DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE VII
pas à s’apercevoir que le parti adopté pour le chœur est de tous le moins heureux et le moins bien combiné. C’est par ce côté du monument qu’on a commencé la construction ; on y voit la trace de l’hésitation et des tâtonnements qui accompagnent nécessairement les premiers essais d’un nouveau style. 11 y a d’ailleurs, dans cette partie de l’église, certains fragments qui manquent d’homogénéité avec le reste de la construction, et qui doivent provenir, soit d’un édifice antérieur, soit tout au moins des premiers essais de reconstruction qui purent être commencés immédiatement après l’incendie de 1 13 1 , sous l’évêque Simon. Le plan qu’on avait alors suivi aura été abandonné lors de la reprise des travaux sous Baudoin 11 , et, pour tirer parti des matériaux déjà mis en place, on se sera résigné à quelques irrégularités difficilement explicables si nous n’avions pas recours à cette hypothèse. Ainsi , sans parler de ce pan de muraille qui fait à l’extérieur un si étrange contraste avec la maçonnerie qui l’entoure , il y a dans l’intérieur du chœur, notamment dans les trois premières travées, des piliers d’une épaisseur disproportionnée avec leur hauteur, d'une force inutile pour le poids qu’ils supportent, et mal appropriés par conséquent à la destination qui leur a été donnée. Ce rez-de-chaussée du chœur, à l’exception de l'extrémité du sanctuaire, qui est d’une élégante pureté, manque évidemment de régularité et d’harmonie.
Au premier étage l’ordre renaît : un parti franchement arrêté a été suivi ; mais , quoique ce parti soit , en apparence , le même que dans la nef, il s’en faut bien qu’il produise un effet aussi heureux. D’abord, si nous comparons les deux arcatures , celle du chœur, quoique plus riche de dessin, a bien moins de caractère, par cela seul qu’elle est adhérente à la muraille, tandis que, dans la nef, les colonnettes sont en saillie et se dé-
tachent sur un espace vide qui leur sert de repoussoir. Quant aux grandes galeries ou tribunes, elles sont bien, dans le chœur comme dans la nef, composées d’ogives géminées; mais, dans la nef, le point de séparation est une simple colonnette svelte et légère, taudis que, dans le chœur, c’est un faisceau de trois colonnettes, support trop fort pour son fardeau , et par conséquent d’un aspect lourd et massif. Puis les moulures qui partent de ce faisceau de colonnettes sont d’une épaisseur tout à fait inutile: dans la nef, au contraire, les moulures des ogives sont fines et nerveuses. Enfin, dans le chœur, les ogives géminées ne sont pas inscrites , comme celles de la nef, dans une ogive supérieure. Chaque ogive est encadrée par une moulure qui lui est parallèle, et qui va butter contre le bandeau horizontal qui supporte l’arcature. De là un entassement, une confusion qui fatigue les yeux. Dans la nef, au contraire, tout est clair, tout est distinct : au premier étage, comme au rez-dechaussée, on voit régner au-dessus du sommet des ogives une partie lisse qui fait valoir les parties sculptées, et qui répand du calme sur toute la décoration.
Ces travées de la nef sont assurément de véritables chefsd’œuvre, des modèles du genre: plus on les étudie, plus on découvre d'harmonie et de justesse dans toutes leurs proportions.
Ce n’est pas seulement vues de face que ces travées sont irréprochables: vues de profil, c’est-à-dire en perspective, elles s’échelonnent et se succèdent sans la moindre confusion: on les aperçoit toutes à la fois depuis la première jusqu’à la dernière. C’est à la combinaison alternative d’une colonne isolée et d’un pilier flanqué de demi-colonnes que cette grande clarté de perspective est due. S'il y avait deux piliers à chaque travée, ils seraient si rapprochés, qu’au delà de deux ou trois tra-