‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 62 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IX

associations monacales, dépositaires des traditions hiératiques, il fallait opposer d’autres associations organisées avec assez de force pour durer et devenir à leur tour gardiennes de traditions, avec assez de mystère pour ne pas éveiller dès le début de dangereuses résistances. Telles furent les confréries maçonniques, les fraternités de construc leurs ! fraternitates ) dont l’existence dès le xu e siècle, dans l’Ile-de-France et dans la Picardie, ne saurait être mise en doute. 11 est vrai que c’est seulement vers la fin du xiv', et principalement aux bords du Rhin, que la grande institution des francs-maçons commence à prendre un caractère historique ; c’est alors qu elle s’organise sur une vaste échelle, et qu’elle cherche à donner à ses statuts une nouvelle autorité : mais cela même est une preuve qu elle existait depuis longtemps. Les francs-maçons du xiv*et du xv e siècle n’avaient plus rien à inventer de nouveau, l’architecture qu’ils professaient était triomphante, incontestée, et avait produit ses plus beaux chefs-d’œuvre. Si nous les apercevons alors pour la première fois dans l’histoire, tandis qu’antérieurement il faut les deviner, c’est que, leur institution se relâchant, ils commençaient à divulguer eux-mêmes leur propre existence. Pourquoi dans leurs nouveaux statuts, se recommandent-ils si sévèrement le secret? Parce qu’ils se surprenaient sans doute à ne le plus bien garder. La formation des loges allemandes du xv' siècle passe donc à tort pour la création des confréries maçonniques, elle n’en est qu’une réorganisation, motivée probablement par des symptômes de décadence. Le propre de ces sortes d’institutions est de n’avoir jamais autant de vigueur et de discipline que dans leurs commencements : il est donc permis de croire, non-seulement que la confrérie des francs-maçops existait depuis au moins deux siècles, lors de l’établissement pour ainsi dire officiel des loges, mais que les

jours de sa plus grande, de sa réelle puissance, étaient déjà

passés.

C’est pendant la lutte entre les deux styles, quand il fallait triompher des habitudes et des routines du passé, quand il fallait diriger dans des voies régulières, méthodiques, savantes, le système vainqueur, c’est alors que les confréries maçonniques durent déployer leur plus grande énergie et faire preuve de cette persévérance que l’esprit d’association peut seul inspirer. Sans le secours de ces confréries, jamais, encore une fois, l’architecture à ogive n’aurait accompli sa destinée. Ce système de proportions, ce système de construction, ce système d’ornementation végétale et indigène, dont nous avons constaté l’existence; l’unité, l’harmonie, la conséquence qui régnent dans les œuvres de cette architecture une fois parvenue à sa perfection, tout cela était impossible sans les confréries, c’està-dire sans une science à la fois traditionnelle et expérimentale, transmise comme un mot d’ordre de générations en générations. Si l’art de bâtir, échappant aux mains de l’église, fût tombé à la merci des caprices individuels et d’une liberté non organisée, au lieu des chefs-d’œuvre du xin' siècle, nous aurions eu un pêle-mêle anarchique de tous les styles. Mais heureusement la foi, l’oubli de soi-même, toutes les vertus qui font naître et durer les associations, étaient encore vivaces dans ce monde : l’art pouvait impunément se séculariser; à défaut de l’église spirituelle, il trouvait dans la franc-maçonnerie une sorte d’église laïque, au sein de laquelle il devait se perpétuer et se maintenir pendant trois siècles, comme un secret mystérieux et respecté.

Ainsi, pour tout résumer, peu importe que l’ogive, eu tant que forme géométrique et architecturale, ait été. mise en faveur par telle ou telle cause accidentelle, et que ces causes

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