HISTOIRE DE L'ÉGLISE
^'histoire de l'édifice religieux qui s'élevait autrefois sur l'emplacement de l'église actuelle de Saint -Maclou est enveloppée d'une grande obscurité. Noël Taillepied rapporte que ce lieu était occupé très anciennement par une petite chapelle consacrée à Saint-Eustache <■>, mais si l'on en croit un écrivain anonyme du xvnc siècle qui a laissé quelques notes manuscrites assez exactes sur les églises de Pontoise, cette chapelle n'aurait été bâtie qu'en mo et elle était desservie par deux vicaires de la collégiale de Saint-Mellon <2>. D'un autre côté,
(i) Recueil des Antiquité^ et Singularité^ de la ville de Pontoise, fol. 14 v°. Réimpression de MM. François et Le Charpentier, p. 82.
(2) Bibliothèque de la ville de Pontoise, n» 2857, fol. 1S4 v°. Ces renseignements sont insérés à la suite de l'analyse d'un registre capitulaire de Saint-Mellon, commencé en 1578 et terminé en 1598.
Dom Estiennot <■', s'appuyant sur l'autorité d'une charte contenue dans le cartulaire de Saint-Martin de Pontoise ,2), constate qu'il y avait à Pontoise, dès l'année 1090, une église dédiée à Saint-Maclou (3). En conciliant ces deux derniers témoignages, on est conduit à admettre, au début du xne siècle, l'existence simultanée de deux églises sur le terrain occupé par l'édifice actuel W. H est également permis de supposer que la chapelle de Saint -Eustache était une simple dépendance de la primitive église de Saint-Maclou et se trouvait placée sur l'une des faces latérales du monument.
Si les recherches que nous avons faites ne nous ont pas fourni des renseignements assez précis pour éclaircir ces différentes questions, nous n'hésitons pas du moins à fixer la fondation de l'église actuelle de Saint- Maclou au milieu du xne siècle. On verra, en lisant la description du déambulatoire de l'église, sur quelles raisons archéologiques nous nous sommes appuyés pour soutenir qu'aucune partie de l'édifice ne peut être antérieure à l'année n 40, époque où fut consacré le choeur de l'église abbatiale de Saint-Denis <5>. Il ne faut donc accorder aucune confiance au témoignage de Taillepied, qui raconte sérieusement que l'église de Saint- Maclou « fut édifiée de grosse estoffe environ l'an six cens après la Nativité de Nostre-Seigneur » <6'. Cette erreur ne mérite pas même une
(1) Antiquitates Velocassium. Bibl. Nat. Latin, 12741, p. 179. Cf. pièce justificative n" XX.
(2) La Bibliothèque de la ville de Pontoise renferme une copie de ce Cartulaire.
(3) Dans le même passage, Dom Estiennot mentionne l'existence d'un personnage nommé Ingelbertus de Sancto Macuto, au commencement du xie siècle, et émet l'opinion qu'il était peut-être le fondateur de la première église de Saint-Maclou. Cette assertion nous semble bien hasardée et nous sommes persuadés que le nom de ce personnage n'a aucun rapport avec celui de l'église de Saint-Maclou. Il indique simplement qu'Ingelbertus était originaire d'un village de Normandie placé sous le même vocable, comme Saint-Maclou (Eure) , Saint-Maclou la Brière ou Saint-Maclou de Folleville (Seine- Inférieure).
141 On sait qu'un fait analogue se rencontre dans l'histoire de beaucoup d'édifices religieux. La cathédrale de Paris, par exemple, s'élève sur l'emplacement de deux églises bâties côte à côte, celles de Notre-Dame et de Saint-Etienne.
(5) Cf. Suger. De consecratione ecclesiœ Sancti Dionysii, ch. III. Ed. Lecoy de la Marche, p. 224.
(6) Recueil des Antiquité:; et Singularité^ de la ville de Pontoise, fol. 14 v°.
réfutation, et si Louis Duval n'a pas craint de la répéter dans son ouvrage (I) en 1720, Dom Duplessis (2> et l'abbé d'Expilly ,3> en ont fait ressortir l'invraisemblance quelques années plus tard. En i83g, l'abbé Trou crut avoir découvert sous le chœur de l'église, près de la sacristie, « une petite chapelle souterraine dont l'architecture remontait au via'' et peut-être au vie siècle » ,4), mais son assertion doit être accueillie avec beaucoup de réserves, car les connaissances archéologiques de l'auteur étaient fort limitées, comme il est facile de le reconnaître en parcourant son ouvrage. Nous sommes persuadés que la prétendue galerie souterraine dont parle l'abbé Trou est un simple caveau sépulcral creusé au xvie ou au xvne siècle sous la chapelle voisine de la sacristie.
En adoptant l'année 1 1 5o <5) environ comme date de la fondation de l'église actuelle de Saint-Maclou, nous nous trouvons parfaitement d'accord avec l'abbé Cossart, chanoine de Saint-Mellon de Pontoise au xvme siècle, qui mentionne l'existence d'un curé de Saint-Maclou, nommé Robertus, dès l'année 1 1 65 '?'. Ce qui donne à son témoignage une valeur particulière, c'est que le droit de présentation à la cure de Saint-Maclou appartenait au doyen du chapitre de Saint-Mellon (7) et que les archives de cette collégiale devaient renfermer, avant la Révolution, des documents authentiques sur la nomination des anciens curés de la paroisse. Cette date de n65 est fort importante à retenir, car on peut la considérer comme la limite extrême de l'espace de temps où l'église fut bâtie. La période de construction du monument doit dès lors se placer entre les années 1140 et n65.
(1) Abrégé des Antiquité^ de la ville de Pontoise et des personnes illustres de ladite ville , p. 2 1 .
(2) Description géographique et historique de la Haute-Normandie , t. II, p. 202.
(3) Dictionnaire géographique , historique et politique des Gaules et de la France, t. V, p. 782.
(4) Recherches historiques, archéologiques et biographiques sur la ville de Pontoise, p. 82.
(5) Une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, adressée à Suger, constate l'existence de plusieurs églises à Pontoise en 1 1 5o, sans énumérer leurs vocables. Elle a été imprimée par Dom Martène. Thésaurus anecdotorum , t. I , p. 418.
(6) Cf. pièce justificative n° XXI.
(7) Cf. pièces justificatives n°s V et VI.
L'église de Saint-Maclou , telle qu'elle fut élevée au milieu du xii" siècle, comprenait une nef flanquée de deux collatéraux, un transept surmonté d'un clocher central, et un chœur entouré de chapelles rayonnantes. Comme le transept et le chevet de cet édifice se sont seuls conservés jusqu'à nos jours, quelques auteurs, et notamment l'abbé Trou, ont cru pouvoir affirmer que le plan primitif n'avait jamais été entièrement exécuté. Il est facile de reconnaître que cette opinion est erronée en examinant, du côté nord de la nef, les cinq arcs formerets du xne siècle qui sont encore intacts à la partie supérieure du mur. L'existence de semblables débris prouve d'une façon certaine que l'église bâtie au xne siècle avait une nef et des bas-côtés ; c'était un édifice complet dont nous avons pu restituer le plan dans ses moindres détails. <n
Il est fort probable que l'église ne subit aucun remaniement pendant le cours du xme siècle. La solidité de ses murailles lui assurait de longues années d'existence et l'étendue de l'édifice était assez considérable pour rendre des travaux d'agrandissement tout à fait inutiles. En outre, on peut faire observer que, sauf de rares exceptions, les églises de l'Ile-de-France, bâties d'un seul jet au milieu du xnc siècle, n'éprouvèrent aucune modification importante dans le siècle suivant. Il est intéressant d'en comprendre la raison. L'architecture gothique avait fait dans cette région des progrès très rapides et, dès l'année i i5o, elle produisait des œuvres remarquables dont le style n'était pas inférieur à celui qui fut adopté soixante ans plus tard. Les artistes du xme siècle se gardèrent de remanier les édifices religieux de cette époque, mais ils se décidèrent presque toujours à rebâtir complètement, ou du moins en partie, les églises qui appartenaient au xie ou au commencement du xne siècle, parce que leur construction était défectueuse. Ainsi s'explique la rareté des monuments contemporains de ces deux dernières périodes dans le Nord de la France.
L'étude archéologique de l'église de Saint-Maclou fournit une preuve à l'appui de notre assertion, puisqu'on ne peut y découvrir la trace de travaux exécutés au xme siècle. Aussi l'histoire de l'église n'offre-t-elle pas un très grand intérêt à cette époque, comme il est facile de le constater. En 12 13 on voit figurer pour la première fois dans un acte authentique un curé de Saint-Maclou, nommé Lucas, qui joue le rôle de témoin dans
(i) Cf. Planche III.
la vente de la dîme d'Ennery à l'Hôtel-Dieu de Pontoise '''. Cette charte est le plus ancien document qui fasse mention de l'église, et c'est à M. J. Depoin que revient l'honneur d'en avoir signalé le premier l'existence dans les archives hospitalières de Pontoise (2). Quelque temps après, le pouillé du diocèse de Rouen, connu sous le nom de poidllé de Rigaud et rédigé vers le milieu du xme siècle, fournit de précieux renseignements sur la cure de Saint-Maclou. Elle était déjà divisée en deux portions ,3), valant chacune 40 livres parisis, et le droit de présentation appartenait au trésorier de la collégiale de Saint-Mellon ,4). Pendant la durée de son épiscopat (1 248-1 275), l'archevêque Eudes Rigaud fut appelé à confirmer le choix des prêtres Jean et Eudes, nommés curés de Saint-Maclou après la mort de leurs prédécesseurs Barthélémy et Pierre. Il pourvut également au remplacement du prêtre Jean, auquel succéda un curé nommé Simon (5>. Le registre des visites pastorales du même archevêque est également très utile à consulter pour cette époque. Ainsi, le 6 juillet 1249, Eudes Rigaud mentionne qu'il a reçu la visite des deux curés de Saint-Maclou de Pontoise <61, et le 24 février 1267 il prescrit une enquête afin de savoir pourquoi ces deux prêtres refusaient d'aller chanter à Saint - Mellon l'oraison du patron de l'église, suivant l'usage établi '?>. Bien que l'arche-
(1) Cf. pièce justificative n° I.
(2) Cf. l'article publié dans le journal Y Écho Pontoisien du io de'cembre 1874, sous ce titre : Quelques notes archéologiques sur Saint-Maclou.
(3) Ces deux portions ne furent re'unies en une seule qu'en 174J.
(4) Le tre'sorier du Chapitre prit dans la suite le titre de doyen.
(5) « Ecclesia Sancti Macuti Pontisarensis duas habet portiones quarum quxlibct valet XL 1. p. Thesaurarius Sancti Melloni Pontisarensis, patronus. Non débet deportationem aliquam. Archiepiscopus Odo Rigaudi recepit Johannem presbiterum ad portionem quae fuit magistri Bartholomœi, ad prajsentationem dicti thesaurarii. Item idem archiepiscopus recepit magistrum Odonem ad illam quœ fuit magistri Pétri, ad prœsentationem decani Sancti Melloni. Item magistrum Symonem de Gaiis ad portionem quae fuit Johannis presbiteri. » Cf. Bibl. Nat. Latin, iio52, fol. 106, v°, et le texte imprimé dans le Recueil des historiens de la France, t. XXIII, p. 327.
(6) « Ipsa die visitavimus archidiaconatum Pontisarensem. Comparuerunt duo de Sancto Maclovio. » Bibl. Nat. Latin, 1245, fol. 19. Ed. Bonnin, p. 42.
(7) « Item conquesti fuerunt nobis vicarii et capellani quod Sancti Machuti et Sancti Andrée presbiteri non veniebant ad ecclesiam Sancti Melloni facturi more solito orationem dicti sancti, sicut tenebantur, et cantaturi tertium responsorium et tune precepimus dicto vicario nostro quod disceret quid hoc esset. » Bibl. Nat. Latin, 1245, fol. 326. Ed. Bonnin, p. 270.
— i6 — vêque ait fait de fréquents séjours à Pontoise <*>, où il se transportait régulièrement chaque année, il semble n'avoir officié qu'une seule fois dans l'église de Saint-Maclou , le i3 février 1261. Après avoir célébré la messe paroissiale, il prononça un sermon et donna la confirmation, comme son propre témoignage en fait foi <2). Si les visites pastorales d'Eudes Rigaud à Saint-Maclou furent aussi rares, c'est qu'au xme siècle l'église abbatiale de Saint-Martin de Pontoise surpassait beaucoup en importance celle de Saint-Maclou et l'archevêque avait coutume de s'y rendre dans chacune de ses tournées.
Au xive siècle, les documents historiques relatifs à l'église de Saint- Maclou deviennent plus nombreux et plus précis. Dès les premières années de cette période, l'édifice eut à subir les conséquences d'une véritable catastrophe. Le 3o octobre i3og, un ouragan terrible s'abattit sur Pontoise et la violence de la tempête détermina la chute du clocher bâti sur le transept de l'église (3>. Voici en quels termes les Grandes Chroniques de France racontent cet accident : « En ce meisme an, en la tierce kalende de novembre, il vint un vent soudain, le quiel dura par une heure et plus et trébucha moult d'arbres et de édifices et meismement le clochier de Saint Maclou de Pontoise et les grands arches de pierre '4l qui sont environ le chevet de l'églyse Monseigneur Saint Denis, jasoit ce qu'ils ne cheirent pas, si les vit l'en en telle manière chanceler que l'en cuidoit qu'ils deussent cheoir à terre <5). » La destruction du clocher central de Saint-Maclou entraîna sans doute l'effondrement des voûtes du transept et la ruine des dernières travées de la nef. Si cet écroulement n'avait pas eu lieu, il serait impossible d'expliquer pourquoi les marchands bouchers de Pontoise firent rebâtir à leurs frais un pilier de la nef, vers 1 325. En souvenir de leur utile concours, on sculpta sur le chapiteau les instruments
(1) Cf. les extraits du Journal de Rigaud relatifs à Pontoise, dont M. Léon Thomas a donné la traduction dans ses Chroniques rétrospectives sur Pontoise, p. 5.
(2) 0 Celebravimus missam parrochialem, predicavimus et confirmavimus, per Dei gratiam, in eedesia Sancti Machuti et pernoctavimus apud Sanctum Martinum cum expensis nostris. » Bibl. Nat. Latin, 1245, fol. 238. Ed. Bonnin, p. 392.
(3) Ce clocher fut reconstruit plus tard, et il n'a disparu définitivement qu'en 17S5.
(4) L'auteur a voulu désigner par cette expression les arcs-boutants du chœur.
(5) Grandes Chroniques de France. Règne de Philippe le Bel, chap. LXIV. Ed. Paulin Paris, t. V, p. 1 85.
