‹ Monographie de l'église Saint-Maclou de PontoiseChapitre 3 sur 24 · DESCRIPTION DE L'EGLISE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'EGLISE

a construction successive des diverses parties de l'église de Saint-Maclou peut faire aisément comprendre pourquoi son plan actuel affecte une disposition assez singulière. Ce plan comprend une nef flanquée au nord d'un double collatéral et au sud d'un seul bas -côté, un transept et un chœur entouré d'un déambulatoire qui communique avec quatre chapelles rayonnantes. Le bas-côté méridional renferme des chapelles dont la profondeur varie par suite de la direction oblique du mur extérieur. Les chapelles qui se trouvent dans le bas-côté nord sont moins irrégulières, mais celle de la Passion est plus vaste que les autres ; elle s'élève à côté de la façade du monument. Trois portails donnent accès dans la nef et les bas-côtés de l'église ; deux autres portes s'ouvrent dans les croisillons du transept et le clocher est adossé à la

partie centrale de la façade (,). Le plan de l'église e'tait beaucoup plus simple au xnc siècle (2;. Il se composait alors d'une nef, de deux bascôtés, d'un transept et d'un chœur dont le déambulatoire renfermait cinq chapelles rayonnantes. On peut aisément restituer les anciennes dispositions de la nef et du sanctuaire, qui ont subi peu de modifications importantes depuis l'époque de leur construction, en rétablissant la cinquième chapelle rayonnante et en retranchant les saillies formées par la sacristie ainsi que par le petit porche du croisillon sud. Le plan primitif des autres parties du monument est plus difficile à découvrir. Toutefois, on peut être certain que la nef renfermait au moins cinq travées, car on voit encore cinq formerets du xue siècle au-dessus des fenêtres qui éclairent au nord le vaisseau central. La largeur des bas-côtés primitifs devait être en rapport avec celle du déambulatoire. La façade, les piliers et les fenêtres étaient sans doute conçus dans le style généralement adopté par les architectes de la région à cette époque. C'est ainsi que nous avons été conduit à reconstituer le plan de l'église de Saint-Maclou, tel qu'il devait être au xne siècle. L'édifice conserva, du reste, toute la régularité de ses proportions jusqu'au xvie siècle.

La nef, divisée en sept travées, est recouverte d'une série de croisées d'ogive séparées les unes des autres par des doubleaux en tiers-point. Les nervures de ces voûtes sont garnies de fines moulures et leurs clefs sont ornées d'étoiles et d'écussons, sauf celles des trois dernières travées qui représentent saint Maclou, la lune et le soleil. Le style de la nef n'est pas homogène et porte l'empreinte de deux époques bien distinctes; les deux travées voisines de la façade ont été construites au xve siècle et les cinq autres appartiennent au xvie siècle. La première travée a seule conservé sa voûte du xvc siècle ; elle est soutenue par deux lourdes piles octogonales, flanquées de quatre minces colonnettes. Ces piliers étaient destinés à épauler le clocher et le mur de la façade. Pour se rendre

(i) Voici quelles sont les principales dimensions de l'église de Saint-Maclou :

Longueur totale 52 m 3o

Longueur du transept ... 26 n> 40

Largeur totale 32™ 40

Largeur de la nef y» 70

Largeur du bas-côté nord .

Largeur du bas-côté sud .

Largeur du transept . . .

Largeur du déambulatoire.

(2) A cette époque, la longueur de l'église ne devait pas dépasser 44 mètres, et sa largeur 17 mètres.

compte des dispositions que la nef aurait dû présenter, si elle avait été rebâtie tout entière au xve siècle, il faut examiner l'élévation de la secondetravée du nord. Elle se compose d'un arc en tiers-point, orné de gorges et de tores amincis, qui repose d'un côté sur la grosse pile octogonale et de l'autre sur une colonne isolée dont le chapiteau est formé d'une guirlande de feuillages découpés à jour. Deux petites colonnettes aplaties étaient engagées dans le fût de la colonne; l'une d'elles a été supprimée. Au-dessus de la grande arcade s'ouvre une longue fenêtre en tiers-point, complètement bouchée, dont le meneau central soutient deux petits arcs trilobés, accompagnés de soufflets et de mouchettes. Un cordon de feuilles de vigne règne sous l'appui de la baie. Cette ordonnance ne se reproduit pas dans la seconde travée méridionale, éclairée par une larçe fenêtre à remplage flamboyant, parce qu'elle a été modifiée à l'époque de la reconstruction de la nef.

Toutes les autres travées sont conçues dans un style bien différent, mais le caractère de leur architecture suffit à prouver qu'elles n'ont pas été élevées d'un seul jet. Les travées du nord appartiennent à la première moitié du xvi" siècle; celles du sud sont contemporaines de la dernière période de la Renaissance, comme on peut le constater en examinant les sculptures de leurs chapiteaux. Elles sont formées d'un arc en cintre surbaissé, garni d'un grand nombre de moulures et soutenu sur des colonnes isolées. Chacune de ces colonnes est flanquée d'un pilastre destiné à recevoir les nervures et les doubleaux des voûtes. Dans la partie reconstruite au xvie siècle, la nef est éclairée par une série de baies en tiers-point, assez basses, garnies de deux meneaux et d'un oculus. Du côté de la façade s'ouvre une grande rosace dont le remplage est entièrement moderne. Les chapiteaux des pilastres adossés aux travées du nord offrent une grande ressemblance avec ceux du bas-côté voisin. Ils sont rehaussés de figures humaines et de bouquets de feuillages très élégants. On remarque au-dessous de leur bague une feuille d'acanthe placée au milieu d'un triangle. Les pilastres des travées méridionales sont couronnés par des têtes d'anges entourées de feuillages et par de riches chapiteaux composites d'un style assez lourd. Le troisième pilier est orné d'un bas-relief qui représente saint Eustache, debout au milieu d'une rivière : à droite et à gauche un lion et un loup emportent ses enfants. La décoration de la nef était anciennement complétée par des chapiteaux

— 8o — qui surmontaient les colonnes isolées à la hauteur de la retombée des grandes arcades. En effet, il est établi par une pièce dont nous avons transcrit le texte, que la fabrique fit supprimer, en 1783, « les grosses corniches chargées d'ornements qui coupaient les piliers par la moitié » (I>. On entreprit à la même époque de retailler les pilastres des travées méridionales pour les faire filer jusqu'à l'entablement supérieur. Nous rappellerons également que le carrelage actuel de la nef fut posé à la fin de l'année 1 783. l21

Il peut paraître utite de rechercher l'ancienne disposition du vaisseau central de l'église au xnc siècle, car on ne doit pas mettre en doute l'existence d'une nef élevée en même temps que le transept et le sanctuaire. Si l'on en juge par les cinq arcs formerets primitifs qui encadrent encore les voûtes du côté nord, il est certain que la nef était recouverte, au xue siècle, d'une série de croisées d'ogive. Ses piliers devaient être formés d'un faisceau de douze colonnes, comme ceux des églises de Bury et de Saint-Germer, de la Villetertre (Oise), de Poissy et de Chars (Seine-et-Oise;. Il est bien probable que les grandes arcades décrivaient une courbe en tiers-point et que les fenêtres étaient en plein cintre. Cette nef primitive se conserva intacte jusqu'au moment où la façade fut rebâtie pendant le cours du xve siècle ; ses travées du nord disparurent dans la première moitié du xvie siècle, mais ses voûtes et ses travées méridionales ne furent démolies que vers 1570.

Si la nef est intéressante à étudier par suite de ses divers remaniements, le mobilier qu'elle renferme mérite également d'attirer l'attention. Noël Taillepied mentionne l'existence d'un orgue à Saint-Maclou, dès l'année 1587 <31, mais cet instrument, complètement remis à neuf par Jean de Joyeuse en 1672 <+>, fut remplacé en 1715 par un nouvel orgue construit sous la direction d'un facteur nommé Tribur <5>. Réparé par François Cliquot en 1782 (61 et par le facteur Collinet en 1843, il fut

(1) Cf. pièce justificative n° XLI.

(2) Cf. pièce justificative n" XLII.

(3) Recueil des antiquité^ et singularité;; de la ville de Pontoise, fol. 14 v».

(4) Cf. pièce justificative n° XIX.

