DEUXIEME PARTIE
— LISTE CHRONOLOGIQUE. 247 i A 7 3 . — Goiu.acmf. (II) Marafin. L'épiscopat do Jean de Mail) y avait duré cpiarantc-scpt ans. Celui de son successeur en dura près de trente. Ils occupèrent à eux deux le xv* siècle presque tout entier. » Sous Guillaume Mnrafm fut rcnouvcllé l'arrest louchant le serinent solennel des maires et eschevins de la ville qui se fait par chacun an et sur les reliques de M* saint hloi au palais épiscopal. » (Lcvass. 1 070.) Pendant cet épiscopat, le Noyonnais fut ravagé par les guerres entre Louis XI et le duc de Bourgogne. Depuis plus d'un siècle, cette malheureuse province n’avait cessé d’être le théâtre de la guerre.
La paix ne régnait nulle part, car Marafin et son chapitre furent constamment en querelle. II est vrai qu'il était parvenu à l’épiscopat d’une manière peu régulière. Leroi Louis XI avait fait signifier aux chanoines qu’il voulait pour évêque Guillaume Marafin et non point autre. Les chanoines cédé • rent, mais gardèrent rancune au prélat et lui liront rude
guerre.
i5oa. — Charles de Hangest. Marafin étant mort, les chanoines firent supplier le roi de les laisser libres cette lois d’élire leur évêque. Le roi, ce n’était plus Louis XI , leur répondit qu’ils étaient libres , mais il leur recommanda Charles de Hangest, neveu de son ministre favori, le cardinal d’Atnboise. Le chapitre prit au sérieux la liberté qu’on lui rendait , et se livra . pendant pln- • sieurs séances, à l’exercice de son droit. Enfin, après de nombreux scrutins, Charles de Hangest fut élu ’.
C’est sous son épiscopat que la bibliothèque votée par le chapitre sous Raoul de Coucy , en fut définitivement
construite. (Voir Lcvass. p. 1 1 1 1 , et ci-dessus . p. 1 47.)
En iôi6, le feu prend à la cathédrale, la nuit, sur les dix heures du soir : il est éteint quelque temps après.
Le t" août i 5 a 5 , Charles de Hangest résigne son évêché à
' Les chanoines étaient si heureux de rentrer en possession de leur antique droit d'élection . qu’ils ressuscitèrent . dans cette circonstance, tous leurs anciens usages.
Ils portèrent eux-mêmes dans leurs liras le nouvel élu sur son siège, le placèrent sur le grand autel, et le rapportèrent devant son trône.
Jean de Hangest, son neveu, et se réserve seulement le titre et les fonctions de vicaire général. C’est en cette qualité qu’il posa la première pierre de la chapelle neuve ou chapelle de l’Assomption de la Vierge, en i 5 tt 8 .
Il mourut le 29 juin de la même année. Sa mémoire fut bénie et vénérée par tous les chanoines, qui l’appelaient le Bon Evêque.
i'> 32 . — Jf.ax de Hangest. Bien qu'il fût en possession du titre depuis i 5 aô, Jean de Hangest ne devint réellement évêque que sept ans après, lorsqu'il eut atteint vingt-sept ans et qu’il put être sacré.
Il ne marcha pas sur les traces de son oncle, et, dès son entrée, il montra les dents au chapitre. Bientôt les procès recommencèrent comme au temps de Jean de Mailly et de Marafm.
C’est sous son épiscopat qu'éclatèrent les incendies de 1 55 a et 1.557.
En 1077, Charles de Hangest mourut à Paris, au grand contentement de son chapitre, qu’il tenait en échec depuis quarante ans. Levasseur avoue pourtant tpi 'il était homme de science et très-orthodoxe ', mais il avait la fureur des procès, ne résidait presque jamais à Noyon , et portait barbe longue contre l’usage et les canons. Les chanoines furent si scandalisés de cette harbe longue, qu’ils lui refusèrent l'entrée au chœur jusqu’à ce qu’il se fût mis en état décent. Cette barbe devint l’origine d'un long procès sur lequel vingt autres vinrent se greffer.
1078. — Claude dvAngenxes. De la famille de Rambouillet. Il fut, comme Jean de Hangest. pourvu et non élu. Les procès continuèrent. Mais, cette fois , le chapitre était l'agresseur. L'évêque n'avait pas l’humeur belliqueuse : il abandonna la partie. Se voyant obligé de plaider au lieu de prêcher, de solliciter ses juges au lieu de visiter ses ouailles, la place ne lui sembla plus tenable , et. au
Colliutlc, au contraire , le soupçonne frère . François de Hangest . était un lélé d'avoir eu du penchant pour l’hérésie. Son protestant.
DEUXIÈME PARTIE. — LISTE CHRONOLOGIQUE. 249 bout de dix ans . il résigna son évêché pour passer à celui du Mans.
i. r >88. — Gabriel de Bleignï. il était évoque depuis quelques jours seulement. lorsque la nouvelle de la mort de MM. de Guise par vint è Novon. La ville et le chapitre se déclarèrent aussitôt pour la ligue. Le nouvel évêque eût voulu ne point prendre de parti. C'était un homme d'église, rompu aux affaires ecclésiastiques, mais sans passions politiques. Il résida peu à Noyon . et mourut à Péronne en lôpa,
i5g3. — Jean Minier. Issu de parents pauvres, homme de bien et de science, il lut nommé évêque de Noyon. mais non promu, la mort l'ayant surpris avant qu’il fût en possession de son siège. «Cette nomination, dit Levasseur, ne pleut à tous à cause de sa vile extraction, qui sembloit y contredire, pour estre icelle par trop éloignée de la qualité d’un pair de France et comte de Noyon. »
1 5<p>. — Ch a h lfs de Balsac. Noyon, ville ligueuse et anti-royaliste, lut prise par le roi en îôqi, reprise par les ligueurs en i5g3, et enfin définitivement soumise en février i5ç)5. Le roi, usant du droit du vainqueur, donna l’évêché de Noyon à Antoine d’Estrées, père de la célèbre Gabrielle, lequel en disposa incontinent en faveur de messirc Charles de Balsac , premier archidiacre de Rouen. Il n'était plus question d’élection, et néanmoins le chapitre crut devoir faire bon et magnifique accueil A son nouveau prélat.
