‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon. Plans, coupes, élévations et détailsChapitre 15 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IV

Pendant le xiv" et lexv" siècle, on n'entend plus parler d'incendie; mais dans le xvf nous en trouvons trois coup sur coup : d'abord le 4 juillet i5i6, le feu prit à la cathédrale; les désastres furent considérables, mais on se rendit maître des flammes au bout de quelques heures.

En i552, le lundi 17 octobre, les Espagnols, s'étant emparés de la ville, la mirent à feu et à sang. Néanmoins, l'église Notre-Dame fut sauvée par le courage et la présence d'esprit d'un serviteur de l'œuvre, nommé Markets, qui s'étant enfermé dans une des petites tours, armé d'une hallebarde, précipita trois soldats qui montaient vers la charpente du comble avec le charbon et la paille pour l'embrasera

Enfin, en lôôy, à la fin de septembre, un mois après la fatale journée de Saint- Quentin, les Espagnols pénètrent de nouveau dans Noyon , après avoir fait mettre bas les armes à la garnison écossaise , qui s'était vaillamment défendue. L'ennemi pilla et incendia la ville , et , cette fois , l'église Notre- Dame ne fut pas épargnée ^.

' Voyez Levasseur, pag. 8^2 et 118g.

Le sac de la ville, en i552, resta longtemps dans la mémoire des habitants.

Les ravages avaient été affreux. «11 y a quelques années, dit M. de la Fons (Recherches historiques, pag. 70) , on lisait encore l'inscription suivante sur une poutre sculptée en gothique, placée à l'extérieur de la maison du sieur Payen , vitrier, rue Saint-Eloi, n° 2 :

«Guin nostram sevus venit Burgundus iu urbem « Tcrribilis nimium glandibus et gladiis ;

« Suiripuit quidg*. -"d valait , nâ tota supellex «Nobis ablata est, urbs quoquc facta cînîs.

« Aima Dei bonitas cunctis speranlibus in se «Semper adcst, uobis reddere plura potest.» ■Anno Domini i55a, 17 die oct. «

' Tous les chanoines ayant abandonné la ville, il ne fut point tenu de chapitre à Noyon pendant plusieurs années : le dernier est du g août i552. Les chanoines s'assemblèrent d'abord à Soissons, le 24 septembre, puis à Paris, le i5 novembre, afin d'aviser à déposer dans un lieu sûr les reliques qu'ils avaient emportées, « occasione universalis incendii civitatis « Noviomensis et dissolutionis dictse eccle- « siae. t

La cathédrale ne fut purifiée et bénie pour effacer les souillures résultant de l'effusion du sang, que le 7 octobre

Toutefois , aucun de ces incendies du xvi" siècle ne dut altérer la solidité de l'édifice. Beaucoup de pierres furent calcinées ; elles portent même encore aujourd'hui la trace du feu ; mais l'ensemble de la construction ne fut pas compromis ^

Les seuls incendies qui , par leur violence et par leur durée , doivent avoir mis en péril le monument, et peuvent avoir rendu sa reconstruction nécessaire , sont ceux de 1 1 3 1 et de 1293. Les témoignages sont nombreux, précis et unanimes : ce ne sont pas des feux partiels , éteints presque aussitôt qu'allumés , dont les dégâts aient donné lieu à quelques réparations de détail , ce sont des incendies de la ville entière , de ces incendies auxquels rien ne résiste, et qui ne s'éteignent que faute d'aliments , lorsqu'ils ne trouvent plus rien debout sur leur passage.

Nous nous figurons difficilement de tels désastres , aujourd'hui que le jeu régulier des pompes et les mille moyens de secours dont une ville dispose triomphent, presque à coup sûr, des feux les plus violents. Mais, dans ces petites cités du moyen âge , aux rues étroites , aux maisons de bois si souvent recouvertes de planches ou de paille, la moindre étincelle avait, en quelques heures, embrasé tout un quartier, et le foyer devenait si ardent, que les murailles, même les plus épaisses, ne pouvaient résister à l'action des flammes. De nos jours , il est presque sans exemple qu'une église s'écroule par l'effet d'un incendie; la charpente du comble prend feu, mais les murs résistent presque toujours. Ainsi, nous avons vu la toiture de la cathédrale de Chartres incendiée, et le monument est resté debout ; mais , si la ville tout entière eût été en feu , et si les

Nous pourrions citer encore plusieurs foudre tomba sur le gros clocher, et y fit autres incendies, mais de moindre impor- une brèche, mais on se rendit bientôt tance. Ainsi, le vendredi 3 août 1G07, la maître du feu.

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