‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 100 sur 129 · PORTE DE LA SACRISTIE · texte numérisé non relu

PORTE DE LA SACRISTIE

Cetle porte est un joli modèle de sculpture sur bois : elle est conçue dans le style plein de finesse et sobre d’ornements qui était en usage à la fin du xur et au commencement du xiv* siècle; elle aura probablement été sculptée après l’incendie de 1293. L’ancienne porte ne devait pas alors être trèsancienne, puisque les sacristies paraissent avoir été bâties, soit sous l’épiscopat de la Boissière ( îaôo-i 57a j, soit pendant l'époque où Guy Després exécuta de grands travaux dans l’église ( 1 27*2-1 280 ). Mais, selon toute apparence, l’incendie avait étendu ses ravages jusqu’à cette partie de l’édifice, et la porte avait été ou brûlée, ou mise hors de service.

On remarquera l’heureuse diversité des petites roses sculptées dans le tympan de chaque ogive : ce sont des jeux de compas aussi variés que spirituels. Sur douze roses, il n’y en a que deux qui se répètent; et comme tout le reste de la décoration est parfaitement régulier, cette petite variété accessoire n’a rien de fatigant et jette un grand charme sur toute la composition. C’est là le secret de l’art à cette époque.

On sc demandera peut-être pourquoi l’artiste n’a pas fait ses six panneaux de même largeur, et pourquoi le troisième, en allant de gauche à droite, est si étrangement plus large que les autres. 11 eut été tellement facile de les rendre égaux, qu’il faut bien reconnaître là une preuve, sinon d'antipathie, au moins de grande indifférence pour la symétrie. Nous pensons cepen-

dant, comme nous l’avons déjà dit plus haut, que ce n'était pas uniquement pour le plaisir de faire une chose irrégulière que les artistes de ce temps se permettaient de ces sortes de licences : ils se préoccupaient, avant tout et exclusivement, de la destination des édifices, des meubles et de tous les objets, grands ou petits, qui leur étaient demandés; ils suivaient littéralement le programme, et subordonnaient sans pitié la décoration du dehors aux combinaisons et aux arrangements du dedans.

Ainsi, par exemple, il est â présumer que les chanoines avaient demandé à l’ouvrier qui fit cette porte que les deux battants ne fussent pas égaux; que celui qui devait s’ouvrir le plus souvent fût plus étroit que l’autre, et comme, d'un autre côté, il était préférable que le marteau servant de loquet fût fixé sur une moulure saillante, l’ouvrier s’est trouvé amené tout naturellement à composer la porte telle que nous la voyons. Un ouvrier de notre temps se croirait déshonoré s’il lui fallait faire cette impertinence à la symétrie; un ouvrier du xiv* siècle n’éprouvait ni embarras ni remords en faisant naïvement une faute d’orthographe pour que l’ordre qu’il avait reçu fût fidèlement exécuté.

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