(5| Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 66 v°. (6) Cf. pièce justificative n» XXXIX.

presqu'entièrement détruit par l'ouragan du 12 août 1875. L'orgue actuel a été installé par les soins de M. Cavaillé-Coll, en 1877. Le buffet et la tribune sont l'œuvre d'un maître menuisier de Paris, nommé Michel Pellet, qui vint les poser dans l'église en 17161". Soutenu par deux cariatides d'un style assez pur, le buffet est couronné par des pots à flamme et ses culs-de-lampe sont ornés de têtes d'anges finement découpées. La chaire, œuvre assez médiocre du xvne siècle, fut commandée en i653 à un artiste dont le nom nous est inconnu qui reçut 800 livres pour le prix de son travail (2). Ses panneaux sont décorés des figures des quatre évangélistes, saint Marc avec le lion, saint Luc avec le bœuf, saint Mathieu avec l'ange et saint Jean avec l'aigle. On remarque sur la rampe de l'escalier le chiffre de saint Maclou au milieu d'une couronne de lauriers et deux têtes d'anges entourées de feuillages. Le banc d'œuvre se compose de quinze panneaux de bois sculpté garnis de fines arabesques et de quelques médaillons. Ces boiseries, dont le style porte l'empreinte de l'art le plus pur de la Renaissance, ont remplacé l'ancien banc d'œuvre qui avait été fait au xvne siècle, en même temps que la chaire. Elles proviennent en grande partie de la chapelle de la Passion et de deux autres chapelles latérales. Plus haut, cinq statuettes modernes de saint Mellon, de saint Pierre, de saint Jean, de saint André et de saint Maclou sont placées entre des pilastres ornés d'arabesques. Au-dessus du banc d'œuvre se trouve une belle Descente de Croix signée : J. Jonvenet, ifo8. On voit au premier plan le corps du Christ enveloppé d'un linceul et soutenu par Nicodème et Joseph d'Arimathie. En arrière, la Vierge se tient debout, les yeux levés au ciel et les mains étendues. Les saintes femmes, plongées dans une profonde tristesse, contemplent cette scène, tandis qu'un homme aux formes athlétiques assujettit une échelle au pied de la croix. L'ensemble du tableau est saisissant et les personnages sont traités avec beaucoup d'ampleur. Jean Jouvenet, mort en 17 17, a peint plusieurs toiles représentant le même sujet conservées aujourd'hui au Musée de Toulouse et à Dijon <3'. Cette Descente de Croix se

(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 33.

(2) Cf. pièce justificative n<> XVIII.

(3) On trouvera une description complète de ce tableau dans un article de M. Le Charpentier sur les Jésuites à Pontoise. Cf. Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Pontoise et du Vexin, t. II, p. 119.

trouvait autrefois dans la chapelle des Jésuites de Pontoise, mais, en 1765, après la dissolution de l'Ordre, elle fut achetée 5y6 livres par la confrérie de la Passion qui l'installa dans sa chapelle, à l'intérieur de l'église de Saint-Maclou |I). Elle fit plus tard l'ornement du maître-autel et fut enfin posée au-dessus du banc-d'œuvre en 1 855.

Le bas-côté nord, qui se compose de deux galeries parallèles séparées par une file de cinq colonnes, peut passer pour un des plus gracieux spécimens de l'architecture religieuse du xvie siècle. Les deux premiers chapiteaux sont ornés à chacun de leurs angles de figures d'enfants et de satyres dont le corps se confond avec les bouquets de feuilles sculptés sur la corbeille. La troisième colonne est surmontée d'un chapiteau flanqué de chimères cornues ; la quatrième est couronnée par quatre enfants qui tiennent des guirlandes, motif emprunté à l'art antique ; la cinquième se termine par un chapiteau corinthien garni de grosses volutes et de feuillages délicats. Les tailloirs de ces colonnes, formés d'un dé de pierre très épais décoré de moulures, sont rehaussés de figures humaines et de têtes de chevaux. A partir de la seconde travée de la nef, le bascôté nord est voûté par une série de doubleaux cintrés et de croisées d'ogive qui viennent se réunir à des clefs découpées à jour avec une remarquable habileté de ciseau. Les deux travées de la première galerie remontent seules au xve siècle ; elles sont recouvertes de voûtes à nervures piriformes, séparées les unes des autres par des doubleaux en tierspoint. Du côté opposé à la nef, une porte dont l'archivolte est ornée de crochets de mauve frisée donne accès dans un escalier qui conduit au sommet du clocher. Il est évident que l'architecte chargé de reconstruire la façade de l'église au xve siècle eut l'intention d'amorcer un double bas-côté sur la face septentrionale du monument, car la colonne qui correspond à celle de la seconde travée de la nef n'était pas destinée à être engagée dans le mur extérieur. Elle devait rester complètement isolée et c'est au xvie siècle seulement qu'elle fut adossée à la chapelle delà Passion. La seconde galerie, qui appartient tout entière au style élégant de la Renaissance, a dû être élevée, comme la première, dans le second quart du xvie siècle. Les nervures de ses voûtes retombent d'un côté sur les colonnes isolées, de l'autre sur des pilastres flanqués de

(1) Cf. pièce justificative n° XXVIII.

deux colonnettes, disposition analogue à celle que Ton observe dans les collate'raux de l'église Saint-Eustache de Paris.

Les chapelles latérales du bas-côté nord sont au nombre de cinq. La première, celle de la Passion, embrasse deux travées de la seconde galerie et occupe une surface beaucoup plus grande que les autres chapelles. Nous avons dit, dans le chapitre précédent, qu'elle avait dû être élevée aux frais de la confrérie de la Passion, établie à Saint-Maclou de Pontoise dès le xive siècle. Sa construction, qui ne peut être antérieure à l'année i53o environ, était certainement terminée en ï 54*5 , comme le prouve la date inscrite sur l'un de ses vitraux. Séparée du bas-côté par une cloison vitrée complètement moderne, la chapelle de la Passion est recouverte de deux voûtes sur croisée d'ogive, ornées de liernes, de tiercerons et de clefs pendantes. Le doubleau qui se trouve entre ces deux voûtes est en cintre surbaissé; il s'appuie d'un côté sur un pied droit flanqué de deux pilastres et de l'autre sur la cage de l'escalier du clocher. Quatre grandes fenêtres cintrées, de largeur inégale, éclairent l'intérieur de la chapelle; celles du nord, divisées par des meneaux et surmontées de rosaces en forme d'ellipse, renferment deux magnifiques vitraux de la Renaissance.

Le premier vitrail représente le portement de croix. Le cortège, précédé par des gardes à pied et à cheval, sort de Jérusalem dont les édifices apparaissent dans le lointain. On remarque dans ce groupe un personnage qui tient un petit sceptre d'or. Les deux larrons, solidement attachés, le corps ceint d'un linge blanc, marchent en avant suivis de plusieurs saintes femmes. Le Christ, vêtu d'une robe violette, s'avance derrière eux, en portant sa croix avec l'aide de Simon le Cyrénéen ; sa figure, loin d'exprimer la souffrance, est empreinte d'une très grande douceur. On aperçoit ensuite sainte Véronique tenant le voile qui n'a pas encore reçu l'empreinte de la face du Sauveur. L'artiste a voulu peindre le moment où Jésus dit aux filles de Jérusalem : « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes. » Tandis que le Christ gravit la montagne du Calvaire, il y a déjà des groupes qui stationnent au sommet. Une première croix est plantée ; on en dresse une seconde. Dans un coin du tableau, Judas vient de se pendre à un arbre et son ventre ouvert laisse échapper ses entrailles. L'éclat du coloris de cette verrière n'est pas moins remarquable que sa composition. Les compartiments supérieurs

renferment deux anges vêtus de blanc qui portent les clous et la hampe de la croix, ainsi que le roseau et les verges de la flagellation. Le vitrail de la petite rosace centrale figure le sacrifice d'Abraham. Isaac à genoux, les yeux bandés, s'apprête à être frappé par son père dont le bras est arrêté par un ange. On distingue à côté de l'autel le bélier destiné à remplacer la victime.

C'est la grande scène du Calvaire qui est reproduite sur la seconde verrière. Le bon larron baisse la tête d'un air repentant ; le mauvais larron lève la sienne et semble blasphémer. Le Christ, cloué par les pieds et par les mains sur une croix très haute, couronné d'épines, est ceint d'un linge qui flotte au vent. A sa droite, une tête radiée représente le soleil ; à gauche la lune est figurée par une tête blanche vue de profil dans un croissant d'or. La Madeleine, aux pieds du Christ, embrasse la croix, tandis que la Vierge pâmée est entourée des saintes femmes qui la soutiennent dans leurs bras. Au-dessous de la croix, un lévrier flaire un crâne et deux os croisés; une pierre voisine porte la date de 1 545. Le second plan est formé par un groupe de soldats qui tirent au sort la robe du Christ et par un grand nombre de gardes à cheval portant des étendards. Plusieurs prêtres se tiennent debout à leurs côtés; l'un d'eux, monté sur un cheval et coiffé d'un bonnet à deux pointes, prend un air moqueur et satisfait. On aperçoit les remparts de Jérusalem dans le fond du tableau. Les interstices des meneaux renferment deux écus ; l'un est d'azur au croissant d'argent accompagné de trois étoiles d'or-, l'autre est mi-partie du premier et d'argent à la croix de gueules cantonnée de quatre têtes d'animaux de sable. L'artiste a représenté plus haut la création de la première femme par Dieu le Père, vêtu d'une chape rouge et coiffé d'une tiare d'or. Au centre on voit Adam et Eve dans le Paradis terrestre entourés de tous les animaux de la création. Un serpent à tête humaine est enlacé autour de l'arbre fatal. Ce petit sujet est traité avec beaucoup de finesse et les personnages sont dessinés avec une rare perfection. Plus loin, Adam et Eve sont chassés du Paradis par un ange assis sur des nuées. Si l'époque où furent posés ces deux beaux vitraux ne peut faire l'objet d'aucun doute, on ignore malheureusement le nom de l'artiste qui les a exécutés. Les deux baies occidentales sont garnies de verrières modernes qui représentent le triomphe du Christ et l'Ascension. Elles ont été peintes en 1864 par M. Didron et ne peuvent soutenir aucune espèce de comparaison avec les précédentes.

