‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 3 sur 102 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

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L'époque du martyre de saint Denis est demeurée incertaine. Les historiens ecclésiastiques ont hésité entre le 1*^', le iT et même le iv siècle. Mais la tradition qui indique le sommet de la colline de Montmartre comme le lieu de la mort du saint apôtre , et qui place son tombeau dans lendroit où se trouve aujourd'hui la ville de Saint-Denis, n*a pas été contestée par la critique sévère de l'histoire.

« Le saint évéque Denis, et ses deux compagnons, le prêtre « Rusti({ue et le diacre Éleuthère , souffrirent , comme le dit « Hilduin dans son livre des Aréopagitiques *, leur mémorable « et très-glorieuse passion , à la vue de la cité des Parisiens, « sur la colline qui se nommait auparavant Mont de Mercure , « parce que cette idole y était particulièrement honorée des

1. HUduia était abbé de ftaiot-Oeois au commencement da ueavième siècle ; il prit le gMvenieiBeiii de l'abbaye, Taïuiée même de la mort de Charlemagne.

« Gaulois, et qu'on appelle aujourd'hui le Mont des Martyrs , « en mémoire des saints du Seigneur qui accomplirent en ce « lieu mùme leur martyre triomphal. »

L'ile do la Cité et le quartier de Paris qui s'étend au midi , sur la rive gauche de la Seine , étaient pleins , il n'y a pas encore soixante ans, de monuments dont les souvenirs se rattachaient à toutes les circonstances de l'apostolat et du martyr© de saint Denis. Aucun de ces édifices n'a survécu à nos troubles religieux et politiques.

Sur la cime de Montmartre (MonsMartyrum), une abbaye, dont Féglisc subsiste encx)re, couvrait de ses curieux bâtiments le lieu arrosé du sang des trois martyrs. Des chapiteaux de marbre dont le style appartient aux premiers siècles chrétiens, attestent encore, dans cet édifice, l'empressement que montrèrent les Bdèles à consacrer par des monuments la mémoire des saints, dès que la paix eut été donnée à l'Église.

Origine de l'église. — Une pieuse femme, l'histoire a conseryé son nom , elle s'appelait Catulle , avait courageusen\!^nt assisté dans leur prison , et défendu devant le préfet romain , saint Denis et ses deux compagnons. Ce fut elle encore qui osa recueillir les corps mutilés des trois martyrs. Elle les fit déposer dans un champ qui lui appartenait, et dont l'emplacement se trouva compris plus tard dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Denis. Nous savons que longtemps avant Tînvasion des Francs, une basilique superbe en ornements et ill strée par de fréquents miracles, s'était élevée sur le champ de Catulle. Ce premier édifice tombait en ruines au v* siècle; sainte Geneviève le fit rebâtir, avec le secours du prêtre Génès et des autres prêtres de l'Église de Paris. On peut lire dans Grégoire de Tours le récit des prodiges arrivés dans le nouveau temple pour la guérison des pèlerins et pour le châtiment des profanateurs. Une communauté de moines gouvernée

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par un abbé , dfôservait dès lors l'^Use des sanls ^fartyis. Mais la magoiâceoce avec laquelle Dagobert lenouTela lëgl» et dota Tabbaye , fit oublier Foeu^Te de ceux qui les premiers avaient boooré la sépulture des mart^Ts; à ce prince fut décerné sans partage le titre de fondateur, et juscpi a b suppression du monastère , les religieux de Saint-Denis n'ont ;amaÎ5 manqué de célébrer chaque année, le 49 janvier, nn senice solennel en sa mémoire.

RéUMissement de r église par Dagoberi. — Dès les premiers temps de son règne, vers lan ^0, Da^obert entreprit la rééditication de relise. U la décora de marbres précieux, de tapis ma^ifiques , de portes en bronze, de vases d'or rehaussés de pierreries. Saint Éloi cisela de ses mains le tombeau des martyrs et la grande croix d*or érigée à Fenlrée du chœur. 11 fallait à ce temple une consécration digne de lui : une antique tradition assurait que Jésus-Oirist lui-même en était venu célébrer la dédicace, entouré d'un mer\'ei lieux cortège de martyrs et de confesseurs. On montre encore, dans une des chapelles de Téglise, l'endroit par où le di^in pontife entra dans la basilique de Dagobert '.

