Musée des Monuments français, n
DE SAIWT-DENIS. 307
bouillet, le 31 mars f5i7. «Son cœur et ses intestins forent « portez en l'abbaye do Nostre-Dame des religieuses de Hautea Bruyère, qui est proche dudit Rambouillet, et mis au chœur « de l'église , lesdicls inlcslins en terre , et le cœur enchâssé a sur une haute colonne d'albaslre, devant la grande grille *.» Les rogislres de la chambre des comptes, exploités par M. Lenoir, constataient qu'il avait été payé à Pierre Bonfems la somme de i^b iiv. pour outrage de maçonerie et taille de sculpture en marbre blanc par lui faits de neuf à un vase pour le chœur et réfjlise de Cabbaye de Hantes-Bruyères où est le cœur du feu roy François.
Ce vase a été sauvé avec son piédestal par le directeur du Musée (les monuments français qui donna, dit-on, en échange une voie de lK)is , et qui ne crut pas faire un mauvais marché. La forme et la sculpture de ce monument lui assignent une place distinguée entre les œuvres les plus remarquables de la Renaissance. Le piédestal est en marbre blanc comme le vase. Une plinthe sculptée d*os et de têtes de mort l'entoure à sa base. Plus haut, sur chacune des quatre faces^ un cartouche agencé avec des tôtes de femmes qui sont couronnées de laurier, présente un bas-relief; on y reconnaît pour sujets la musique instrumentale, la musique vocale, la poi'*sie lyrique et l'astronomie. Quatre femmes jeunes et charmantes jouent de divers instruments , et un enfant qui pourrait bifn être l'Amour, leur donne le ton; une femme chante accompagnée sur la guitare par une de ses compagnes, et sur la viole par un jeune homme; une femme et un jeune homme
1 iKBREiiL. ThNtre des Atithjuitez de Paris. L'abbaye de Haale-Brnyère a ct^ démolie; Vi'f^Use renfermait plnsiears monaments de rillu.stjre mateon de Moolfort. I ue porte de grange ornée de roloiineU4>s («l cnf4>re ftormoutéc d'une jilerre sur laquelle on voit gravée en creux une image de la Vierge assise entre Afux chandeliers (xiv« sièele).
chantent au sonde la lyre; deux personnages étudient avec une attention extrême la structure d'une sphère, et un troisième écrit. Sur la corniche du piédestal quatre tablettes portent les inscriptions suivantes :
CIIRISTIAMSS REGI FRANCISCO PRIMO VIG TORI TRIYMPHATORI ANGLICO HISPANICO GER MAMCO BVRGOM)ICO IVSTISS CLEMBNTISS PRIN riPI IIENRICYS SECVNDVS REX CHRISTIAN18S AMANTISS PATRI PIBNTISS FILIVS B M F
PVLVERE IN EXIGYOQVAM MAGNI PECT0RI8 BXTA COR QVANTTM IIECTOREA STRENVITATE lACET REX FRANCISCE TVVaiSYPERIS QTEM FATADEDBRB
OCYVS ILIAC.C FATA SBVBRA DOMVS CONSVMPTIS LACURYMIS DESIDERIOQZ RECBNTI AMPLIYS HOC QYO TE PROSEQVERBMYR BRAT
1/urne, d'une forme très-évasée et d'une ampleur considérable , a pour supports quatre griffes. Des cartouches acxx)mpagnés de tètes de femmes , de muffles de lion et de draperies, en décorent élégamment le pourtour. A chaque bout, il y a un chiffre du roi avec une couronne au-dessus. Sur chacun des des doux grands côtés on voit entre deux bas-reliefs un écusson de France que surmonte une salamandre entourée de flammes. Les bas-reliefs, travaillés avec la même ûnesse que des camées , représentent la sculpture , l'étude du dessin, l'ai^ chitecture et la géométrie. Ce sont trois sculpteurs qui copient une Vénus antique et mutilée, debout sur un piédestal; un artiste assis au milieu de fragments antiques, et dessinant une statue que deux autres personnages admirent ; un architecte , le compas en main, dirigeant des ouvriers qui élèvent une constniclion à Taide de machines et d'échafauds; enfin un géomètre ou un géographe qui a près de lui un globe
terrestre, et qui indique à deux autres hommes une boussole posée sur une table. Peut-être ce dernier sujet fait-il allusion aux grandes découvertes géographiques de la première moitié du xvi« siècle. C'était une belle et ingénieuse idée dé réunir ainsi les arts et les sciences autour du cœur d*un prince qui les avait constamment aimés. Une inscription latine autrefois placée auprès du monument redisait la douleur des Muses, des Arts libéraux, des Sciences, de la Foi et de l'Église, et leurs larmes répandues sur la mort du vengeur de leur tiberté , de leur protecteur, de leur père.