La chapelle de la Passion renferme en outre une œuvre d'une réelle valeur artistique, c'est un sépulcre du xvie siècle. On sait qu'un grand nombre de monuments de ce genre furent établis dans les édifices religieux à l'époque de la Renaissance. Les églises d'Eu, de Dieppe (Seine- Inférieure), de Saint-Germer (Oise), de Sissy (Aisne) et l'ermitage de Saint-Sauveur de Limay (Seine-et-Oise) en renferment notamment de curieux spécimens et l'on en rencontre beaucoup d'autres dans toutes les régions de la France. Le sépulcre de Saint-Maclou se compose d'un groupe de huit figures qui représente la mise au tombeau. Le Christ repose étendu sur un sépulcre orné de deux tètes d'anges ; il est enveloppé dans un suaire dont Nicodème et Joseph d'Arimathie tiennent les deux extrémités. En arrière, saint Jean, jeune et imberbe, soutient la Vierge tandis que Madeleine joint les mains dans une attitude recueillie. Deux autres saintes femmes portant des vases de parfums complètent l'ensemble de cette scène. La sculpture de cette mise au tombeau porte l'empreinte d'un véritable sentiment, mais il est regrettable que la pose des personnages du second plan soit aussi maniérée. Tout le groupe se trouve placé sous un grand plafond de pierre sculpté soutenu par quatre colonnes cannelées et divisé en caissons d'un faible relief. Ce plafond est légèrement incliné pour que son ornementation soit plus facilement visible. L'entablement, garni de rinceaux, de têtes d'anges, de métopes et de triglyphes, est surmonté de trois cartouches : le cartouche central renferme les trois clous de la Passion entourés de la couronne d'épines, les deux autres sont garnis de divers feuillages. La frise se compose de mascarons et de guirlandes de fleurs et de fruits couronnés par une corniche garnie d'oves et de rosaces. Nous n'avons pu découvrir le nom des sculpteurs qui ont travaillé à ce monument, mais il est évident que la mise au tombeau et son encadrement n'ont pas dû être taillés par le même artiste. On sait seulement que le sépulcre existait déjà en 1587, puisque Noél Taillepied le décrit dans son ouvrage <". Élevé sans doute vers le milieu du xvic siècle, peu de temps après la consécration de la chapelle de la Passion, il fut l'objet d'une restauration générale en 1777 W. La plateforme supérieure est occupée par un groupe en bois représentant

(1) Recueil des antiquité^ et singularité^ de la ville de Pontoise, fol. l5.

(2) Cf. pièce justificative n« XXXIV.

la résurrection ; c'est une œuvre très médiocre du xvme siècle. Le Christ sort de son tombeau enveloppé dans un suaire, un ange est assis sur le bord du sépulcre. Deux gardes se tiennent debout, un autre est endormi et le quatrième, l'épée et le bouclier en main, semble disposé à la résistance. A gauche, les trois saintes femmes, portant des vases de parfums, se rendent au tombeau ; leurs figures peintes et voilées se détachent en relief sur la muraille.

Les quatre autres chapelles latérales, encadrées par des arcs en cintre surbaissé, sont recouvertes de croisées d'ogive à clef pendante dont les compartiments renferment un bouquet de feuillages au milieu d'un cartouche en losange. Les larges baies cintrées qui les éclairent sont divisées par trois meneaux destinés à soutenir des rosaces, des soumets et des mouchettes. La première chapelle possède des fonts baptismaux du xvme siècle, en forme de vasque, et un vitrail qui reproduit diverses scènes de la vie de sainte Barbe. Tous les personnages de cette verrière sont en costumes du xvie siècle. Dans un palais à colonnes ioniques, Dioclétien, entouré de sa cour, siège sur un trône et parle avec animation. Sainte Barbe, la main levée, lui répond tandis qu'un garde la saisit par le bras : en arrière, on aperçoit la sainte entre deux bourreaux attachée à une colonne. Plus loin, des ouvriers construisent un édifice, l'un d'eux monte sur une échelle avec une auge pleine de mortier, l'autre travaille à côté d'une roue destinée à élever les matériaux. Le père de Barbe, en riche costume et coiffé d'un turban, s'apprête à frapper sa fille. Le dernier panneau est presqu'entièrement remplacé par du verre blanc, mais nous savons qu'il représentait la sainte au moment où elle se jette sur une pierre entr'ouverte. Les rimes suivantes, écrites deux par deux au bas de chaque scène, en expliquent le sens :

©iocfetien fe cnicf empereur feifl fa Siergc 6arrre pat fureur

a fa prière bc biofeore

afin be fuper bieu et fa gfoire

fa pierre bute f'efl ouverte pour murer fa Siergc fainetc

fee 6crgcc6 6icn a (eut pctcte ('ont monfttcc p gtranbc ctaincte

La partie supérieure du remplage est occupée par deux anges vêtus de blanc et par deux autres sujets difficiles à expliquer : l'un des anges tient les trois clous de la croix et l'autre souffle dans une trompette. Les quatre scènes qui devaient se trouver anciennement au bas de la verrière n'existent plus.

La seconde chapelle, où l'on a récemment élevé un monument à la mémoire de l'abbé Driou, ancien curé de la paroisse, est ornée d'un vitrail du xvie siècle entièrement consacré à l'histoire de saint Fiacre. On voit d'abord saint Fiacre enfant qui lit un livre devant son maître au milieu d'autres écoliers. Les groupes suivants représentent saint Fiacre et son père, la fiancée du saint en robe d'hermine, entourée d'un brillant cortège, saint Fiacre embrassant un lépreux, auquel il donne son manteau, saint Fiacre parlant à un marinier dont le navire est sur le point d'appareiller. Le saint se présente ensuite à saint Faron, évêque de Meaux, qui le reçoit devant un superbe palais. Après avoir pris congé de l'évêque, il se montre plus loin vêtu d'un costume d'ermite, pieds nus et armé d'une bêche, tandis qu'une paysanne, tenant une quenouille à la main, le regarde travailler. Derrière l'ermitage, on distingue saint Faron qui se tient sur les marches d'un temple pour regarder ce que fait saint Fiacre. Enfin l'évêque, suivi de son porte-crosse et d'autres personnages, réprimande le saint au milieu d'une forêt. Voici les inscriptions destinées à faire comprendre les sujets de la verrière; elles sont placées dans des cartouches soutenus par des petits génies : <2>

Corne fainct fiacre en fon jeune âge affoit a fecoffe por aptenbtc (a fop catÇoficquc

(,) Le panneau où l'on pouvait lire ce dernier vers et celui qui rime avec lui a étébrisé. M. de Guilhermy avait heureusement transcrit le texte complet dans ses notes sur l'église de Saint-Maclou. Cf. B. N. fonds français, n. a., n» 6100, fol. 200.

(2) Les quatre panneaux qui faisaient défaut dans ce vitrail ont été remplacés tout récemment par M. Oudinot.

Corne te pete be fainct fiacte bue bc 0p6crnic te voufttt matict a une bamoifciïe fîflV bu rop o'cfcoffe aboquee ne voufut cofcntit et f'en atta

CÔinc fainct fiacre aptee qu'if tcfufa b'eflrc marie f'en atta et rccotra uns tabve qu'if èaifajt fup c§an$ca fon aèit be paout be it ne fut cognu

CÔinc fainct fiacte arriva a ta mec et pria un maviniet bc te paffet pour venir en ftance

Conte fainct fiacte apree paffe fa mer vint a fainct pfiaron cvcfquc be mcaufy et fup prie fc recevoir pour fon ferviteur

Corne fainct pfiaron bona congé a fainct fiacre battet faire uns Çcrmitagc au 6ope por fop y tenir

(Corne fainct fiacte a6atoit grano no6rc be 6ope

atout fa èefcfic Bccqucnauft paffe fc reprint et aceufa a tort

a fainct pfjaron cvcfquc be mcaufy

Conte fainct pBaron vint a fainct fiacte pour fe repreoec bu betit que 6ecquenauft fup avoit bit. ("

Il faut également attribuer au milieu du xvie siècle la verrière de la troisième chapelle. On y voit une sainte martyre à genoux et un empereur en armure de guerre assis sur un trône doré enrichi de sculptures,

(i) Les autres inscriptions de la verrière sont complètement modernes.

devant un palais à colonnes bâti dans le style de la Renaissance. Le panneau suivant est occupé par des gardes qui conduisent la même sainte au supplice. Les compartiments d'intersection renferment un e'cusson de sable à trois mains d'argent, au lambel à trois pendants de même, et un autre écusson d'or à trois oiseaux de sable. Dans la partie haute du remplage, on aperçoit Suzanne au bain observée par les vieillards qui l'accusèrent d'adultère. C'est peut-être le jugement de Suzanne ou plutôt celui de sainte Suzanne, martyrisée sous le règne de Dioclétien, que l'artiste a voulu reproduire sur les panneaux inférieurs, mais il est difficile d'éclaircir cette question en l'absence de toute espèce de légende au bas de la scène principale. La fenêtre de la quatrième chapelle est garnie d'une verrière moderne consacrée à la vie de saint Joseph o, mais elle a conservé trois petits vitraux du xvi° siècle qui représentent la flagellation, l'ensevelissement du Christ et saint Joseph tenant l'Enfant Jésus par la main. La scène se passe devant un riche portique et les deux personnages sont en marche : l'Enfant est nimbé et porte dans sa main droite un globe crucifère. La dernière chapelle, bâtie dans le même style que les autres, n'a jamais été destinée au culte, elle a toujours servi de passage aux fidèles pour leur permettre de sortir de l'église par un portail latéral. Cette porte est précédée d'une salle voûtée sur croisée d'ogive qui fut construite au xvie siècle, en même temps que toute cette partie de l'église dont l'architecture offre une certaine ressemblance avec celle du bas-côté nord de Saint-Eustache de Paris.

