‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 13 sur 102 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

Le 18 janvier 1794 (29 nivôse an ii).

Le tombeau de François r*" étant démoli , il fut aisé d'ouvrir celui de Marguerite , comtesse de Flandres , fille de Philippe le Long, et femme de Louis , comte de Flandres, morte en 1382 , âgée de 66 ans; elle était dans un caveau assez bien construit ; son cercueil de plomb était posé sur des barres de fer; on n'y trouva que des os bien conservés et quelques restes de planches de bois de châtaignier.

Mais on n'a pas trouvé la sépulture du cardinal de Betz, dit le Coadjuteur, mort en 1679, âgé de 66 ans, non plus que celle de plusieurs autres grands personnages.

1. En 1815 , le sous-préfet et le maire de Saint-Denis firent élever on tertre couvert de gazon, de lis et de cyprès sur les deux fosses dans lesquelles avaieat été jciés les restes des rois et des princes. (Gilbert, Description historique de l'église de Saint-Denis.) On se proposait d'ériger en ce lien un monument expiatoire ; mais il parut plus convenable de réintégrer dans l'église les ossements que les deux fosses contenaient enc4)rc.

Observations sur les divers modes de sépulture des rois . -r- Le procès-verbal ne fait pas mention du cœur du cardinal de Bourbon , ni des sépultures du duc de Châtillon et du marquis de SainIrMaigrin, ni de celles des abbés et grands prieurs, de Louis, comte d'Ëtampes, et de sa femme, d'Alphonse de BrieDDé , de Louis de Pontoise. Les restes de ces personnages et bien d*autres probablement sont restés dans le sol de l'église. Les corps de plusieurs princes de la première dynastie , dont les moDiunents ne subsistaient plus, ont aussi échappé à la profanation. Aussi a-t-on trouvé des traces de caveaux et de sépultures toutes les fois que, dans le cours des travaux, on a eu occasion de faire des excavations dans les diverses parties de l'édifice.

Nous croyons faire une chose utile en présentant le résumé succinct des intéressants détails disséminés dans le procèsverbal que nous venons de reproduire.

La poussière des princes dont saint Louis avait fait renouveler les monuments, était déposée dans de petites caisses en pierre longues de trois pieds et fermées par un couvercle en dos d*âne ; une lame de plomb portait le nom de chaque per soDoage.

Dagobert et Nanti Ide reposaient dans un cercueil de bois garni de plomb intérieurement.

Jusqu'à la fin du xiii« siècle , les cercueils n'étaient que de grandes auges en pierre , qui se rétrécissaient vers les pieds , et dans lesquelles une place était marquée pour recevoir la lèie, dont elle dessinait la forme.

Philippe le Hardi et sa femme Isabelle d'Aragon , dont les os seulement avaient été apportés à Saint-Denis , eurent pour cercueils de petits coffres de plomb.

Philip|)C lo Bel, ses successeurs et les princes contemporains furent trouvés dans de longs cercueils de pierre tapissés de plomb.

[/usage des caveaux de famille et des cercueils de plomb ne prévalut que vers le milieu du xi\« siècle.

Tous les cercueils des Bourbons étaient en plomb. Des boîtes et des seaux de même métal contenaient séparément les cœurs et les entrailles de ces princes.

Objets précieux trouvés dans les tombeaux, — Les spoliateurs trouvèrent des objets précieux dans un certain nombre de tombeaux anciens. Mais , à dater du règne de François I", les cercueils ne contenaient ab^^olument que les restes mortels des princes. Voici , d'après le procès-verbal , l'indication des objets retirés des tombeaux.

Dix couronnes plus ou moins conservées. Débris de celle de Louis X , en cuivre , et de celle de Charles VIL Couronne , en cuivre doré , de Jeanne , reine de Navarre , fille de Louis X; en argent doré, de Philippe V, de Charles IV, de Philippe VI, de Jean II ; en vermeil , de Charles V ; en cuivre doré , de Louis Xïl et d'Anne de Bretagne. Celle de Philippe V était rehaussée de quelques pierreries. Nous réunissons aai couronnes le diadème en étoffe de Louis VllI.

Neuf sceptres. Fragments de ceux de Louis X et djB Charles VIL Sceptres, en bois, de Louis VIII ; en cuivre doré, de Philippe IV le Bel, de Philippe V, de Charles IV, de Philippe VI ; en argent doré, de Jean II ; en vermeil, de Charles V. La hauteur de plusieurs de ces sceptres atteignait environ deux mètres. Ceux de Philippe IV et de Philippe VI se terminaient chacun par un bouquet de feuillage surmonté d'un oiseau. Des feuilles d'acanthe s'épanouissaient au sommet de celui de Charles V.

Trois mains de justice. Celle de Charles IV, brisée ; celles de Jean II et de Charles V, la première en argent, la seconde en argent doré. Un bAtoii d'ébène trouvé auprès du corps de Charles le Bel avait peut-être formé la hampe de la main de justice de ce roi.

fondus (V. le Moniteur du 14 août 1792). Les monuments livrés à la fonte appartenaient à Charles le Chauve , à Marguerite de Provence , aux cinq abbés dont nous avons donné les noms, au dauphin Charles, fils de Charles VI , à Bureau de la Rivière , au Sire de Barbazan , à Louis de Pontoise , au roi Charles VIII, et au marquis de Saint-Maigrin.

