I . Le .5 décembre, suivant d'autres listes
tout entier et bien conservé ' ; mais dégagé de tout ce qui l'enveloppait, il n'offrait pas la figure d'un cadavre; tout le corps tomba en putréfaction, et il en sortit une odeur si infecte, qu'il ne fut pas possible de rester présent : on brûla de la poudre, on tira plusieurs coups de fusil pour purifier Tair. On le jeta bien vite dans la fosse, sur un lit de chaux vive, et on le couvrit encore de terre et de chaux.
Autre remarqua. Les entrailles des princes et princesses étaient aussi dans le caveau , dans des seaux de plomb déposés sous les tréteaux de fer qui portaient leurs cercueils : on les porta au cimetière ; on jeta les entrailles dans la fosse commune. Les seaux de plomb furent mis de côté , pour être portés, comme tous les autres, à la fonderie qu'on venait d'établir dans le cimetière même, pour fondre le plomb à mesure qu'on en trouvait.
Vers les trois heures après midi , on a ouvert , dans la chapelle dite des Charles , le tombeau de Charles Y, mort en 1380, âgé de 42 ans, et celui de Jeanne de Bourbon , son épouse, morte en 1378, âgée de 40 ans.
Charles de France, mort enfant en 1386, âgé de 3 mois, était inhumé aux pieds du roi Charles V, son aïeul. Ses petits os tout à fait desséchés, étaient dans un cercueil de plomb. Sa tombe en cuivre était sous le marchepied de l'autel.
Isabelle de France , fille de Charles V, morte âgée de 5 ans, quelques jours après sa mère Jeanne de Bourbon, morte en 1 378 ; et Jeanne de France , sa sœur, morte en t366, âgée de 6 mois
f. \ji peao était blanche, le nez violet, les parties postérieures ronges comme relies d'on enfant nonveau-né ; le corps , qui n'avait pas été embaumé suivant l'isife ordiDairf , nageait dans ooe eau abondante formée par la dissolution du sel Barin dont oo l'avait enduit. (Alexandre Lenoir, Musée des Monumenls françms. Tous CM détails arracbés au secret de la tombe nous semblent hideux et revdiaols ; ce n'est qu'à regret que noas nous sommes décidé i les donner dans lev odiesse nadité.
et 14 jours, étaient inhumées dans la môme chapelle, à cété de leurs père et mère. On ne trouva que leurs os sans cercueils de plomb, mais quelques planches de bois pourri.
Remarques. On a trouvé dans le cercueil de Charles V une couronne de vermeil bien conservée, une main de justice d'argent, et un sceptre de cinq pieds de long, surmonté de feuiUes d'acanthe d'argent , bien doré , dont l'or avait conservé tout son éclat ' .
Dans le cercueil de Jeanne de Bourbon , son épouse , on a trouvé un reste de couronne, un anneau d'or, des débris de bracelets ou chaînons, un fuseau ou quenouille de bois doré, à demi pourri, des souliers de forme fort pointue, en partie consommés, brodés en or et en argent.
Les corps de Charles V et de Jeanne de Bourbon, sa femme, de Charles VI et de sa femme, de Charles VIT et de sa femme, retirés de leurs cercueils, ont été portés dans la fosse des Bourbons ; après quoi , cette fosse a été couverte de terre , et on en a fait une autre à gauche de celle des Bourbons, dans le fond du cimetière, où on a déposé les autres corps trouvés dans l'église.
Le jeadi, 47 octobre 4793.
Au matin, on a fouillé dans le tombeau de Charles VI, mort en 1422 , âgé de 54 ans, et dans celui d'Isabeau de Bavière, sa femme, morte en 1435 : on n'a trouvé dans leurs cercueils que des ossements desséchés : leur caveau avait été enfoncé, lors de la démolition du mois d'août dernier. On mit en
< . Ce sceptre était surmonté d'un bouquet en feuillage, au milieu duquel s'élevait une grappe de corymbe, ce qui lui donne à peu près la forme d'un thyrse , tel qu'on en voit dans Montfaucon, article des sceptres; morceau d'orfèvrerie assez bien travaillé pour son époque. (Alexandre Lenoir, Musée des Monuments fhm^ çais.)
pièces et ea morceaux leurs belles statues de marbre, et on pilla ce qui pouvait être précieux dans leurs cercueils.