Le bas-côté sud, commencé en i566 et consacré le i5 août i583 <2), se compose d'une simple galerie flanquée de quatre chapelles latérales. Ses voûtes sont séparées les unes des autres par des doubleaux en cintre surbaissé et leurs nervures croisées s'appuient d'un côté sur les lourdes colonnes de la nef, de l'autre sur des pilastres corinthiens accompagnés de colonnettes cannelées. Les clefs de voûte se font remarquer par la richesse de leur ornementation et par les quatre têtes d'anges qui les entourent ; celles des trois dernières travées sont décorées de bas-reliefs sculptés représentant l'Enfant Jésus porté par sa mère, la mort et le

(i) Cette chapelle renferme e'galement un autel moderne conçu dans le style de la Renaissance.

(2) Cf. pièce justificative n° XV.

— 9° — couronnement de la Vierge. Le mur extérieur du bas-côté sud prend une direction oblique à partir de la façade, comme dans l'église de Saint- Eustache de Paris, afin de ne pas empiéter sur la voie publique. Il en résulte que les chapelles latérales n'ont pas toutes la même profondeur. La première, recouverte comme toutes les autres d'une voûte sur croisée d'ogive dont la clef est sculptée avec beaucoup d'art, communique avec le bas-côté par un arc cintré qui s'appuie sur deux pilastres. On lit à la base du pilastre de gauche la date de 1578. Cette date, qui se répète sur un pilastre extérieur, prouve que le bas-côté sud fut bâti avec beaucoup de lenteur, car la troisième chapelle était terminée dès l'année 1570. La seconde chapelle, où l'on voit un marchand de draps à son comptoir sculpté sur un pilastre, doit avoir été construite aux frais de la corporation des drapiers de Pontoise. Restaurée en 1868, elle est éclairée, comme la précédente, par une large fenêtre dont le remplage se compose de trois meneaux et de deux rosaces en forme d'ellipse. On remarque sur la muraille une peinture du xviue siècle assez effacée. Il faut signaler dans la troisième chapelle, sur le pilastre qui l'encadre à droite, la date de 1570, inscrite dans un petit cartouche, et un vitrail moderne destiné à rappeler que saint Louis fit le vœu d'aller à la croisade, lors de son passage à Pontoise en 1264. La quatrième chapelle, consacrée à la Vierge, est beaucoup plus grande que les autres. Ses deux travées, bâties entre les années 1 566 et 1570, sont recouvertes de croisées d'ogive et le doubleau cintré qui les sépare retombe de chaque côté sur un pilastre flanqué de deux colonnettes. La pile intermédiaire présente la même disposition sur chacune de ses faces ; elle est couronnée par de riches chapiteaux corinthiens. Cette chapelle a été l'objet d'une restauration générale en 1871 : ses deux fenêtres sont divisées par trois meneaux surmontés d'une rosace aplatie. L'autel et les deux verrières qu'elle renferme sont des œuvres complètement modernes <">, mais elle a conservé une peinture murale du xvne siècle. A côté de la chapelle de la Vierge se trouve un large passage voûté par deux croisées d'ogive qui fait communiquer la galerie du sud avec un portail latéral. On aperçoit dans la muraille, à gauche, un contrefort du xn" siècle destiné à épauler le

(1) L'une de ces verrières représente des scènes de la vie de la Vierge, et l'autre la procession faite pour conjurer la peste de Pontoise.

— gi — croisillon du transept : il se trouvait en dehors de l'église avant la construction des chapelles latérales au xvie siècle. A droite, un petit basrelief engagé dans un pilier représente Adam et Eve dans le Paradis.

Si l'époque où le bas-côté sud fut bâti est connue d'une manière très précise, grâce aux dates inscrites sur ses pilastres, il n'en est pas de même du nom de l'architecte auquel il doit être attribué. Cette partie de l'église offre un tout autre caractère de style que le bas-côté nord et il est certain que les deux galeries latérales ne sont pas l'œuvre du même constructeur. Tandis que l'architecture du bas-côté nord est élégante et légère, l'ornementation du bas-côté sud porte l'empreinte d'une certaine lourdeur. Elle se rapproche par certains détails de celle du chœur de l'église voisine d'Ennery, élevé en 1578, sous la direction de deux maîtres maçons de Pontoise, Nicolas et Denis Lemercier, comme le prouve un marché retrouvé par M. Seré-Depoin et récemment publié par M. Louis Régnier (■'. D'un autre côté, si l'on songe que Nicolas Lemercier était âgé de 25 ans en 1 566, époque où l'on se mit à reconstruire la face méridionale de l'église, il semble difficile d'admettre qu'un si jeune artiste ait été chargé d'une œuvre aussi importante. Ce raisonnement nous conduirait à supposer que les architectes chargés de diriger ces travaux furent soit Pierre Lemercier, qui avait couronné en i552 le clocher de l'église par un petit dôme encore intact aujourd'hui et qui mourut en 1570, soit Denis Lemercier et plus tard Nicolas Lemercier, devenu son associé. Mais comme ce n'est pas à l'aide d'hypothèses, mais au moyen de preuves certaines qu'il faut chercher à éclaircir l'histoire de la construction de l'édifice, nous aimons mieux ne pas suivre l'exemple de ceux qui ont cru pouvoir attribuer sans hésitation telle ou telle partie de l'église à Pierre ou à Nicolas Lemercier, en croyant que leur opinion personnelle pouvait suppléer à l'absence d'un document historique.

L'entrée du transept est encadrée par un doubleau en tiers-point du xne siècle, décoré de tores et de méplats, qui s'appuie de chaque côté sur un massif carré flanqué de lourds pilastres cannelés dont les chapiteaux ioniques et corinthiens produisent un effet assez disgracieux. Le pilier du sud, daté de i585, a dû remplacer à cette époque la pile primitive du xue siècle qui devait être cantonnée de nombreuses colonnettes.

(1] La Renaissance dans le Vexin et dans une partie du Parisis, p. 9G.

Il est probable que l'autre pilier est un peu plus ancien, mais sa construction est certainement postérieure à celle du bas-côté nord. Le carré du transept est recouvert d'une voûte sur croisée d'ogive renforcée par des liernes et des tiercerons. Ses nervures, garnies d'ornements variés, se réunissent à une clef entourée de trois figures assises qui représentent les personnes divines. Le Père, coiffé de la tiare à triple couronne et vêtu d'une robe longue, tient un triangle à la main; le Christ, recouvert d'une draperie qui laisse voir une partie de son corps, porte sa croix, et le Saint-Esprit est accompagné d'une colombe. Les intervalles des nervures sont occupés par des têtes d'anges aux ailes éployées et par d'élégantes rosaces. Au point de rencontre des branches secondaires, on aperçoit les quatre Évangélistes, saint Jean à l'est, saint Mathieu au nord, saint Marc au sud et saint Luc à l'ouest. Saint Marc écrit sur le dos de son lioh ; les autres apôtres ont leur attribut derrière eux. Cette voûte est timbrée de deux F et d'un H couronnées, ainsi que de croissants entrelacés, ce qui permet d'en reporter la date à l'année 1547, limite des règnes de François Ier et de Henri II. C'est le 28 juillet 1541 que la fabrique de Saint-Maclou conclut avec un maître maçon de Pontoise, nommé Jean Delamarre, un marché pour la construire moyennant la somme de 5oo livres tournois <■>. Jean Delamarre était également chargé de bâtir un nouveau clocher sur le carré du transept pour remplacer celui qui avait été détruit en i3oo, par un ouragan. L'importance d'une semblable entreprise ne lui permit peut-être pas de la mener à bonne fin en moins de six ans, mais il est plus probable qu'il y eut à cette époque, dans les travaux de l'église, une interruption analogue à celle que nous avons signalée dans le bas-côté méridional. Cette raison suffit à faire comprendre pourquoi la sculpture de la voûte ne fut terminée qu'après la mort de François Ier.