. Charles de Balsac résida peu à Noyon; il occupait de grandes charges et assistait souvent au parlement en qualité de pair. II fut de mœurs très-pacifiques, et mourut regretté de ses ouailles et de son chapitre.
1 6 a G . — Henry de Baradat. Gentilhomme de la chambre du roi, seigneur de Damery, baron de Thou -, nommé évêque par le roi , sacré à Paris parM. deGondy. Levasseur, qui écrivait sous son épiscopat, le loue avec hyperbole. C’était un homme ordinaire, mais bon et charitable. Il fit une nouvelle édition du bré-
viaire et du missel de Noyon , et reforma quelques monastères de son diocèse. Une maladie de poitrine l'enleva en 1660.
1 66 i . — François df. Clermont-Tonnerre. Cet évêque de Noyon s’est acquis une véritable célébrité par son excessive vanité aristocratique. Ua Bruyère a fait son portrait ; on ne tarirait pas s'il fallait rapporter tous les traits de sol orgueil dont se compose sa vie. C’est à lui qu’il arriva de dire à ses auditeurs : canaille chrétienne, ne pouvant pas se résoudre à les appeler mes frères. Dans son discours de réception à l'Académie française, il ne disait pas un seul mot de son prédécesseur Barbier de Haucourt; l’Académie lui ayant demandé de se conformer à l’usage, il répondit gu'il s'était fait une loi de ne jamais louer de roturiers, ("est lui qui . dans sa dernière maladie, disait à Dieu : Seigneur, ayez pitié de ma grandeur; et c’est encore à lui qu’on prête le mot fameux que Dangeau met dans une autre bouche : u Dieu y regardera à deux fois avant de damner un homme de ma qualité. »
Madame de Coulanges écrivait à Madame de Sévigné (le 10 décembre i 6 g 4 ): 41 . de Noyon fait toujours à la cour une figure principale; il est le seul présentement qui y soit, et la cour a toujours besoin d'un pareil amusement. »
Ce personnage de comédie mourut le 5 février 1701, après un épiscopat de quarante ans.
Pendant le xvni f siècle, le siège de Noyon a été occupé par six évêques sur le compte desquels on ne possède aucun renseignement. Nous nous bornerons à citer leurs noms.
1701. — Claude Mauk, fils d'Urbain d’Aubigné.
1707. — Charles François de Ciiàteaunbup.
1731. — Claude II de Rouvroi Saint-Simon.
1 733. — Jean François, fils de François-lsaac de la Cropte de Bourzac. 176(5. — Charles de Broglie.
1777. — Louis-André Grimaldi. Dernier évêque.
La plupart des évêques qui figurent sur cette longue liste
DEOXIÉME PARTIE. — LISTE CHRONOLOGIQUE. 251 chronologique, ont été ensevelis dans l’église Notre-Dame de Noyou; mais il n’existe aujourd’hui aucun vestige de leurs tombeaux. 11 faut qu’à l’époque révolutionnaire on se soit appliqué, avec un soin particulier, à détruire les tombes épiscopales, ou au moins à faire disparaître les pierres qui les recouvraient, Ce qui semble indiquer que celte destruction dut être systématique, c’est qu’on a laissé subsister dans l’église un très-grand nombre de pierres tumulaircs de toutes les époques, mais consacrées à des mémoires plus modestes. Ainsi nous trouvons beaucoup d'inscriptions qui nous parlent de chanoines, de chantres, de sous-chantres, de chapelains, d'écolâtres, de trésoriers, ou même de simples laïcques tels qu’avocats, médecins, conseillers, etc. etc. mais pas un seul fragment de marbre ou de pierre sur lequel soit écrit le nom d’un évêque, comte de Noyon et pair de France.
Quoique les pierres tumulaires de cette ancienne cathédrale ne couvrent que des cendres obscures, elles n’en sont pas moins dignes d’intérêt. Ce ne sont pas seulement les inscriptions, la forme des lettres et leur disposition qui méritent d’être étudiées : l’artiste, de même que l’antiquaire, y peut trouver son profit. Quelques-unes de ces pierres sont aussi remarquables comme objets d’art, comme œuvre de sculpture ou plutôt de gravure en creux, que comme monuments paléographiques.
Nous aurions pu donner des fac-similé de ces pierres tumulaires ou tout au moins les décrire et en discuter la valeur; mais c’eût été sortir des bornes de notre travail. 11 y aurait là matière à un ouvrage spécial. Déjà M. l'abbé Magne en a jeté les bases dans un mémoire plein d’observations utiles 1 .
1 Ce mémoire a été publie dans le Bulletin moiium*' de M. de (.«union . t. X.C.aen, » 8 A A -
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Les inscriptions les plus importantes qui existent encore dans l’ancienne cathédrale de Noyon ont été fidèlement recueillies * par lui.
Nous ne ferons qu’une seule remarque, la seule qui se rap- . porte directement à notre sujet. Parmi ces pierres tumulaires si nombreuses, il n’eu est pas une seule qui soit antérieure au xin' siècle. Nouvelle preuve, s’il en était besoin, qu avant l’an 1200 les travaux de reconstruction de l’église Notre- Dame de Noyon ne devaient pas être complètement terminés.
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