— i7 — de leur profession et l'image des animaux de boucherie '*'. Ce curieux pilier n'existe plus aujourd'hui, il disparut au xvie siècle, en même temps que la nef primitive de l'église. Le travail que nous venons de mentionner ne semble pas être le seul qui fut exécuté à Saint-Maclou dans le cours du xive siècle. Il convient de signaler aussi l'ouverture d'une fenêtre basse dans le chevet du croisillon nord du transept <2>. Enfin on entreprit probablement à cette époque la construction d'une chapelle dite de Notre- Dame de Pitié, qui devait être adossée au côté septentrional de l'édifice. Cette importante fondation fut l'œuvre de Jean Malet, bourgeois de Pontoise, qui mourut vers 1847, en laissant à l'église une grande partie de ses biens. La date de sa mort coïncida sans doute avec celle de l'établissement de la chapelle, mais elle n'est connue que d'une manière approximative par une charte datée de 1347, où il est question d'une supplique adressée par les exécuteurs testamentaires de Jean Malet aux religieux de Saint-Martin de Pontoise, pour les prier de renoncer à un cens établi sur la maison qui devait être affectée au logement des futurs chapelains'3'. Au mois de juin i365, Charles V confirma la fondation précédente et autorisa le maire de Pontoise à créer une rente de vingt livres tournois sur les biens de la commune, afin d'assurer le traitement du chapelain. ,4>
Deux autres documents authentiques complètent les indications que nous avons pu recueillir sur l'histoire de l'église au xive siècle. Ils concernent les règles auxquelles les curés de Saint-Maclou étaient tenus de se soumettre pour répartir entre eux certains revenus de l'église. Un acte de 1327 constate que ces deux prêtres ont la jouissance collective de diverses rentes établies sur plusieurs maisons de Pontoise l5'. Quarante et un ans plus tard, en 1 368, le testament d'une bourgeoise de la paroisse, nommée Agnès de Ruel, renferme des détails intéressants sur le même sujet. « Je esli la sépulture de mon corps, dit-elle, estre enterré en l'église
(1) Nous avons extrait ce renseignement d'un ouvrage manuscrit de M. Pihan de la Forest, conservé à la Bibliothèque de la ville de Pontoise sous le n° 2855.
(2) Le meneau qui divise actuellement cette fenêtre a été refait au xvie siècle.
(3) Cf. pièce justificative n» II.
(4) Cf. pièce justificative n° III.
(5) Archives de l'Hôtel-Dieu de Pontoise, B, 74.
monsieur Sainct Maclou de Pontoise devant l'image Sainct Jean Baptiste ou fut enterré Guillot Messent (I), pour laquelle sépulture je lesse à la fabrique monsieur Sainct Maclou trois francs d'or pour acheter rente ou pour faire le proufit du sainct, sans ce que les curez de ladite église y puissent aucune chose demander. Item je lesse ausdis curez tant pour l'enterrement comme pour toutes autres choses cinq soûls de rente perpétuelle » (2). Les deux curés de Saint-Maclou formaient donc, au xive siècle, une véritable communauté, ils avaient des droits identiques et se partageaient les mêmes revenus.
Bien que les dommages causés à l'église par la chute du clocher central eussent été réparés, on entreprit la reconstruction partielle du monument vers le milieu du xve siècle. L'importance que la paroisse de Saint-Maclou avait acquise à Pontoise, grâce aux nombreuses confréries fondées successivement dans son enceinte, rendait l'agrandissement de l'édifice tout à fait nécessaire. L'ancienne façade romane fut démolie pour faire place à une autre façade fort imposante qui doit avoir été bâtie entre 1450 et 1470, si l'on en juge par le caractère de son style. Toutefois, il ne faut attribuer à cette période que la partie centrale de la construction et le clocher jusqu'à la base du dôme supérieur, car la petite porte latérale ne fut pas élevée avant la fin du xvie siècle. On se décidait en même temps à bâtir une nouvelle nef, mais il est probable que le manque de ressources ne permit pas de continuer l'entreprise, car les deux premières travées furent seules terminées. Si l'architecte du xve siècle avait pu réaliser ses projets, chaque travée de la nef se composerait aujourd'hui d'une arcade en tiers point soutenue par deux colonnes assez courtes et surmontée d'une longue fenêtre à remplage flamboyant.
Tandis que les travaux étaient interrompus de ce côté, l'attention des constructeurs se porta sur les voûtes des chapelles rayonnantes qui menaçaient ruine. La plupart des branches d'ogives furent remplacées et Ton profita de la présence des ouvriers dans cette partie de l'église pour refaire toutes les fenêtres du déambulatoire conformément au style de l'époque. La restauration que nous venons de mentionner fut exécutée en 1477 et coûta 320 livres, comme le prouve l'analyse d'un ancien marché
(1) Ce personnage était l'oncle d'Agnès de Ruel.
(2) Cf. pièce justificative n° IV.
conclu par la fabrique '". Le même acte nous apprend que l'architecte chargé de diriger l'entreprise était le maître de l'œuvre de l'église Notre- Dame de Pontoise. Cet édifice détruit par les Anglais en 1435, était alors en pleine reconstruction, puisqu'il fut consacré le 1" octobre 1484 par l'évêque d'Hippone, coadjuteur du cardinal d'Estouteville, archevêque de Rouen ,2). En s'appuyant sur une mention aussi intéressante, il est permis de supposer que la façade de Saint-Maclou est l'œuvre du même artiste et on peut lui attribuer également la sacristie de l'église, gracieux bâtiment à deux étages qui doit avoir été terminé vers 1480. Ainsi l'église de Saint- Maclou avait subi des transformations fort importantes pendant le cours du xve siècle et les architectes de la Renaissance n'eurent qu'à continuer l'œuvre de leurs devanciers.
La reconstruction de l'église se poursuivit dès la première moitié du xvie siècle, mais nous ne pouvons pas déterminer d'une manière certaine la date de la reprise des travaux. Toutefois, il est fort probable que l'on se mit à démolir vers l'année 1 525 l'ancien bas-côté nord du xne siècle, pour le remplacer par le double collatéral encore intact aujourd'hui. En effet, on ne saurait attribuer à une époque plus voisine du xve siècle ce gracieux morceau d'architecture, puisque l'ornementation caractéristique de la Renaissance s'y trouve appliquée sans aucun mélange de détails empruntés au gothique flamboyant. Le gros œuvre de cette partie du monument devait être terminé au plus tard vers 1540, car nous avons retrouvé dans les minutes de Gérard Ledru, notaire à Pontoise au xvie siècle'3', un acte daté du 11 août i543 qui mentionne l'existence d'une maison « où naguères auroit esté un appentilz servant de loge aux massons besongnans en ladicte église de Sainct-Maclou » (+'. Du reste, la date de 1545, inscrite sur un des vitraux de la chapelle de la Passion, indique bien que les ouvriers avaient terminé leur tâche de ce côté avant la mort de François Ier.
(1) Cf. pièce justificative n° VII. Ce marché est daté du 4 novembre 1477. (a) Cf. A. François. Lettre sur l'église Notre-Dame, p. 14.
(3) Ces minutes sont conservées chez Me Trinquand, notaire à Pontoise, dans une caisse marquée P. G, 72.
(4) Cet acte est une convention passée entre la fabrique de Saint-Maclou et Gabriel Bocquet, vicaire de l'église, au sujet d'une maison de la rue du Martroy.
Les travaux exécutés dans l'église de Saint-Maclou, entre les années i525 et 1540, comprirent la construction du bas-côté nord et du petit portail adossé au croisillon septentrional, l'établissement des chapelles latérales et la reprise en sous-œuvre de toute la partie nord de la nef. L'architecte chargé de cette dernière opération eut soin de ne pas détruire complètement le mur de clôture du vaisseau central et c'est ainsi qu'il fut amené à conserver les contreforts et les formerets du xne siècle, enclavés actuellement dans les assises supérieures. Parmi les chapelles latérales ajoutées à l'église à cette époque, il convient de signaler d'une façon toute spéciale la chapelle dite de la Passion, qui se trouve placée à côté de la façade. Elle était destinée à remplacer l'ancienne chapelle de Notre-Dame de Pitié, fondée par Jean Malet vers 1347, comme on l'a vu plus haut. La nouvelle construction fut reliée très adroitement aux deux travées du bas-côté nord, bâties pendant le xve siècle, et le grand nombre de revenus légués successivement à la confrérie de la Passion permit sans doute à cette association de prendre à sa charge presque tous les frais de l'entreprise. Toute la partie septentrionale de l'église de Saint-Maclou est donc contemporaine de la période la plus originale de la Renaissance. Tandis que les maçons et les sculpteurs y mettaient la dernière main, Robert et Jean Grappin achevaient la façade de l'église Saint-Gervais de Gisors "), Martin Chambiges terminait le croisillon méridional de la cathédrale de Beauvais et l'église de Saint-Eustache de Paris commençait à s'élever audessus du sol.
Quel fut l'architecte chargé de mener à bonne fin les grands travaux que nous venons de mentionner? M. Léon Palustre, s'appuyant sur un marché conclu par la fabrique de Saint-Maclou, le 25 septembre i552 <2>, où l'on voit figurer le nom de Pierre Lemercier, maître maçon, a cru devoir hardiment attribuer à cet artiste tout le bas-côté nord de l'édifice, en faisant observer qu'il devait être depuis longtemps l'entrepreneur de l'église ,?l. Nous avons le regret de ne pouvoir partager son opinion. En effet, si l'acte auquel nous avons fait allusion prouve que Pierre Lemercier était l'architecte de la fabrique en i552, un autre document nous apprend
(1) Cf. De Laborde. Documents inédits extraits du trésor de l'église de Gisors, p. 19.
(2) Cf. pièce justificative n° XII.
13) La Renaissance en France, t. II, p. 10.
que cette fonction était remplie, dans le cours de l'année 1 541 , par un maître maçon nommé Jean Delamarre (1>. Il serait donc permis de supposer que Jean Delamarre a travaillé dans l'église de Saint-Maclou entre i525 et 1540, car on rencontre son nom dès l'année 1 541, tandis qu'il faut aller jusqu'en 1 55-2 pour trouver celui de Pierre Lemercier. Néanmoins, nous nous contenterons d'avoir indiqué l'objection très sérieuse qui peut être opposée à la théorie de M. Léon Palustre, en nous abstenant de résoudre une question aussi délicate. L'histoire de l'art ne doit pas reposer sur des hypothèses ; elle doit s'appuyer sur des faits précis. Or, tant qu'un heureux hasard n'aura pas mis entre les mains d'un archéologue le texte ou l'analyse de quelque marché relatif au bas-côté nord de l'église, il sera toujours imprudent de désigner sans aucune preuve l'auteur de cette élégante construction.
Dès que la face septentrionale du monument eut été rebâtie sur un nouveau plan, il devint urgent de consolider la partie supérieure de l'abside et de restaurer le clocher central démoli par l'ouragan de 1309. Ces travaux furent entrepris par Jean Delamarre, maître maçon, moyennant la somme de 5oo livres tournois, en vertu d'un marché passé le 28 juillet 1 541 devant Derin et Levasseur, notaires à Pontoise M. Ils se continuèrent jusqu'à l'année 1547, puisque les F et les H appliqués sur la clef de la voûte du transept indiquent d'une manière certaine que les sculpteurs y mirent la dernière main au moment où Henri II venait de succéder à son père François Ier. Pendant cette période, Jean Delamarre refit complètement les fenêtres supérieures du chœur et les six branches d'ogives du sanctuaire ; il établit de nouvelles voûtes dans les croisillons et il éleva sur le carré du transept un clocher en pierre qui se dressait à 3o pieds au-dessus des combles (3>. L'analyse du contrat dont nous avons parlé nous apprend en outre qu'il fut chargé de faire diverses réparations aux fenêtres et aux doubleaux de la nef, dont les claveaux avaient sans doute éprouvé des tassements dangereux après la reconstruction des travées septentrionales. Il est probable que la dernière œuvre de Jean Delamarre fut la voûte bâtie sur le carré du transept, car on ne pouvait pas songer
(1) Cf. pièce justificative n° IX.
(2) Cf. pièce justificative n° IX.
13) Cf. pièce justificative n» XLVII.
à l'appareiller avant d'avoir achevé le clocher, afin de faciliter le montage des matériaux.
Les nombreux remaniements exécutés à l'intérieur de l'église, pendant plus de vingt ans, avaient absorbé presque tous les revenus de la fabrique. Elle chercha à se créer de nouvelles ressources pour continuer les travaux en priant le maire de Pontoise et l'archevêque de Rouen de vouloir bien l'autoriser à vendre le terrain des cimetières qui étaient placés au nord et à l'ouest de l'église. Jacques Crespin, maire de Pontoise, s'empressa d'accueillir cette demande. Le 3 juillet i543, après avoir prescrit une enquête à ce sujet, il permit aux trois marguilliers Alexandre Chasteau, Antoine Lanquier et Jean Dorvalle de faire transporter les tombes des personnes ensevelies autour de l'église dans un nouveau cimetière établi près des fossés de la ville '■) et de « bailler lesdites places à faire maisons au plus offrant et dernier enchérisseur, pour le prouffit et augmentation de ladite fabrique, entretenement de ladite église et du service divin » <2). Georges II d'Amboise (3>, archevêque de Rouen, se montra également favorable à la supplique qui lui fut adressée et le 3o septembre 1544, il décréta l'aliénation des anciens cimetières au profit de la fabrique (4). C'est dans le premier de ces deux actes et non pas dans le second, comme Ta cru M. l'abbé Trou ,5>, que se trouve la phrase suivante : « la fondation et institution d'icelle église fut trois cens ans et plus ». Cette mention, reproduite par un certain nombre d'auteurs modernes, n'a pas l'importance qu'on a voulu lui attribuer. Elle fixe la fondation de l'édifice au xme siècle, tandis qu'il faut la faire remonter au xne siècle, comme nous l'avons précédemment démontré. On ne saurait donc en tirer aucune indication utile pour éclaircir la question des origines de l'église.
La charte de Georges d'Amboise, rédigée en latin, contient des renseignements intéressants sur les trois cimetières qui devaient être supprimés.
(1) Ce cimetière, établi au lieu dit « Clamard », a été lui-même supprimé en 1809 quand on a créé le cimetière actuel.
(2) Cf. pièce justificative n° X.
(3) Il ne faut pas confondre cet archevêque, qui occupa le siège de Rouen de i5t 1 k i55o, avec Georges Ier d'Amboise, archevêque de Rouen entre les années 1494 et 1 5 1 o.
(4) Cf. pièce justificative n° XI.
(5) Recherches historiques, arche'ologiques et biographiques sur Pontoise, p. 82.