Le croisillon nord, dont les deux voûtes sur croisée d'ogive remontent au xvie siècle, communique avec le carré du transept par un arc brisé du xne siècle qui s'appuie d'un côté sur un pilastre, de l'autre sur un groupe de colonnes engagées dans un pilier primitif du chœur. Il est éclairé sur ses deux faces par deux fenêtres en plein cintre et dans le mur du chevet par une baie cintrée entourée d'une archivolte qui repose sur deux

(1) Cf. pièce justificative n° IX.

colonnettes annelées. Au-dessous s'ouvre une fenêtre du xive siècle, place'e en dehors de l'axe du pignon : son meneau central supporte deux petits arcs et un oculus refaits au xvie siècle. Toute cette partie de l'église appartient dans son ensemble au milieu du xne siècle et les remaniements qu'elle a dû subir n'ont pas altéré le caractère essentiel de son style. Les deux voûtes du croisillon méridional ont été refaites, comme celles du croisillon nord, vers le milieu du xvie siècle, au moment où Jean Delamarre travaillait à la voûte centrale du transept. Le doubleau intermédiaire est soutenu par un groupe de chapiteaux du xne siècle qui formaient le couronnement des colonnettes destinées à recevoir la retombée des anciennes nervures. Les quatre fenêtres en plein cintre percées dans les murs latéraux sont seules contemporaines du milieu du xiie siècle. Quant aux deux baies et à la rosace qui s'ouvrent dans le mur du chevet, elles ont été remaniées assez maladroitement vers 1868. Si l'on voulait rétablir le transept dans son état primitif, il suffirait de le recouvrir au moyen de cinq croisées d'ogive à tore aminci appuyées suides groupes de colonnettes engagées, en conservant une seule baie en plein cintre au fond de chaque croisillon. Telles étaient sans doute les dispositions adoptées au xne siècle par le premier architecte de l'église de Saint-Maclou.

Le chœur est divisé en cinq travées dont les arcs en tiers-point, revêtus d'un large méplat et de deux tores, s'appuient sur des colonnes isolées. Il communique avec le carré du transept par un doubleau en cintre brisé du xne siècle qui repose de chaque côté sur un faisceau de colonnettes couronnées par des chapiteaux à feuilles d'eau. La voûte est soutenue par six branches d'ogive réunies à une clef centrale : leur profil prismatique accuse le style de la fin du xve siècle. C'est également à la même époque qu'il faut attribuer les cinq fenêtres en tiers-point ouvertes dans les murs du chœur et garnies de vitraux modernes (I). On distingue entre chacune d'elles un groupe de trois colonnettes qui supportaient, au xii° siècle, les nervures de la voûte et les arcs formerets. Les chapiteaux de ces colonnes se trouvaient anciennement au niveau de l'appui des fenêtres actuelles et à la même hauteur que ceux de l'arc triomphal,

(1) Ces vitraux, peints par MM. Oudinot, Gsell-Laurent et Lorin, représentent la Résurrection du Christ et des scènes de la vie de saint Maclou et de saint Mellon.

mais, au xve siècle, les fûts des colonnettes ont été prolongés et ils atteignent aujourd'hui les compartiments de remplissage de la voûte.

Ainsi, les arcades des travées et l'arc triomphal sont les seules parties du chœur qui peuvent être attribuées au xne siècle. Tout l'étage supérieur dut être refait au xve siècle par suite de vices notables de construction. En effet, les murs n'étant pas épaulés à l'extérieur par des arcs-boutants, la poussée des nervures devait nécessairement disjoindre les dernières assises. Tel fut, du reste, le sort d'un grand nombre d'églises du xue siècle dont le sanctuaire était entouré d'un déambulatoire. Dans la plupart d'entre elles, les voûtes et les fenêtres du chœur ont été reconstruites à une époque plus avancée du moyen âge, comme à Saint- Louis de Poissy, à Saint-Denis, à Senlis et à Saint-Etienne de Sens. Il n'est donc pas étonnant que l'église de Saint-Maclou porte la trace d'un semblable remaniement, mais il en résulte que l'état primitif de la partie supérieure du chevet est assez difficile à reconstituer. Si l'on a le droit d'affirmer qu'au xne siècle le sanctuaire était voûté par six branches d'ogive et éclairé par cinq fenêtres en plein cintre, il n'est pas certain que le chœur fut surmonté de tribunes à la même époque. Si cette galerie existait au xne siècle, elle n'était certainement pas voûtée et ses baies géminées devaient s'ouvrir directement sous le comble du déambulatoire, disposition qui se rencontre dans la nef des églises de Saint-Etienne de Beauvais, de Saint-Évremond de Creil (Oise) et de Santeuil <" (Seine-et- Oise). Ce qui permet de discuter une pareille hypothèse, c'est qu'aucune baie de tribune n'a jamais été ouverte dans les deux croisillons du transept. Or, dans les églises de Saint-Germer (Oise) et de Chars (Seine-et-Oise), dont la construction est à peu près contemporaine de celle du chœur de Saint-Maclou, les tribunes du sanctuaire prennent jour sur le transept. Dans le cas où les travaux de restauration ne feraient pas découvrir quelques débris des arcades des tribunes, il serait préférable de ne pas remanier la partie haute de l'abside au lieu de rétablir une galerie dont l'existence antérieure pourrait toujours être mise en doute.

Le chœur est fermé par deux clôtures en bois qui se relient aux quatre piles du carré du transept. Elles se composent d'élégants barreaux

(i) La nef Je cette dernière église a été rebâtie au commencement du xme siècle.

couronnés par une frise ajourée. A l'une de leurs extrémités, un escalier conduit à une plate-forme soutenue par deux lourdes volutes. Les piliers qui servent de point d'appui à ces deux balcons sont recouverts de boiseries et ornés de deux panneaux sculptés représentant la fuite en Egypte et l'adoration des bergers. On remarque sur les faces latérales les figures de saint Maclou et de saint Mellon encadrées par des moulures et des guirlandes. Ce jubé, qui existait déjà en 1671 "', est une œuvre assez belle du xvne siècle. Pour le compléter, il faudrait rétablir à l'entrée du transept une clôture en bois qui devait en faire partie et qui se trouve actuellement dans le croisillon du nord. Elle remplacerait avec avantage la grille moderne placée en avant du sanctuaire. Le lutrin et les stalles du chœur remontent également au xvne siècle : il en est de même du maître-autel, surmonté d'un retable en bois doré et flanqué de deux statues de saint Mellon et de saint Maclou. Cet autel dissimule complètement les colonnes du déambulatoire et son style est si médiocre que sa disparition ne nous paraîtrait pas regrettable.

Le déambulatoire a conservé en grande partie son caractère primitif. Il était autrefois entouré de cinq chapelles rayonnantes, mais l'une d'elles a été démolie au xve siècle pour établir une sacristie. Son plan offre une grande ressemblance avec celui du chevet des églises de Saint-Germaindes-Prés à Paris, de Chars (Seine-et-Oise), de Saint- Leu-d'Esserent, de Saint-Germer et des cathédrales de Noyon et de Senlis (Oise). Il communique avec les croisillons du transept par deux arcades en tiers-point; l'un d'eux est décoré d'un méplat et de quatre boudins, et l'autre est garni de cinq tores. La différence qui existe entre les profils de ces doubleaux ne s'explique pas aisément, car ils remontent tous les deux au xne siècle et n'ont subi aucune modification postérieure. Il faut y voir une de ces anomalies si fréquentes dans l'architecture de cette époque. Chacun des deux arcs est soutenu par quatre colonnettes rondes et par deux colonnes taillées en amande. Cette forme est destinée à éviter la mollesse et l'indécision d'une courbe cylindrique, et les colonnes de ce genre offrent à l'œil un profil très net, grâce à l'arête où viennent se confondre les deux segments de cercle qui en dessinent les contours. Une disposition analogue a été adoptée, au xne siècle, pour les colonnes

(1) Cf. pièce justificative n° XIX.

des églises de Saint-Etienne de Beauvais, de Catenoy et de Chelles <" (Oise), mais il serait bien difficile d'en citer d'autres exemples.

Le de'ambulatoire s'ouvre sur le chœur par cinq travées dont l'arc correspond avec celui d'une chapelle rayonnante. Ses voûtes sont séparées les unes des autres par des petits doubleaux en tiers-point ornés d'un méplat entre deux tores et soutenus d'un côté par les grosses colonnes isolées; de l'autre, par des colonnettes engagées. La première chapelle, voisine du bras nord du transept, est voûtée au moyen de trois branches d'ogive convergeant vers une clef centrale d'où partent également les deux autres nervures qui recouvrent la galerie. Toute cette ossature ne remonte qu'au xve siècle. Deux fenêtres de la même époque, divisées en deux parties par un meneau et par une rosace en forme de cœur, sont percées dans l'épaisseur des murs. On remarque, du côté gauche, une arcade en plein cintre engagée dans la maçonnerie et garnie de quelques moulures. Ses claveaux s'appuyaient anciennement sur deux colonnettes dont une seule subsiste encore aujourd'hui. Cette archivolte, qui porte l'empreinte du style du xne siècle, n'indique pas, comme on pourrait le croire, l'emplacement d'une ancienne fenêtre bouchée ; c'est une arcature aveugle qui était destinée à servir de pendant à l'unique baie de la chapelle. En effet, il était impossible d'ouvrir une fenêtre à gauche de l'axe de la chapelle, parce que l'escalier qui conduit dans les combles est adossé à la muraille. Bâti au milieu du xue siècle, comme le prouve l'appareillage de la voûte en berceau rampant dont il est recouvert (î>, cet escalier n'a pas subi de modifications postérieures.

