‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 95 sur 129 · DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE X · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE X

est un de ceux qu’on a remplacés par ces gros et lourds supports dont les bases sont si étranges. Les chapiteaux ne sont pas moins disgracieux que les bases : le peu de sculpture qui les décore manque tout à fait de caractère. Tout porte donc à croire que ces colonnes n’appartiennent pas à la construction primitive, sans qu’il soit bien facile d’expliquer comment et pourquoi elles auront été substituées aux colonnes monolithes. Peut-être celles-ci semblaient-elles trop faibles pour la charge qu elles avaient à soutenir; mais, quoique d’un diamètre beaucoup plus fort, les nouvelles colonnes, composées de plusieurs morceaux, devaient-elles présenter beaucoup plus de résistance? 11 y a là un petit problème de détail assez difficile à éclaircir.

Encore un mot sur ces supports. Ils ne sont pas complètement cylindriques. Une colonne d’un diamètre trois fois moins fort leur est adhérente dans toute leur hauteur. Celte colonne auxiliaire est destinée à soutenir les trois longues colonnettes qui , à partir du tailloir, s’élancent jusqu'à la voûte. Bien que cette jonction d’une petite colonne collée à une grosse ne soit pas d’un effet très-heureux, il y a là une combinaison plus satisfaisante pour l’esprit et pour les yeux que lorsqu'une colonne unique porte sur son tailloir ces longs fuseaux destinés à se ramifier en nervures sur les voûtes. Ce porte-à-faux ressemble au tour de force d'un équilibriste : c’est un spectacle désagréable, parce qu’il est inquiétant. Comparez dans la nef de notre église ces faisceaux de colonnettes qui s’élèvent tout d’un jet depuis le sol jusqu’aux voûtes, et ceux qui prennent naissance en porte-à-faux sur le chapiteau d’une simple colonne : n’est-il pas évident qu’il y a chez les premiers tout à la fois plus de légèreté et plus de consistance ? Aussi ces faisceaux de colonnes continues ont-ils fini par être adoptés univer-

sellement quand l'architecture du xili* siècle a été définitivement réglée. Les colonnettes en porte-à-faux sur la colonne proviennent d’une transaction entre deux styles et deux tendances opposées : voilà pourquoi on en rencontre si souvent dans l’époque de transition.

Page 1