Reconstruction au vur siècle. — Le roi Pépin, après avoir reçu en 754 , à Saint-Denis , avec la reine Berthe et ses deux fils, l'onction royale des mains du pape Etienne II, commença la reconstruction de Féglise mérovingienne, qui ne comptait pas encore un siècle et demi d'existence. Charlemagne acheva l'édifice et le fit dédier de nouveau en 775.

Preuves cTune reconstruction au xi« siècle, ~ Durant les

I. V. poir les détails de fondation et de reronstrartiou, Ftimz^i, lltJfîoire de i'êUéff de SahU'Dfnis ; d<»m Doiblet, HMoire de rahbage de Saint-ltenir , ItiS; doiii DrvBEriL. ÀHtiqnUéê de Paris; Aom Gern.%1!( Millet, ie Trésor mcrede Sëint-lknië, etc., 1645; Gilbert, De*rriptiott historique de l'érjUne de Snwt'IteniM ; Debret, Sotice sur les dirtrses construclions et restauration f( de Vtfltse ie Sâimt'Denis.

quatre siècles qui séparent le viii® du xii®, et le règne de Charlemagne de celui de Louis VII , l'église de Saint-Denis dut éprouver le sort de tous les monastères du nord de la France. L'histoire nous a conservé le récit des affreux désastres causés par les invasions des Normands et par les guerres civiles qui signalèrent les derniers règnes de la dynastie de Charlemagne. On sait que l'abbaye de Saint-Denis ne fut pas épargnée. Mais il ne nous est parvenu aucun détail sur les dévastations que l'église et les bâtiments du monastère subirent certainement à cette époque. L'architecture de la partie centrale de la crypte , ses arcs en plein cintre, ses chapiteaux historiés, indiquent de la manière la plus évidente une reconstruction qui a dû être faite dans le cours du xi* siècle , mais sur laquelle nous ne possédons pas d'ailleurs de renseignements écrits. L'église de Dagobert et celle de Charlemagne n'ont laissé de leur magniûcence si vantée d'autres souvenirs matériels qu'un petit nombre de colonnes et de chapiteaux de marbre restés debout contre les parois de la crypte.

Suger élève une nouvelle église au xii» siècle, — Au XII* siècle, le grand abbé Suger résolut de rebâtir l'église tout entière ; c'était au moins une troisième reconstruction. 11 éleva rapidement le portail et les tours, le chœur et la nef, enfin les chapelles inférieures du chevet ainsi que l'abside qui les surmonte. Par ses soins , des verrières remarquables par leur éclat et curieuses par la signification mystique de leurs sujets, garnirent toutes les ouvertures de l'édifice; l'autel reçut la décoration la plus splendide ; le chœur et le trésor se meublèrent d'une incroyable quantité d'objets précieux. Suger surveillait lui-même l'extraction des pierres, le choix des bois de charpente, la confection des vitraux , des croix, des vases sacrés ; c'était lui qui composait, en distiques latins, les inscriptions à graver sur le métal , ou les légendes à inscrire

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dans les compartiments des verrières. Une double dédicace eut lieu en H40 et en 4U4.

Reconstruction au xiii' siècle ; portions ajoutées dans les siècles suivants, — Dans les premières années du xiii« siècle, en 4249, le lendemain de la Nativité de la Vierge, la foudre consuma une haute flèche en charpente qui couronnait la tour septentrionale du portail. Peu d'années après, vers 4230, réglise elle-même menaçait ruine. Six cents annnées s'étaient à peine écoulées depuis la fondation de l'église de Dagobert, et les édifices successivement reconstruits à la place du. premier n'avaient eu , comme lui , qu'une durée moyenne d'environ cent cinquante ans. Une dernière reconstruction qui mit l'édifice à peu près dans l'état où nous le voyons encore, demanda un demi-siècle de travaux (4 234 -4 284 .) L'abbé Eudes Clément remplaça l'ancienne flèche de bois par une pyramide en pierre , et releva toute la partie interne de Tabside ; son troisième successeur, Mathieu de Vendôme, termina la croisée et la nef. Les chapelles latérales de la nef, du côté du nord, s'élevèrent Tune après l'autre , dans le cours du xiv* siècle. Quelques additions de médiocre importance , datent de la fin de ce même siècle et du siècle suivant. Le siècle de Henri II et de Catherine de Médicis construisit , sur le flanc septentrional de Fabside , cette somptueuse chapelle des Valois qui fut détruite au temps de la régence de Philippe d'Orléans, et dont les colonnes ont servi à composer une ruine factice dans le jardin de MoSceaux, à Paris.