Charles le Chauve. — La tombe de Charles le Chauve était semblable, quant à sa forme et à sa disposition générales, aux admirables lombes des évéques d'Amiens, Evrard et Godefroy, qui existent encore dans la cathédrale de cette ville. Elle re- |)osait sur les croupes de quatre lions. Quatre petits personnages, en costumes d'évéques, étaient assis aux angles ; peutêtre étaient-ce les pères de l'église latine. Un arceau en ogive, surmonté d'un entablement bastille, encadrait l'effigie de l'empereur. Celle-ci, modelée presque en ronde-bosse, grande comme nature , était couchée , revêtue d'une longue robe à riches broderies , tenant le globe dans la main gauche , les pieds posés sur un lion, et la tète ceinte d'une couronne fleurdelisée. Deux anges encensaient le défunt empereur. Une inscription latine , composée de trois distiques et gravée sur les bords de la tombe , rappelait que Charles le Chauve avait donné à l'abbaye le saint clou , une épine de la sainte couronne, plusieurs domaines , une partie du cours de la Seine et la tiîrre de Ruel. Richer, moine de Sénone, qui écrivit une chronique sous le règne de saint Louis, avait vu le tombeau dont nous nous occupons, il en parle en ces termes * : Sepulcrum atieum fusile , longitudine octo pedum , latitudine rero trium , super quod sculptas est leo ad magnitudinem xarcophagi , quod egopropiiis oculis vidi; positum a tergo altaris martyrum B. Dionysii et sociorum ejus. Les me-

1. V. le spicUége de D. Luc. d'AcHÉRV, t. III , p. 353, oa dom Bouql'Et, Col- Itciion iei kiHùfiens de France, t. Vil , p. 333.

sures indiquées parRicher sont les mêmes que donne Félibien plus de cinq siècles après. Le tombeau était sans doute rétabli depuis peu de temps, quand il fut visité par le moine de Se* none ; le style de la sculpture et la forme du monument accusent nettement le xiii*' siècle, autant que permettent d'en juger les gravures qui nous en restent, (f^. entre autres Pierre Bonpors, Fastes^ Antiquités^ etc., de la ville de Paris.)

Marguerite de Provence. — La tombe plate de Marguerite de Provence était richement historiée d'architecture et de st* tueties de saints. L'effigie gravée en creux et rehaussée de ciselures, portait une robe longue, un manteau, un voile qui entourait complètement le visage , une couronne sur la tète et un sceptre fleurdelisé à la main droite. Dom Montfaueon a feit reproduire cette tombe, ainsi qu'une statue de la même reine autrefois placée dans l'église de Tabbaye de Poissy (Monu* ments de la Monarchie française^ t. II, p. 459, 160). Une épitaphe conçue en ces termes se développait sur le bord de la tombe : Icy gist la noble royne de france Marguerite qui fufame monseigneur sainct Loys, jadis roy de France, qui trespassa le mercredi devant Noël Fen de Vincamation nostre Saigneur mil II cens quatre vinz et quinze , priez pour s'atne.

Suger. Mathieu de Vendôme. — Nous avons dit que la tombe de Suger avait été refaite à une époque moderne et ne présentait qu'une inscription. Pour juger de ce que pouvaient être les monuments des quatre autres abbés inhumés sous des tombes plates en cuivre , il ne nous reste d'autre guide qu'une gravure microscopique donnée par Félibien de la tombe de Mathieu de Vendôme. Le prélat est couché sous un arc trilobé que surmonte un pignon et qui a pour appuis deux pieds-droits ornés de figurines. Tout le fond de la tombe se divise en losanges que remplissent des fleurons et des fleurs de lis. Le

vêtement de l'abbé se compose d'une aube très-longue , d'une chasuble galonnée et relevée sur les bras; sa tète est coiffée de la mitre; ses pieds foulent un dragon; il joint les mains, et tient sous son bras gauche, contre sa poitrine, une crosse terminée en volute. En 1699, des travaux entrepris pour la pose de la grille latérale du chœur, avaient amené la découverte du cercueil en pierre de Mathieu de Vendôme ; il contenait seulement quelques restes de cheveux , le haut d'une crosse en cuivre doré, des morceaux d'habits pontificaux; une inscription, sur une lame de plomb incrustée dans la pierre du cercueil , déclarait que là gisait le corps de Mahé de yendôme qui gardxi, le royaume de France au tans du roy Loys qui mourut en Cartaie.