Le premier, établi le long du bas-côté nord de l'église, était bordé d'un côté par le marché et par un groupe de maisons appelées Les Harîquetes, de l'autre par les rues conduisant à la porte d'Ennery et à la maison de justice. Il avait une superficie de six perches. Le second cimetière s'étendait devant la façade de l'église, jusqu'à l'entrée de la rue de la Coutellerie et ne contenait pas plus de deux perches. Le troisième, qui se trouvait placé autour de la chapelle de la Passion, n'occupait qu'une demi-perche de terrain et renfermait des galeries formées d'une série d'arcades, (l1 comme l'ancien cimetière des Innocents à Paris. ,2> La saison d'hiver de l'année 1 544 fut sans doute employée à faire des fouilles pour extraire les ossements et la vente du sol dut avoir lieu dans le cours de l'année 1 545. La fabrique de Saint-Maclou offrit généreusement à la ville de Pontoise le terrain nécessaire pour agrandir le marché, le parvis et la rue de l'Hôtelde-Ville. i3'
Quelques années après avoir effectué l'aliénation que nous venons de signaler, la fabrique de l'église était en mesure de continuer les travaux et de les mener à bonne fin. Le 25 septembre i552, elle conclut devant Gérard Ledru, notaire à Pontoise, et par l'entremise des marguilliers Jean Hébart, Christophe Souvoye et Jean Du Saulx, un marché avec Pierre Lemercier, maître maçon, demeurant à Pontoise, pour ajouter au clocher de la façade le couronnement en forme de dôme qui est encore intact aujourd'hui. W Ce travail fut entièrement exécuté en pierre de Saint-Leu-d'Esserent et coûta la somme de 525 livres tournois qui devait être payée à l'entrepreneur « au fur et à mesure qu'il besoignerait ledit ouvrage. » De même que pour le marché où il est fait mention de Jean Delamarre, nous connaissons l'existence du contrat qui renferme le nom de Pierre Lemercier par une courte analyse rédigée au xvmc siècle et conservée actuellement dans les archives de l'église. |5) Malgré les recherches que nous avons faites
(1) « Parvam portionem alterius cimiterii dicta ecclesioe contigui jam in archis erectam et constructam ». Cf. pièce justificative n° XI.
(2) On peut encore voir des exemples de cette disposition dans l'aître Saint-Maclou à Rouen et dans le cimetière de Montfort-l'Amaury (Seine-et-Oise).
(3) Cf. pièce justificative n° X. ,
(4) Cf. pièce justificative n° XII.
(5) L'abbé Trou a connu cette pièce importante, mais il a eu le tort de ne pas en indiquer la provenance. Cf. Recherches historiques, archéologiques et biographiques sur la ville de Pontoise, p. 94.
dans les minutes de Gérard Ledru, nous ne sommes pas parvenus à découvrir l'acte original.
Les autres œuvres architecturales de Pierre Lemercier sont complètement inconnues et aucun document ne nous autorise à lui attribuer une part dans la construction de quelques édifices religieux bâtis près de Pontoise au milieu du xvie siècle. Mais si la vie de cet artiste est enveloppée d'une regrettable obscurité, on sait du moins la date précise de sa mort qui eut lieu le 3i mai 1570 et non pas avant i56o, comme l'a cru M. Léon Palustre (,). En effet, la pierre tombale autrefois placée sur sa sépulture existe encore actuellement. Elle se trouve engagée au milieu de la seconde marche du grand escalier qu'il faut descendre pour entrer dans l'église de Notre-Dame à Pontoise. La partie supérieure de la dalle a disparu; on y avait sans doute représenté Pierre Lemercier et sa femme, car on peut facilement apercevoir les pieds de deux personnages distincts. L'extrémité inférieure, qui s'est heureusement conservée, mesure om 94e de largeur sur om 43 e de hauteur et renferme l'inscription suivante écrite en caractères gothiques à moitié effacés :
ju gist le corps k rjoneste personne fitm gLcrciev (2> en son
muant mrc masson ce l'église to céans, et trespassa le
cimanclje ce la traité xxi iow oe mau miU'lxx,
et feljanne |ouFmont ,3), sa femme, laquele oeceoa le
iouF oe mil uc FlïIS MIT mm JLEVfiS AMES.
On voit d'après cette inscription que Pierre Lemercier était à la fois l'entrepreneur de la fabrique de Saint-Maclou et de celle de Notre-Dame
(1) La Renaissance en France, t. II, p 10.
(2) Le nom de la famille Lemercier s'écrivait indifféremment au xvie siècle : Mercier, Le Mercier ou Lemercier.
(3) M. Henri Le Charpentier, en publiant cette épitaphe dans son ouvrage intitulé la Ligue à Pontoise et dans le Vexin Normand, p. i3i, note 1, a cru devoir lire : Jehanne Fourment, mais une transcription attentive nous a permis de reconnaître que la pierre porte le nom de Jehanne Fourmont.
de Pontoise. La même coïncidence s'était déjà présentée en 1477 puisque les voûtes du déambulatoire de Saint-Maclou avaient été reconstruites à cette époque par le maître de l'œuvre de Notre-Dame <■>. Il est beaucoup plus logique d'admettre le fait dont nous venons de citer un précédent au lieu de prétendre que la sépulture de Pierre Lemercier était autrefois placée dans l'église de Saint-Maclou, à laquelle s'appliquerait dès lors les mots « maître maçon de l'église de céans ». Cette opinion ne s'appuie sur aucune base sérieuse et l'observation présentée plus haut nous permet d'en faire ressortir toute l'invraisemblance.
Pierre Lemercier était sans aucun doute un des ancêtres et peut-être l'aïeul du célèbre architecte Jacques Lemercier qui eut l'honneur de contribuer à l'embellissement de Paris, dans la première moitié du xvnc siècle, en travaillant au Palais du Louvre, à la Sorbonne, au Palais- Royal, à l'église de Saint-Roch et à l'Oratoire i-1. En effet, tous les biographes sont d'accord pour faire naître ce dernier artiste à Pontoise vers 1 585. Or, si l'on observe qu'au xvic siècle les membres d'une famille se succédaient presque toujours dans l'exercice de la même profession, il est bien permis de conclure en faveur de la parenté des deux constructeurs. Leur filiation paraît devoir être établie à l'aide du père de Jacques Lemercier, Nicolas Lemercier, né à Pontoise en 1 541 et mort en 1637, âgé de 96 ans <3'. Celui-ci exerçait également le métier de maître maçon puisque M. d'Alincourt, gouverneur de Pontoise, le chargea de bâtir la citadelle de la ville, après avoir conclu avec lui un marché à ce sujet, le 29 décembre 1594(4). Ainsi dans l'espace d'un siècle la même famille avait donné naissance à trois architectes <5>.
(1) Cf. pièce justificative n° VII.
(2) M. Seré-Depoin, président de la Société historique et archéologique de Pontoise et du Vexin, a entrepris depuis longtemps des recherches sur la famille des Lemercier qui doivent être publiées sous ce titre : Une famille de maçons pontoisiens au XVI" et au XVI I« siècle. Il a bien voulu nous communiquer quelques-unes de ses découvertes. Nous sommes heureux de lui en témoigner toute notre reconnaissance.
|3) Communications de M. Seré-Depoin
(4) Ce marché a été publié par M. Henri Le Charpentier dans son ouvrage intitulé : La Ligue à Pontoise et dans le Vexin français, p. 22 5, note 1.
(5) On pourrait même dire à quatre, car un marché daté de 1G21 nous fait connaître l'existence d'un maître maçon nommé Denis Lemercier, qui entreprit à cette époque des travaux importants dans l'église d'Épiais, près de Pontoise. (Communication de M. Seré-Depoin).
Les travaux d'agrandissement de l'église de Saint - Maclou furent repris quelque temps avant la mort de Pierre Lemercier, mais ils ne furent pas poussés avec une très grande activité, car la reconstruction du bas-côté méridional, commencée en i566 et terminée en 1 583 '", dura dix-huit ans. On résolut d'établir tout d'abord une porte à côté du croisillon sud du transept, mais comme la différence de niveau entre le sol intérieur de l'église et le terrain naturel était très accentuée, on fut obligé de bâtir un escalier pour en faciliter l'accès. Ce portail fut exécuté en i566, comme le prouve la date gravée au milieu d'un cartouche, sur le côté gauche. Destiné à faire le pendant de la porte élevée vers i53o à l'angle du croisillon septentrional, il servit de point de départ à l'architecte chargé de renouveler le style du bas-côté sud de l'église. Celui-ci s'inspira du plan adopté par l'un de ses devanciers pour transformer le bas-côté nord, mais il dut renoncer à établir un double collatéral, parce que le terrain dont il pouvait disposer était limité, dans le sens de la largeur, par une rue voisine.
La période comprise entre les années 1 5C6 et i5yo fut employée à construire la porte dont nous venons de faire mention, le passage voûté qui la précède, la grande chapelle adjacente, consacrée à la Vierge, et la petite chapelle voisine de cette dernière, où la date de 1570 se trouve inscrite sur un pilastre (2). Ce précieux renseignement vient heureusement suppléer aux marchés de maçonnerie qui nous font défaut pour déterminer l'âge exact de cette partie de l'église. Les deux chapelles latérales suivantes ne furent achevées que huit ans plus tard. La date de 1578, gravée sur deux pilastres placés l'un à l'extérieur, l'autre à l'intérieur de la seconde d'entre elles, nous en fournit la preuve. Si le constructeur n'avait pas pris le soin de faire inscrire sur la pierre l'année où cette chapelle fut bâtie, on pourrait cependant être certain que les ouvriers travaillaient encore au monument en 1578. En effet, on voit figurer dans une fondation datée du 21 septembre 1578, un prêtre nommé Martin Boulnois, sans doute originaire de Pontoise, qui lègue à la fabrique de Saint- Maclou
(1) Cf. pièce justificative n° XV.
(2) Nous avons écrit ci-dessus, page 4, que cette date était placée en face du basrelief d'un marchand à son comptoir, mais, pour être plus exact, nous aurions dû dire qu'elle se trouvait sur la face postérieure de la muraille opposée.
dix livres tournois et vingt e'cus d'or pour « subvenir au payement et parachèvement de la maçonnerie de ladite église » (l). Le même acte nous apprend que Martin Boulnois était alors vicaire de l'église Saint-Jacquesla-Boucherie, à Paris, et qu'il avait fondé de nombreux services funèbres à Saint-Maclou pour le repos de son âme. Il avait pris soin d'en régler lui-même les moindres détails, et grâce à cette précision, on peut se faire une idée fort exacte du cérémonial usité dans les messes solennelles de Requiem célébrées à Saint-Maclou au xvie siècle.
En même temps que les chapelles latérales s'élevaient sur le flanc méridional de l'église, le bas-côté sud était reconstruit et l'on faisait subir à la nef des modifications fort importantes. Nous avons dit plus haut que les travées septentrionales du vaisseau central avaient été reprises en sous-reuvre vers i53o, et que les arcs formcrets, appareillés au xne siècle, avaient été conservés dans cette partie de l'église. L'architecte était parvenu à éviter ainsi les dépenses que l'établissement de nouvelles voûtes au-dessus de la nef aurait pu entraîner. La nef de Saint-Maclou était donc encore recouverte, vers i5yo, de voûtes sur croisée d'ogives contemporaines du xuc siècle, et les travées méridionales conservèrent jusqu'à cette époque leur caractère primitif. Mais, tandis qu'on s'était décidé à garder une partie des anciens murs, en remaniant la nef du côté nord, on résolut de raser complètement, du côté sud, les travées bâties pendant le xnc siècle, afin de faire une œuvre nouvelle. Les piliers du xne siècle, qui devaient être garnis de colonnettes comme ceux de l'église de Chars '2|, furent remplacés par de grosses colonnes flanquées d'un pilastre ; les arcades des travées et les fenêtres supérieures furent reconstruites conformément au style de l'époque, et toutes les voûtes de la nef, entièrement renouvelées, furent soutenues par des nervures plus délicates que les anciennes.
L'année 1578 ne marqua pas, comme on serait tenté de le croire, la fin des grands travaux accomplis au xvi° siècle dans l'église de Saint- Maclou. Les quatre années suivantes furent employées à la construction du portail latéral qui fait partie de la façade et qui donne accès à l'intérieur du bas-côté sud. On termina, pendant la même période, les voûtes de la nef et les nouvelles toitures. Enfin, le i5 août 1 583 , Monseigneur
(1) Cf. pièce justificative n° XIV.
(2) Seine-et-Oise, air. de Pontoise, cant. de Marines.
Henri Le Mignon, évêque de Digne (l), fut délégué par le cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Rouen (2), pour procéder solennellement à la bénédiction des quatre chapelles du bas-côté méridional, consacrées à la Vierge, à saint Eustache, à saint Crépin et à sainte Marguerite '3|. Pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie, célébrée en présence de Jacques de Monthiers, gouverneur de Pontoise, l'archevêque de Rouen consentit à accorder une indulgence' perpétuelle à tous les fidèles qui viennent visiter, le jour de l'Assomption, les chapelles dont nous avons indiqué l'emplacement.
L'histoire de la reconstruction du bas-côté méridional de Saint-Maclou nous conduit à rechercher le nom de l'architecte qui fut chargé de la direction des travaux. M. Léon Palustre n'a pas hésité à en faire honneur à un membre de la famille des Lemercier, mais il n'a pas cru devoir indiquer dans quels documents il avait puisé cette information W. Toutes nos recherches à ce sujet ayant été infructueuses, nous avons lieu de croire qu'il s'est borné à exprimer une opinion personnelle. Aucun texte ne nous autorise à prétendre que Nicolas Lemercier fût l'architecte de la fabrique de Saint - Maclou pendant la période comprise entre les années 1 566 et 1 583. Le seul marché contemporain dont nous avons pu retrouver l'analyse l5) est daté de 1578, mais il ne renferme malheureusement aucun nom de constructeur. En conséquence, nous sommes obligés de traiter cette question avec la plus grande prudence. Notre réserve paraîtra sans doute préférable au système de M. Léon Palustre qui tend à présenter une hypothèse comme une réalité.
Pour justifier ses assertions, M. Léon Palustre a commencé par admettre que Pierre Lemercier avait bâti le bas-côté septentrional dont le style se retrouve, à son avis, « dans les parties qui lui appartiennent sans contestation » ,6). Or, comme la seule construction qui est l'œuvre
(1) Henri Le Mignon fut évêque de Digne de i568 à iSSy.
(2) Charles Ier, cardinal de Bourbon-Vendôme, fut archevêque de Rouen depuis le 9 octobre i55o jusqu'au g mai i5go.
(3) Cf. pièce justificative n° XV.
(4) La Renaissance en France, t. Il, p. 10.
(5) Cf. pièce justificative n° XIII.
(6) La Renaissance en France, t. II, p. 10.
incontestable de Pierre Lemcrcier est le dôme du clocher de Saint- Maclou ('', il est assez difficile de comprendre comment le couronnement de la tour peut être conçu dans le même style que les voûtes, les piliers, les fenêtres et le portail du bas-côté nord. On ne peut établir aucune comparaison entre le sommet du clocher et cette nef latérale de l'église. Nous avons déjà montré combien il était imprudent de soutenir, sans aucune espèce de preuve, que telle ou telle partie d'un édifice religieux avait été construite par tel ou tel architecte, puisque la voûte du transept de l'église, attribuée jusqu'ici à Pierre Lemercier, doit être considérée désormais comme l'œuvre de Jean Delamarre l2>. Tels sont les mécomptes auxquels seront toujours exposés les auteurs qui cherchent à découvrir la vérité historique par des inductions ou par des raisons de sentiment.