Suppression du titre abbatial. — Louis XIV dépouilla Saint-Denis de son titre abbatial , pour enrichir la maison do Saint-Cyr des revenus attachés à la dignité d'abbé. Depuis Dodon, le premier abbé de Saint -Denis, qui vivait en 627, ju^u a Jean-François- Paul do Gondi , cardinal de Hetz , qu ' fut le dernier, soixante-treize abbés ont gouverné le monas-

tère. On compte dans ce nombre Fulrad , Hilduin , Suger, Mathieu de Vendôme, Charles le Chauve, les rois Eudes, Robert, Hugues Capet , les cardinaux de Bourbon , de Lorraine , de Guise, Mazarin, et le fameux coadjuteur si célèbre par ses exploits, ses Mémoires et sa pénitence. Par une exception des plus singulières , Fabbaye de Saint-Denis n'a produit aucun personnage que l'Église ait placé au rang des saints.

Destruction des bâtiments de l*abbaye. Dégradation dé l'église, — Le règne de Louis XV démolit tous les bâtiments de l'ancien monastère , pour mettre à leur place un lourd édifice qui n'a d'autre mérite que ses immenses proportions. Puis la révolution vint en son temps violer les tombeaux, briser les marbres, fondre les métaux, jeter les reliques aux vents, et substituer, dans l'église des martyrs, les fêtes décadaires aux cérémonies chrétiennes* Tour à tour temple de la Raison, dépôt d'artillerie, théâtre de saltimbanques, magasin de farines et de fourrages, la basilique était menacée d'une ruine complète. Déjà , on l'avait dépouillée de ses vitraux el de sa toiture. Pour en sauver au moins quelques débris, un architecte se vit réduit à proposer sérieusement de la convertir en marché public ; la maîtresse -voûte était sacrifiée , les chapelles se transformaient en boutiques. C'est en ce grave péril que le Concordat trouva l'église et la sauva. En 4806 un décret impérial fit de Saint-Denis le siège d'un chapitre et le tombeau de la dynastie nouvelle. L'édifice, après tant de mauvais jours , fut , pour humiliation dernière , condamné à être restauré par les mains de l'école impériale. Ce que les fureurs du vandalisme le plus sauvage n'avaient pas eu le temps de faire , des architectes sont venus l'accomplir avec tout le loisir, tout Targent et toute la sécurité désirables. Ils ont nivelé, régularisé, gratté, embelli, agrandi, raccommodé, si bien que le monument n'a plus rien de son caractère pri-

rez-vous un vieillard habillé en jeune homme, mâchoire d'emprunt, le visage tout fardé, le chef ne perruque blonde et bouclée.

nmincHie de la façade, — Le xix® siècle a été ni pour Saint-Denis le plus désastreux. La façade a surtout subi d'étranges transformations. Une déme de 7,î67,000 fr., a eu pour résultat d'amener un état de ruine imminente. Au moins espérait-on lu, au prix de tant de travaux , la consolidation de 1 4 837, la foudre frappa la grande flèche ; il fallut ruire plus de la moitié. Elle était à peine terminée laissa sur elle-même, et que des lézardes effrayantes Aèrent dans toute la hauteur de la tour qui la supflèche a été descendue en 4846; cette année (484Tj, Hé rasée, et maintenant il ne s'agit de rien moins itre à bas la façade tout entière , pour la rebâtir eux tours, de manière à n'avoir plus à en redouter

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