Le tombeau de Charles YII , mort en 1461, âgé de 59 ans, et celui de Marie d'Anjou , sa femme, morte en 1463 , avaient ausôi été enfoncés et pillés. On n'a trouvé dans leurs cercueils qu'un reste de couronne et de sceptre d'argent doré.
Remarques. Une singularité de l'embaumement du corps de Charles Vil, c'est qu'on y avait parsemé du vif-argent , qui avait conservé toute sa fluidité. On a observé la même sin- [njlarité dans quelques autres embaumements de corps du xn** et du xv* siècles.
Le même jour, 47 octobre 1793.
L'après-dîner, dans la chapelle de Saint-Hippolyte, on a fart rexlraclion de deux cercueils de plomb , de Blanche de Na- \arre. swonde femme de Philippe de Valois, morte en 1391 *, H de Jeanne de France, leur fille, morte en 1371, âgée de 20 ans. On n a pas trouvé la tète de cette dernière; elle a été vrai- M'mblablement dérobée , il y a quelques années , lors d'une H'paration faite à l'ouverture du caveau.
On a ensuite fait l'ouverture du caveau de Henri 11, qui t'tail fort |)elit : on en tira d'abord deux cœurs, un gros, Taulro moindre; on ne sait de qui ils viennent, étant sans in-i^Tiirtiuns : ensuite quatre cercueils; 1" celui de Marguerite <lt* Franc»', femme de Henri IV, morte le 27 mai 1615, âgée •!»• f>î ans :
i' t>l»i (\v François, duc d'Alençon , quatrième fils de M«>nri II. mort en 1584, â:40 de 30 ans ; 3" celui de François 11, <]iu n'a régné qu'un an et demi , et (}ui mourut le o décembre
i. Ka 1399, suivant l'inscripliou expiatoire et les historiens.
1560, âgé de 17 ans; 4® d'une fille de Charles IX ^ nommée Elisabeth de France, morte le 2 avril 1578, à 6 ans.
Avant la nuit, on a ouvert le caveau de Charles VIII, mort en li98, âgé de 28 ans. Son cercueil de plomb était posé sur des tréteaux ou barres de fer : on n'a trouvé que des os prefr que desséchés.
Le vendredi, 48 oclobre 4793.
Vers les sept heures du matin, on a continué l'extraction des cercueils du caveau de Henri II, et on en a tiré quatre grands cercueils , celui de Henri H, mort le 10 juillet 1559, âgé de W ans et quelques mois; de Catherine de Médicis, sa femme, morte le 5 janvier 1589, âgée de 70 ans; de Charles IX , mort en 1574 , âgée de 24 ans; de Henri HI, mort le 2 août 1589, âgé de 38 ans; celui de Louis, duc d'Orléans, second fils de Henri II , mort au berceau ; de Jeanne de France , et de Victoire de France , toutes deux filles de Henri II , mortes en bas âge.
Remarques. Ces cercueils étaient posés les uns sur les autres, sur trois lignes: au premier rang, à main gauche en entrant, étaient les cercueils de Henri II et de Catherine de Médicis, sa femme, et de Louis d'Orléans, leur second fils; le cercueil de Henri II était posé sur des barres de fer, et les deux autres sur celui de Henri II.
Au second rang, au milieu du caveau, étaient quatre autres cercueils , placés les uns sur les autres , et les deux cœurs , cidessus mentionnés, étaient posés dessus.
Au troisième rang, à main droite, du côté du chœur, se trouvaient quatre cercueils : celui de Charles IX , porté sur des barres de fer, en portait un grand (celui de Henri III) et deux petits.
Dessous les tréteaux ou barres de fer, sur lesquels étaient
posés les cercueils de plomb , il y avait beaucoup d'ossements ; ce sont probablement des ossements trouvés dans cet endroit, lorsqu'en 4749 on a fouillé pour faire le nouveau caveau des Valois , qui était avant construit dans l'endroit même où on a déposé les restes des princes et princesses, au fur et à mesure qu'on les a découverts.
Le même jour, 18 octobre 1793.
On est descendu dans le caveau de Louis XII, mort en 4515, âgé de 53 ans. Anne de Bretagne , son épouse , morte en 15! i, âgée de 37 ans, était dans le même caveau, à côté de lui : on a trouvé sur leurs cercueils deux couronnes de cuivre doré.
