Cette bénédiction est donnée à la manière latine
DK SAINT-DENIS. Ul
XVI* siècle, ont à peine laissé quelques vestiges. J'en donne ici le texte d'après Montfaucon :
CT 6I8T DA60BBRT PREMIER FONDATEUR DE CEANS TU» BOY EN lAH 639 JUSQUBS A 645 i.
SAIHCT DBIII8 REVELE A IBHAN ANACORBTE QUE LABIE DE DA60BERT EfT ATMST TOURMENTEE.
LAME DE DA60BBRT EST DELIYRRE PAR LES MRRITES DE SAINCT BBNIS SAIHCT MARTUf ET SAINCT MAURICE.
M. Lenoir, dans sa description du musée des Monuments français, a publié un passage de la chronique française de Guillaume deNangisqui complète la description du bas-relief, et que nous ne pouvons nous dispenser de reproduire. « Quant « le bon roy Dagobert dont je vous ay cy devant dit fu tres- « passé, si avint par la volonté Nostre Seigneur que, pour ce « qu'il n'estoit pas bien espurgié d'aulcuns meffais qu il avoit « fais en sa vie, et pour ce si, comme le dient aulcuns, que les « sains desquels il avoit ravy les cors s'estoient corrocés et « malment envers luy, li aulcuns ennemis prisrent same « quant elle parti du cors, et Tencuidièrent bien mener et en- « trèrent en ung bastel , grant joie et grant noise démenant o « tabours et o trompes et busines , et ainsy Tame au bon roy c estoit molt esperdue entre ces deables, car bien cuidoit estre « dampnée. Mais monseigneur sainct Denis, qui n'oblia mie son « bon amy le roy Dagobert, requist à Nostre Seigneur Jesus- « Crist qui luy donast congié d'aler secourre la dicte ame; la- « quelle chose comme Nostre Seigneur luy eust ottroié, sainct « Denis s'en ala et mena avecques luy sainct Moriseet aultres « amys que le roy Dagobert avoit moult honorés en sa vie, ot « avecques eulx orent des anges qui lesconduirent jusquesen • la mer, et quant ils vindrent là où les deables tenoient et
I. Date fiTonéf . U mort de Dagobert est flxée par l'histoire à l'année 038.
« ammenoient à grani feste l'ame du roy Dagobert ^ si le mis- « rent entre eulx el se combaltirent encontre les deables; mais « toutes voies les deables n'orent pooir contre sainct Denis ne « sa compaignie ; ainçois furent les deables vaincus et furent « tresbuschés Fun çà Tautre là en la mer, et puis les, anges « prindrent l'ame du roy Dagobert, et sainct Denis s'en aie en « paradix avec sa compaignie. Et ainsy poez entendre com- " ment monseigneur sainct Denis délivra l'ame du roy Dago- » bert des mains aux ennemis en l'onneur et pour Tamour de « ce que le roy Dagobert avoit fondé l'église de Sainct-Denis « en l'onneur de luy, qu'il avoit tous jours moult onoré ; et se « ce ne me croyez, alez à Sainct-Denis en France, en l'église, « et regardez devant l'autel où l'en chante tous les jours la « grant messe, là où le roy Dagobert gist. La verrez vous au- « dessus de luy ce que vous ay dit, pourtrait et de noble « ouvre richemetit enluminée. »
Il reste encore quelques faibles traces de la décoration peinte et dorée du monument * ; on ne s'étonnera pas qu'elle ait presque disparu , si l'on se rappelle toutes les chances de destruction auxquelles le tombeau lui-môme a été exposé.
