‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 22 sur 102 · P. MÉRIMÉE, Notes d'un voyage dans l'ouest de la France · texte numérisé non relu

P. MÉRIMÉE, Notes d'un voyage dans l'ouest de la France

certain nombre de tombeaux qui portent encore la signature d*artisles voyageurs venus de Milan et de Florence jusque dans le nord de la France. Il ne serait pas non plus difficile de faire deux parts de la sculpture du tombeau de Louis XII ; nous mettrions d*un côté tout ce qui appartient à la manière purement italienne ; de l'autre , tout ce qui conserve quelque tradition du vieil art français. Plusieurs artistes, sous une direction unique^ ont travaillé à ce monument, et Tharmonie générale de l'ensemble n'abâorbe pas entièrement le sentiment individuel de chacun.

Le tombeau de Louis Xlï, qui a toute la tournure d'un édifice complet , ne dépasse cependant pas les proportions convenables à un monument destiné lui-même à prendre place dans un autre monument dont les formes doivent être resf>cctées. Un soubassement quadrangulaire, enrichi sur chaque face d'un long bas-relief, porte une chapelle percée de douze petites arcades, quatre sur chacun des deux grands côtés, deux sur chacun des autres. La longueur est double de la largeur. Cet édifice contient le sarcophage qu'on voit de tous côtés par les baies des douze arcades. Une plate-forme assise sur Tarcature est surmontée des deux figures agenouillées du roi et de la reine.

Les quatre bas-reliefs ne représentent que des actions guerrières. Du temps de François I**", on devait faire peu de cas de la bonté et des vertus pacifiques. Les motifs de sculpture ont été choisis dans l'histoire des guerres de Louis XII en Italie. Le travail de ces bas-reliefs est traité comme le serait celui d'une peinture; on y remarque des fonds, des ciels , des paysages et des arrière-plans. Le sculpteur a voulu obtenir des fffpls qui n'appartiennent qu'au peintre. On serait tenté de rroir»? qu'il avait sous les yeux ou dans la mémoire les ternus «1«* la commission donnée par Louis XIl et le cardinal d'Ani-

boise, au peintre Jean Perréal, dit Jean de Paris', a de repré- « senler les villes, châteaux de la conquête et l'assiette « d'iceulx , la volubilité des fleuves , l'inégalité des nnontagnes, « la planure du territoire , Tordre et le désordre de la bataille, a rhorreur des gisans en occision sanguinolente , la misera- « bleté des mutilés nageant entre la mort et la vie, Teffroy « des fuyans, Turdeur et Timpétuosité , et l'exaltation et hila« « rite des triomphans. »

Le tombeau était anciennement exhaussé sur deux degrés; en les supprimant , on a détruit tout l'effet du soubassement et amoindri l'aspect général. Des bandes de marbre noir forment maintenant un socle au-dessous des bas-reliefs. Le basrelief placé à la tète du tombeau, vers l'ouest, représente l'entrée de Louis XII à Milan , le 6 octobre 4 499. Une grande arcade cintrée et surmontée d'un entablement crénelé , donne accès dans la ville. En avant du roi marche un groupe de guerriers qui, comme les soldats des triomphateurs romains, portent attachés à des piques des trophées, des casques, des cottes, des brassards et d'autres pièces d'armures; des figures d'animaux surmontent les enseignes, deux trompettes à pied sonnent des fanfares. Un guerrier à cheval , la tête nue, probablement le maréchal Trivulce, qui devint gouverneur de Milan, précède immédiatement le roi. Louis XII, duc de Milan du chef de son aïeule , la célèbre Valentine , est monté sur un char attelé de deux vigoureux chevaux. Ce char consiste en une plate-forme carrée , ornée dans son pourtour de trophées en relief et montée sur quatre roues basses; il porte un élégant trône dans le style de la renaissance, à dossier arrondi , rehaussé des armes de France. Le roi assis , revêtu d'un manteau par-dessus son armure, coiffé d'une couronne

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