Dans le chœur, sous la croisée septentrionale , on a ouvert le tombeau de Jeanne de France , reine de Navarre , fille de Ix)uis X , dit le Hutin, morte en 4 349, âgée de 38 ans. Elle était enterrée aux pieds de son père, sans caveau : une pierre creuse, tapissée de plomb intérieurement, et couverte d'une antre pierre toute plate, renfermait ses ossements; on n'a trouvé dans son cercueil qu'une couronne de cuivre doré.
Louis X, dit le Hutin , n'avait pas non plus de cercueil de plomb ni de caveau ; une pierre creuse , en forme d'augo , tapissée en dedans de lames de plomb , renfermait ses os desséchés, avec un reste de sceptre et de couronne de cuivre rongé par la rouille; il était mort en 1316, âgé de près de il ans.
I>» petit roi Jean, son fils posthume, était à côté de son père, dans une petite tombe ou auge do pierre , revêtue de plomb , n'ayant vécu que quatre jours.
Près du tombeau de Louis X était enterré , dans un simple cercueil de pierre, Hugues, dit le Grand, comte de Paris, mori en 956 , père de Hugues Capet, chef de la race des Capétiens. On n'a trouvé que ses os presque en poussière.
On a été ensuite au milieu du chœur découvrir la fosse de Charles le Chauve, mort en 877, âgé de 54 ans. On n'a trouvé, bien avant dans la terre, qu'une espèce d*auge en pierre, dans laquelle était un petit coffre qui contenait le reste de ses cendres. Il était mort de poison en deçà du Mont-Cenis, sur les confins de la Savoie, dans une chaumière du village de Brios, à son retour de Rome. Son corps fut mis en dépôt au prieuré de Nantua, du diocèse de Dijon , d'où il fut transporté 7 ans après à Saint-Denis.
Le samedi 19 octobre 1793.
La sépulture de Philippe , comte de Boulogne , fils de Philippe-Auguste , mort en 1233, n'a rien donné de remarquable, sinon la place de la tète du prince , creusée dans son cercueil de pierre.
Nous remarquerons la même chose pour celui de Dagobert.
Le cercueil de pierre, en forme d'auge, d'Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, mort en 4271 , ne contenait que des cendres : ses cheveux étaient bien conservés ; mais ce qui peut être remarquable, c'est que le dessus de la pierre, qui couvrait son cercueil, était tacheté, colorié et veiné de jaune et de blanc comme du marbre : les exhalaisons fortes du cadavre ont pu produire cet effet.
Le corps de Philippe-Auguste , mort en 1 223 , était entièrement consommé : la pierre taillée en dos d'âne, qui couvrait le cercueil de pierre, était arrondie du côté de la tête.
Le corps de Louis VIII , père de saint Louis, mort le 8 novembre 1226 , âgé de 40 ans, s'est trouvé aussi presque consommé. Sur la pierre qui couvrait son cercueil était sculptée une croix en demi-relief; on n'y a trouvé qu'un reste de sceptre de bois pourri; son diadème, qui n'était qu'une bande d'étoffe tissue en or, avec une grande calotte d'une étoffe satinée , assez
bien conservée. Le corps avait été enveloppé dans un drap ou suaire tissu d'or ; on en trouva encore des morceaux assez bien coDsenés*.
Remarques. Son corps ainsi enseveli avait été cousu dans un cuir fort épais qui était bien conservé *.
Il est le seul que nous ayons trouvé enveloppé dans un cuir. Il est vraisemblable qu'on ne Ta fait pour lui que pour que son cadavre n'exhalât pas au dehors de mauvaise odeur, dans le transport qu'on en fit de Montpensier en Auvergne, où il mourut à son retour de la guerre contre les Albigeois.
On fouilla au milieu du chœur, au bas des marches du sanctuaire , sous une tombe en cuivre, pour trouver le corps de Marguerite de Provence, femme de saint Louis, morte en 4295. On creusa bien avant en terre sans rien trouver; enfin, on découvrit, à gauche de la place où était sa tombe, une auge de pierre remplie de gravats, parmi lesquels étaient une rotule et deux petits os.
Dans la chapelle de Notre-Dame-la-61anche, on a ouvert le caveau de Marie de France, fille de Charles IV, dit le Bel, morte en 4344, et de Blanche, sa sœur, duchesse d'Orléans,
I . M. Albert Lenoir possède an dessin colorié qui a été fait par son père , le fondatev au musée des Petils-Aagustins , au moment de l'exhamation, et qui représente le squelette entier de Louis VIII enveloppé d'ane étoffe blanche brochée d'or.
