‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 91 sur 102 · Musée des Monuments français^ u° I8S · texte numérisé non relu

Musée des Monuments français^ u° I8S

prieur do France , comte d'Auvergne , due d'Angoulême ; il était aussi en dernier lieu chevalier des ordres et colonel général de la cavalerie légère*.

Une statue de marbre représente le duc d'Angoulême à demi couché et appuyé sur un trophée. Le prince est vêtu de l'armure de guerre ; il porte par-dessus le manteau semé de llours de lis et doublé d'hermines. Les colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit pendent sur sa poitrine. Sa main droite tient un bâton de commandement ûeurdelisé. Il a les cheveux longs , la moustache et une touffe de barbe en pointe au bas du menton. Comme celui de Diane de France, le sarcophage cannelé qui sert de support à l'effigie de Charles de Valois a élé em[)runté à un monument étranger. On y lit néanmoins celte nouvelle édition de l'ancienne épitaphe qui était gravée non pas sur le mausolée, mais sur le cercueil du duc d'Angoulémo :

Cy gist très havt et pyissant Princb

MONSEIGNEVR CHARLES DB VaLUIS DTC D*EnGOTLB8MB

Comte d'A\verg>e et de Clermont, Pair de Franck, DÉCÉDÉ A Paris le 23 Septembre 1650, a l'Age de 78 ans

Ce monument, resté plus de vingt ans au milieu d'une cour, était devenu tout noir; il a fallu, pour le nettoyer, lui faire l)ren(lr(î un bain d'eau seconde , opération funeste et destructive, dont les effets se manifesteront tôt ou tard.

Les crabes de marbre blanc posés sous le sarcophage en manière de consoles proviennent de je ne sais plus quel autre tombeau. Quant à cette table de marbre campan-isabelle qui remplit l'intervalle des supports, elle a fait partie du pié-

4. Ce fils de Charles IX {»tail né en 1573. Sa seconile femme Françoise de Nar- Ronne vécut jusjju'à la (in du règne de Louis XIV; elle mourut le 10 août 1713, c'est-à-dire cent quarante ans aiuès la naissance de son mari.

deslai de la colonne érigée aux Célestins en mémoire du connétable Anne de Montmorency ; elle esl incrustée d'une main sortant d'un nuage et couverte de fer, qui tient une épée nue dont la pointe s'engage dans une couronne de feuilles de chêne. Ce large glaive était un des emblèmes de la dignité de connétable; il est souvent figuré en sculpture et en peinture au château d'Écouen construit par Anne de Montmorency. Pour déguiser l'origine du débris employé au monument de Charles de Valois, on a fait disparaître plusieurs alérionsqui accompagnaient répée.

113. Henri II L — L'épitaphe de ce prince était comprise dans le monument érigé à Saint-Cloud , dont nous avons déjà décrit la portion la plus considérable sous le n© vi des tombeaux de l'église haute. Les deux anges d'albâtre qui la soutiennent sortent évidemment de l'école de Germain Pilon ; mais on les a faussement attribués à ce maitre , qui n'existait plusà répoque où ils ont été sculptés. Us sont élégants, mais maniérés ; des robes flottantes les couvrent. Le marbre noir en forme de cœur sur lequel était gravée l'inscription originale, et que j'ai vu à Saint-Denis, a été perdu ou détruit. L'épitaphe actuelle n'est qu'une reproduction de l'ancienne * :

IIENRICVS. III. FRÂIÎ. RBX

OBIIT ANNO D. MDXIC PRIMO. MRNS. ATG. DIB

Adsta viator et DOLE Regvm VICEM

Cor REGIS ISTO CONDITTM est STB MARMORE QVI JVRA GALMS SARMATIS JVRA DEDIT Tectvs CVCVLLO HVNC SVSTVLIT SICARIVS AbI viator et DOLE ReGTM TICBM

1. I/omission do mot w/o, dans l'inscripiion gravée , di'lniil la mesure du second vers.

représentant la Roliî^ion soutenue par la France. Ce groupe est heureusement resté à l'état de projet.

Les effijîies de Henri II et de Catherine sont de la main do (ierniain Pilon ; elles attestent un talent d'exécution vraiment merveilleux. Après la mort de cet illustre sculpteur, elles étaient restées entre les mains de ses héritiers, et ce ne fut qu'à répoque du décès de Catherine de Médicis qui les avait fait faire , qu'elles furent apportées à Saint-Denis par ordre du parlement de Paris.

On pourrait reprocher à ces figures une exagération d'étoffes, de draperii's , do costumes , une profusion de pierreries et d'ornements do toute espèce. Mais on demeure surpris do l'adresse avec laquelle tous les plis ont été fouillés, et de Tincroyable léîièreté de ciseau qui a rendu tous les détails des somptueux vêtements royaux que portent les personnages. Los lûtes , celle de Henri ÏI surtout , sont d'un travail admirable et d'une ressemblance parfaite.

1 1 1 Dlayie de France (de l'église des Minimes de la Place- Uoyaic , à Paris) *. Il n'était peut-être pas parfaitement convenable (le placer à côté de l'effigie de Catherine de Médicis celle (le Diane de France , fille naturelle légitimée de Henri II et (le Philippe Duc , demoiselle piémontaise. La statue de Diane de France est sculptée en marbre blanc et agenouillée devant un prie Dieu sur un sarcophage cannelé en marbre noir. Elle porto une large robe bouffante , un corsage garni d'hermines, un manteau doublé do môme fourrure , une fraise à deux étages et une coiiïe à Tespagnolc. En posant la statue , on a tourné vers le public le côté qui aurait dû regarder le mur, et

!. Musée lien Monuments français , no 118. Une rue passe sur remplacement (Ir l'cglist' dos Minimes, qui iM^ssôdaii un içrand nombre de monuments funéraires du xviie siècle; une caserne de gardes municipaux occu|>c le cloître et le

rouvenl.