Bureau de la Rivière. Le dauphin Charles. — Bureau de la Rivière reposait aux pieds de Charles V. Sa tombe plate et celle du petit dauphin Charles, mort âgé de trois mois, le 28 décembre 4386, étaient assez simples. Des ornements d'architecture terminés par un dais y accompagnaient l'effigie du défunt. La Rivière était en costume civil. Le dauphin, vêtu d'une robe et d'un manteau, tenait de ses deux mains une couronne fleurdelisée ; le pauvre enfant n'avait pas eu le temps de la porter sur sa tête ; il était enterré aux pieds de son aïeule, la bonne reine Jeanne de Bourbon. Cette dernière tombe a été gravée dans les Monuments de la Monarchie française (D. Mont- KAL'COX, t. III, p. 180).

Barbazan. - Arnaud de Guilhem , seigneur de Barbazan, avait un grand tombeau tout en bronze. Son effigie revêtue d'une armure de fer et d'une cotte d'armes , et abritée par un dais |K)sé sur des colonnettes, était étendue sur une plateforme que soutenaient quatre piliers. La tète nue, les mains jointes, lc»s pieds sur le dos d'un lion , Barbazan ne craignait l>as que son repos fût jamais troublé, confiant qu'il était dans

le souvenir d'éclatants services rendus à son pays. « Le tom- « beau du vaillant chevalier Arnaut de Guillen, dit dom Millet, « est de cuivre et Teffigie de mesme posée au coin de la chaa pelle, au coslé senestre du tombeau de Charles V. L'épitaphe « est gravé sur le devant du tombeau. » Sauvai donne à peu près les mêmes détails sur ce monument. L'épitaphe du tom*' beau , composée de dix vers français , vantait la droiture et la vertu de Barbazan plus encore que ses exploits. Une autre inscription de six vers latins, gravée en son honneur sur une plaque do cuivre, était appliquée à un pilier voisin. On lisait à la suite de l'inscription française ces mots qui donnaient une indication précieuse sur l'artiste fondeur : Jait à paris pat Jehan murant.

Ce fut, comme nous l'avons déjà dit, à la bataille de Balgnéville, le 2 juillet 1 431 , que Barbazan trouva une mort glorieuse. Ce combat coûta la vie ou la liberté à une foule de personnages illustres ; René d'Anjou y fut fait prisonnier. Une rue du village de Bulgnéville porte encore le nom de Barbazan, et l'on y montre la maison dans laquelle ce héros rendît le dernier soupir. Ses entrailles ou les chairs de son corps furent sans doute déposées dans l'église de Yaucouleurs ; sa mémoire était consacrée dans cet édifice par une epilaphe.

Sur la colline qui domine le champ de bataille, René d* Anjou avait fondé une chapelle où , chaque lundi , une messe était dite pour l'âme de Barbazan ; ce monument fut détruit en 4664. René d'Anjou fonda aussi une messe perpétuelle à la c>ollégiale de Vaucouleurs pour tous ceux qui avaient péri dans le combat; un premier don de 400 livres tournois et un autre de 1,200 francs assurèrent celte fondation. Je dois ces derniers détails à V Histoire de René d'Anjou par M. le comte de Villeneuve.

Louis de Pontoise. — Le monument de Louis de Pontoise

DE SAIIST-DEISIS. 89

ne coQsistail qu'en une inscriptiou de huit vers français gravée sur une lame de cuivre, qui était blasonnée d'un écusson d'azur à Taigle éployée d'or, au chef de même.

Charles VUl. — « Estant à Amboise lan \ 498 , le 7« jour d'avril, en une gallerie du chasteau, regardant des joueurs de paume , et tenant quelques discours spirituels avec la reyne et autres assistans , le roi Charles VIII tomba à la renverse saisi d'une apoplexie. On le coucha sur une paillasse qui se rencontra là fortuitement , sur laquelle il demeura jusques à unze heures de soir. Durant ce temps là la parole luy revint jusques à trois fois, et à toutes les trois fois, il prononça ces paroles : V Mon Dieu et la glorie^ise Vierge, Monseigneur saint Claude et Monseigneur saint Biaise me soient en ayde » et à la dernière fois, il rendit son esprit à Dieu. Les dernières paroles qu'il prononça durant son apoplexie furent qu'il espéroit de n^offenser Jamais Dieu mortellement ny veniellement, moyennant sa saincle grâce. Il mourust aagé de 28 ans, un samedy veille de Pasques Qeuries, s'estant confessé deux fois cette semaine là. Telle fut la fin de ce dévot et religieux prince. Son corps fut apporté d'Amboise à Paris en grande pompe , puis à Saint- Denys où il fut ensépulturé au bas des dégrez du grand autel, au costé de septentrion. Son sépulchre est le plus beau qui soit dans le chœur, sur lequel on voit son effigie représentée à genouil près le naturel, une coronne et un livre sur un oratoire, et quatre anges à genoux aux quatre coings du tombeau, lo tout de cuivre doré, sauf l'effigie dont la robe est d'azur semét» de fleurs de lys d'or.

» Ce grand roy fut généreux, magnanim.e, affable, et décoré de toutes les vertus royales; aussi fut-il grandement regretté de tous ses subjets, et spécialement de ses domestiques ; deux desquels tombèrent roides morts le voyant mettre en terre. La reyne surtout en fut affligée et en pensa mourir de regret,

Page 1