Dans la voussure de l'ogive, six anges, dont quatre sont placés sous de petits dais, tiennent des encensoirs ; quelquesuns portent aussi la navette. Au tympan du pignon, le Christ est debout , entre deux évéques agenouillés qui joignent les mains et sont vêtus de chasubles relevées sur les bras. On peut bien croire que ces figures représentent saint Denis et saint Martin, qui rendent grâce à Dieu de leur victoire sur les
i. Ces traces sont assez visibles dans les plis el dans les parties de la MQlpture en retour vers le fond. Le rétablissement de la coloration et la réintéf^ tion dn tombeau dans le sanctuaire, ne se feront pas longtemps attendre ; nous sommes fondé à tout espérer de la nouvelle direction donnée aux travaux de Saint-Denis.
ennemis de l'âme de Dagobert. La tèle du Christ et ses deux mains, dont Tune bénit et dont l'autre tient un livre, appariiennenl à une restauration moderne. Le tombeau avait beaucoup souffert. Un grand nombre de tètes avait été abattu en 4793. La réparation en a. été faite d'une manière peu intelligente. Il en restait cependant assez pour servir au sculpteur de renseignements, et pour lui indiquer avec précision ce qu'il avait à faire. Mais rien peut-être n'est plus difficile que de bien voir; peu de gens savent se servir utilement de leurs yeux.
La sculpture d'ornementation du tombeau de Dagobert est d'une exécution remarquable. Le travail des bas-reliefs laisse désirer un peu plus de finesse; il se distingue d'ailleurs par une spirituelle originalité, et les figures se meuvent avec une étonnante vérité d'action. Les draperies sont admirables, comme celles de presque toutes les statues du xiii^ siècle ; M. Lenoir, que nous ne prendrions pas toujours pour arbitre en pareille matière, et qui, à notre avis, accorilait à la renaissance une prééminence beaucoup trop grande sur le moyen âge, comparait les figures drapées du monument de Dagobert, pour le style comme pour le goût, aux belles inventions de Baphaél. Le statuaire inconnu qui les a faites n'avait assurément jamais été à même de dessiner le plus petit fragment de sculpture antique ; il n'en savait pas moins donner à ses ajustements la noblesse, la simplicité de lignes et l'ampleur que les plus grands maîtres ont souvent cherchées sans pouvoir en découvrir le secret.
Deux statues posées sur des culs-de-lampe que décorent des feuilles de lierre, et abritées chacune par un dais découpé en pignons, tourelles et pendentifs, se tiennent debout aux côtés de l'ogixe, l'une à la tète, l'autre au pied du cercueil. Elles représentent une reine et un roi. La reine est Nantilde ; le roi
a été nommé par les uns Clovis II, par d'autres Sigebert ; tous deux étaient fils de Dagobert. Ces figures ont donné lieu à une méprise assez bizarre. Les iconoclastes révolutionnaires avaient brisé le corps du roi et la tète de la reine. Quand il s'agit de restaurer le monument, on ne crut pouvoir mieux faire que de souder ensemble les deux parties conservées; cet amalgame monstrueux prit le nom de Nantecbilde ' ( c'est ainsi que les historiens de la nouvelle école, par respect pour Fétymologie germanique, veulent que nous appelions N^itilde), et il arriva qu'un de nos savants les plus distingués, mais connaisseur peu éclairé peut-être, écrivit un traité fort ingénieux sur les beautés merveilleuses de cette statue, sans se douter le moins du monde qu'elle fût homme par le chef, femme par le corps. La représentation en bronze de la Nantechilde androgynea joui pendant quelques années d'une vogue extraordinaire auprès de tous les soi-disant amateurs de la sculpture gothique. On s'est ravisé depuis. L'auteur de la pitoyable statue de Dagobert a été chargé de donner un corps mâle à la tète d'homme , une tète féminine au corps décapité. L'œuvre moderne est de la plus plate insignifiance.
Le corps ancien porte une robe longue décorée d'une agrafe au col, et un manteau ; la main gauche se joue dans l'attache de ce manteau, la droite tient un livre dont le fermoir est clos. La tète d'homme a les cheveux coupés droit, en rond, à la hauteur du nez, comme beaucoup de figures du temps de saint Louis ; sa couronne est garnie de fleurons, entre lesquels il s'en trouve deux qui présentent des masques humains fondus dans le feuillage.