Quelles sont néanmoins les présomptions qui peuvent être alléguées en faveur de la thèse soutenue par M. Léon Palustre ? Nous avons dit plus haut qu'une pièce authentique, datée du 25 septembre i552(:i>, permettait d'attribuer à Pierre Lemercier le dôme qui couronne le clocher de Saint-Maclou. Or il est à peu près certain que le père de Jacques Lemercier, Nicolas Lemercier, dont le nom se rencontre dans un marché de maçonnerie conclu en 1 5gq par M. d'Alincourt, gouverneur de Pontoise, était proche parent de Pierre Lemercier : il est donc probable que celui-ci devint l'entrepreneur de la fabrique, après la mort de Pierre Lemercier. En outre on remarque une grande ressemblance entre les bas-côtés de Saint-Maclou de Pontoise et ceux de Saint-Eustache de Paris, et comme l'épitaphe de Charles David <■*>, architecte de cette dernière église, nous apprend qu'il avait épousé une femme nommée Anne Lemercier, on peut supposer que Charles David avait recueilli par ce mariage la succession de Nicolas Lemercier. Le père de Jacques
(i) Cf. pièce justificative n° XII.
(2) Cf. pièce justificative n° IX.
(3) Cf. pièce justificative n° XII.
(4) Cette épitaphe était ainsi conçue : Cy devant gist le corps d'honorable homme Charles David, vivant juré du roy es œuvres de maçonnerie, doyen des jurés et bourgeois de Paris, architecte et conducteur du bâtiment de l'église de céans, lequel, après avoir vécu avec Anne Lemercier, sa femme, l'espace de cinquante trois ans, est décédé le 4' jour de décembre 16S0, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans. Cf. Léon Palustre. La Renaissance en France, t. II, p. 1 32.
— 3o — Lemercier devrait donc être regardé comme l'architecte des deux e'glises dans la seconde moitié du xvi" siècle. (,)
Nous serons beaucoup moins affirmatifs sur ce sujet que MM. Léon Palustre (2) et Louis Régnier <3), tout en reconnaissant avec eux que les deux bas-côtés de l'église n'ont pas dû être construits par le même architecte, car le style de ces deux nefs latérales est tout à fait différent. Les observations suivantes feront comprendre notre réserve. Les travaux du bas-côté méridional de Saint-Maclou commencèrent en i566. Or Pierre Lemercier mourut le 3i mai iSyo, époque où la chapelle de la Vierge venait d'être achevée. Il n'est donc pas inadmissible que Pierre Lemercier ait élevé le portail latéral, daté de i56G, et la chapelle de la Vierge, datée de îb-jo. On nous objectera sans doute que cet artiste devait être trop âgé pour s'occuper de construction dans les dernières années de sa vie, mais comme la date de la naissance de Pierre Lemercier est inconnue, il est difficile de prouver la vérité d'une pareille assertion. Quant à Nicolas Lemercier, qui venait d'avoir 25 ans dans le cours de l'année 1 566 M, il était bien jeune alors pour que la fabrique ait pu lui confier à cette époque la direction des travaux. Enfin l'analogie des bascôtés de Saint-Eustache avec ceux de Saint-Maclou ne prouve pas que Nicolas Lemercier ait été le constructeur du collatéral sud de l'église. Anne Lemercier n'était certainement pas la fille de Nicolas Lemercier, elle était tout au plus une de ces parentes <5>. Du reste, comme l'architecte Charles David naquit en i552 et Nicolas Lemercier en i5 ii, il serait fort étonnant que l'un de ces deux artistes ait pu être le gendre de l'autre.
Ainsi, malgré tout notre désir d'arriver à déterminer sûrement les œuvres qui doivent être attribuées aux ancêtres du grand architecte Jacques Lemercier, il nous est impossible, dans l'état actuel de la question, d'affirmer que Pierre et Nicolas Lemercier furent chargés de
(i) M. Léon Palustre n'a développé aucun de ces arguments dans son ouvrage, parce qu'il n'a pas cherché à justifier complètement son opinion.
(2) La Renaissance en France, t. II, p. 10.
(3) Les églises de la Renaissance dans le Vexin. (Sous presse).
(4) Nous avons dit plus haut qu'il était né en 1 54 1 .
(5) Communication de M. Seré-Depoin.
reconstruire la nef et les bas-côtés de Saint-Maclou. Nous en sommes réduits à de simples conjectures, mais nous espérons que la découverte d'un document inédit permettra d'éclaircir un jour les points qui restent encore obscurs aujourd'hui.
L'importance des grands travaux entrepris au xvic siècle pour transformer l'église de Saint-Maclou ne doit pas nous faire passer sous silence certains remaniements exécutés dans l'édifice à la même époque. En i5i5, la fabrique fit construire par un charpentier nommé Guillaume Letourneur I") un passage couvert pour réunir l'église au presbytère. Cette galerie traversait le cimetière dit des Bouchers, attenant au côtésud de l'édifice, et franchissait la rue de la Bretonnerie qui s'appelait alors la rue du Pis de Vache <2). L'ancien presbytère, installé dans une maison voisine, communiquait donc avec l'église par un véritable pont en charpente qui subsista jusqu'à nos jours, car il ne fut démoli qu'en 1867 (3). Nous croyons devoir insister davantage sur les réparations qui furent exécutées en 1578 dans l'intérieur du monument. Le 11 juillet de cette même année, la fabrique conclut avec un entrepreneur malheureusement inconnu un marché pour faire réparer les voûtes et les couvertures des chapelles comprises entre la chapelle de Saint-Nicolas et celle de Saint-Eloi, moyennant la somme de 566 écus, 2 tiers W. Au premier abord , on pourrait croire que ce marché se rapporte aux chapelles du bas-côté méridional dont la construction était déjà très avancée en 1578. Mais il suffit de savoir que les chapelles du collatéral sud étaient consacrées à la Vierge, à saint Eustache, à saint Crépin et à sainte Marguerite <-> pour comprendre qu'il faut renoncer à soutenir une semblable opinion. Malgré les recherches les plus minutieuses, nous n'avons pas réussi à découvrir quelle était la place exacte occupée à cette époque
(1) Bibliothèque de Pontoise, registre manuscrit de M. Pihan de la Forest, n° 2855, fol. 5o.
(2) Bibliothèque de Pontoise, registre manuscrit de M. Pihan de la Forest. n» 901, p. 48.
(3) Cf. Léon Thomas. Chroniques rétrospectives sur Pontoise, p. 99.
(4) Cf. pièce justificative n» XIII.
(5) Cf. pièce justificative n° XV.
dans l'église par les chapelles de Saint-Nicolas et de Saint-Eloi |n, parce que tous les registres de la fabrique antérieurs au xvme siècle n'existent plus aujourd'hui. Néanmoins, on doit nécessairement admettre que les réparations dont il s'agit furent entreprises, soit dans les chapelles latérales du bas-côté nord, soit dans les chapelles rayonnantes du chœur déjà remaniées en 1477 |2>. Nous n'avons pas à redouter la même incertitude en signalant le travail exécuté dans l'église deux ans après la bénédiction solennelle du bas-côté sud. Les deux piliers qui se trouvent à l'entrée du transept ayant subi un tassement inquiétant, il devint nécessaire de les remanier. Cette reprise en sous-œuvre fut terminée en 1 585, comme nous l'apprend la date inscrite au sommet de la pile qui occupe l'angle sud-ouest du carré du transept. Les anciens piliers du xne siècle, garnis de nombreuses colonnettes, disparurent pour faire place à de lourds pilastres couronnés par des chapiteaux ioniques et corinthiens d'assez mauvais goût. L'établissement de ces nouveaux supports préserva le clocher central de la ruine dont il était menacé.
En même temps que l'église de Saint -Maclou était agrandie et réparée, elle s'enrichissait d'œuvres artistiques d'une valeur considérable. C'est ainsi que, le 23 novembre i52o, un marché fut passé devant deux notaires de Pontoise nommés Alix et Tricot, pour la sculpture d'un retable en pierre de Vernon et la construction d'un ciborium ou tabernacle haut de 18 à 20 pieds t;,i. L'ensemble de ce travail devait être exécuté à forfait moyennant le prix de 35o livres tournois, mais on ignore le nom de l'artiste qui fut chargé de l'entreprendre. Le contrat stipulait que l'accès du ciborium serait facilité au moyen de quelques marches et que la custode renfermant les saintes espèces serait suspendue sous un dais en pierre, afin qu'elle put être facilement abaissée ou relevée, suivant la disposition usitée au moyen âge. Ce ciborium, qui n'existe plus actuellement, devait être une œuvre très importante car il ne mesurait pas moins de cinq mètres de hauteur. Sa destruction est d'autant plus regrettable que les édicules de ce genre, dont le plus beau spécimen se trouve conservé
(1) En souvenir de l'existence de ces deux chapelles, les deux confréries de Saint- Nicolas et de Saint-Eloi se re'unissaient encore dans l'église de Saint-Maclou il y a quelques années.
(2) Cf. pièce justificative n° VII.
(3) Cf. pièce justificative n° VIII.
dans l'église Notre-Dame de Grenoble, sont très rares en France aujourd'hui. Parmi les autres objets d'art qui furent placés dans l'église au xvie siècle, nous mentionnerons encore les vitraux de la chapelle de la Passion, posés en i545, le banc d'œuvre, un orgue'11, une descente de croix en cuivre repoussé détruite en 1789 (a> et surtout la mise au tombeau du Christ qui occupe l'un des côtés de la chapelle de la Passion. Cette belle œuvre de sculpture où l'on voit figurer le Christ, la Vierge, saint Jean, Joseph d'Arimathie et les trois saintes femmes est encadrée par un riche entablement qui repose sur quatre colonnes. Bien que la date précise de son exécution soit inconnue, on peut être certain qu'elle se trouvait déjà dans la chapelle de la Passion en 1587, car l'ouvrage de Noël Taillepied en renferme une description sommaire. |3>
L'histoire de l'église de Saint-Maclou au xvne siècle est loin d'offrir le même intérêt que pendant la période précédente. Il est facile d'en comprendre la raison. L'édifice venait d'être complètement remanié et quelques travaux d'entretien suffisaient dorénavant à le maintenir en bon état. La fabrique se contenta dès lors de renouveler en partie l'ancien mobilier de l'église. Désirant placer sur le maître-autel un nouveau retable orné suivant le goût de l'époque, elle résolut de se défaire, à des conditions avantageuses, du retable en pierre, sculpté au xvie siècle W, dont nous avons déjà parlé. Elle conclut à cet effet une convention avec les maîtres ciriers de la ville de Pontoise, le 20 avril 1641 <5». Ceux-ci consentirent à placer dans la chapelle de Saint-Eustache (6' qui avait été attribuée à leur confrérie le retable du maître-autel et un triptyque « en bosse dorée » représentant diverses scènes de la vie du Christ et de saint Eustache. Ils s'engagèrent en échange à donner deux fois par an à la
(1) Cf. Noël Taillepied, Recueil des antiquité^ et singularité^ delà ville de Pontoise, fol. 14 v°.
(2) Cf. pièce justificative n° XXVII.
(3) Recueil des antiquité^ et singularité^ de la ville de Pontoise, fol. i5. Réimpression de MM. François et Le Charpentier, p. S3.
(4) Cf. pièce justificative n° VIII.
(5) Cf. pièce justificative n° XVI.
(6) Cette chapelle se trouvait placée dans le bas-côté méridional, à droite de la chapelle de la Vierge.
fabrique six cierges de cire blanche pesant chacun une livre. Ces cierges, fixés dans des chandeliers contre les piliers qui environnent le maîtreautel, devaient être allumés à Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint, à Noël, aux deux fêtes de saint Maclou "', à la fête de la Dédicace et à la Fête-Dieu. Les maîtres ciriers étaient tenus de les renouveler le 21 mai, jour de la fête de saint Eustache et le i5 novembre, jour de la fête de saint Maclou I2'. La fabrique paraît avoir attendu quelques années avant de se décider à faire sculpter sur bois un autre retable, car c'est seulement le 3o juin 1649 clue 'on rencontre un marché supplémentaire pour la dorure des deux côtés du maître-autel. '3)
Si toutes les œuvres artistiques qui font l'objet des deux conventions précédentes sont détruites aujourd'hui , il n'en est heureusement pas de même de celle dont il nous reste à parler. Le 7 mars 1 653, un marché fut passé devant Crémien, notaire à Pontoise, pour installer dans la nef la chaire à prêcher ,4). Ce travail fut évalué à la somme de 800 livres tournois, mais on ne possède aucun renseignement sur le nom de l'artiste qui fut chargé de l'entreprendre. Du reste, comme pour la plupart des marchés précédents, c'est par une courte analyse insérée dans un ancien inventaire des titres de l'église que nous connaissons l'existence de ce contrat et il serait inutile de chercher à en découvrir l'original, car les actes rédigés en i653 font défaut dans les minutes de Crémien conservées chez M. Trinquand, notaire à Pontoise.
Après avoir fait placer une nouvelle chaire dans l'église, la fabrique s'occupa de faire restaurer les orgues dont Noël Taillepied vantait les qualités dès l'année i58o -i. Elle conclut dans ce but, le i3 juillet 1671, un marché avec Jean de Joyeuse, facteur à Paris, qui s'engagea à réparer le grand et le petit orgue, moyennant le prix de 700 livres tournois. Nous avons été assez heureux pour retrouver dans les minutes de Gabriel
(1) La première fête de saint-Maclou se célèbre le 11 juillet, jour de la translation de ses reliques et la seconde le i5 novembre.
(2) Cf. pièce justificative n° XVI.
(3) Cf. pièce justificative n° XVII.
(4) Cf. pièce justificative n° XVIII.
(5) Recueil des antiquité, et singularité, de la ville de Pontoise, fol. 14 v°.
Fredin, notaire à Pontoisc au xvne siècle, le devis de ces réparations <■>. On constate, en l'examinant, que l'ancien orgue devait être en bien mauvais état puisqu'il fallut le démonter entièrement et changer une partie des jeux, des sommiers, des pédales et des soufflets. D'ailleurs, la somme de 700 livres, demandée par Jean de Joyeuse, suffit à prouver l'importance de ce travail.