Benvenuto Cellini ayant fait pour François l" le modèle d*une statue de Mars, qui devait avoir cinquante quatre pieds de hauteur et représenter le roi , avait disposé autour les quatre figures allégoriques de la science des lettres , de Tart du dessin, delà musique et de la libéralité*. Il est possible que Pierre Bontems se soit rappelé cette compo«tion.
Le couvercle de Turne est orné de masques de femmes , de tètes d'anges et de deux petits génies qui tiennent des flambeaux renversés. La pomme de pin qui figure en ainortisBement est une restauration moderne.
409 , 110. Henri II et Catherine de Médicis*. — A côté du splendide mausolée de la chapelle des Valois, des statues en marbre de Henri II et de Catherine de Médicis reposaient couchées sur deux magni6ques lits d'apparat en bronze , semés de chiffres et de fleurs de lis. Les statues sont aujourd*hui placées Tune auprès de l'autre sur un grand socle de marbre qui avait été préparé, du temps de Tempire, pour servir de support, dans l'abside de l'église haute , à un groupe colossal
I. Œuvres complètes de Benvenuto CeUini^ traduiles ptr Leclanclié, U U, p. 6 et 7. Paris 1847.
S. Musée des Monuments français, n* 103.
représontant la Roli^^ion soutenue par la Franco. Ce groupe est hpnrousomonl resté à l'élat de projet.
Les ofn}2;ies de Henri II et de Catherine sont de la main de (romiain Pilon ; elles attestent un talent dVxécution vraiment merveilleux. Après la mort de cet illustre sculpteur, elles étaient restées entre les mains de ses héritiers, et ce ne fut qu'à l'époque du décès de Catherine de Médicis qui les avait fait faire , qu'elles furent apportées à Saint-Denis par ordre du parlement de Paris.
On {)ourrait reprocher à ces figures une exagération d'étoffes, de draperies , de costumes , une profusion de pierreries et (rurnements de toute espèce. Mais on demeure surpris de l'adresse avec laquelle tous les plis ont été fouillés, et de Tincroyablc légèreté de ciseau qui a rendu tous les détails des somptueux vêtements royaux que portent les personnages. Los tôtcs , celle de Henri II surtout , sont d'un travail admirable et d'une ressemblance parfaite.
4 i 1 Diane de France (de l'église des Minimes de la Place- Royale, à Paris) '. 11 n'était peut-être pas parfaitement convenable de placer à côté de l'effigie de Catherine de Médicis celle (le Diane de France , fille naturelle légitimée de Henri H et de Philippe Duc , demoisiille piémontaise. La statue de Diane de France est sculptée en marbre blanc et agenouillée devant un prie- Dieu sur un sarcophage cannelé en marbre noir. Elle porte une large robe bouffante , un corsage garni d'hermines, un manteau doublé de même fourrure , une fraise à deux étages et une coiffe à l'espagnole. En posant la statue , on a tourné vers le public lo côté qui aurait dû regarder le mur, et
i. Musée dea Monuments françms , no 118. Une rue passe sur remplacement (le l'église des Minimes, qui possédait un grand nombre de monuments funéraires du xviie siècle; une caserne de gardes municipaux oecope le eloltre et le couvent.
que le scuIpLeur n'avait p€a en conséquence pris la peine d'achever. M le sarcophage ni le prie- Dieu n'appartenaient anlrefois à Diane de France ; on les a dérobés à de^ monuments d'autreâ perisOiinageâ ; cela n'a pas empêché de graver sur 1 un l'épitaphe et sur l'autre les armoiries de la princesse. L'inscription ml ainsi conçue :
Ihâni 0B FiuKcm fille et scmwn LÊâiitxsK dsi Rôti Dtchmib
viER 1649
Diane de France épousa en premières noces Horace Farnèse, duc de Castro^ el t*n secondes François, duc de Montmorency, pair et maréchal de France. Elle posséda successivement les duchés de Cbâtelleraut , d'Étampes et d^Angoulème-
L'écusson du prie-Dieu présente plusieurs erreurs de blason dans la forme de la couronne , et dans la disposition des armoiries-
4li. Charies de f'aiols (des Minimes de la Pïace-Royale)** — Ce personnage était fila naturel do Charïcâ TX et de Marie Toucliet, Pîile d'un lienleoant particulier au présidial d'Orléans, il eut une vie marquée par des événements cxtraordinaires. En I5â9, à la balaltle d'Ârques , il tuait de sa main le général de la cavalerie des ligueurs; il fut ctmdamné en i<>05 par le parlement de Paris à avoir la lêie tranchée, et passa, par commutation , onze ans à la Bastille ; après sa sortie de prison , il prit une part active à toutes les guerres du règne de Louis Xlll. Il fut tour à tour abbé de la Chaise-Dieu, grand