PREMIÈRE PARTIE. — VII
que la princesse Mahaut, veuve de Guillaume le Bâtard, ait fait couvrir de plomb, en 1088, le chœur, les transsepts et une partie de la nef de la cathédrale, il est parfaitement certain que ce n’étaient ni le chœur, ni les transsepts, ni la nef de la cathédrale actuelle, dédiée seulement en 1260. Notre-Dame de Chartres était à peine hors de terre, lorsqu’en x 1 4 5 , au retour d’un voyage dans le pays chartrain, Hugues, archevêque de Rouen, écrivait à l'évêque d’Amiens Thierry, que tous les habitants de la province, hommes, femmes et enfants, se livraient depuis peu avec une incroyable ardeur à la reconstruction de leur église 1 * . Enfin, quant à Fécamp, on oublie, lorsqu’on veut voir dans l’église de son abbaye un monument de 1 108, qit’en 1167 un incendie réduisit en cendres tout le monastère 3 , et que l’abbé Henri de Suiliy travaillait encore à relever l’église de ses ruines lorsqu’il mourut en 1 188.
Ainsi, tout en regardant comme un fait incontestable que l’époque de ti'ansition commence dans le nord-ouest de la France beaucoup plus tôt que dans les pays voisins, il faut mettre de côté tous ces prétendus miracles qui ne font que rendre suspectes aux gens sérieux nos dates même les plus authentiques. Des monuments de transition , à partir de 1 1 5 o, quelque rares qu’ils puissent être dans le reste de l’Europe, nous pouvons hardiment en montrer chez nous un bon nombre; mais des constructions complètement à ogives avant cette époque , c’est courir après une chimère que de vouloir en trouver une seule.
Toutefois, quelques mots encore sur une église à laquelle
1 Voyex Remarques de l'abbé Lcbœuf ’ «1167 : Fiscannense monasterium sur le tome VI des Annales bénédictines de « combustum , etc. • ( Robertus de Monte,
dom Mabillon publié par dom Martcnnc. in append. ad Sigebertum.)
(Mercure Je France, juin 1739.) ' , . ■
on attribue, en Picardie, une ancienneté presque aussi extraordinaire que celle dont on fait honneur, en Normandie, à la , cathédrale de Coutances. Nous voulons parler de l'ancienne cathédrale de Laon. L’histoire de cette grande église , remarquable à beaucoup d’égards par son architecture, est mêlée à celle des sanglantes catastrophes qui signalèrent, dans la ville de Laon, l'établissement de la commune. Au moment où les bourgeois venaient de massacrer leur évêque, la cathédrale, prise et reprise d’assaut, devint tout à coup la proie des llainmes. L’incendie fut violent; il dévora une moitié de la ville, et l’église fut en grande partie détruite. C’était en l'année 1112. Deux ans après , en 1 1 1 4 , grâce à des quêtes abondantes, faites, non-seulement en France, mais même en Angleterre; grâce à l’ardeur du clergé et de la population , tout était réparé et le culte était solennellement rétabli dans l’église *.
Venait-on seulement de restaurer l’édifice? L’avait-on reconstruit complètement ? L’opinion commune croit à une reconstruction 1 * 3 . Si cette opinion était fondée, si l’église qui subsiste aujourd’hui était celle de 1 1 1 4 > cet immense édifice serait l’œuvre de deux années et quelques mois! line telle supposition ne peut pas se soutenir. Quelque nombreux que fussent les ouvriers, quelque abondant que fût l’argent, il était matériellement impossible qu’un si vaste vaisseau pût être élevé et couvert dans l’intervalle de deux ans et demi. Un pareil tour de force ne serait pas plus admissible avec les procédés employés aujourd’hui qu’avec ceux dont on se servait alors. Ajou-
1 « IV id. sept, anno 1 1 14. ccclcsiam ca-
• tliedralcm à se instauraient dedicavit, ut
• patet ex his verbis Hennnni . lib. 111 , cap.
• l : Bartholoniæus adeo templuni Domin.e
• Nostrce studuit accelerarc ut post duos
• semi annos inccusionis ejus rursunt fieret « soleiuuis dcdicatio cjus. » ( Gallia chrisliana, loin. IX, col. 53o.)
1 Voyez dom Lclong, Histoire du diocèse de Laon , pag. a 1 5.