouve même, à mesure que le siècle est plus proche de sa fin, de plus nombreux essaisde la forme nouvelle; mais ce nesontqucdes essais isolés, des tentatives qui s’ignorent, des exemples sans imitateurs.

Pendant les premières années du xn e siècle, ces essais ont dû se multiplier, sans toutefois qu’on puisse encore citer aucun monument à date certaine dans lequel l’ogive joue un rôle vraiment important.

De 1 1 ao à 1 1 4 o , au contraire, on aperçoit plus clairement un parti pris, une intention systématique de substituer la nouvelle forme à l’ancienne. Les ogives commencent à se montrer par séries et souvent même par étages superposés. Néanmoins, c’est presque uniquement dans l intéricur des édifices, avec une sorte de mystère et de timidité, comme à Saint- Martin de Laon, par exemple, que les innovations osent se produire. 11 semble que cette prise de possession des monuments, par leur intérieur, soit une loi commune à toutes les époques de transition. Ainsi, lorsqu’au xvi' siècle l’ogive est à son tour abandonnée pour le plein cintre, c’est encore dans l’intérieur des édifices que se manifestent de préférence les premiers essais du nouveau style. Combien ne citerions-nous pas d’églises bâties à cette époque, particulièrement en Normandie, dont les fenêtres à ogives sont encore parsemées de meneaux flamboyants, tandis qu’à l’intérieur le ciseau de la renaissance s’est promené sur la pierre et l’a couverte de ses légères arabesques. Le même fait s’était produit quatre siècles auparavant; voilà pourquoi nous trouvons tant d'églises qui, par leur aspect extérieur, semblent encore appartenir à la famille des édifices à plein cintre, tandis que leurs parois intérieures

reposent sur deux rangées d’arcades aiguës. Il est vrai que, pour expliquer cette anomalie, on a prétendu que les croisés avaient trouvé, dans l’intérieur de l’église de Jérusalem, le tombeau du Sauveur entouré d’une colonnade à ogive, et que, par un pieux souvenir, nos constructeurs d’églises n’avaient d’abord songé à reproduire ce genre d’arcades qu’à la place qu’elles occupaient dans le lieu saint, c’est-à-dire dans l'intérieur des édifices 1 . Nous ne nous prononçons pas sur le mérite de cette explication; uous constatons seulement comme un fait que, parmi les monuments de transition , ceux qui paraissent les plus anciens, et qu’on peut avec le plus de certitude faire remonter jusqu’à la première moitié du xu* siècle, se distinguent assez généralement par cette circonstance, que l’ogive occupe au dedans une place de quelque importance, tandis qu’on l’aperçoit à peine au dehors.

Vers ii5o, le nombre des monuments mi-partis va toujours en croissant, l’ogive se montre de plus en plus hardie, et il est bien peu de constructions, soit religieuses, soit civiles, où l’on ne la voie se mêler aux arcs semi-circulaires.

Enfin, après 1 170 environ, l’emploi de l’ogive est devenu assez fréquent, assez habituel, non-seulement pour qu’il ne se construise plus un seul monument sans que cette forme y figure, mais pour qu’on commence à en construire où elle figure seule, à l’exclusion de toute autre forme architecturale. C’est là la dernière période de l’époque de transition , période qui finit par se confondre, vers les premières années du xm e siècle, avec l’âge du style à ogive proprement dit. Pendant cet intervalle, le plein cintre ne disparaît pas encore de la scène : on le voit même parfois lutter avec vigueur et jeter un dernier éclat, comme sur la tour méridionale de la cathédrale de Sens,

' Voyez le Voyage en AUace de Schweigliattser.

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