Le marché dont nous venons de faire mention nous apprend également que le petit orgue était placé -« sur l'un des jubez » du chœur (2>. En s'appuyant sur un renseignement aussi précis, on peut soutenir avec raison que toutes les boiseries du chœur étaient déjà posées en 1671, puisque les deux jubés se relient intimement à la clôture en bois sculpté qui environne le sanctuaire. C'est donc au milieu du xvnc siècle qu'il faut attribuer l'ensemble de la décoration du chœur. M. Henri Le Charpentier a cru pouvoir prétendre que les boiseries qui ornent cette partie de l'église avaient été acquises par la fabrique de Saint-Maclou dans la vente des biens appartenant aux Jésuites de Pontoise <3>. Mais comme cette vente n'eut lieu qu'en i~63, c'est-à-dire plus d'un siècle après qu'un document authentique constate l'existence des jubés et des boiseries dans le chœur, l'assertion de M. Le Charpentier est évidemment inexacte. Du reste, le chiffre IHS ne pouvait pas prouver que ces boiseries provenaient de la chapelle des Jésuites, comme l'avait pensé M. Le Charpentier, car si ces trois lettres sont sculptées à plusieurs reprises, le chiffre S. M., monogramme de Saint-Maclou, se rencontre beaucoup plus souvent encore sur les panneaux. Il faut donc admettre que les jubés et les clôtures en bois qui ferment les côtés du chœur, ont été spécialement fabriqués pour l'église. Cette œuvre artistique doit avoir été commandée vers i653, au moment où la chaire venait d'être terminée. On peut également attribuer au xvne siècle les stalles et le maître-autel actuel de l'église. En effet, bien que tous les registres des délibérations et des contrats de la fabrique au xvme siècle existent encore aujourd'hui, on ne peut y trouver la trace d'aucun marché relatif à ces meubles. Nous
(1) Cf. pièce justificative n° XIX.
(2) Cf. pièce justificative n° XIX.
(3) Les Jésuites à Pontoise. Cf. Mémoires de la Société Historique de Pontoise et du Vexin, t. II, p. 121.
avons donc le droit de supposer qu'ils furent installés à une époque antérieure.
Ainsi, pendant tout un siècle, la fabrique s'abstint de faire modifier l'édifice que les architectes de la Renaissance avaient si habilement transformé. Elle se borna à l'embellir en le décorant d'une chaire, de deux jubés, d'un maître-autel et de riches boiseries. En même temps ses revenus s'accroissaient rapidement et les fidèles s'empressaient d'enrichir l'église par des dons particuliers. En 1601, Jean Heurtault, prieur de Saint-Victor de Paris, avait offert aux paroissiens de Saint-Maclou un reliquaire contenant des reliques de leur patron ('». Un demi-siècle plus tard, en 1 655, Gilles Cossart, religieux de l'abbaye de Chaillot, près de Paris, fit hommage à l'église d'un autre reliquaire qui renfermait les reliques de saint Nicolas, de saint Vincent et de saint Sylvestre. Vers 1664, Louis Fontaine, organiste de la paroisse, mourut en instituant la fabrique héritière d'un petit orgue qu'il possédait et de toute sa musique manuscrite. Le 3o septembre 1667, Marc-Antoine de Belin, seigneur de Presles, et Madeleine de Belin, sa femme, léguèrent par leur testament six livres tournois à l'église (2). Au mois de septembre 1675, Nicolas Dupré, Guillaume du Boyer et Jean Soret, bourgeois de Pontoise, donnèrent à la fabrique des sommes assez importantes pour faire célébrer une messe de Requiem à perpétuité le jour de leur décès ,3> Denis Petit et Marie Dubois en 1 G76 t4), Marguerite Boudault en 1681, André Soret l5> en i683, Jacques et Marie Mazière en 1684 chargèrent leurs exécuteurs testamentaires de faire des fondations analogues (6). Pendant toute cette dernière période du xvnc siècle, les deux portions de la cure de Saint-Maclou furent occupées par deux prêtres qui restèrent chacun
(1) Archives municipales de Pontoise. Fonds Pihan de la Forest. Carton D3, pièce n° 83. ,
(2) Minutes de Gabriel Fredin, liasse de 1667.
(3) Minutes de Gabriel Fredin, liasse de 1675.
(4) Minutes de Gabriel Fredin, liasse de 1676.
(5) André Soret légua dans son testament à la confrérie de la Passion un tableau représentant le martyre de Saint-André.
(6) Minutes de Charles-François Fredin, liasses de 1681, 1 683 et 1684. Toutes ces minutes, ainsi que les précédentes, sont conservées dans l'étude de Me Trinquand, notaire à Pontoise.
quarante ans en fonctions. Le premier, Mellon Soret, nommé le 18 août 1664, mourut le 2 octobre 1 7 1 7 ; le second, Charles Bornât, prit possession de sa charge le 7 janvier 1670 et fut enterré dans l'église le 8 janvier 1710 (I>. Ils donnèrent en mourant une partie de leurs biens à la fabrique.
Au moment où le xvme siècle venait de s'ouvrir, les nombreux fidèles qui fréquentaient l'église de Saint-Maclou voulurent l'enrichir de nouveaux objets d'art en faisant ciseler deux reliquaires destinés à être placés dans le chœur. Le 10 juillet 1702, Charles Bornât, curé de Saint-Maclou, transporta solennellement dans ces deux châsses les reliques contenues dans les anciens reliquaires, comme le prouve le procès-verbal rédigé en présence de Claude Langlois, Simon Lair et Thévenel, marguilliers, de Mellon Soret, second curé de la paroisse, et de Claude Desgroux, vicaire de l'église ,2). Cette offrande complétait la riche décoration du sanctuaire, mais la fabrique trouva sans doute que l'ornementation de l'autel laissait encore à désirer, car le 24 septembre 1 7 1 3 elle fit dorer, moyennant 160 livres, un tableau qui se trouvait placé au-dessus du maître-autel et commanda au sieur Le Clair, orfèvre à Paris, six grands chandeliers dorés ainsi qu'une croix d'argent pour le prix de 55o livres tournois. <3'
Bien que la fabrique de Saint-Maclou pût disposer, au début de cette période, de revenus assez importants provenant de la location des maisons situées autour de l'église et des deux fermes d'Ennery W et du Perchay <5) qui lui appartenaient, l'entretien de l'édifice lui imposait des charges si nombreuses qu'elle résolut d'augmenter ses ressources amoindries par de coûteuses réparations faites sur le toit de la nef et du chœur, au mois de janvier 1712 '6). Elle y parvint en décidant, le 8 avril 17 14, que les paroissiens paieraient dorénavant 12 livres au lieu de 6 pour avoir le droit de se faire enterrer dans l'église (7'. Cette somme fut encore
(1) Cf. pièce justificative n° XXI.
(2) Archives municipales de Pontoise. Fonds Pihan de la Forest. Carton D3, pièce n°83.
(3) Archives de Seine-et-Oise, registre G g a (1708-1750), fol. 16 v°.
(4) Seine-et-Oise, arr. et cant. de Pontoise.
(5) Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. de Marines.
(6) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 1 1 v°.
(7) Ibid. fol. 1 7 v°.
augmentée par une délibération du 24 juillet 1726 et portée à 3o livres pour ceux qui voulaient se faire ensevelir dans la nef et à 70 livres pour ceux qui désiraient avoir leur tombe dans le chœur (,). La plus grande partie de cette somme revenait directement à la fabrique, car elle n'avait que 4 livres à payer au maçon charg'é de remettre en place le dallage de l'église au-dessus de la sépulture. (2)
Vers la même époque, l'orgue de Saint-Maclou , qui n'avait pas été réparé depuis 167 1 (3) se trouva complètement détérioré. Un organiste nommé Buterue, chargé de l'examiner au commencement de l'année 1 7 15, estima à 3ooo livres la somme nécessaire pour le remettre en bon état ',. La fabrique résolut alors de remplacer cet ancien instrument par un orgue neuf qu'elle commanda au sieur Tribur, facteur à Paris, pour le prix de 6000 livres, le 2 mars 1 7 1 5 (5). En même temps, on se mit à construire une nouvelle tribune et un nouveau buffet d'orgues. Ce travail, terminé le 9 octobre 17 16, fut exécuté par un maître menuisier de Paris nommé Michel Pellet (6) et les armatures de fer destinées à en assurer la solidité furent forgées par le sieur Bontemps, serrurier à Pontoise, pour la somme de 190 livres '7'. Pour installer les soumets destinés à faire fonctionner l'instrument, on établit dans la première travée du bas-côté méridional une tribune qui existe encore actuellement. Tous ces renseignements, que nous avons extraits des registres où les délibérations de la fabrique se trouvent consignées, sont intéressants à connaître, car ils permettent de fixer très exactement la date de la tribune et du buffet d'orgues qui se sont conservés dans l'église jusqu'à nos jours.
Les marguilliers de Saint-Maclou, pour faire face à des dépenses aussi importantes, vendirent moyennant le prix de 3oo livres l'ancien
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 102 v°.
(2) Ibid. fol. 17 v».
(3) Cf. pièce justificative n° XIX.
(4) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1 708-1 750) fol. 21 v°.
(5) Ibid. fol. 66 v».
(6) Ibid. fol. 33.
(7) Ibid. fol. 33 v°.
buffet d'orgues du xvie siècle au curé de Saint-Pierre de Pontoise '", le 12 octobre 1 7 1 6 (2) et firent enlever, au mois d'août 1720, la couverture en plomb de la nef de l'église pour la remplacer par des tuiles <3). Ce remaniement de la toiture mit à la disposition de la fabrique 2000 livres de plomb qui furent immédiatement vendues à raison de 10 sols la livre. Grâce à ces ressources, la fabrique, en remettant chaque année 1000 livres au sieur Tribur, parvint à solder dans un délai assez court la somme qui lui était due. Le 20 juillet 1721, le nouvel orgue, dont la construction avait duré six ans, fut essayé par l'abbé Curin, curé de Saint-Pierre de Pontoise, qui était un très habile organiste «•'. Cet artiste déclara que le jeu de l'instrument ne laissait rien à désirer et pour qu'il en fut de même à l'avenir, les marguilliers s'empressèrent de conclure avec le sieur Tribur un marché d'entretien moyennant la somme annuelle de 75 livres |51, mais comme celui-ci ne se montra pas fidèle à ses engagements, ils se virent obligés de résilier le contrat par une délibération datée du 9 juillet 1728. <°)
En même temps, dans le cours des années 1725 ("!, 1782 <8>, 1733 '9) et 1737 I10', d'importantes réparations étaient faites aux couvertures de la nef et du choeur, à la charpente des chapelles du déambulatoire et au beffroi du clocher qui se dressait au-dessus du transept. Ces travaux , exécutés par un couvreur nommé Champagne et par un charpentier qui s'appelait Jean de Saint-Martin ,n>, ne furent pas entrepris à forfait, contrairement à l'usage établi , et les ouvriers furent payés à la journée. Il convient de signaler pendant la même période deux grandes cérémonies
(1) L'église de Saint-Pierre de Pontoise, aujourd'hui détruite, se trouvait située sous les murs du château.
(2) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 33 v».
(3) Ibid. fol. 5i v».
(4) Ibid. fol. 66 v°.
(5) Ibid. fol. 66 v».
(6) Ibid. fol. 122.
(7) Ibid. fol. 96 v».
(8) Ibid. fol. 1 5g.
(9) Ibid. fol. 167 v°.
(10) Ibid. fol. 190.
(1 1) Ibid. fol. 96 v°.
qui furent célébrées dans l'église de Saint-Maclou. Le 10 octobre 1723, une messe funèbre fut chantée en grande pompe pour le repos de l'âme du prince de Turenne (I), fils aîné du duc de Bouillon et neveu du cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Martin de Pontoise (2). Trois ans plus tard, le 29 juillet 1726, Monseigneur Jean de Caulet, évêque de Grenoble, délégué par l'archevêque de Rouen pour bénir le nouveau cimetière de la paroisse, fut reçu solennellement dans l'église de Saint- Maclou par le clergé de la ville de Pontoise (3). Pour compléter ces renseignements historiques, il faut mentionner également le privilège que la fabrique accorda en 1727 aux arquebusiers de Pontoise en s'engageant à faire célébrer, après le décès de chacun d'eux, un service solennel à Saint-Maclou, moyennant la faible somme de vingt-cinq livres. <+>
L'année suivante, la fabrique entreprit de faire refondre trois anciennes cloches qui remontaient sans doute au xvie siècle, comme nous l'expliquerons dans le chapitre spécialement consacré aux cloches de l'église. Un fondeur de Paris nommé Cuvillier s'engagea par un marché conclu le 2 juillet 1728 <5) à refondre deux cloches et le 12 septembre de la même année, la fabrique se décida à lui confier la troisième pour lui faire subir une semblable opération. Au lieu de préparer les moules à Paris, le sieur Cuvillier préféra fondre les trois cloches sur place, suivant le système qui avait été pratiqué pendant tout le moyen âge. Le journal du prêtre Jean de Saint-Denis nous apprend en effet que, le 25 septembre 1728, on fondit « trois cloches de Saint-Maclou dans le cimetière fermé (6>, proche la chapelle de la Passion. » <?> La réussite de la fonte ne laissa rien à désirer, mais comme on fut obligé de réparer le beffroi du clocher, la bénédiction des cloches se trouva retardée jusqu'au
(1) Ce jeune prince était mort à Strasbourg, le icr octobre 1723, quelques jours après son mariage avec Marie-Charlotte Sobieski.
(2) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 88.
(3) Ibid. fol. io3.
(4) Ibid. fol. 112 à 1 15.
(5) Ibid. fol. 126.
(6) Ce cimetière était formé d'une très petite partie des grands cimetières supprimés en 1544. Cf. pièce justificative n° XI.
(7) Journal de Jean de Saint-Denis publié par M. L. de Backer. Cf. Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise et du Vexin. t. IV, p. 76.
— 4i — 22 décembre 1728 "'. Cette cérémonie fut présidée par l'abbé de Roye de la Rochefoucauld, abbé de Beaufort, vicaire général de Pontoise et du Vexin français. La première cloche, nommée Marie-Charlotte , eut pour parrain Emmanuel -Théodose de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, qui fit tenir sa place par Jacques de Monthiers, procureur du roi à Pontoise, et pour marraine Marie-Charlotte Sobieski, princesse de Pologne et de Bouillon, qui fut représentée par Madame Favée, femme du maire de Pontoise. La deuxième reçut le nom de Marguerite- Elisabeth et eut pour parrain l'abbé de Roye et Marguerite-Elisabeth de la Rochefoucauld, veuve de François de la Rochefoucauld, comte de Roye, qui se fit remplacer par Madame Madeleine Seigneur, femme du prévôt de la ville. La troisième, baptisée sous le nom de Jeanne- Angélique, eut pour parrain Marti n-Bonaventure Seigneur, prévôt de Pontoise, et pour marraine Madame Jeanne de Monthiers, femme du procureur royal, Jacques de Monthiers. l2>
Quelques années après cette cérémonie, la grosse cloche de l'église qui portait le nom de Maclou, se trouva fêlée. Comme elle ne pouvait plus rendre aucun service, la fabrique résolut de la faire refondre par un maître fondeur nommé Claude Renauld, qui demeurait à Paris, rue Saint- Victor, près de l'église Saint-Étienne-da-Mont. Le 19 juin iy35, les marguilliers de Saint-Maclou conclurent avec lui un marché par lequel il s'engageait à se charger de l'opération moyennant la somme de 1600 livres (3>. Claude Renauld consentit en outre à refondre, par la même occasion et sans augmentation de prix, l'une des petites cloches dont le son était trop faible. Le métal ajouté par le fondeur devait lui être payé à raison de 2 5 sous la livre et les frais de la pose devaient rester à sa charge. Il fut également convenu que la cloche porterait une inscription détaillée et qu'elle serait prête à être mise en place le i5 septembre 1735. Avant de la faire remonter dans le clocher, la fabrique chargea un charpentier de Pontoise, nommé Boucault, de consolider le beffroi. Le marché passé avec cet entrepreneur, le 18 septembre 1735, fixait à i5o livres la somme qu'il devait recevoir pour le prix de son travail. W
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 1 32.
