‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon. Plans, coupes, élévations et détailsChapitre 51 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

à défaut de toutes les raisons que nous venons d'en donner, il suffirait, pour se convaincre, de jeter les yeux sur un autre monument encore debout dans la ville de Laon, l'église de l'ancienne abbaye de Saint-Martin. Cetle collégiale n'ayant été réformée et régularisée par saint Norbert qu'en 1 1 2 4 , et le nombre des religieux ne s'étant augmenté, dans une proportion assez considérable pour motiver la reconstruction de l'église qu'environ douze ans après, on ne peut faire remonter cette reconstruction qu'à 11 /io ou tout au plus à 11 36. Eh bien! à l'exception de la façade, qui est beaucoup plus récente, l'église entière n'est percée extérieurement que de fenêtres à plein cintre; sa forme, son aspect général, les sculptures de la corniche, les moulures qui relient les cintres des fenêtres, tout en elle appartient au style roman de la dernière époque.

Que ceux qui verront cette église de Saint-Martin de Laon la comparent avec la cathédrale, et qu'ils se demandent s'il est possible de supposer que, de ces deux édifices, la cathédrale soit le plus ancien. Admettons même, si l'on veut, l'hypothèse d'une reconstruction totale en 1 n4, hypothèse démentie par les faits, comme on l'a vu plus haut, il n'en sera pas moins hors de toute vraisemblance qu'à côté d'un monument où le style à ogive semble déjà presque parvenu à son entier développement, il se soit élevé, vingt ou trente ans plus tard, dans la même ville, un autre monument servilement fidèle, par ses formes extérieures, aux lois de l'ancienne architecture, et se rattachant à peine à fépoque de transition par quelques arcades à ogive qui se montrent timidement à l'intérieur '.

' On pourra dire, nous le savons, que très peu enclin aux innovations; qu'il ne

l'église Saint-Martin dépendait d'une ab- serait donc pas étonnant que les moines

baye; que le clergé régulier était en gêné- de Saint -Norbert, en construisant leur

rni très-attaché aux traditions anciennes , église , n'eussent pas pris modèle sur la

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Ainsi, mettons de côté la cathédrale de Laon comme toutes les autres. Pas plus d'exceptions miraculeuses en Picardie qu'en Normandie. Partout l'art a suivi , non pas une marche uniforme et régulière, tant s'en faut, mais un certain mouvement de progression plus ou moins lent, plus ou moins rapide, sans jamais cesser d'êlre continu. Nulle part de ces pas de géant qui franchissent d'un bond la carrière, nulle part de ces coups d'essai valant mieux que les coups de maître; partout, au contraire, entre l'ancien et le nouveau style, un temps de passage, plein de diversité, variable dans sa durée comme dans ses formes, mais nécessaire ; partout , en un mot, une époque de transition.

C'est là le premier point qu'il importe de constater : puis, une fois démontrées la nécessité et F universalité de l'époque de transition, reste à déterminer, d'une manière générale, à quel moment- elle commence.

brillante cathédrale qu'ils avaient devant les yeux. L'observation est vraie, mais seulement dans une certaine mesure. Entre une abbaye et une église séculière bâties à la même époque, il y a presque toujours une certaine différence, c'est-à-dire un peu plus de tendance aux idées novatrices dans l'église séculière, un peu plus de respect pour les anciennes traditions dans l'abbaye ; mais ni d'un côté , ni de l'autre , on ne saule deux ou trois degrés intermédiaires, soit en arrière, soit en avant. Les différences se bornent à des nuances peu sensibles. Ici, au contraire, deux styles entièrement opposés sont en présence ; leur apparition simultanée serait déjà un vrai prodige, mais on va plus loin. On veut que celle de ces deux églises qui est la plus moderne en apparence, c'est-à-dire la cathédrale , soit en réalité la plus ancienne. Ce

premier point établi , on n'est malheureusement pas maître de la rendre plus ancienne seulement de vingt ou trente ans; l'hypothèse d'une reconstruction totale en 1 1 1 4 est, comme on sail, inadmissible : il faut donc remonter à un siècle ou deux pour assister à la construction première de l'édifice ; dès lors les moines de Saint-Martin , en construisant leur église, ont dû faire un terrible effort rétrospectif, puisque l'aspect qu'ils lui ont. donné est plus ancien que celui d'un monument qui aurait été bâti plus de deux siècles auparavant.

N'avions-nous pas raison de dire que cette observation sur les caractères de l'archileclure propre aux abbayes et aux églises séculières n'était vraie que dans une certaine mesure , et l'applicalion qu'on en voudrait faire ici ne serait-elle pas complètement dépourvue de fondement?

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