La partie du déambulatoire située en face de la seconde chapelle est surmontée d'une voûte sur croisée d'ogive dont les nervures, garnies d'un gros tore entre deux petites gorges, ont conservé leur caractère primitif du xue siècle ; elles s'appuient sur les colonnes isolées et sur deux minces colonnettes engagées dans des retraits. Quant à la chapelle, elle est voûtée par une longue nervure du xve siècle qui se réunit à la clef de la

(i) Dans cette dernière église, ces colonnes sont dispose'es sur les contreforts de l'abside ; dans les deux autres, elles sont appliquées sur les piles de la nef.

(2) Cette voûte est construite en blocage, comme celle de l'escalier du donjon d'Etampes.

croisée d'ogive. Les deux baies en tiers-point ont été refaites à la fin du xve siècle : elles ont dû remplacer deux fenêtres romanes en plein cintre encadrées par des colonnettes. La troisième chapelle, placée dans l'axe du chœur, présente un système de voûte semblable à celui de la seconde. La branche d'ogives qui la recouvre offre le profil caractéristique du xvc siècle et converge de même vers la clef des deux nervures primitives du déambulatoire. Les deux fenêtres portent l'empreinte d'un remaniement du xvc siècle et le meneau vertical qui les divise en deux parties s'épanouit en forme de cœur à la hauteur de l'imposte.

C'est en examinant la quatrième chapelle que l'on arrive à comprendre la disposition primitive de chacune des travées du rond-point au xiie siècle, car la voûte est restée complètement intacte depuis cette époque. Elle se compose d'une croisée d'ogives dont la clef sert de point d'appui à une longue nervure dirigée suivant l'axe de la chapelle. Ce système de voûte est fort original et mérite d'être étudié avec soin. Dans tous les autres déambulatoires du xnc siècle, tels que ceux de Saint-Germer, de Senlis, de Saint-Leu-d'Esserent, de Noyon et de Saint- Germain-des-Prés, la voûte de la galerie est tout à fait distincte de celle des chapelles rayonnantes et l'entrée de ces chapelles est toujours encadrée par un doubleau. Au contraire, à Saint-Maclou de Pontoise, les deux voûtes se confondent et le doubleau intermédiaire n'existe pas. Au lieu d'employer, pour recouvrir les chapelles, trois branches d'ogives comme à Senlis et à Saint-Leu-d'Esserent, ou cinq nervures comme à Noyon et à Saint-Germain-des-Prés, l'architecte de Saint-Maclou a formé l'ossature de la voûte au moyen d'une seule nervure médiane. Cette disposition, qui produit une grande irrégularité dans la dimension des compartiments de remplissage, n'est pas d'une solidité à toute épreuve. L'unique branche d'ogives de la chapelle mesure 4m 3o de longueur, et sa portée est trop considérable pour qu'elle puisse soutenir tout le poids de la voûte. Aussi, n'est-il pas étonnant que cette nervure ait dû être reconstruite au xve siècle, dans la seconde et dans la troisième chapelle, et qu'elle ait disparu à la même époque dans la première. On peut donc être certain qu'au xne siècle les voûtes de chaque travée du déambulatoire étaient semblables à celle qui vient d'être décrite, et toutes les nervures étaient formées d'un gros tore encadré par deux gorges. Quant aux deux baies de la quatrième chapelle, elles sont identiques aux précédentes et

appartiennent au xve siècle. On distingue dans le mur un cordon de feuilles d'acanthes qui entourait l'une des fenêtres romanes primitives. La cinquième chapelle, qui se trouvait située près du croisillon me'ridional du transept, a été remplacée au xve siècle par une sacristie. Ce petit bâtiment se compose de deux étages éclairés par des baies rectangulaires ; on y pénètre par une porte dont l'archivolte en accolade présente de riches crochets de feuillages. Il est précédé d'un vestibule barlong surmonté d'une croisée d'ogives ; la travée correspondante de la galerie est recouverte de la même manière, et un doubleau de forme prismatique sépare les deux voûtes. Toutes ces nervures remontent au xve siècle, ainsi que la fenêtre percée dans le mur du côté de l'est.

Ce n'est pas seulement par les dispositions de ses voûtes, c'est encore par les sculptures de ses chapiteaux que le déambulatoire de Saint-Maclou mérite d'attirer l'attention des archéologues. Les chapiteaux des grosses colonnes isolées sont au nombre de quatre ; l'un d'eux est orné sur chaque face de deux longues feuilles d'acanthes munies de leurs tiges. Ces feuillages, réunis par un lien qui occupe le centre de la corbeille, se recourbent avec grâce pour encadrer des fruits de diverses formes. C'est un motif d'ornementation très curieux et peut-être unique en son genre. Les trois autres chapiteaux présentent des palmettes d'acanthes habilement découpées ; quelques-uns sont surmontés de petites volutes et garnis de gros pistils placés sur la nervure médiane des feuilles.

Quant aux chapiteaux des colonnes engagées, ils sont revêtus, pour la plupart, de feuilles d'acanthes, mais ceux qui sont voisins de l'entrée du déambulatoire offrent une autre décoration. L'un d'eux est occupé sur la face principale par deux oiseaux à tête de femme séparés par un bouquet de feuillages : sur les faces latérales on distingue deux figures du même genre qui ont leurs ailes éployées. Le tailloir de ce chapiteau est couvert de palmettes encadrées par des rinceaux ; des enroulements de feuillages ornent de même les tailloirs des colonnes voisines. D'autres chapiteaux ne sont pas moins curieux. Celui-ci est orné d'un entrelac qui ressemble aux anneaux d'une chaîne ; celui-là présente deux dragons ailés dont l'échiné est accusée pr.r un rang de perles; leurs têtes se rejoignent sous une tige ornée de palmettes, et deux grosses volutes décorent les angles de la corbeille. Ici, c'est un diable qui tient dans ses dents un

rinceau d'acanthes ; là , c'est une tète d'enfant qui apparaît au milieu de feuillages; plus loin, sur une console destine'e à recevoir une nervure, on aperçoit un homme qui tient un poisson dans sa main. Les tailloirs de tous ces chapiteaux se composent d'un filet, d'une gorge et d'une baguette ; les bases des colonnes sont entourées d'une gorge entre deux tores.

Les travaux de remaniement dont le déambulatoire porte encore la trace furent entrepris dans le cours de l'année 1477 <", mais ces légères modifications n'empêchent pas de reconnaître qu'il fut bâti au xne siècle et non pas au xie siècle, comme M. l'abbé Trou l'a prétendu dans son ouvrage '2). Aucun texte ne permet de préciser davantage l'époque de sa construction, mais il importe de faire observer qu'il présente une ressemblance frappante avec le déambulatoire de l'église abbatiale de Saint- Denis, consacré en 1 140, d'après le témoignage de Suger (3). En effet, les profils des nervures et des doubleaux de ces deux galeries sont tout à fait identiques et les branches d'ogive sont disposées de la même manière. Enfin, à Saint-Denis comme à Pontoise, les chapelles rayonnantes ne se trouvent pas encadrées par un doubleau, puisque leur voûte se confond avec celle du déambulatoire '+'. Cette particularité nous fait supposer que le déambulatoire de Saint-Denis a servi de modèle à l'architecte qui fit élever celui de Saint-Maclou de Pontoise. Les rapports continuels de l'abbaye de Saint-Denis avec la région du Vexin suffisent à expliquer une pareille analogie. Quand Suger voulut employer, en 1 1 37, d'énormes blocs de pierre pour tailler les colonnes et les chapiteaux de l'église de Saint-Denis, c'est dans les carrières des environs de Pontoise qu'il trouva les matériaux dont il avait besoin. (5> Il est donc fort légitime d'admettre que les parties les plus anciennes du rond-point de Saint-Maclou sont postérieures à 1 140. D'un autre côté, le caractère de cette construction ne permet guère d'en reculer la date au delà de 1160, car le chœur de Saint-Germain-des-Prés à Paris, consacré en ii63, est d'un style

(1) Cf. pièce justificative n° VII.

(2) Recherches historiques et archéologiques sur Pontoise, p. 82.

(3) Œuvres de Suger. Ed. Lecoy de la Marche, p. 224.

(4) Cf. Viollet-le-Duc. Dictionnaire de l'architecture française, t. IX, p. 504.

(5) Œuvres de Suger. Ed. Lecoy de la Marche, p. 219.

beaucoup plus avancé. Tandis qu'à Pontoise les fenêtres primitives sont en plein cintre, à Saint-Germain-des-Prés elles sont déjà en tiers -point et le profil des croisées d'ogive est tout différent dans les deux églises. Il en résulte que la construction du déambulatoire de Saint-Maclou doit être contemporaine de la période comprise entre les années 1140 et 1160. Du reste, l'ornementation des chapiteaux, les profils des arcs, des bases et des tailloirs présentent des caractères archéologiques assez précis pour permettre d'attribuer le gros œuvre du sanctuaire au milieu du xii" siècle.

