‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 63 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IX

soient plus ou moins nombreuses; ce qui est d’un véritable intérêt, c’est de savoir par qui, comment et pourquoi elle a été convertie en système, et d’où est venu à ce système une physionomie si tranchée, si originale, si exclusive, si incompatible avec tout autre genre d’architecture. Une fois qu’il est reconnu que l’esprit de liberté, l’esprit séculier et laïque, l’esprit du xn* siècle, est, sinon le créateur, du moins le principal promoteur de ce système; que la fortune du plein cintre, au contraire, se lie à celle des idées et des institutions dont la société nouvelle tend à s’affranchir, dès lors, les mélanges, les amalgames, les contradictions de l'époque de transition ne sont plus des bizarreries inintelligibles, nous en pénétrons le sens, nous leur trouvons une signification. L’architecture devient pour nous un reflet, presque toujours fidèle, des événements dont la société est le théâtre. Ainsi, dans celles de nos villes où les tentatives d’émancipation sont tardives, timides ou immédiatement comprimées; dans les abbayes, dans les communautés, dans tous ces pieux asiles défendus par une triple enceinte contre les invasions des idées nouvelles, l’ancien style persiste longtemps, et ce n’est que peu à peu et comme à regret qu’il se laisse altérer par quelques tentatives de nouveauté. Dans les lieux, au contraire, où la victoire reste de bonne heure aux idées de réforme, et où, soit de gré, soit de force, une bourgeoisie improvisée s’est mise en possession des droits de cité et de commune, on s’aperçoit bien vite que les nouveaux constructeurs ont dû trouver la porte ouverte, pour ainsi dire, et qu’ils se sont établis avec liberté et hardiesse, sans se soucier des anciennes traditions; enfin , lorsque les franchises municipales, nées de transactions pacifiques ou d’octrois bénévoles, sont tempérées, incomplètes, et laissent une large part à la vieille autorité, il n’est pas rare que les deux styles semblent se ma-

rier et se fassent à chacun leur part en bonne harmonie et d’un

mutuel consentement.

Or c’est là précisément le spectacle que nous offre notre cathédrale de Noyon. Le plein cintre et l’ogive sont en présence, mais sans qu’il y ait entre eux la moindre hostilité : l'ogive domine, mais en quelque sorte malgré elle, et en laissant voir une sorte de soumission inaccoutumée vis-à-vis du plein cintre. Cette singularité devient toute naturelle si l’on fait attention aux circonstances qui amenèrent et qui suivirent l’établissement de la commune dans la ville de Noyon. Ce ne fut pas , comme à Laon, comme à Reims, au moyen de violentes insurrections et au prix de leur sang que les habitants de Noyon obtinrent leurs franchises. Ils étaient gouvernés, vers le commencement du xii e siècle, par un évêque nommé Raudry, homme sage, clairvoyant et de bonne foi. Avant d’être élevé à l’épiscopat, Baudry, simple chapelain de l’évêché de Cambrai, avait assisté aux troubles sanglants de cette ville, et s’était convaincu qu'on ne gagnait rien à résister aux tentatives d’indépendance qui éclataient alors de toutes parts; que mieux valait les prévenir par d’habiles concessions, et qu’une fois ces concessions faites, elles devaient être fidèlement respectées. II n’attendit donc pas que la révolte se fît entendre; il alla au-devant d’elle, et, dès l’an 1 108, de son propre mouvement, il présenta aux habitants de la ville une charte de commune, jura de l’observer, et tint parole. Les droits octroyés par cette charte n’étaient pas, comme le remarque M. Thierry *, tout à fait aussi étendus que ceux qui avaient été conquis de vive force dans d’autres villes ; mais les bourgeois de Noyon s’en contentèrent, et comme les successeurs de Baudry eurent la sagesse d’imiter son exemple, on ne vit point à Noyon, comme

1 Lettres sur l’histoire de Fronce, in-8 # , pag. a08.

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