L'histoire nous dit que Henri IV expira aussitôt après avoir été frappé du poignard de Ravaillac. L'épitaphe garde le silence sur Tassassinat , et parle de la mort du prince arrivée au Louvre , comme si elle eût eu lieu dans les circonstances les plus ordinaires.

445. Marie de Médicis *. — La femme de Henri IV se crut appelée à jouer le rôle de Catherine de Médicis ; mais elle n'avait ni la tète assez puissante , ni le cœur assez viril. Elle succomba au milieu des intrigues , et s'en alla mourir à Cologne. Nous avons vu dans la magnifique cathédrale de cette ville, au pied de la splendide châsse des rois Mages, le pauvre carreau de marbre qui recouvre le lieu où furent déposées les entrailles de cette reine exilée. Au Musée des Petits-Auguslins, on avait fait graver sur une dalle de pierre une épitaphe en vers consacrée à la mémoire de Marie de Médicis ; c'est celle que nous avons devant les yeux :

LS LOCYBE DB PaHIS VIT àCLATBR 114 GLOIIB:

Lr mom i>r mon Époux, d*iiimoitbllb MiMOiiB, Est placb daks lb gibl comiib vu astbb moutbau.

POUB GBNDBBS J*BCS DBUX ROM, POUR VILS CB CLAIR FLAMBBAU Qui PAR miXB RATORS BRILLBRA DANS L'HISTOIRB.

Parmi tant de gbandbur (lb pourra-t-on bibh groimT) Je suis morte en exil; Coi.ogne est mon tombeau! Cologne, oeil des cités de la terre allemande, Si jamais un passant curieux te demande ;

Le Fl'KESTB RECIT DES MAUX QUE J*AI SOUFFERTS,

Dis: cr triste cercueil cbbtivembnt enserre La HEINE dont le sang couijb en tout l'univers, (^11 n'eut pas en mourant un seul poocb DB terre.

I. Cesl à la iimniflconcc de la reine Marie, qui avait apporté de Florcnre l'amour des arts, (}ue Paris doit le fialais du Luxemlraarg et la fameuse galerie de Rul)ens.

Une inscription dont Pierre Corneille est Fauteur, et qui avait aussi été transcrite sur une dalle pour le Musée des monuments français, fut un moment placée à Saint-Denis en rei!;ar(l de celle-là Mais on l'a retirée comme injurieuse à la mémoire do Richelieu , et l'on a bien fait. S'il était permis à Cornoille do ne pas rendre justice au cardinal , la France n'est pas obligée de penser comme ce grand poëte. Elle a depuis longtemps oublié le roi ; elle ne cessera jamais d'admirer le ministre.

416. Louis XIII (do l'église de la maison professe des Jésuites à Paris) '.-- Le cœur de Louis XIII fut porté à la grande église dos Jésuites que ce prince avait fondée, et dans laquelle Anne d'Autriche lui fit ériger un riche monument par le sculpteur Jacques Sarrazin. Doux anges plus grands que nature,coulés on argent et on bronze, soutenaient un cœur de vermeil ; quatre bas-roliofs ovales on marbre représentaient les vertus cardinales, ot dos anges portaient deux inscriptions gravées sur des cartouches entourés de draperies. Le métal a été fondu ; les marbres sont à Saint Denis ; mais on n'a jusqu'à présent mis on place que les inscriptions. Elles ont été appliquées sur les panneaux d'une espèce de monument dont la forme rappelle exactement celle de quelque ancien bahut. Chacune est accompagnée de deux enfants nus qui ont des ailes aux épaules; l'un tient un sablier, l'autre pleure. A Saint-Denis, ces épitaphes n'ont plus de. sens ; les voici cependant :

AvGvsTissiMUM Sbrbnissimà

LvDovici XIII. Anna Atstriaca IvsTi Régis, Lvdotici XIV.

Basilics uviys Régis BIatbe

\. Musée des Monuments français, nos 245 et 246.

DE SAINT-DEMS. 317

FYRD4T0RIS BT RBflllfA RRGBRS,

Magnifici Prjboilbcti

cor, gonitgis sti

Augelorym hIc Cordi Rbgio

In Manibys Aiioris hoc

llf GOELO MONYMBNTyM P.

In mànt Dbi. Anno salytis

M. DG. XLIU.

Le buste de Louis XIII placé au-dessus du monument a été exécuté en pierre factice d'après un bronze de Varin qu'on peut voir au Louvre. Des attributs royaux et guerriers , des chiffres de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, sculptés en marbre blanc ) ont été rapportés sur les parois rentrantes de ce bizarre cénotaphe.

117. Gaston de France. — Un simulacre de sarcophage en marbre blanc marqué d'une couronne ducale, une niche de forme circulaire et un fronton que je me souviens d'avoir vus tous trois employés à divers monuments au Musée des Augustins. composent maintenant le tombeau de Gaston de France. Le buste en marbre qui est posé dans la niche parait avoir fait partie de l'ancienne décoration du palais du Luxembourg; il représente le prince très-jeune et vêtu du costume romain. L'épitaphe gravée sur le soubassement est une reproduction de celle qui se lisait autrefois sur le cercueil :

Page 1