La façade porte l'empreinte de deux styles tout à fait distincts : le portail central et le clocher auquel il est adossé remontent à la seconde moitié du xve siècle, tandis que les parties latérales appartiennent au xvie siècle. Le grand portail, dont les pieds droits sont revêtus de moulures piriformes et garnis de quatre niches, est encadré par une archivolte en tiers-point. Ces niches sont dépourvues de leurs statues ; leurs socles et leurs dais se composent de petites arcades finement découpées. La porte est formée de deux vantaux en bois du xve siècle; ses arcatures trilobées reposent sur de légères colonnettes et viennent s'amortir sur des têtes grotesques. Le trumeau a été détruit en 1784 et le tympan ajouré qui le surmontait fut défoncé à la même époque <". Ces regrettables mutilations, exécutées par ordre de la fabrique, ont fait perdre beaucoup d'élégance à la partie inférieure de la façade. L'archivolte, divisée en trois voussures, est décorée d'un grand nombre de gorges et de tores. La première voussure est ornée d'un cordon de feuilles de vigne, la seconde renferme douze statuettes mutilées qui représentent les apôtres : on reconnaît parmi eux saint Simon et saint Mathieu, dont les attributs sont restés intacts. Quant à la troisième voussure, elle contient quatorze statuettes de martyrs et de saintes, tenant des livres, des palmes et des emblèmes. Il est facile de distinguer au milieu d'elles sainte Agnès, sainte Marguerite et sainte Véronique, mais les autres figurines sont dans un tel état de dégradation qu'il faut renoncer à les identifier. A la clef se trouve le Père éternel sous les traits d'un vieillard. Les trois voussures sont encadrées par deux cordons de feuillages et par un gable dont les arêtes, garnies de crochets profondément fouillés, reposent sur deux chimères.

(1) Cf. pièce justificative n° XLIV.

Le couronnement du gable a été complètement refait dans ces dernières années, ainsi que la balustrade ajourée qui l'accompagne. Bien qu'aucun ancien fragment de cette balustrade ne soit resté debout, il est certain qu'elle devait exister au xve siècle, car elle était destinée à servir de point d'appui à la partie supérieure du gable. Quant à la rosace qui s'ouvre au-dessus du grand portail, elle se compose d'une série de soufflets et de mouchettes entrelacées. Son remplage flamboyant, gravement endommagé par une violente tempête en i8y5, vient d'être entièrement renouvelé, d'après la forme de ses anciens meneaux, actuellement déposés dans la cour de l'Hôtel-de-Ville. La grande baie en cintre brisé qui encadre la rosace remonte seule au xvc siècle: son archivolte, couronnée par un fleuron épanoui, est revêtue de riches crochets de mauve frisée. La partie centrale de la façade se termine par un pignon percé d'un oculus et garni de crochets. Il est intéressant de faire remarquer que l'axe du gable ne correspond ni à celui de la rosace, ni à celui du pignon. Ce défaut d'alignement est assez sensible pour qu'on puisse le reconnaître du premier coup d'œil.

Le grand portail est flanqué à droite d'un contre-fort dont les angles sont ornés de deux niches à dais sculptés et de hauts pinacles. En arrière du contre-fort s'élève une tourelle d'escalier couronnée par une flèche octogonale en pierre. L'existence de cette tourelle semble prouver que l'architecte chargé de rebâtir la façade au xve siècle n'avait pas l'intention de placer un second clocher de ce côté, car ses assises ne portent la trace d'aucun arrachement. C'est à partir de ce point que les travaux de la façade furent interrompus jusqu'à la fin du xvi" siècle. En effet, le petit portail du sud doit avoir été élevé entre l'année i5y8, date de la construction de la chapelle voisine, et l'année i583, date de la dédicace du bas-côté méridional'1». Il se compose d'une arcade cintrée dont les claveaux sont ornés de deux figures d'anges assez mutilées qui tiennent une couronne d'une main et une palme de l'autre. Quatre colonnes cannelées, séparées par des niches à dais très élégant, sont adossées aux pieds droits ; leurs chapiteaux corinthiens soutiennent une corniche décorée de feuillages et de fines moulures. Plus haut s'ouvre une fenêtre du xvie siècle dont l'archivolte cintrée renferme une tête d'ange. Elle était

(i) Cf. pièce justificative n° XV.

séparée en deux parties par un meneau central avant d'avoir été bouchée pour le service de la soufflerie du grand orgue. On remarque au-dessous du toit une frise à bouquets de feuillages et une corniche à modillons. A l'angle du mur, un pilastre couronné par un riche chapiteau composite continue l'ordonnance extérieure du bas-côté sud.

A gauche s'élève un grand clocher du xve siècle qui ne mesure pas moins de q5 mètres de hauteur. Ses quatre faces, épaulées par des contre forts très saillants ornés de pinacles, ne commencent à se dégager qu'au niveau du second étage, car toute la partie inférieure de la tour est englobée dans la façade et dans les toitures de l'église. A la base du clocher, entre deux contre-forts ornés de dais très découpés, s'ouvre un petit portail qui donne accès dans le bas-côté nord. Ses pieds droits renferment deux niches dépourvues de leurs statues et son archivolte en tiers-point est décorée de petits dais et d'un cordon de feuillages rehaussé de crochets qui se termine par un fleuron. Ce fleuron formait le socle d'une statue aujourd'hui disparue. La porte est une œuvre du xve siècle ; ses deux panneaux, encadrés par un arc surbaissé, sont surmontés d'un remplage flamboyant qui occupe la place du tympan. Le grand portail offrait une disposition analogue dans son état primitif, mais la partie centrale de son tympan était occupée par une petite rosace évidée à jour. Le premier étage du clocher est nettement accusé par une balustrade de style flamboyant et par deux arcatures trilobées qui encadrent d'étroites ouvertures rectangulaires. Le second étage est percé sur chacune de ses faces de deux longues baies tréflées flanquées de minces colonnettes dont le fût se confond avec le tore de l'archivolte. Le troisième étage présente une ordonnance identique ; ses baies géminées s'appuient sur un glacis très élevé. Au-dessus du dernier étage se trouve une plate-forme entourée sur ses quatre côtés par une balustrade ajourée. On y parvient par un escalier adossé à l'angle nord-est de la tour. Il est peu probable que l'architecte de la façade ait eu l'intention de terminer le clocher par une flèche en pierre, car il n'aurait pas disposé, dans ce cas, une balustrade autour de la plate-forme. Le sommet de la tour fut dépourvu de couronnement pendant près d'un siècle, lorsqu'en i552 la fabrique de Saint- Maclou confia à Pierre Lemercier le soin d'élever la lanterne supérieure, moyennant la somme de 525 livres tournois W. Ce dôme est formé d'une

(i) Cf. pièce justificative n° XII.

— io3 — coupole à huit pans qui repose sur un soubassement percé de quatre baies en plein cintre. Quatre clochetons, flanqués de colonnettes et de pilastres, se dressent autour de la coupole : ils sont réunis par des arcsboutants très légers au clocheton placé sur le sommet de la lanterne. Les colonnettes isolées de ce clocheton soutiennent une petite coupole qui complète la silhouette du dôme en lui donnant un caractère très original. Au pied du clocher se trouve la chapelle de la Passion. L'une de ses faces, bâtie sur le même alignement que le grand portail, présente deux fenêtres cintrées de largeur inégale-, leurs pieds droits sont décorés de quelques motifs d'ornementation. Entre ces deux baies s'élève un pilastre dont le chapiteau est garni d'arabesques. L'autre face, qui forme le prolongement du bas-côté nord, offre la même disposition, mais ses deux fenêtres divisées par des meneaux ont une plus grande ouverture. Au point de rencontre des deux murs, on remarque une niche à dais très élégant soutenue par une longue colonne. L'élévation extérieure du bas-côté nord est conçue dans un style identique. Elle se compose d'une série de larges baies séparées par des pilastres peu saillants. Tous ces pilastres, ornés d'un triangle à leur base et d'un bouquet de feuillages encadré dans un losange au milieu de leur fut, sont couronnés par des chapiteaux dont la corbeille est revêtue d'arabesques et de figures humaines. Ils offrent une certaine analogie avec les pilastres extérieurs de l'église Saint-Eustache de Paris, mais il est regrettable que leurs cartouches ne renferment aucune date de construction. On lit sur l'un d'eux l'inscription suivante : MEMETO MORI ; les autres sont rehaussés d'emblèmes funéraires, tels que des tètes de mort, des pelles et des pioches. Cette décoration s'explique par le voisinage immédiat de l'ancien cimetière de la paroisse. Quant aux fenêtres des chapelles latérales, leurs meneaux sont surmontés de rosaces elliptiques. La quatrième et la cinquième baie, endommagées par un incendie, viennent d'être l'objet d'une restauration complète. La corniche, dont il ne reste plus que quelques fragments, se compose d'un groupe de moulures très simples et des gargouilles en partie brisées apparaissent de distance en distance à la hauteur du chéneau.