3. Ce eair avait conservé tonte son élasticité... Dans les foaiiles de Saint- Geranin-deft-Prés, on tronva an corps également enveloppé dans un cuir. Alexandre Lbhoib, Musée des Monuments français). Nous pourrions citer quelques antres exemples. Les corps de plusieurs princes de la maison des Plantage- ■els, SB douzième siècle, furent apportés à Rouen, cousus dans une enveloppe de eair; c'étaient ceox de Henri 1*^, de Henri-le-Jeuue , de Richard-Cœur-de-Lion. Hngnes ée Grantemaisnil, mort à Londres en 1098, ayant demandé à être inhumé iTabbaje de Saint-Évroald, en Normandie, son corps y fut transféré salé, et cousu dans ane peaa de bœuf. Enfin on sait que saint Bernard fut enseveli dans un sac de cnir. (r. B. de Peterborocgb ; Orderic Vital; Histoire de saint Rer- Mrtf, eie,}
"i MONOGKAPHJE
morte en 1392. Le caveau élait rempli de décombres sans corps et sans cercueils.
En continuant la fouille dans le chœur, on a trouvé, à côté du tombeau de Louis VIII, celui où avait été déposé saint Louis, mort en 1270. Il était plus court et moins large que les autres : les ornements en avaient été retirés lors de sa canonisation en 1297.
Nota. La raison pour laquelle son cercueil était moins large et moins long que les autres, c'est que, suivant les historiens, ses chairs furent portées en Sicile : ainsi on n'a apporté à Saint- Denis que les os, pour lesquels il a fallu un cercueil moins grand que pour le corps entier.
On a ensuite décarrelé le haut du chœur pour découvrir les autres cercueils cachés sous terre. On a trouvé celui de Philippe le Bel, mort en 131 4, âgé de 46 ans ; le cercueil était de pierre et recouvert d'une large dalle. Il n'y avait pas d'autre cercueil que la pierre creusée en forme d'auge, et plus large à la tète qu'aux pieds, et tapissée en dedans d'une lame de plomb, et une forte et large lame aussi de plomb, scellée sur les barres de fer qui fermaient le tombeau. Le squelette était tout entier : on a trouvé un anneau d'or, un sceptre de cuivre doré, de cinq pieds de long, terminé par une touffe de feuillage, sur laquelle était représenté un oiseau aussi de cuivre doré '.
Le soir, à la lumière, on a ouvert le tombeau de pierre du roi Dagobert, mort en 638 *. Il avait plus de six pieds de long; la pierre était creusée pour recevoir la tète, qui était séparée
1 . •( Saivaut le récit de M. Alexandre Lenoir, on trouva aussi un reste de diadème « d'éloffe tissue en or... L'oiseau du sceptre, colorié de ses couleurs natnrelLei, « paraissait être un chardonneret, si l'on en juge par sa forme et par les couleurs ti dont on l'avait chargé » M. Albert Lenoir possède un dessin colorié de ce sceptre.
2. On cassa la statue qui fermait l'entrée du sarcophage fait en lumacheile de Bourgogne. (Alexandre Lenoir, Musée des Monmients français.)
du corps. On a trouvé un coffre de bois d'environ deux pieds de long, garni eu dedans de plomb, qui renfermait les os de ce prince et ceux de Nanthilde, sa femme, morte en 642. Les ossements étaient enveloppés dans une touffe de soie, séparés les uns des autres par une planche intermédiaire qui parta- «reail le coffre en deux parties. Sur un des côtés de ce coffre, était une lame de plomb, avec cette inscription : « Hicjacet corpus Dagoberti. » Sur l'autre côté, une lame de plomb portail : a Hicjacet corpus Nanthilis, »
On n'a pas retrouvé la tête de la reine Nanthilde. Il est probable qu'elle sera restée dans l'endroit de sa première sépulture, lorsque saint Louis les fit retirer pour les placer dans le tombeau qu'il leur fit élever dans le lieu où il se voit aujourd'hui.
Dimanche 20 octobre 1793.
On a travaillé à détacher le plomb qui couvrait le dedans du tombeau de pierre de Philippe le Bel. On a refouillé auprès de la sépulture de saint Louis, dans l'espérance d'y trouver le corps de Marguerite de Provence, sa femme: on n'a rien trouvé (]u*une auge de pierre sans couverture, remplie de terre et de «n^avals.