(2) Cf. pièce justificative n° XXII.
(3) Cf. pièce justificative n° XXIII.
(4) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 177 v°.
La grosse cloche fut baptisée en grande pompe dans l'église, le dimanche 2 oetobre i ySS, par Jean-Baptiste Marie, curé de Saint-Maclou, assisté de son confrère, Pierre Lefébure (,). Elle reçut le nom de Louise- Adélaïde et eut pour parrain Louis -François de Bourbon, prince de Conti, gouverneur du Poitou, qui se fit représenter par son capitaine des gardes, Corneil de Ricard, seigneur de la Chevalleraye. Sa marraine fut la tante du prince de Conti qui se nommait Louise-Adélaïde de la Roche-sur-Yon, princesse de Bourbon-Conti et baronne de Vauréal. Cette cloche, qui mesure i'" 70 de diamètre et im 45 de hauteur, se trouve encore aujourd'hui dans le clocher.
L'année iy36 occupe une place importante dans l'histoire de l'église parce qu'elle vit s'effectuer la réunion des deux portions de la cure de Saint-Maclou. Cette singulière division, que le Pouillé de Rigaud mentionne dès le xnic siècle (2), remontait sans doute à la fondation de la paroisse. L'abbé Trou a essayé d'en expliquer l'origine en supposant que l'église de Saint-Maclou, détruite pendant l'un des sièges dont la ville de Pontoise eut à souffrir et rebâtie par « quelque prince anglo-normand, » fut dédiée deux fois **'. Cette double consécration aurait eu pour résultat l'établissement de deux titres dans la cure. Or, comme la nouvelle dédicace d'une église n'a jamais eu de semblables conséquences, l'hypothèse de l'abbé Trou, qui ne s'appuie d'ailleurs sur aucun texte, n'a pas la moindre valeur et ne mérite même pas d'être discutée. M. Joseph Depoin a donné une explication plus vraisemblable dé cette anomalie en faisant observer que le droit de nommer le curé de l'église avait pu appartenir anciennement à un seigneur et devenir l'objet d'un partage entre deux de ses héritiers '+>, mais puis jue les documents historiques qui pourraient éclaircir la question font complètement défaut, il est plus prudent de ne pas chercher à la résoudre à l'aide de conjectures. Du reste, le fait que nous venons de signaler n'est pas un exemple isolé et un certain nombre d'églises avaient
(1) Cf. pièce justificative n° XXIV.
(2j Recueil des historiens de la France, t. XXIII, p. 327.
(3) Recherclies historiques, archéologiques et biographiques sur la ville de Pontoise, p. 93.
(4) L'église Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, article inséré dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. III, p. 16.
deux curés au moyen âge. La paroisse d'Amblainville <", située à une faible distance de Pontoise, eut notamment deux titres de cure jusqu'au XVe siècle. Le 6 janvier 1407, Jean Chéron, abbé de Saint-Martin de Pontoise, se décida à les réunir pour mettre fin aux querelles des deux curés. '2|
La division de la cure de Saint-Maclou en deux portions ne présentait aucun avantage, car le service de la paroisse pouvait être assuré d'une manière tout aussi satisfaisante en remplaçant le second curé par un vicaire. Comme elle était devenue, dès le xvne siècle, la source de nombreuses contestations entre les deux titulaires, dont les droits respectifs n'avaient jamais été nettement définis, les marguilliers avaient déjà émis plusieurs vœux en faveur de la réunion des deux cures. Le 18 septembre iy35, ils se décidèrent à soumettre ce projet à l'assemblée des paroissiens. Les fidèles, après l'avoir approuvé d'un commun accord, autorisèrent la fabrique à faire les démarches nécessaires pour obtenir la suppression de l'un des deux titres'3'. En conséquence, les marguilliers adressèrent au cardinal de Saulx-Tavannes, archevêque de Rouen, une lettre en date du 22 avril 1736 pour exposer les motifs de leur demande. Ils s'engageaient à payer deux vicaires pour remplacer l'un des curés ; le premier vicaire devait toucher 3qo livres, à savoir 240 livres données par la fabrique et 100 livres prises sur le produit des dîmes. Le traitement proposé pour le second vicaire se montait à 23o livres; à savoir 180 fournies par la fabrique et 5o prélevées sur les dîmes. En outre, ces deux prêtres devaient « faire bourse commune pour le casuel. » W L'autorisation de l'archevêque ne se fit point attendre, car le décret qui réunit les deux portions de la cure de Saint-Maclou est daté du i5 mai 1736. (5> Cette décision fut confirmée par des lettres patentes de Louis XV données à Compiègne au mois d'août 1736. Enfin le 21 janvier 1738, un arrêt préparatoire du Parlement de Paris reconnut que la suppression du second titre de la cure était justifiée. (6)
(1) Dép. de l'Oise, air. de Beauvais, cant. de Méru.
(2) Bibliothèque de la ville de Pontoise. Histoire manuscrite de l'abbaye de Saint- Martin , p. 06.
(3) Archives de Seine-et-Oise, registre 09a (1708-1750), toi. 177 v°.
(4) Ibid., fol. i83.
(6) Ibid., fol. 191 v°.
Le 2 mars de la même année, les marguilliers convoquèrent dans l'église tous les anciens membres du conseil de fabrique afin de leur faire connaître l'heureuse issue des négociations qu'ils avaient entreprises. Ils demandèrent à l'assemblée de les autoriser à poursuivre l'enregistrement définitif des lettres patentes du roi et tous les assistants s'empressèrent d'y consentir en ajoutant que « rien n'était plus utile pour le bien général et particulier de !a paroisse. » '" Le décret d'union des deux portions de la cure en une seule ne devait produire tous ses effets qu'au moment du décès de l'un des deux curés en fonctions à cette époque. Le premier d'entre eux, nommé Pierre Lefébure, étant mort le 25 septembre 1743, son collègue Jean-Baptiste Marie réunit les deux titres de cure et la paroisse se trouva désormais dirigée par un seul pasteur.
Dès que cette affaire fut terminée, la fabrique résolut d'agrandir la sacristie aux dépens de la chapelle qui la précède (2). Elle prit une délibération à ce sujet le 16 juillet 1738 , mais comme ses ressources étaient très amoindries, elle se vit contrainte d'ajourner indéfiniment le projet qu'elle avait conçu ,3>. Trois ans plus tard, le 9 avril 1741, les marguilliers se décidèrent à faire exécuter de nouveaux fonts baptismaux W ainsi qu'une balustrade en fer pour les entourer. Ce dernier travail fut confié, pour le prix de 3oo livres, à un serrurier de Pontoise qui s'appelait Sulpice '-">. Un orfèvre de Paris, nommé Mal vaux, s'engagea à ciseler le couvercle en cuivre de la cuve moyennant la somme de 35o livres <6). La cérémonie de la bénédiction des nouveaux fonts eut lieu le 10 juin 1741 et l'ancienne cuve fut vendue quelque temps après pour la faible somme de 3o livres (7). Ces fonts baptismaux furent d'abord posés dans la nef, au milieu de la première travée méridionale. Le 4 septembre 1783, ils furent transportés dans la chapelle du Saint -Sacrement, mais comme cette chapelle était trop voisine de l'une des portes qui s'ouvrent sur le parvis, on se décida à les déplacer une seconde fois en 1785 pour les installer dans la chapelle
(1) Cf. pièce justificative n° XXV.
(2) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 194.
(3) Ibid., fol. 237 v».
(6) Ibid., fol. 226.
(7) Ibid., fol. 241 v°.
de Sainte-Barbe, près de la grande chapelle de la Passion. Ils occupent encore aujourd'hui le même emplacement.
Depuis la fin des grands travaux exécutés dans l'église au xvie siècle, la fabrique de Saint-Maclou s'était bornée à renouveler l'ameublement de l'édifice, mais elle n'avait pas modifié le caractère de sa décoration. Malheureusement, dès la première moitié du xvme siècle on commençait à ne plus comprendre la beauté de l'art de la Renaissance et l'église de Saint-Maclou ne devait pas tarder à subir les tristes conséquences de cechangement de goût. C'est ainsi que le g août 1739 les marguilliers prirent la funeste résolution de faire disparaître les anciennes verrières de l'église, comme nous l'apprend l'étrange délibération suivante :
« Attendu qu'il est important de répandre le plus de jour qu'il sera » possible dans l'église, laquelle n'est déjà que trop sombre par les » différents bâtiments qui l'environnent, l'assemblée a réglé que l'on » ôtera toutes les vitres peintes qui se trouvent dans l'étendue de la dite » église pour substituer des panneaux de verre blanc. » "'
En n'hésitant pas à commettre un pareil acte de vandalisme, la fabrique de Saint-Maclou ne faisait que suivre le triste exemple donné par les chapitres qui entreprirent, au xvin" siècle, la destruction méthodique des anciens vitraux des cathédrales. Vers la même époque, en 1 74 1 , le chapitre de Notre-Dame de Paris donnait l'ordre à Pierre Levieil de démonter toutes les verrières de la nef et du chœur de la cathédrale pour les remplacer par du verre blanc <2', et il serait facile de signaler d'autres décisions du même genre dans l'histoire des plus belles églises du moyen âge au xvme siècle. En vertu de ce funeste arrêté, un vitrier de Pontoise, nommé Boivin, fut chargé par la fabrique de Saint-Maclou d'enlever tous les anciens vitraux qui garnissaient les fenêtres hautes de l'église, mais quand il se mit en mesure d'entreprendre le même travail dans les chapelles de la nef, il fut obligé de reculer devant les protestations des confréries auxquelles elles appartenaient. La confrérie de la Vierge refusa pendant trois ans de laisser déposer les verrières qui faisaient le plus bel ornement de la grande chapelle du bas-côté méridional. Pour
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G g a (1708-1750), fol. 200.
(2) Description de Notre-Dame, cathédrale de Paris, par MM. de Guilhermy et Viollet-le-Duc, p. 119.
vaincre une semblable résistance, les marguilliers résolurent d'avoir recours à un procédé énergique. Le 7 janvier 1742, ils donnèrent l'ordre au sieur Boivin de démonter immédiatement les anciens vitraux de la chapelle de la Vierge et firent comparaître devant eux les demoiselles Jeufosse et Asseline, qui étaient chargées de s'occuper des intérêts de la confrérie I1'. Après leur avoir représenté, sans parvenir à les convaincre, que le règlement du 9 août 1739 était très « avantageux pour la chapelle dont on leur accordait la souffrance » (2', ils leur annoncèrent que la confrérie supporterait les frais de la pose des nouveaux vitrages. Les demoiselles de la Vierge, fort intimidées, demandèrent à en référer à leur confrérie et, le 21 janvier 1742, elles vinrent offrir à la fabrique 100 livres pour les travaux accomplis contre leur gré, en affirmant qu'elles ne pouvaient disposer d'une somme plus considérable ,:i>. Les marguilliers, satisfaits du résultat qu'ils avaient obtenu, ajoutèrent à cette offrande les fonds nécessaires pour solder le mémoire du vitrier. Mais s'ils avaient pu triompher aisément d'une confrérie de jeunes filles, en ne tenant aucun compte de ses réclamations, ils n'osèrent pas s'attaquer à des confréries plus puissantes telles que celle de la Passion. C'est grâce à cette circonstance que l'on peut admirer encore aujourd'hui dans la chapelle de la Passion et dans les chapelles voisines quelques belles verrières du xvie siècle. Si la fabrique de Saint-Maclou avait eu la libre disposition de ces chapelles, il n'est pas douteux qu'elle ne leur eût fait subir la déplorable transformation dont elle avait pris l'initiative.
Vers la même époque, la confrérie de la Passion entreprit de renouveler tout le mobilier de sa chapelle. Après avoir fait forger en 1738, par le sieur Lanonier, dit Poitevin, serrurier à Pontoise, une grille pour fermer l'entrée de la chapelle, moyennant la somme de 58o livres W, elle se décida à supprimer une grande descente de croix qui était placée audessus de l'autel. Ce calvaire avait été posé sans aucun doute au xvie siècle, car Noël Taillepied se plaît à décrire en 1587 la chapelle de la Passion
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1708-1750), fol. 21 3.
(2) Ibid. fol. 2 1 3, yo.
(3) Ibid. fol. 214, v°.
(4) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1736-1786), p. 92 et 94.
« où sont comprins deux mystères au premier desquels est la représentation de la descente de croix » (■'. Le 6 septembre 1739, elle se réunit dans la chapelle qui lui appartenait et l'un de ses membres exposa à la confrérie que la descente de croix menaçait ruine et qu'il était urgent de la faire enlever. Il prétendit que la restauration et la dorure des personnages dont elle se composait entraîneraient des dépenses considérables et s'efforça de prouver à l'assemblée que l'ancien calvaire de la chapelle n'était pas conforme aux règles de l'art et du goût |2). La confrérie « ayant reconnu, malgré le respect de la sainteté du sujet, qu'il se rencontre dans les attitudes des différents personnages beaucoup d'imperfection, même dans aucuns de l'indécence » <31, donna son entière approbation au projet de destruction qui lui était soumis. En faisant disparaître l'œuvre d'un artiste de la Renaissance, elle se contentait du reste d'imiter le triste exemple de vandalisme que la fabrique de Saint-Maclou venait de lui donner.
Pour se procurer les fonds nécessaires à l'installation d'un nouvel ameublement dans la chapelle de la Passion, la confrérie vendit la balustrade de l'ancien autel à un chaudronnier de Paris, nommé Thomas d'Auberminy, qui s'en rendit acquéreur au prix de i3g8 livres W. Elle mit également aux enchères les tapisseries suspendues aux murs de la chapelle et grâce au produit de ces deux ventes, elle remplaça la descente de croix du xvie siècle par une toile qui représentait le même sujet. Ce tableau fut payé 600 livres à un peintre de Paris nommé Jacques-François Martin, qui avait été chargé de l'exécuter <5'. Transporté à Pontoise le 17 mai 1759, il fut placé au milieu d'un grand retable en bois sculpté que la confrérie avait commandé aux sieurs Langrené et Leveau, menuisiers à Pontoise, le 3i juillet 1740, moyennant la somme de g5o livres (6). Ce retable mesurait 1 2 pieds de largeur et 26 pieds de hauteur, il était formé d'un fronton soutenu par deux colonnes et ses panneaux étaient
(1) Recueil des Antiquité^ et Singularité^ de la ville de Pontoise, fol. i5. Réimpression, p. 83.
