‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon [Texto impreso]Chapitre 51 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

tons que, parmi les monuments du moyen âge dont on sait exactement l’histoire, monuments moins grands, pour la plupart, que la cathédrale de Laon, plus richement dotés, soit par le zèle des fidèles, soit par la munificence de nos rois, comme l’église Saint-Yved de Braisne, par exemple 1 , il n’en est pas un seul dont la construction n’ait duré vingt, trente, quarante, et même jusqu’à soixante ans 2 . Il est donc évident que les travaux qui s’exécutèrent à Laon de 1 1 1 a à 1 1 1 4 étaient des travaux , non de reconstruction complète , mais seulement de restauration. Comment d’ailleurs conserver le moindre doute, puisque le moine Herman, témoin oculaire du désastre, nous apprend que l’église n’avait pas été entièrement détruite, mais quelle avait seulement souffert de grands dommages \

1 L’église Saint-Yved de Braisne fut commencée en 1 180 par Agnès, fenmic de Bobcrt , comte de Dreux , fils de Louis VI.

En iai6, on y travaillait encore lorsque l’archevêque de Reims et l'évèquc de Soissons la consacrèrent. Les travaux n'avaient pas été interrompus : les largesses de la fondatrice permettaient de les pousser avec la plus grande activité.

Cotte belle église , comblée de* faveurs royales, ne put cependant être terminée plus rite ; il est vrai qu’elle bit exécutée avec un soin extrême. C’est un admirable modèle de ce style qui , quoique entièrement à ogive, porte encore un léger caractère de transition.

’ Les travaux de la cathédrale de Reims durèrent trente ans sans interruption. A Saint-Denis, la reine des abbayes, la reconstruction du xm* siècle commence on î a3i et se poursuit sans relâche jusqu’en >a8i.

‘ * Sic etiom ccclcsiam nostram quant ,

« ut prsedictum est, per muita tempora in-

• signi gloria sublimuverat, in diehus nos- «tris NON QOIDBM EX TOTO DESTfU‘1 , Scd i niiuia passes est ( Deus ) trihulationc

• vexari. > (Henuani monachi Do mirucultf li. Manœ Luuduncnsii libri 1res ; lili. I , cap. i.)

Ces mots • non quidem ex loto destnii > s’appliquent-ils au monument ou bien a l’église spirituelle , c’est ce qu’il est assex dillicilc de décider.

Mais voici qui est plus clair :

* Dartholomæus episcopus cujus indus-

• tria cathedrolis ccclcsia in brevi reparut a « iterunt fuit consecrata. « (Herman. Voyex G allia Chrisliana, t. IX, col. 5ag.) 11 est donc évident que l’église fut réparée et non reconstruite. Si. au lieu du mot réparai», on lisait reslauruta, il serait possible de croire à une reconstruction , car le mot restauratie a presque toujours cette signification dans les auteurs de ce temps ; tandis qu’ils ne se servent du mot reparure que dons le sens de notre verbe réparer.

Ainsi, la cathédrale consacrée en 1 x 1 4 n’était autre que l’ancienne cathédrale, monument à plein cintre, d’une assez haute antiquité, qu'on venait de consolider, de réparer, afin de pourvoir aux besoins du culte. Au bout d’un demi -siècle environ , ces murailles calcinées auront de nouveau menacé ruine, et il aura fallu les rebâtir de fond en comble. De là l’église actuelle, construction faite évidemment d’un seul jet, bien qu’on y rencontre quelques disparates; monument dont certains chapiteaux conservent encore une forme un peu romane, mais où l’ogive domine presque exclusivement, et qu’il est difficile de ranger parmi les œuvres de l’époque de transition , tant il semble appartenir plutôt au xni° siècle qu’au xn*.

Est-il besoin de dire que, puisque les travaux de x 1 14 n’ont été nécessairement que des travaux de restauration, il est impossible de supposer que le monument restauré se soit conservé jusqu’à nos jours, et que ce soit encore lui que nous ayons devant les yeux? D’abord on ne découvre pas sur la maçonnerie de la cathédrale actuelle la moindre trace d’une reprise, d’une réparation aussi importante que dut être celle de iii 4 ; en second lieu, la cathédrale de Laon, d’après le témoignage des historiens, était déjà très-ancienne lorsqu’elle fut incendiée: croire à sa perpétuité, ce serait donc admettre l’existence d’un monument entièrement à ogive, non plus au début du xi* siècle, mais bien avant l’an 1000. Ce serait faire un acte de foi encore plus complaisant que celui qu’on nous demande pour la cathédrale de Coutances.

Cette thèse a pourtant été soutenue l . On a prétendu que, les chroniqueurs ne parlant pas d’une reconstruction de la cathédrale postérieurement à 1 1 1 4 , cette reconstruction ne pouvait avoir eu lieu. Pour nous, elle n’en est pas moins certaine, et

1 Vojez Dcvistucs, Histoire Je Laon, tom. I, p. aa6.

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