Dans cet endroit devait être aussi le corps de Jean Tristan, comte de Nevers, fils de saint Louis, mort en 1270, quelques jours avant son père, près de Carthage en Afrique.
Dans la cliapelle dite des Charles, on a retiré le cercueil de plomb de Bertrand Duguesclin, mort en 1380. Son squelette Hait tout entier, la tôte bien conservée, les os bien propres et tout à fait desséchés. Auprès de lui était le tombeau de Bureau (!<" la Rivière, mort en UOO. Il n'avait guère que trois pieds de long; on en a retiré le cercueil de plomb •.
I. U cendre de« graiiils boinmcs ne fui pas plus resi)ectce que celle des rois. lHKor»cliB B'aviit^il donc pas usé sa vie à couibaUre pour la France?
76 MONOGKAPIllE
Après bien des recherches, on a trouvé l'entrée du caveau de François I*"", mort en 1547, âgé de 52 ans.
Ce caveau élait grand el bien voûté ; il contenait six corps renfermés dans des cercueils de plomb, posés sur des barres de fer : celui de François I*"^ * ; celui de Louise de Savoie, sa mère, morl^ en 1 53 1 ; de Claude de France, sa femme, morte en 1524, Agée de 25 ans; de François, dauphin, mort en 4536, âgé de 1 ans ; de Charles, son frère, duc d'Orléans, mort en 1544, âgé de 23 ans, et celui de Charlotte, sa sœur, morte en 1524, âgée de 8 ans.
Tous ces corps étaient en pourriture et en putréfaction liquide et exhalaient une odeur insupportable; une eau noire coulait à travers leurs cercueils de plomb dans le transport qu'on en fit au cimetière.
On a repris la fouille dans la croisée méridionale du chœur; on a trouvé une auge ou tombe de pierre remplie de gravats. C'était le tombeau de Pierre de Beaucaire, chambellan de saint Louis, mort en 1270.
Sur le soir, on a trouvé, près de la grille du côté du midi, le tombeau de Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis et régont du royaume, sous saint Louis et sous son fils Philippe le Hardi ; il n'avait point de cercueil, ni de pierre, ni de plomb; il avait été mis en terre dans un cercueil de bois, dont on trouva encore des morceaux de planches pourries. Le corps était entièrement consommé : on n'a trouvé que le haut de sa crosse de cuivre doré et quelques lambeaux de riche étoffe, ce (jui marque qu'il avait été enseveli avec ses plus riches ornements d'abbé. Il était mort en 4286, le 5 septembre, au commencement du règne de Philippe le Bel.
1. Le corps de François I®r portait une taille extraordinaire et une structire très-forte; l'an des fémurs de ce prince que j'ai mesuré portail 53 cenUnètres ( 20 itoaces) des condiles à la tête de l'os. (Alexandre Lenoir.) D'après les pn>portions ordinaires, cette dimension indiquerait une taille de 6 pieds aa molBS.
D£ SÂirfT-DEMlS. il
Le lundi 21 octobre 1793.
Au milieu de la croisée du chœur, on a levé le marbre qui couvrait le petit caveau où on avait déposé, au mois d'août 1794, les ossements et cendres de six princes et une princesse de la famille de saint Louis, transférés en celte église de Fabbaye de Royaumont , où ils étaient enterrés : les cendres et ossements ont été retirés de leurs coffres ou cercueils de plomb, et portés au cimetière dans la seconde fosse commune, où Philippe Auguste, Louis VIII, François I"' et toute la famille avaient été portés. Dans l'après-midi, on a commencé à fouiller dans le sanctuaire, à côté du grand autel, à gauche, pour trouver les cercueils de Philippe le Long, mort en 132^, de Charles IV, dit le Bel, mort .en 4328; de Jeanne d'Évreux, troisième femme de Charles IV, morle en 4370 ; de Philippe de Valois, mort en 4350, âgé de 57 ans; de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, morle en 4348, et celui du roi Jean, mort en 4361.
Le mardi 33 octobre 1793.
Dans la chapelle des Charles, le long du mur de l'escalier qui conduit au chevet, on a trouvé deux cercueils l'un sur l'autre; celui de dessus, de pierre carrée, renfermait le corps d'Arnaud Guillem de Barbazan , mort en 1 431 , premier chambellan de Charles VII. Celui de dessous, couvert de lames do plomb , contenait le corps de Louis do Sancerre, connétable sous Charles VI, mort en 1402, âgé de 60 ans; sa tète était encore garnie de cheveux longs et partagés en deux cadenettes bien tressées*.
