PREMIÈRE PARTIE. — VII
tons que, parmi les monuments du moyen âge dont on sait exactement l'histoire, monuments moins grands, pour la plupart, que la cathédrale de Laon, plus richement dotés, soit par le zèle des fidèles, soit par la munificence de nos rois, comme l'église- Saint-Yved de Braisne, par exemple \ il n'en est pas un seul dont la construction n'ait duré vingt, trente, quarante, et même jusqu'à soixante ans^. Il est donc évident que les travaux qui s'exécutèrent à Laon de 1112 àiii/i étaient des travaux , non de reconstruction complète , mais seulement de restauration. Comment d'ailleurs conserver le moindre doute, puisque le moine Herman, témoin oculaire du désastre, nous apprend que l'église n'avait pas été entièrement détruite, mais qu'elle avait seulement souflert de grands dommages ^.
' JL'église Saint-Yved de Braisne fut commencée en 1 1 80 par Agnès , femme de Robert, comte de Dreux, fils de Louis VI. En 1216, on y travaillait encore lorsque l'archevêque de Reims et l'évèque de Soissons la consacrèrent. Les travaux n'avaient pas été interrompus : les largesses de la fondatrice permettaient de les pousser avec la plus grande activité.
Cette belle église , comblée des faveurs royales, ne put cependant être terminée plus vite ; il est vrai qu'elle fut exécutée avec un soin extrême. C'est un admirable modèle de ce style qui, quoique entièrement à ogive , porte encore un léger caractère de transition.
' Les travaux de la cathédrale de Reinjs durèrent trente ans sans interruption. A Saint-Denis, la reine des abbayes, la reconstruction du XIII* siècle commence en laSi et se poursuit sans relâche jusqu'en
« Sic etiam ecclesiam nostram quam ,
(1 ut prœdictum est, per multa tempora in- '< signi gloria sublimaverat, in diebus nos-
« tris NON QUIDEM EX TOTO DESTHUI, Sed
c nimia passus est ( Deus ) tribulatione « vexari. » (Hermani monachi De miracalis D. Mariai Laïuhinensis libri très ; lib. I , cap. i.) Ces mots « non quidem ex toto destrui » s'appliquent-ils au monument ou bien à l'église spirituelle , c'est ce qu'il est assez difficile de décider.
Mais voici qui est plus clair :
« Barlholomsus episcopus cujus indus- « tria càthedralis ecclesia in brevi reparata 11 ilerum fuit consecrata. » (Herman. Voyez GalUa Christiana, t. IX, col. 629.) 11 est donc évident que l'église fut réparée et non reconstruite. Si, au lieu du mot reparata, on lisait restaurata, il serait possible de croire à une reconstruction , car le mot resiauratio a presque toujours cette signification dans les auteurs de ce temps ; tandis qu'ils ne se servent du mot reparare que dans le sens de notre verbe réparer.
Ainsi , la cathédrale consacrée en 1 1 1 4 n'était autre que l'ancienne cathédrale, monument à plein cintre, d'une assez haute antiquité, qu'on venait de consolider, de réparer, afin de pourvoir aux besoins du culte. Au bout d'un demi -siècle environ , ces murailles calcinées auront de nouveau menacé ruine, et il aura fallu les rebâtir de fond en comble. De là l'église actuelle, construction faite évidemment d'un seul jet, bien qu'on y rencontre quelques disparates; monument dont certains chapiteaux conservent encore une forme un peu romane, mais où l'ogive domine presque exclusivement, et qu'il est difficile de ranger parmi les œuvres de l'époque de transition , tant il semble appartenir plutôt au xiii* siècle qu'au xii*.
Est-il besoin de dire que, puisque les travaux de 1 1 1 ^ n'ont été nécessairement que des travaux de restauration, il est impossible de supposer que le monument restauré se soit conservé jusqu'à nos jours, et que ce soit encore lui que nous ayons devant les yeux? D'abord on ne découvre pas sur la maçonnerie de la cathédrale actuelle la moindre trace d'une reprise, d'une réparation aussi importante que dut être celle de iii4; en second lieu , la cathédrale de Laon , d'après le témoignage des historiens, était déjà très-ancienne lorsqu'elle fut incendiée: croire à sa perpétuité, ce serait donc admettre l'existence d'un monument entièrement à ogive , non plus au début du xi* siècle, mais bien avant l'an looo. Ce serait faire un acte de foi encore plus complaisant que celui qu'on nous demande pour la cathédrale de Coutances.
Cette thèse a pourtant été soutemie ^ On a prétendu que, les chroniqueurs ne parlant pas d'une reconstruction de la cathédrale postérieurement à 1 1 1 4 , cette reconstruction ne pouvait avoir eu lieu. Pour nous, elle n'en est pas moins certaine, et
' Voyez Devismcs, Histoire de Laon, tom. I, p. aa6.