DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XII
cavité de la corniche. En comparant ce couronnement et celui du chœur, il semble qu’il y ait entre eux près d’un siècle d’intervalle, et cependant il est possible qu’il ne se soit pas écoulé beaucoup d’années entre la construction de l’une et celle de l'autre; mais, encore une fois, il est évident qu’en bâtissant cette église on a voulu faire en même temps de l’archaïsme et delà nouveauté.
A côté de ce fragment de corniche de la tour méridionale , on voit dans le bas de la planche une colonne dont nous ne saurions trop faire remarquer l’élégance et l’originalité : c’est la colonne ou plutôt la colonnette qui divise les arcades des deux premières travées de la nef au premier étage. Ces feuilles, se terminant en vive arête, rappellent, mais avec plus de finesse , celle qu’on voit sur certains chapiteaux de l’époque romane : la base, au contraire, est aussi évasée et aussi refouillée que si elle eût été faite au milieu du xm e siècle. Dans les travées suivantes, les bases sont à peu près les mêmes, mais les feuilles des chapiteaux se recourbent en crochets selon la forme accoutumée.
L’ouverture trilobée, dont le dessin est reproduit à côté de cette colonnette, se trouve répétée trente fois dans l’intérieur de l’église, c'est à savoir vingt fois dans la nef et dix fois dans les transsepts; elle ne parait pas dans le chœur. Les figures trilobées, ou en d’autres termes les trèfles, passent comme on sait pour avoir un caractère symbolique; quelques personnes y voient une image abstraite de la Trinité : ce sont là des questions que nous ne voulons pas aborder. Mais ce qui nous paraît certain , c’est que l’emploi de ce genre de figures ne commence à devenir fréquent et presque universel que lorsque le système à ogive commence lui- même à se développer. Ce système, reposant tout entier sur le triangle équilatéral, devait
naturellement rechercher les figures triangulaires, et le trèfle n’est autre chose qu’un triangle. Peut-être aussi les confréries maçonniques, qui étudiaient l’architecture par principes, et qui, par conséquent, enseignaient à leurs adeptes à se servir du compas, faisaient-elles un si fréquent usage des figures rayonnantes en témoignage, pour ainsi dire, de leur science.
Quelle que soit la valeur de ces conjectures, que des idées mystiques ou de simples traditions d'école aient inspiré les architectes, il n’en est pas moins prouvé que le trèfle est un des caractères distinctifs du style à ogive, un des cachets des associations maçonniques qui ont propagé et perfectionné ce style. Or il n’est pas sans intérêt de remarquer que nous trouvons ces ouvertures trilobées dans la nef et dans les transsepts de l’église de Noyon , c’est-à-dire dans les parties qui ont le caractère le plus moderne, tandis que nous n’en voyons aucune trace dans le chœur.