(2) Cf. pièce justificative n° XXVII.
(3) Arch. de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1-36-1786), p. 99.
(4) Ibid. (1736- 1786), p. 99.
ornés des attributs de la Passion l". Enfin la décoration de la chapelle fut complétée par des boiseries en chêne appliquées le long des murs jusqu'à l'appui des fenêtres. <2>
Pendant la période qui correspond au milieu du xvmc siècle, la fabrique se contenta d'entretenir avec soin l'église de Saint-Maclou. C'est ainsi qu'en 1743 (3:, en 1747 <•+', en 1761 (5' et en 1770 (6', elle fit entreprendre des remaniements importants dans les combles de la nef et du chœur, sous la direction de deux architectes nommés Fontaine et Picton. En 1753 elle dépensa la somme de 3196 livres pour faire renouveler la toiture et la charpente des chapelles de l'abside par le couvreur Thomas Bellet (7>. Parmi les autres travaux exécutés à la même époque on peut signaler le dallage d'une partie du parvis en 1748 (S», la réparation de l'orgue faite en 1749 par le sieur Renaud, facteur à Paris (9>, et la pose des abat-sons qui déparent encore aujourd'hui les baies du clocher de la façade, au mois de juin 1761 "0l. En 1756, les marguilliers engagèrent contre les marchands ciriers de Pontoise un procès pour leur réclamer les douze cierges qu'ils avaient l'habitude de livrer chaque année à l'église (I". La fabrique finit par avoir gain de cause dans cette affaire, car ses droits étaient suffisamment établis par un acte daté du 20 avril 1G41 dont nous avons eu l'occasion de parler plus haut. (,2>
Quelque temps après, la confrérie de la Passion se décida à faire continuer les travaux d'ornementation de sa chapelle. Le 14 mai 1763,
(1) Archives de Seine -et -Oise, registre de la confrérie de la Passion (1 736-1786), p. 99.
(2) Cf. pièce justificative n° XXVII.
(3) Archives de Seine-et-Oise. registre G 9 a (170S-1750), fol. 226, v°.
(4) Ibid. fol. 256, v».
(5) Ibid. (1750-1776), fol. 40, v°.
(6) Ibid. fol. 75 v» et 81.
|8) Ibid. (1 708-1750), fol. 264. v».
(9) Ibid. fol. 265, v».
(10) Ibid. (1750-1776). fol. 40.
(1 1) Bibliothèque de la ville de Pontoise. Fonds Pihan delà Forest, registre manuscrit no 2855, fol. 42.
(12) Cf. pièce justificative n° XVI.
elle commanda à Charles Lautour, serrurier à Pontoise, une grille pour entourer le sépulcre qui s'y trouvait placé d. Cette grille fut exécutée poulie prix de 440 livres; elle était décorée des instruments de la Passion qui se détachaient en relief au milieu des rinceaux dont elle était formée l2). Elle fut posée au mois de novembre 1763 et un peintre de Pontoise nommé Jean Lecompte, la recouvrit de dorure pour la somme de 78 livres <;t». Le marché conclu avec l'entrepreneur de peinture fait mention d'un tronc pour l'entretien du sépulcre. Ce tronc, soutenu par des barres de fer, devait être « mis en beau bleu céleste » pour attirer l'attention des fidèles. Jean Lecompte fut également chargé de peindre les boiseries de chêne de la chapelle moyennant le prix de 32 sous la toise. Pendant le cours de la même année, la confrérie de la Passion résolut de faire carreler toute la chapelle avec des pierres de liais entourées d'une bordure de marbre noir. Le 19 mai 1763, elle conclut à cet effet un marché avec Jean-Baptiste-Antoine Lefranc, marbrier à Paris, qui consentit à fournir le dallage au prix de 3 2 livres la toise '*'. La dépense totale se monta à 33o livres, mais ce travail entraîna malheureusement la destruction d'un grand nombre de pierres tombales engagées dans le pavage de la chapelle. l5'
Au mois de février 1765, la chapelle de la Passion s'enrichit d'une véritable œuvre d'art dans les circonstances suivantes (6>. Un arrêt du Parlement, en date du 6 août 1762, ayant prononcé la dissolution de leur ordre, les Jésuites futent obligés d'abandonner la résidence qu'ils possédaient à Pontoise. Le mobilier de l'établissement fut mis aux enchères ainsi qu'un certain nombre de tableaux provenant de l'église. Parmi ces tableaux se trouvait une Descente de croix peinte par Jean Jouvenet en 1708, qui avait été donnée aux Jésuites de Pontoise par le cardinal de Bouillon l"1. La confrérie de la Passion s'empressa d'en faire
(i) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1736-17S6), p. 1 3 3.
(2) Ibid. p. i3(j.
(3) Ibid. p. i3g.
(4) Ibid. P. i34.
(5) Ibid. p. 1 35.
(6) Cf. pièce justificative n° XXVIII.
(7) Les Jésuites à Pontoise, par Henri Le Charpentier, article inse'ré dans les Mémoires de la Société Historique de Pontoise et du Vexin, t. Il, p. 1 19.
l'acquisition au prix de b-jo livres ">. Elle en avait du reste apprécié depuis longtemps toute la valeur, car en commandant, quelques années auparavant, une toile analogue pour orner le retable de sa chapelle, elle avait eu soin de stipuler que ce tableau serait « dans le goûst de celuy qui est au dessus du maître-autel de l'église des religieux Jésuittes de la ville » '2I. Pour payer le prix d'achat de la Descente de croix de Jouvenet '3), la confrérie mit en vente le tableau du peintre Jacques- François Martin, qui avait été placé au milieu du nouveau retable de la chapelle de la Passion, en 1759'+', mais comme cette toile était l'œuvre d'un artiste très médiocre, elle fut obligée de la céder pour une somme bien inférieure à celle qu'elle avait déboursée.
Si la confrérie de la Passion était forcée de vendre l'ancien mobilier de sa chapelle pour se procurer l'argent nécessaire à de nouvelles acquisitions, il n'en était pas de même de la fabrique, qui pouvait consacrer chaque année une somme assez importante à l'embellissement de l'église. Le 14 juin 1772, les marguilliers demandèrent à l'assemblée des paroissiens de les autoriser à faire paver le chœur en marbre, h commander un lutrin en fer et à faire placer une grille devant l'entrée du sanctuaire l5>. En conséquence, ils firent venir de Paris, le 3o juin 1772, un marbrier nommé Lefranc qui avait déjà posé, en 1763 (6), le carrelage de la chapelle de la Passion. Cet entrepreneur s'engagea à daller tout le chœur en pierre dure de Bagneux et en marbre noir pour le prix de 32 livres la toise, y compris la pose et le transport '7'. Il consentit, en outre, à livrer trois marches en pierre dure pour remplacer celles de l'autel qui étaient usées et deux autres marches destinées à élever le niveau du sanctuaire, moyennant la somme de 3oo livres I8'. La fabrique de Saint-Maclou
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1736-1786), p. 142.
(2) Cf. pièce justificative n° XXVII.
(3) Ce tableau se trouve actuellement dans la nef de l'église de Saint-Maclou. audessus du banc d'œuvre.
(4I Archives de Seine-et-Oise. registre de la confrérie de la Passion (1736-1786), p. 126.
(5) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1 750-17761, fol. q5, y».
(6) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1736-1786), p. 134.
17) Cf. pièce justificative n° XXIX.
(8) Ibid.
— 5i — conclut le même jour un marché avec le sieur Guyart, ciseleur, demeurant à Paris, pour faire exécuter un aigle en bronze destiné à servir de lutrin l". Ce lutrin devait être pourvu de deux pupitres pour les livres liturgiques. Il était convenu que sa base serait garnie d'ornements en cuivre repoussé et qu'elle reposerait sur un piédestal triangulaire en marbre préparé par l'entrepreneur du carrelage du chœur >'-'. Le nouveau lutrin devait être une véritable œuvre d'art, car le sieur Guyart ne reçut pas moins de mille livres pour l'avoir ciselé. '3)
La fabrique compléta la décoration du sanctuaire en commandant à Charles Lautour, serrurier à Pontoise, la grande grille qui se trouve entre les deux jubés et deux pupitres en fer à l'usage des chantres, moyennant le prix de 990 livres W. Klle avait dépensé, dans le cours de l'année 1772, une somme qui peut être évaluée à 3, 000 livres pour les travaux d'embellissement du chœur. Les marguilliers résolurent alors de procurer de nouvelles ressources à la fabrique, en augmentant le tarif des sépultures dans l'église. Un règlement du 24 juillet 1726 avait fixé à 3o livres la somme due pour l'ouverture de chaque fosse (5| ; le 3o août 1772, ce prix fut porté à 72 livres101 et il fut décidé que les bas-côtés seraient réservés aux inhumations, à l'exclusion de toute autre partie de l'église1'1. Quelque temps après, le 22 juin 1774, la fabrique fit célébrer un service funèbre pour le repos de l'âme de Louis XV, qui coûta la somme de 196 livres ,Sl. L'année suivante, au mois de juillet 1775, elle donna l'ordre de relever le dallage des collatéraux et du déambulatoire, qui présentait de nombreuses inégalités par suite du tassement des terres (9). Ce remaniement entraîna la mutilation et la destruction d'un grand nombre de pierres tombales dont les débris sont dispersés au milieu du carrelage.
(il Cf. pièce justificative n° XXX.
(2) Cf. pièce justificative n° XXIX.
(3) Cf. pièce justificative n» XXX.
(4) Archives de Seine-et-Oise, registre G ga (1750-1776), fol. 100. Ce serrurier avait déjà exécuté, en 1763, une grille pour entourer le sépulcre de la chapelle de la Passion.
(5) Ibid. (1708-1750), fol. 102, v».
(6) Ibid. (1750-1776), fol. 101, v°.
(7) En 1714, on ne payait que 12 1. pour avoir le droit d'être enseveli dans l'église.
(8) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a (1750-1776), fol. 1 12.
(9) Ibid. fol. t2i.
Dans le cours de Tannée 1775, on installa dans le dôme du clocher de la façade la grosse cloche du beffroi de la ville, fondue en 1 554, qm s'y trouve encore aujourd'hui "'. Un an plus tard, d'importants travaux furent entrepris à l'intérieur de la tour. En effet, le 19 février 1776, la fabrique conclut un marché de 3oo livres avec un charpentier de Paris, nommé Boucault, pour la pose d'un système de pédales destiné à mettre les cloches en branle '-'. Le 28 avril de la même année, Jean-Baptiste Lacroix, charpentier à Pontoise, fut chargé de faire un nouveau beffroi pour suspendre les quatre petites cloches au-dessus des grandes <3) et les ferrures destinées à le consolider furent forgées par un serrurier de Pontoise qui s'appelait Picton, moyennant la somme de i52 livres W. Mais ce travail fut sans doute exécuté d'une manière très défectueuse, car la fabrique fut obligée de faire réparer le beffroi, au mois de mars 1781, par l'entrepreneur Boucault, qu'elle avait déjà employé en 1776 <5'. Dans l'intervalle, elle résolut d'envoyer à la refonte deux cloches de l'église (6>. La première, nommée Marie, avait été fondue en i653 W; la seconde, qui portait le nom de Gabriel, était beaucoup plus ancienne puisque son baptême avait eu lieu en 1 5 14 ,S). Ce fut un fondeur de Paris, nommé Michel Desprez, qui vint offrir ses services pour mener à bonne fin cette opération. Le marché qu'il conclut avec la fabrique est daté du g février 1777 K'' et le 24 mai suivant les nouvelles cloches étaient prêtes à être posées. Leur poids fut soigneusement vérifié, et comme le fondeur avait dû ajouter une certaine quantité de métal pour leur donner un meilleur son, le prix de son travail fut estimé à la somme de 2,1 33 livres, qui lui fut payée en trois annuités "0,. Ces deux cloches, qui
(1) Bibliothèque de Pontoise, manuscrit de M. Pihan de la Forest, coté 2855, fol. 42, v°.
(2) Archives de Seine-et-Oise , registre G 9 a (1750-1776), fol. 122, v°.
(3) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-17861, fol. 4, v».
(4) Ibid. fol. 5.
(5) Ibid. fol. 3i, v».
(G) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1780), fol. 10, v°. 17) Bibliothèque de Pontoise, manuscrit de M. Pihan de la Forest, coté 2855, fol. 49.
(8) Ibid.
(9) Cf. pièce justificative 11» XXXII.
(10) Cf. pièce justificative n° XXXV.
n'existent plus aujourd'hui, reçurent les noms de Marie-Dominique et d'Antoinette. Leur baptême fut célébré en grande pompe le 26 mai 1777 ">. Elles devaient avoir pour parrains l'abbé de Lastie, archidiacre du Vexin, et le prince de Conti, mais comme ce dernier crut devoir décliner l'honneur qui lui était fait, il fut remplacé par l'abbé Le Vallois, curé de Saint-Maclou '-'.
Vers la même époque, la confrérie de la Passion se mit en devoir de réaliser un projet dont elle avait été obligée d'ajourner l'exécution, à cause de l'insuffisance de ses ressources. Il s'agissait de faire restaurer les figures du sépulcre de sa chapelle, qui s'étaient peu à peu détériorées. Dès le i3 mars 1774, les membres de la confrérie avaient reconnu la nécessité d'entreprendre ce travail '■". La statue qui avait éprouvé le plus regrettable dommage était celle de Joseph d'Arimathie, dont le bras était cassé et qui était fendue en plusieurs endroits. L'un des autres personnages placés autour du tombeau se trouvait dans le même état et ces diverses mutilations produisaient un effet très fâcheux '+'. La confrérie s'adressa tout d'abord, pour les faire disparaître, à un artiste nommé Hébert qui lui soumit un devis de 277 livres <5>, mais, sur la recommandation d'un de ses membres, elle résolut de confier cette œuvre à un sculpteur de Paris du nom de Suzanne !DI. Celui-ci se rendit à Pontoise au mois d'avril 1777 et consentit à se charger de la restauration du sépulcre moyennant la somme de 3oo livres ''' qui lui fut payée le 25 mai de la même année lSl. Pour compléter l'énumération des travaux entrepris à cette époque dans la chapelle de la Passion par la confrérie, il faut mentionner la commande de grillages faite en 17S0 à un serrurier de Pontoise nommé Barrois, en vue de protéger les vitraux, et la pose de rideaux
ni Cf. pièce justificative n° XXXVI.
(2) Ibid.
13) Cf. pièce justificative n° XXXI.
(4) Ibid.
(5) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion 11 736-1786), p. 162.
(6) Cf. pièce justificative n« XXXIII.
(7) Cf. pièce justificative n» XXXIV.