L'autre moitié de la chapelle est donc devenue le tombeau de la reine Nantilde. Cette princesse ne survécut que trois
4. Au Musée des Monuments français, on Ut un Clovis 11 en terre cuite qui est aujourd'hui dans un dos magasins de l'église de Saint-Denis.
ans à Dagobert, et vint prendre place à côté de lui, dans la même sépulture. La portion de chapelle dont maintenant elle se trouve seule en possession, formait le revers du monument complet. La disposition générale est pareille à celle de Taulre face ; ce sont bien les mêmes pieds-droits, la même ogive avec ses clochetons et son pignon ; mais les ornements y sont beaucoup plus rares; il n'y a plus de statues, ni de bas-relief légendaire > ni de personnages à la voussure, ni de fleurs de lis au soubassement; un cordon de feuillage, dont les deux bouts retombent sur des têtes d'hommes imberbes et souriantes, décore seul Tarchivolte interne de l'ogive. Au pignon, le Christ debout , bénissant de la main droite et tenant un globe dans la gauche, reçoit les supplications d'un roi et d'une reine agenouillés à ses côtés, le premier à sa droite, le second à sa gauche. Ces trois sculptures sont remarquablement belles. Le roi est un jeune homme imberbe. La reine porte de longs cheveux qui flottent sur ses épaules ; une escarcelle est suspendue à son côté gauche. On a voulu reconnaître dans ces deux dernières flgures Blanche de Castille et saint Louis, son Hls. Rien n'autorise cette attribution ; peut-être le sculpteur a-t-il voulu tout simplement placer ici encore une fois Dagobert et Nan tilde.
I^ décoration intérieure de la baie ogivale du monument est une addition moderne. Un socle en marbre gris sculpté de dix petits arcs cintrés, porte une statue de reine couchée, moitié en pierre, moitié en terre cuite, moulée en partie sur une des figures de reines du xiv* siècle conservées dans la m pie, et en partie sur la statue de Nantilde dont nous avons parlé un \)e\i plus haut. Cette effigie est assurément de nulle valeur. Les deux petits anges qui lui encensent la tète ont été «•o|,iés d'après un des tombeaux de la famille de saint Louis IN traits (le l'abbaye de Royaumont. De grandes dalles d'un
travail curieux , autrefois employées comme revèlementa de murs ou même comme pavés de chapelles , garnissent le fond de l'ogive ; elles présentent onze étages de très-petits arcs trilobés dont chacun encadre une fleur de lis; le nombre desarc8 est de quatorze et demi à chaque rang , ce qui forme un total d'environ cent soixante. Les arcs, les colonnettes qui leur servent d'appui et les fleurs de lis se détachent en blanc sur un fond de mastic noir incrusté dans la pierre ; entre les archivoltes, il y a des quintefeuilles rouges cerclés de blanc, et appliqués aussi sur un fond noir. Ces dalles appartiennent au xiu^ siècle. Le bas-relief ajusté au-dessus, dans le tympan de l'ogive, est moins âgé d'environ deux cent cinquante années: le.i raccommodeurs de monumenls n'y regardaient pas de si près. Sculpté vers le commencement du xvi* siècle pour former la partie supérieure d'une Assomption de la Vierçe, il a été raccordé à sa place actuelle au moyen d'une banderole de plâtre et de quelques nuages de môme matière. En voici le sujet. Deux anges couverts de robes flottantes tiennent chacun à deux mains une couronne gemmée et tréflée destinée à la mère du Sauveur. Quelques tètes d'anges se montrent entre des nuages. Le Père éternel assis, coifl'é de la tiare papale, vêtu d'une chape qui laisse voir l'étole croisée sur la poitrine, bénissant de la main droite et tenant de l'autre un globe crucifère, va recevoir la liïère de son Fils. Sous ses pieds, une banderole porte en lettres gothiques ce texte du cantique de Salomon (c. IV, v. 7) : Tota paiera es arnica mea et macula non est in te. Six petits anges qui joignent les mains entourent Dieu le Père. Le bas-relief, qui se terminait en cintre, a été surhaussé d'une pointe ogivale en plâtre.
