‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon. Plans, coupes, élévations et détailsChapitre 13 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IV

il se fit des lacunes irréparables, et ce que la flamme avait épargné devint la proie d'un autre fléau. En effet, dans les xv" et xvi'' siècles, le Noyonnais fut le théâtre de guerres si acharnées , que plus d'une fois les chanoines ne durent leur salut qu'à la fuite, et restèrent errants et dispersés pendant plusieurs années ^ Est-il donc étonnant que ces archives, dont une partie n'était qu'un monceau de cendres, dont l'autre partie avait été colportée de ville en ville par des fugitifs, se trouvassent au temps de Levasseur dans un tel état de désordre et d'incohérence, qu'un homme aussi peu expérimenté n'ait pu y recueillir que des indications incomplètes et insignifiantes.?

Toutefois, à défaut d'autres témoignages, c'est à ces incendies eux-mêmes, causes premières de notre ignorance, que nous allons demander d'utiles révélations. S'ils nous ont enlevé les moyens d'obtenir des notions complètes et certaines, ils vont nous fournir au moins des données indirectes , qui nous permettront d'établir approximativement l'âge des principales constructions dont se compose la cathédrale.

En effet, grâce à un heureux hasard, les dates de ces divers incendies nous ont été conservées par des autorités nombreuses et sûres. Nous ne parlons pas de celui qui détruisit, dit-on, presque toute la ville du temps de saint Eloi , et qui ne put être

' « En l'an 1 382 , les ravages , dévastations et bruslemens causez par les Anglois et autres ennemis du royaume furent tels en ce pays , que l'église de Noyon fut contrainte de congédier ses chanoines pour trois ans, et leur permettre d'aller où bon leur sembloit, lucrando. (Levasseur, page 1 002 . Conclusion capitulaire du a A octobre i382.)

« Le dernier jour d'octobre i552 fut or-

donné, par le chapitre, commission pour citer et rassembler les chanoines, chapelains et vicaires épaves , que le désastre de la ville avoit dispersés, à comparoistre à la quinzaine pour tout délai. Et le lundi A de novembre fut conclu que ladite commission seroit envoyée à Paris, et signifiée à ceux du corps qui s'y étoient retirés. » (Levasseur, page 1189.)

éteint que par un signe de croix de sainte Godeberte, nous nous transportons dans une époque moins merveilleuse, et nous voyons, en i i3i, la ville, l'église Notre-Dame, l'évêché et tous les monuments publics dévorés subitement par les flammes au milieu de la nuit, et sans qu'il soit possible d'arrêter l'embrasement. Le pape Innocent II était alors en France ; il venait de sacrer Louis le Jeune à Reims, et, après la cérémonie, le nouveau roi et le pontife s'étaient rendus à Crépy dans le château de Raoul, comte de Vermandois. On avait fait de magnifiques préparatifs pour les recevoir; mais, à peine étaient-ils arrivés , qu'ils virent accourir, plein de trouble et de tristesse, l'évêquede Noyon, Simon, frère du comte de Vermandois. Il apportait la fatale nouvelle de l'incendie de son église et venait implorer le saint-père pour qu'il l'aidât à réparer un si grand désastre. Innocent II se rendit à sa prière, et, dans une lettre qui nous a été conservée ', il exhorte les archevêques de Rouen

' « Scriptum Innocenlii Papœ ad Rotho- n nimis maxima et pro lerrenis prïEbere

« magensem archiepiscopum super, combu- « cœlestia consuevit. ' stioneecclesiœNoviomensis,etdoinorumepis- « Caeterum quid apud Noviomum pec-

« copi et canonicoram. «calîs exigentibus nuper conligeiil, quo-

• Innocentius episcopus, servus servo- « modo episcopalis, el mater ecclcsia, cum

« rum Dei , venerabili fratri Henrico RolLo- « doinibus episcopalibus incendie sunt cre-

• magensi archiepiscopo, episcopis, el di- « matœ, dileclionem vestram credimus non

« lectis filiis abbatibus ,dericis,baronibus, « lalere. Quia igilur tanlae calamitali mise-

« etaliis Dei fidelibus per Rothomagensem « ricordiler compati, et pietalis intuitu fra-

■I provinciam constilutis, salutem et apos- « lerna suffragia minislrare debemus. Uni-

'• lolicam benediclionem. » > versitatem vestram per pra;senlia scripla

« Utilis est et j^ratiosa admodum videri « exhorlamur in Domino, alque in remis-

" débet apud genus humanum haec com- « sionem peccatonim injungimus, ut ad

« inulatio , ubi pro temporalibus aelerna, ■ praifatam ecclesiam ad honorem et servi-

» pro transiloriis immulabilia conferuntur; ■ tium Domini reparandam , de facultatibus

« dater enim et remunerator omnium be- « vobis a Deo cellalis solatia Iransmillalis;

« norum Dominus, sub cujus juridictiene . quatenus cum psalmisla veraciler decan-

« et dominio omnia concluduntur, bonam « lare : Domine dilexi decerem demus tuœ

« volunlatem irremuneratam non deserens « et lecum habilalionis gloria; tuae, » alque

" de plenitudine abundanliae suœ pro mi- lin cœlesti palria corona immarcessibili

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