Munie des Monmnenls français, n
précisément à rendroitoù se trouvaient les épitaphés, étnovi^. serons convaincus que le directeur du Musée des Monuments français a , sous sa responsabilité personnelle , décoré des noms de deux abbés illustres dans Thisloire du monastère de Saint-Denis , deux monuments appartenant à des personnages moins connus. Quoi qu'il en soit, ces tombes sont intéressantes.
Placés sous des arcs à trois lobes, et encensés par des anges, les prélats portent la barbe au menton , la chasuble longue , relevée sur les bras, la milre basse, l'étole , le manipule, l'anneau, les gants ornés de plaques, et, sous la chasuble, une aube enrichie de broderies. Leurs crosses, longues et minces, se terminent par un enroulement feuillage. Un des prélats bénit, l'autre tient un livre fermé. Tous deux ont les pieds posés, non pas sur le dos d'un animal symbolique, mais sur une terre émaillée de quelques-unes de ces fleurs des champs auxquelles le psalmiste a comparé la vie de l'homme. Â quelques différences dans la coupe des ornements , dans les broderies , dans la pose des personnages, il est facile de voir qu'une des tombes est postérieure à l'autre de vingt ou trente ans. Les galons des vêtements présentent des fleurs de lis , des chevrons, des fleurs à quatre et à cinq feuilles , des croix , des compartiments carrés, losanges ou circulaires. Le fond de chaque tombe est semé de flcnrs de lis françaises et de tours castillannes. Ces dalles étaient bien conservées ; on ne les en a pas moins fait raboter à neuf; puis, pour les mettre mieux en vue, on a imaginé de les accrocher contre un mur, à cinq mètres environ du sol.
37. Caricature de Suger, * — Une colonnette , nouvellement façonnée dans le style roman, et posée dans les mêmes
\ . Musée (les Monuments français, no 520.
:oiKiilkms que les deux monuments qui précèdent , porte sur e tailloir de son chapiteau , une tête de pierre sortant d'un Histe couvert de la robe monacale ; à Texpression grossièrenenl bouffonne et réjouie des traits , vous pourriez croire que 'imagier qui tailla cette sculpture au xiii* siècle, voulut faire a caricature de quelque moine peu tempérant. La face a été mluminée à nouveau d'une manière triviale ; les cheveux dorés K)nt en partie couverts d'une espèce de serre-téte attaché sous le menton qui achève de rendre le personnage complètement grotesque. A la vue de ce buste , le souvenir d'un des héros Je Rabelais, le joyeux et bon compagnon frère Jean des Entomeures, me poursuit toujours malgré moi ; un pareil portrait répondrait à merveille à l'idée que je me suis faite de ce moine buveur, beau parleur et guerrier. C'est une honte qu'on lit pu travestir à ce point le grand abbé Suger, l'une des plus vénérables et des plus nobles figures de notre histoire. Le catalogue des Petits- A ugustins avoue de bonne grâce que cette méchante caricature formait la clef d'une des voûtes de la partie de l'abbaye de Saint-Denis que la révolution a démolie. Un pareil aveu renverse d'avance tout ce que le même catalogue ajoute pour prouver l'importance de son buste.
Un vitrail de la chapelle terminale représente bien Suger prosterné aux pieds de la Vierge ; mais nous ne pouvons avoir confiance dans le respect que les restaurateurs de Saint-Denis auront eu pour cette figure en la faisant raccommoder. Je crains fort que le portrait de Suger ne nous manque aujourd'hui comme celui de saint Louis.
Voici ce que dit Dom INlillet sur les portraits de Suger qui existaient de son temps. « On voit encores aujourd'huy en la « partie supérieure de l'église Saint-Denis que nous nommons « le chevet, une vieille tapisserie où le roy Louis VIÏ est re- « présenté avec les habits royaux , et la couronne en teste ,
« qui donne son sceptre et sa main de justice au susdit abbé c Sugere représenté en habit pontifical , et au-dessus y a une « inscription contenant ceste escriture : Lad. rtx franc Suga gerium ahbatem et reœdificatorem hujus tempH^ tncerc' « gem constituity anno 1140. Mais le tapissier, ou ceux qui «t ont fourny le mémoire se sont trompez; car ceste commisa sion ne fut donnée à Sugère que Tan 1147, auquel an leroy a partit de France, au mois d'aoust, pour un voyage de la « Terre-Sainte.
« Il y a en ceste royale abbaye plusieurs figures de l'abbé « Sugère , deux desquelles sont en veue à toutes personnes. a L'une est sur Tun des battans de la grande porte de Téglise*, tt l'autre en une vitre de la chapelle Notre-Dame, en la partie « supérieure que nous nommons le chevet. Il est représenlé « en tous les deux endroits , non revestu d'un rocbet ou d'on « camail , non avec la perruque ou le bonnet carré sur la « teste, mais au plus simple habit et en la plus humble posture, « qu'on puisse représenter un pauvre religieux, scavoireet « avec un froc plissé (approchant fort de celuy dont noos « usons maintenant) et la tonsure monacale, couché à plate « terre ; en la vitre , devant une image de la sacrée Vierge, « avec ces mots : Suggeritis abbas ; sur la porte, devant Timage « deNotre-Sauveur, assis à table avec les pèlerins d'Emmaiis. a II n a en Tune ny en Tautre fîgure aucune marque qui le « puisse distinguer d'avec le moindre novice de son monas- « tère , sinon la crosse abbatiale qu'il tient d'une main , pour (( marque de sa dignité , et pour monstrer que c'est luy qui est « là représenté.
« Or, comme il est très-certain que c'est luy-mesme qui a « fait faire ces figures , aussi est-il très-asseuré qu'il n'avoit