1. Le connétable Louis de Sancerre avait de forts beaax cbeveax; lors de i'exbamaiion des corps à Saint-Denis, il fut trouvé ayant encore trois longues tresêes d'environ 4o cenUroètres. (Alexandre Lbnoir.)
On a levé ensuite la pierre perpendiculaire qui couvrail les tombeaux en pierre de l'abbé Suger et de l'abbé Troon ; le premier, mort en 4451 , et le second, en 1224 : on nV a trouvé que des os presque en poussière.
On a continué la fouille dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, et on a découvert, bien avant en terre, une grande . pierre plate qui couvrait les tombeaux de Philippe-le-Long et des autres.
On s'en tint là, et, pour finir la journée, on alla, dans la chapelle dite du Lépreux, lever la tombe de Sédille de Sainte- Ooix, morte en 4 380, femme de Jean Pastourelle, conseiller du roi Charles V ; on n'a trouvé que des ossements consommés.
Le mercredi 23 octobre 4793.
On a repris, du matin, le travail qu'on avait laissé la veille, pour la découverte des tomboaux du sanctuaire.
On trouva d'abord celui de Philippe de Valois, qui était de pierre, tapissé intérieurement de plomb, fermé par une forte lame de môme métal, soudée sur des barres de fer, le tout recouvert d'une longue et large pierre plate : on a trouvé une couronne et un sceptre surmonté d'un oiseau de cuivre doré.
Plus près de l'autel, on a trouvé le tombeau de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de Valois: on y a trouvé son anneau d'argent, un reste de quenouille ou fuseau, et des os desséchés.
Le jeudi 24 octobre 1793.
A gauche de Philippe de Valois était Charles le Bel. Son tombeau était construit comme celui de Philippe de Valois : on y a trouvé une couronne d'argent doré, un sceptre de cuivre doré, haut de près de sept pieds, un anneau d'argent, un reste
DE saint-de;5is. 79
de main de justice , un bâton de bois d'ébène, un oreiller de plomb pour reposer la tête : le corps était desséché.
Le vendredi 2S octobre 1793 (I bramaire an ii).
Le tombeau de Jeanne d'Évreux avait été remué, la tombe était brisée en trois morceaux , et la lame de plomb qui fermait le cercueil était détachée ; on ne trouva que des os desséchés sans la tète ; on ne fit pas d'information ; il y avait néanmoins apparence qu'on était venu, dans la nuit précédente, dépouiller ce tombeau.
Au milieu, on trouva le tombeau en pierre de Philippe le Long ' ; son squelette était bien conservé , avec une couronne d'argent doré, enrichie de pierreries, une agrafe de son manteau en losange, avec une autre plus petite, aussi d'argent, partie de sa ceinture d'étoffe satinée , avec une boucle d'argent doré et un sceptre de cuivre doré. Au pied de son cercueil était on petit caveau où était le cœur de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, renfermé dans une cassette de bois presque pourri : l'inscription était sur une lame de cuivre.
On a aussi découvert le tombeau du roi Jean, mort en 1364, en Angleterre, âgé de 56 ans; on y a trouvé une couronne ; un sceptre fort haut, mais brisé ; une main de justice ; le tout d'argent doré. Son squelette était entier.
Quelques jours après, les ouvriers avec le commissaire aux plombs ont été au couvent des Carmélites faire l'extraction du cercueil de madame Louise de France, fille de Louis XV, morte le 23 décembre 1787, âgée de 50 ans et environ six mois. Ils l'ont apporté dans le cimetière, et le corps a été dé- |)osé dans la fosse commune; il était tout entier, mais en
I. LesqnHetle élait dans son entier et vëiu des habits royaux; sa tête était coiffée d'ane couronne d'argent doré enrichie de pierreries. (Alexandre Lenoir.)
80 HONOGKAPHIE
pleine putréfaction; ses habits de carmélite étaient très-bien conservés '.
Dans la nuit du 11 au 12 novembre 1793, par ordre du département , en présence du commissaire du district et de la municipalité de Saint-Denis, on a enlevé du trésor tout ce qui y était, châsses, reliques, etc.; tout a été mis dans de grandes caisses de bois, ainsi que tous les riches ornements de l'église, et le tout est parti dans des chariots pour la Convention , en grand appareil et grand cortège de la garde des habitants de la ville, le 13, vers les dix heures du malin.