Si le bas-côté nord présente au dehors tous les caractères de l'architecture de la première moitié du xvie siècle, le mur extérieur du bascôté sud porte l'empreinte d'une période beaucoup plus avancée de l'art

— io4 — de la Renaissance. Ses pilastres sont ornés de têtes de mort et de têtes d'anges encadrées dans quelques feuillages au milieu de médaillons rectangulaires. Leurs chapiteaux composites, d'un style assez lourd, s'arrêtent au-dessous d'une large frise garnie de palmettes et de fleurs épanouies. Cette frise est couronnée par d'élégantes gargouilles qui représentent tantôt des femmes ou des satyres dont le corps est recouvert de feuillages, tantôt des chimères finement découpées. Le cartouche du troisième pilastre à partir de la façade porte la date de 1 578. Toutes les fenêtres sont divisées en quatre parties par trois meneaux, mais les trois premières sont surmontées de deux rosaces en forme d'ellipse, tandis que le remplage des autres se termine par un grand oculus légèrement aplati. Dans le chevet du bas-côté sud s'ouvre un portail auquel on accède par un escalier assez élevé. La date de i566, inscrite dans un cartouche, près de l'angle du mur, fixe l'époque de sa construction. Son archivolte cintrée est ornée de deux grands rameaux de chêne et de laurier qui se détachent en relief sur la pierre. Deux colonnes, garnies de tiges de lierre enroulées autour de leur fût, encadrent cette riche décoration ; leurs chapiteaux, ornés de feuilles d'acanthe, soutiennent une large frise dont les rinceaux s'enroulent autour de cinq têtes d'anges. C'est une œuvre aussi remarquable par la finesse de ses sculptures que par la fermeté de son style. La plate-forme qui précède le portail devait être autrefois surmontée d'un porche, comme le prouve l'existence de deux colonnes corinthiennes à fûts enveloppés de feuillages et la présence de la base d'un groupe de colonnes posé sur l'angle du perron. Ce porche était ouvert sur ses deux faces et l'on distingue encore l'amorce de l'une de ses arcades.

L'élévation extérieure de la nef, dissimulée par les toitures en pavillon des galeries latérales, ne mérite pas une longue description. La partie supérieure des murs est épaulée par des arcs-boutants à simple volée, qui s'appuient, du côté nord, sur d'anciens contre-forts du xne siècle. On aperçoit de distance en distance des fenêtres garnies de deux meneaux et d'un oculus. Les baies de la première travée, qui remontent au xve siècle, renferment un remplage flamboyant. Le croisillon nord du transept a conservé presqu'intact au dehors le caractère primitif de son architecture. Ses deux faces, percées de quatre baies en plein cintre, sont couronnées par une corniche à modillons grimaçants qui se continue au niveau du pignon. Le chevet est éclairé par une baie du xive siècle,

— io5 — surmonté d'une fenêtre centrale du xne siècle dont l'archivolte revêtue d'une gorge, d'un tore et d'un cordon de feuilles d'acanthes, repose sur deux colonnettes entourées d'une bague. Au pied du croisillon s'ouvre un portail qui donne accès dans le bas-côté nord. Cette porte, bâtie vers 1540, en même temps que la partie septentrionale de l'église, est une œuvre très artistique de la Renaissance, mais ses fines sculptures sont dans un fâcheux état de dégradation. Son archivolte cintrée, garnie de caissons, encadre deux vantaux et un tympan en boiserie qui représente les apôtres saint Pierre et saint Paul accompagnés de deux anges. Deux pilastres, adossés aux pieds droits de la porte et décorés d'arabesques, soutiennent une frise dont les rinceaux sont entremêlés de figurines. De chaque côté de l'archivolte, un bouquet de feuillages cache la nudité du mur. La frise est couronnée par un cartouche qui se détache en relief au milieu d'un encadrement flanqué de deux fleurons. Il est bien probable que ce cartouche renfermait autrefois une inscription, mais on ne peut en découvrir aucune trace aujourd'hui. Au-dessus de l'attique s'ouvre une fenêtre cintrée : son remplage se compose d'un meneau central et d'un oculus en forme de cœur. Pour compléter l'ensemble de cette décoration, deux longues colonnes cannelées, soutenues par un piédestal assez haut, s'élèvent à droite et à gauche du portail. Leurs chapiteaux composites sont couronnés par des niches qui abritaient des statues aujourd'hui disparues. Les dais de chaque niche offrent des motifs d'ornementation très variés, tels que des arcatures, des figurines et des volutes.

Le croisillon sud présente de chaque côté deux baies en plein cintre et une corniche à masques grotesques. Sa face méridionale, percée de deux fenêtres cintrées et d'une grande rosace, a été presqu'entièrement reconstruite il y a environ vingt ans, mais cette restauration maladroite fait peu d'honneur à l'architecte qui l'a dirigée, car il n'a pas craint de modifier la forme des baies destinées à éclairer le chevet du croisillon. Au xne siècle, le carré du transept était surmonté d'un clocher en pierre qui fut renversé par un ouragan, le 3o octobre i3ocj, comme nous l'avons rapporté dans le chapitre consacré à l'histoire de l'église (l1. Ce fut seulement en 1 541 que l'architecte Jean Delamarre fut chargé par la fabrique de rebâtir cette tour (2). Elle s'élevait à trente pieds de hauteur au-dessus

(1) Cf., p. 16.

(2) Cf. pièce justificative n° IX.

IOÔ

de la voûte du transept et la flèche en ardoise qui la terminait ne mesurait pas moins de vingt-cinq pieds ">, mais comme elle avait besoin de réparations assez coûteuses en 1785, on trouva préférable de la démolir au mois d'avril de la même année. Il est impossible de savoir quelle était la forme de ses baies, puisqu'aucun dessin n'en a conservé le souvenir. Le comble qui recouvre son emplacement fut couronné par une lanterne en bois garnie d'une boule dorée qui renfermait une inscription destinée à rappeler son existence <2>. Quant à la charpente de la nef et du chœur de l'église, elle appartient en grande partie au xvne siècle.

L'abside, dont le soubassement est caché par une maison moderne, vient d'être complètement restaurée. Les quatre chapelles du déambulatoire remontent au xne siècle, mais leurs fenêtres ont été agrandies au xv° siècle. C'est à la même époque que l'on a modifié la forme de la chapelle rayonnante voisine du croisillon nord, qui offre à l'extérieur un plan polygonal. Les contre-forts du déambulatoire sont restés intacts, mais comme la corniche des chapelles avait été détruite, elle a dû être remplacée par une série de modillons grimaçants. A l'angle du croisillon méridional et de l'abside s'élève la sacristie qui fut bâtie au xve siècle sur le terrain occupé par la cinquième chapelle du rond-point. C'est un bâtiment à deux étages éclairé en bas par des fenêtres à remplage flamboyant, en haut par des petites baies à double panneau. Ses contre-forts sont garnis de pinacles et de niches à dais ajouré. La partie haute du chœur, refaite au xve siècle, n'est pas épaulée par des arcs-boutants. Elle affecte une forme polygonale et ses contre-forts peu saillants sont placés au droit de la retombée des nervures. Cette disposition défectueuse rendra tôt ou tard indispensable un remaniement du chevet de l'église. Il en

(1) Cf. pièce justificative n° XLVII.

(2) Cette inscription e'tait ainsi conçue :

« L'ancienne tour étant sur le chœur a été supprime'e au mois d'avril 1783 d'après le consentement des habitans porte' en l'acte du 23 janvier 1785, sous l'administration de Mr« Jacques de Monthiers, chever sgf du Fay, Mardalin et autres lieux, près' l1 gaI et maire royal de cette ville, 1" marguillier et des s. Desvignes et Levasseur marguillier et receveur, M« Eustache Chouquet, licencié en droit canon, vice-gérent de l'officialité de cette ville étant curé et le présent monument a été élevé au lieu et place de la d. tour en ex°n des conditions portées aud. acte de consentement. » (Archives de l'église de Saint-Maclou, registre des délibérations de la fabrique, 1 775-1 786, fol. 93.)

résulte que les cinq fenêtres en tiers-point du sanctuaire ont déjà subi l'effet de la poussée et que leurs claveaux tendent à se disjoindre. Au xiic siècle, les murs supérieurs de l'abside suivaient la courbe de l'hémicycle et devaient être également dépourvus d'arcs-boutants. Quant à l'ancienne corniche, elle était sans doute semblable à celle du transept.

En écrivant une description aussi détaillée de l'église de Saint- Maclou, nous avons voulu faire comprendre que ses dispositions originales lui donnaient une grande valeur archéologique. Bâtie d'un seul jet au milieu du xne siècle, reconstruite en partie au xv* et au xvie siècle, défigurée par de prétendus embellissements au xvme siècle, elle reprend peu&à peu son caractère primitif, grâce à la restauration dont elle est l'objet. L'architecture de ses bas-côtés, le style de son déambulatoire, l'éclat de ses anciens vitraux et la sculpture de ses chapiteaux méritent d'attirer l'attention. Ses nombreux remaniements sont particulièrement intéressants à étudier, mais si nous avons indiqué la date où ils furent entrepris, nous regrettons de n'avoir pas pu découvrir tous les marches auxquels ils ont donné lieu. De nouvelles recherches arriveront peutêtre un jour à éclaircir plus complètement l'histoire de la construction de l'église au xvie siècle, c'est le vœu que nous formons en terminant ce chapitre.

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