PREMIÈRE PARTIE. — IV
et de Sens à venir au secours de l'église de Noyon, et à lui procurer l'assistance de tous les évoques, abbés, clercs, barons et aujfes fidèles de leurs provinces.
Cet incendie de i i3i produisit une grande sensation. Guillaume de Nangis en fait ainsi mention dans sa Chronique générale : V Anno mcxxxii ' , tota fere civitas Noviomensium cum « ecclesia Sanctœ Marias et episcopio incendio flagravit. n II n'est pas une chronique contemporaine , pas une histoire de Picardie, écrite postérieurement, qui ne parle de ce désastre. Il faut que les effets en aient été bien terribles pour avoir fait une si vive impression à une époque où de tels événements se renouvelaient pour ainsi dire chaque jour.
Vingt et un ans après ce premier incendie , en 1 1 02 , la ville devint de nouveau la proie des flammes : « Quo praesidente « anno 1162 fuit incendium générale totius civitatis. » Ce sont les expressions de Democharès. Un autre écrivain , Desrues, dans ses Antiquités des villes de France, prétend que cette fois les églises ne furent pas atteintes par les flammes; mais cette allégation n'est appuyée par aucune autorité.
En 1288^, le feu dévasta, pour la troisième fois, une grande partie de la ville. La cathédrale fut-elle épargnée? Rien ne le
" proestante Domino valeatis. Dalum Ciis- « piaci, V cal. julii. n
Levasseur nous apprend ( page 862 ) qu'il a trouvé cette lettre dans le registre capitulaire coté B, fol. 27, privil. 36.
' Cette date est évidemment inexacte, puisque la lettre du pape est datée de Crespy, et que c'est seulement en ii3i qu'Innocent II séjourna chez le comte de Vermandois. Tous les autres historiens s'accordent pour placer cet incendie en i i3i. (Voyez Sjgebert et GaUia christiana, tom. IX, col. 1001.)
' Duchesne et Desrues parlent de ce troisième incendie à l'année 1228. Mais Democharès fixe sa date en i238. Cette version est adoptée par Levasseur et par le Gallia christiana : « Anno 1 238 , tertio con- « flagravit incendio urbs Noviomensis. « [Gallia christiana, tom. IX, col. 1008.) L'équivoque provient de ce que Duchesne et Desrues ont confondu la date de l'élection de l'évêque Nicolas de Roye, qui eut lieu en 1228, avec celle de l'incendie , qui n'arriva que dix ans plus tard.
prouve; mais le désastre paraît avoir été moins grand qu'en
1 1 3 1 et même qu'en 1 1 52 '.
En 1298, au contraire, on vit éclater, le 21 juillet, y^r de Sainte -Praxède, un incendie, plus furieux que les deux précédents, et, s'il faut en croire les écrits qui sont parvenus jusqu'à nous, sa violence fut telle, qu'une grande partie de la ville et presque toutes les églises, y compris la cathédrale, furent réduites en cendres^. Voici en quels termes les archives du monastère de Longpont parlent de ce quatrième incendie : « Anno incarnationis Domini 1298, mensejulio, i3 calendas « augusti, feria secunda, in aurora cœpit ignis in civitate No- «viomensi, et a dicta aurora usque in meridiem feriae tertiae « sequentis, ecclesia Beatae Mariae Noviomensis, et aliae ecclesiae M et quidquid infra muros civitatis continebatur, omnia com- «busta sunt, et quasi in pulverem reducta, exceptis domibus (I templariorum et hospitalariorum et excepta parvula ecclesia ^ «B. Pétri apostoli. » Ainsi le feu dura depuis le lundi matin au point du jour jusqu'au mardi vers le milieu de la journée, et, de tous les monuments religieux, il n'y eut que les maisons des templiers et la petite église de Saint-Pierre qui échappèrent aux flammes^.
' En effet, cet incendie de laSS est rapporté purement et simplement, sans commentaire ni description, par le petit nombre d'auteurs qui en parlent, tandis que ceux de ii3i et de 1398 donnent lieu aux expressions les plus énergiques et aux amplifications les plus effrayantes. Ainsi l'auteur du Gallia christiana, qui se contente de dire, en ia38, « Urbs tertio conflagravit inccndio,» s'exprime ainsi, en lagS :«Urbs pêne universa quarto cornniT incendie. •
' Democharès rapporte cet incendie dans les quatre vers suivants :
Milleque ter centam septem minus urbs fuit arsa Per varîum ventum , Noviomi gens quoque sparsa In Juli mensc , Praxedis luceque (esta lllius incensœ mexnor urbis tu Deus esto.
' Du temps de Levasseur, cette petite église de Saint-Pierre avait cbangé de nom : on l'appelait l'église Sainte- Godeberle.
(Voyez Levasseur, pag. 84 1.) Il n'en reste point de trace aujourd'hui.