Monlfaucon a fait graver, dans ses Monuments de la monarchie française (t. I, p. 164), la chapelle de Dagobert. Celte gravure donne une idée assez exacte de ce qu'était le
DE SAIM-DENIS. -123
monument avant sa dislocation. Les pointes des deux pignons et des quatre clochetons s'y dessinent nettement au-dessus du massif.
Dans le même ouvrage (t. I, p. 462, 463) sont représentées trois statues de Dagobert qui existaient à Erfurth, dans Téglise de Saint-Pierre et de Saint-Paul ; à Saint-Denis , dans l'église et dans le cloître de l'abbaye. La première de ces figures parait être d'un travail moderne. Celle du cloître de Saintlîenis, placée entre les effigies de Clovis II et de Sigebert , datait du règne de saint Louis. Montfaucon pensait que celle qui existait dans Téglise, sous le porche, pouvait être contemporaine de Dagobert ; cette opinion , toute fausse qu'elle est, donne à penser que la statue était fort ancienne '.
L abbaye de Momienval, près Compiègne, a possédé une figure équestre en pierre du roi Dagobert, son fondateur. Carlier (Hist. du Valois, t. I, p. iOi) rapporte qu'une abbesse fil enterrer dans l'église ce monument , dont la sculpture lui semblait grossière. On croit que depuis il n'a pas été exhumé '.
Le trône de Dagobert , dont la moitié inférieure , si remarquable par le style de son ornementation, parait avoir fait l»anie du siège de quelque grand personnage romain , tandis que la partie supérieure accuse une restauration exécutée vers l<* xir siècle, se trouve aujourd'hui à Saint-Denis, dans la sacristie du chapitre. Il a été conservé pendant plus de cinquante ans à la Bibliothèque nationale, impériale, et enfin ro>alc, de la rue de Richelieu, à Paris.
I. Nom n'avoM rien i dire des stataes et portraits de Dagobert au musée de Vt-r^aillr». Ce sont des figures de pure invention.
i. % BoesviWaldt, architecte des monuments historiques, chargé de la rélaratioo 4e VH^ix de Mornienval. nous a promis de faire les rerherrlu's néces- '«irr* poir retrouver cette statue. Placée d'aliord à la façade, elle fut re|M>rtée dan'» le chœor en «»0, piiis enfouie au commencement du xviir siii-le, vis-à- M« de la chapelle do Rosaire. Cartier la croyait du x« siè4'le
La légende de Tâme de Dagobert a servi de texte à d'autres récils du même genre sur les dangers que coururent les âmes de plusieurs illustres princes dans le passage de ce monde à l'éternité. Des troupes de démons leur tendaient des pièges qu'il leur était bien difficile d'éviter ; la balance du bien et du mal inclinait tantôt à droite , tantôt à gauche , et laissait l'accusé dans une terrible perplexité ; les saints patrons prenaient bien la défense du défunt , mais la partie adverse entassait dans le plateau du mal les moindres peccadilles qu'elle pouvait découvrir dans toute une vie de roi , et la moisson était abondante. A Rome , sous le portique de la basilique de Saint-Laurent hors les murs, une suite de peintures murales du xiii« siècle représente la vision d'un ermite au sujet de l'âme de l'empereur Henri II , les efforts du diable pour s'emparer de cette âme impériale , l'épreuve de la balance , et la victoire de saint Laurent, qui, pour la faire pencher vers le bien , jette dans le plateau favorable un calice d'or que l'empereur lui avait donné , comme Brennus fit de son épée au pied du Capitole.