PREMIERE PARTIE. — VIII
pas en état de recevoir dignement la dépouille du prélat? Ses deux successeurs, Beaudoin III et Etienne I er , furent également ensevelis à Ourscamp; et ce n’est qu’en 1 a 2 8, lors de la mort de l’évêque Gérard , que l’antique usage fut enfin rétabli pour se perpétuer ensuite sans exception jusqu’à la fin du xiv' siècle.
Nous ne voudrions pas, sur la seule autorité de ce fait, affirmer qu’avant l’épiscopat de Gérard , c’est-à-dire avant 1221, la cathédrale de Noyon ne fût pas entièrement reconstruite; nous voudrions encore moins affirmer le contraire. Quelle que soit l’homogénéité de la construction , et malgré le grand caractère d’unité qui résulte d'une persistance presque constante dans le même plan, nous sommes convaincu que les travaux ont dû se continuer longtemps. Se seront-ils prolongés au delà de l’an 1200? Personne n’en peut répondre; mais, en examinant de près certaines parties de la nef et en particulier ces bases de colonnes au profil si vivement accentué, il nous semble permis de croire que, si elles n’ont pas été sculptées au xni° siècle, elles ne l’ont pas été du moins beaucoup plus tôt qu’à la fin du xn c .
Ainsi, en dernière analyse, la cathédrale de Noyon doit prendre rang, selon nous, parmi les monuments de transition de la deuxième et de la troisième époque. Conçue 1 et entiè-
' Nous devons foire remarquer qu’il y a de chaque cdté du choeur, au rez-dechaussée, trois grandes arcades à plein cintre, lesquelles, si elles ne sont pas un reste de l’ancienne église brûlée en 1 i 3 i, ont bien pu du moins être élevées peu de temps après l'incendie. Celte partie de la construction présente une certaine disparate avec tout le reste. J'en dis autant de ce vieux pan de mur formant une des
parois extérieures du chœur, et correspondant, par sa position, avec les arcades dont nous venons de parler. Ce pan de mur, que nous avons déjà indiqué au paragraphe 11 , comme ayant probablement fait partie de l’ancienne église, pourrait aussi ne pas remonter plus haut que les années qui suivirent l'incendie. C’était peut-être un commencement de construction qu'on abandonna plus tard, pour suivre un plan
renient ébauchée de 1 i 5 o à 1 170, elle n'aura été totalement sculptée, ragréée et parachevée que vers la fiu du siècle, et peut-être même un peu au delà.
Dans ce même intervalle, nous ne le dissimulons pas, on voit s’élever des monuments qui n’ont pas avec celui-ci une complète analogie : ainsi, pour ne pas sortir du voisinage de Noyon, nous citerons la cathédrale de Senlis : on connaît assez exactement toutes les phases de sa construction. Elle aussi fut entreprise vers le milieu du xn e siècle, en 1 155 environ, et à peine terminée vers 1191. Les deux édifices sont donc contemporains, ils auront été conçus et exécutés presque simultanément, et cependant n'existe-t-il pas entre eux une différence fondamentale? A Senlis on a proscrit le plein cintre, à Noyon on l’a respecté '.
Cette différence est grave assurément; mais suffit-elle pour
moins robuste et plus élégant. Toutefois, U nature de l'appareil et la forme de la corniche nous portent enoore à penser que ce fragment de muraille peut appartenir à une époque plus reculée.
1 Ce n'est pas seulement la cathédrale de Senlis qu'il faudrait comparer avec celle de Noyon. Il y a dans l'ancien diocèse de Senlis une autre église moins célèbre que la cathédrale, mais non moins digne d’intérêt; l'église de Saint-Leu d' Fusèrent, qui olTre peut-être matière à un parallèle encore plus instructif et à des contrastes plus frappants. L'église de Saint- Leu présente de telles analogies avec la cathédrale de Noyon , soit par la conception du plan, soit par la nature des profils et de toutes les particularités essentielles de la construction, qu'il n'est guère possible de ne pas les regarder comme à peu près contemporaines. Eh bien l à Saint-
Leu, on ne trouve pas un seul plein cintre, ni au dedans, ni au dehors de la nef et du chœur; il n'en existe que sur la façade occidentale. C'est uniquement sur cette partie de l'édifice qu'il a été fait une concession à l'ancien style. Partout ailleurs, il est exclu. Non-seulement le plein cintre n'apparait pas dans l'église, mais il n’y est question , ni de l'alternance des supports multiples et des supports cylindriques, ni des annelures , ni des transsepls arrondis.
Tous ces souvenirs des anciennes traditions ne pénètrent pas à Saint-Leu; et néanmoins, entre Saint-Leu et Noyon, l’analogie est extraordinaire et leur contemporanéité est évidente. D'où vient donc qu’à Saint-Leu aussi bien qu’à Senlis on a, dans le même moment, suivi d'autres errements qu’à Noyon? C'est ce que nous essayerons d’expliquer dans le paragraphe suivant. (Voir la note de 1 a page 137.)