(8) Arch. de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1 -36- 1786), p. 169.
rouges destinés à protéger le tableau de Jouvenet contre les rayons du soleil. <"
En 1778, la fabrique fit remplacer par des ardoises les tuiles du toit de la nef1-'. Deux ans plus tard elle entreprit une série de négociations avec l'autorité diocésaine pour supprimer un petit cimetière situé au pied de la sacristie. Ce cimetière était bordé d'un côté par l'ancienne rue du Pis-de-Vache, qui s'appelle aujourd'hui rue de la Bretonnerie, de l'autre par la rue de la Pierre-aux-Poissons. Il occupait remplacement de la maison adossée au chevet de l'église et il était connu sous le nom de cimetière des Bouchers. On peut supposer avec raison qu'il avait été destiné anciennement à la sépulture des bouchers de la ville de Pontoise, mais il est certain que cet enclos ne servait plus depuis longtemps à un pareil usage au moment où il fut désaffecté. En effet, par un acte daté du 24 décembre 1780, les cinq marchands bouchers établis dans l'enceinte de la paroisse déclarèrent qu'aucun boucher n'y avait été enterré de leur vivant <-\ En outre, ils reconnurent que leur corporation ne possédait aucun titre de propriété sur le terrain et consentirent à ne jamais revendiquer leurs droits si l'on venait à découvrir l'acte qui leur en avait donné la jouissance. Après avoir obtenu de l'assemblée de la paroisse, le 3i décembre 17N0, la permission de mener cette affaire à bonne fin W, la fabrique de Saint-Maclou adressa une requête à l'abbé Charles d'Agoult, vicaire général de l'archevêque de Rouen, pour obtenir la suppression du cimetière des Bouchers. Celui-ci confia l'enquête aux soins du curé de Saint-Pierre de Pontoise, qui lui envoya, le 3i janvier 1781, un rapport favorable à la demande des marguilliers <51. En conséquence, une sentence du 12 février de la même année autorisa la profanation de ce petit cimetière |b|, qui devint le jardin du presbytère (7). La fabrique n'aurait pu du reste en faire aucun usage, par suite de la déclaration royale du
(1) Arch. de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1736-1786), p. 174.
(2) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. i5.
(3) Cf. pièce justificative n° XXXVII.
14) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. 27.
(5) Cf. pièce justificative 11° XXXVIII.
(6) Ibid.
(7) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1 775-1 786), fol. 3i , v°.
10 mars 1776, qui prononçait l'interdiction des cimetières placés dans l'intérieur des "villes.
L'année suivante, l'orgue de l'église, qui se trouvait dans un fâcheux état de délabrement, fut remis complètement à neuf. Cet instrument, construit par un facteur nommé Tribur, en 1 7 1 5 |n, n'avait pas été l'objet d'un entretien suffisant. Le 11 août 1782, la fabrique signa avec le sieur Cliquot, facteur d'orgues à Paris, un marché pour le faire restaurer '-', mais comme il fallut démonter tous les claviers et remanier tous les jeux, ce travail ne dura pas moins de deux ans. Les sieurs Balbàtre et Charpentier, organistes de Notre-Dame de Paris, vinrent l'essayer le i3 octobre 1784 et l'orgue ne fut définitivement accepté qu'après la visite de ces deux experts13'. La dépense totale, qui avait été estimée à 6,000 livres dans le devis dressé en 17S2 '-f, se trouva portée à 7,200 livres par suite de l'augmentation du nombre des jeux d'écho ? . C'était une somme importante dont la fabrique ne put effectuer le paiement qu'en cinq annuités. "'<
On peut dire que la réparation de l'orgue fut le dernier travail utile et intelligent exécuté à Saint-Maclou avant la Révolution, car la période qui s'étend entre les années 1783 et 1786 fut particulièrement funeste à l'édifice. La fabrique entreprit alors, au nom de l'art et du bon goût, une série de mutilations désastreuses pour le style de certaines parties du monument. Elle conclut tout d'abord, le 21 juillet 1783, avec un italien nommé Pierre Borrani, un marché par lequel celui-ci se chargeait de badigeonner l'intérieur de l'église moyennant la somme de <)oo livres '"' Si l'on songe que ce peintre s'était engagé, par les termes mêmes de son contrat, à blanchir » suivant les règles de l'art » toute l'église depuis le sol jusqu'aux voûtes, sans en excepter les chapelles, les piliers, les chapiteaux, les fenêtres, les boiseries du sanctuaire et même le grand
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre G 9 a, fol. 66, v.
(2) Cf. pièce justificative 11" XXXIX.
(3) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique 11775-1786), fol. 82, v".
(4) Cf. pièce justificative n° XXXIX.
(5, Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique 1 177S17S6), fol. 83.
(6) Cf. pièce justificative n» XXXIX.
(7) Cf. pièce justificative n° XL.
portail, on peut se figurer aisément quel effet déplorable dut produire l'uniformité 'd'une pareille couleur, puisque ses traces sont encore visibles aujourd'hui. La confrérie de la Passion, dont la chapelle ne fut pas épargnée par le badigeon, contribua à la dépense pour une somme de 40 livres ('>. Pierre Borrani recouvrit les murs de l'église d'une véritable peinture et non pas d'un simple badigeon à la chaux ou à la colle, car il était convenu que cet enduit ne devait pas pouvoir s'enlever par un simple frottement ,2). Sa conservation était garantie pour une durée de vingt ans : néanmoins, la fabrique jugea nécessaire de veiller à son entretien. Elle s'empressa de signer à ce sujet un nouveau marché avec Pierre Borrani, le i5 août 1784 |3). Celui-ci promit d'envoyer chaque année ses ouvriers dans l'église, au milieu du Carême, pour appliquer une couche de peinture sur les parties détériorées par l'humidité ou par toute autre cause. Il devait recevoir pour ce travail une subvention annuelle de 36 livres. (4) Le marché auquel nous venons de faire allusion nous apprend que Pierre Borrani avait été également chargé de badigeonner l'église de Saint-Eustache, à Paris. Il était membre de l'Académie de Saint-Luc (5) et demeurait à Paris, rue Saint- André- des- Arcs, à l'ancien collège d'Autun. C'était un grand entrepreneur de badigeonnage d'églises, profession singulière, mais qui devait être fort lucrative au xviii" siècle. En effet, les recherches que nous avons été amené à faire sur ce personnage nous ont appris qu'il avait blanchi tout l'intérieur de la cathédrale de Chartres, en 177-2 (d>, et qu'il avait conclu, le 6 juin 1777, un marché pour faire la même opération dans la cathédrale de Senlis <">. Enfin, c'est à lui qu'on doit le badigeon qui a longtemps déshonoré l'église abbatiale
(1) Archives de Seine-et-Oise, registre de la confrérie de la Passion (1 736-1786), p. 182.
(2) Cf. pièce justificative n° XL.
(3) Cf. pièce justificative n" XLIII.
(4) lbid.
(5) L'Acade'mie de Saint-Luc, fondée à Rome par le pape Sixte -Quint, en i5q3, se composait de deu\ classes, l'une était réservée aux artistes de talent, l'autre aux ouvriers dont la profession relève des beaux-arts.
(6) Description de la cathédrale de Chartres, par l'abbé Bulteau, p. 124.
(7) Archives de l'Oise, registre du chapitre de la cathédrale de Senlis, coté G, 2337, fol. 6.
de Saint-Denis ,". Le travail qu'il entreprit à Saint-Maclou e'tait donc pour lui une besogne bien ordinaire, puisqu'il avait comme clients les chapitres des plus belles cathédrales de la France.
La fabrique de Saint - Macloii ne devait pas malheureusement s'arrêter dans la voie où elle venait de s'engager. Son président, M. de Monthiers, ne cessait du reste de l'encourager à y persévérer et c'est à son instigation que furent prises la plupart des mesures qui devaient dénaturer le style de l'édifice. Le 10 août iy83, il exposa à l'assemblée des paroissiens que depuis le moment où l'on avait commencé à blanchir l'église « la difformité des piliers de la nef, leur peu de ressemblance entre eux et surtout leur mauvaise architecture devenaient beaucoup plus frappants et insupportables » l2). Il en conclut qu'il était urgent de faire disparaître des défauts qui choquaient tous les gens de goût. Les paroissiens donnèrent, comme toujours, leur approbation pleine et entière aux projets des marguilliers. Le sieur Denis Belargent, qui avait été nommé maître maçon de la fabrique, le 16 juillet iy83, en remplacement du sieur Fleurbé '3|, demanda 3oo livres pour entreprendre la mutilation des piliers de la nef'*'. Si l'on veut se rendre compte de la nature du travail malencontreux exécuté à cette époque, il faut savoir que les colonnes de la nef étaient couronnées par des chapiteaux analogues à ceux qui excitent à juste titre l'admiration des artistes dans le bas-côté nord. Ces chapiteaux, surmontés de tailloirs très saillants, se trouvaient au niveau de la retombée des doubleaux de chaque galerie latérale. Le témoignage de M. Pihan de la Forest ne peut pas laisser le moindre doute à cet égard |5) et fournit ainsi une indication précieuse pour la restauration des supports du vaisseau central de l'église. « Cela rendait, dit-il, la perspective de la nef maussade, désagréable à la vue et donnait à tout le corps de l'édifice un air de pesanteur et de
(i) Archives de l'église de Saint-Maclou, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. 54, vo.
(2) Cf. pièce justificative n» XLI.
(3) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique 11 775-1 786), fol. 54, v°.
(4) Cf. pièce justificative n° XLI.
(5) L'église Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, article inséré dans le t. III des Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise et du Vexin, P. 18.
barbarie » >". C'est ainsi que l'on appréciait alors les chefs-d'œuvre des sculpteurs de la Renaissance. Les ouvriers de l'entrepreneur Denis Belargent commencèrent par abattre les tailloirs des chapiteaux après avoir gratté tous les ornements de leur corbeille. Ils se mirent ensuite à retailler les assises inférieures de chaque colonne pour prolonger les pilastres jusqu'à la base des piliers et enlevèrent toutes les épitaphes appliquées sur les colonnes de la nef. Ce déplorable travail, terminé à la fin du mois d'août iy83, était le prélude de nouveaux actes de vandalisme que l'on ne saurait trop sévèrement condamner.
Dans le courant du même mois, M. de Monthiers, qui voulait donner « un air de majesté » à toute l'église, proposa de supprimer les bancs de la nef pour les remplacer par des chaises. Comme les paroissiens n'étaient guère partisans de cette mesure, les marguilliers les réunirent en assemblée générale, le 24 août iy83, et prétendirent qu'il y avait sous les bancs « de la terre molle à y enfoncer, des trous profonds donnant dans des fosses anciennes et exhalant des vapeurs fétides dont l'odeur était insupportable, enfin tout ce qui pouvait contribuer à empoisonner l'air de l'église » i2\ Ces affirmations, évidemment très exagérées, ne furent pas suffisantes pour convaincre l'assemblée, qui ajourna sa décision à une autre séance. Le conseil de fabrique était également très divisé sur cette question. Trois de ses membres, soutenus par l'abbé Chouquet, curé de la paroisse, étaient d'avis qu'il ne fallait rien changer à l'état de choses existant <3>, mai M. de Monthiers résolut de ne tenir aucun compte de leurs observations. Dans la nuit du 24 au 25 août iy83, il fit enlever par des ouvriers rassemblés à la hâte tous les bancs qui se trouvaient à l'intérieur de l'église et fit installer le banc d'œuvre à la place qu'il occupe encore aujourd'hui (4'. Non content d'un pareil exploit, il profita de la nuit du 29 au 3o août suivant pour faire détruire toutes les grilles de clôture des chapelles |5>. En outre, il fit rouvrir la porte de la chapelle du Saint-Sacrement, qui donnait sur le parvis de l'église et qui était obstruée
(i) Citation empruntée à l'article déjà cité.
(2j Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1 786), fol. 58.
(3) Ibid. fol. 59.
(4) Ibid. fol. 60, v».
(5) Ibid. fol. 60, v°.
par une énorme croix destinée à rappeler le souvenir d'une mission prèchée par les Jésuites à Saint-Maclou , vers 1744 '". Cette croix fut transportée derrière la chapelle du cimetière dit de Clamart <2). La vente de tous les débris des bancs et des grilles rapporta 44g livres à la fabrique (3). Les paroissiens furent quelque peu étonnés des moyens employés par M. de Monthiers pour assurer la réussite de ses projets, mais ils n'osèrent pas blâmer ouvertement sa conduite. D'ailleurs, ses procédés n'avaient pas le mérite de la nouveauté, car c'est également pendant la nuit que le chapitre de la cathédrale de Chartres avait fait disparaître, vingt ans auparavant W, l'admirable jubé de la cathédrale, en donnant l'ordre de le briser en morceaux. ,5)
La suppression des bancs n'était pas une mesure bien regrettable, mais elle eut malheureusement pour conséquence la destruction des pierres tombales de la nef, parce qu'elle donna l'idée de refaire le carrelage. La fabrique conclut un marché à ce sujet avec un marbrier de Paris nommé Louis-François Leprince, le 4 septembre 1783 <6). L'entrepreneur s'engagea à terminer le travail à la fin du mois d'octobre suivant et il n'était tenu de fournir que les carreaux de marbre noir. En effet, les carreaux blancs devaient être découpés dans les pierres de liais qui formaient le pavé de la nef. Comme le dallage est encore intact aujourd'hui, ce renseignement nous permet d'affirmer qu'en retournant les carreaux blancs de la nef on retrouverait de nombreux fragments des anciennes pierres tombales de l'église. Louis-François Leprince reçut deux mille livres pour la fourniture des carreaux de marbre noir et la façon des carreaux de liais lui fut payée à raison de vingt livres la toise carrée '?'. M. de Monthiers crut devoir faire graver sur un des carreaux que le
(1) L'église Saint-Maclou de Ponloise et le vandalisme légal, par M. J. Depoin, article inséré dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. III, p. 19.
(2) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1 775-1 786), fol. 60, v°.
(3) Ibid. fol. 61.
(4) Cet acte de vandalisme fut commis dans la nuit du 24 au 25 avril 1763.
(5) Description de la cathédrale de Chartres, par l'abbé Bulteau, p. 1 35.
(6) Cf. pièce justificative n° XLII.
(7) Ibid.
— oo — dallage de la nef avait été posé sous son administration ">. Un an après l'achèvement de ce travail, on déplaça les fonts baptismaux qui avaient été posés, le 10 juin 1741, entre le premier et le second pilier de la nef, du côté méridional. Ils furent transportés, le 4 septembre 1784, dans la chapelle du Saint-Sacrement, mais comme cette chapelle était devenue l'une des entrées de l'église, depuis que sa porte avait été rouverte, on les installa, en 1785, à l'endroit où ils se trouvent encore aujourd'hui. (2> Le mois suivant, la fabrique poursuivit l'exécution du plan qu'elle avait conçu pour transformer le style de l'église. C'est ainsi qu'elle fut amenée à demander à l'assemblée des paroissiens, le 10 octobre 1784, l'autorisation de supprimer le trumeau du grand portail de la façade (3>. M. de Monthiers fit valoir à ce sujet que le trumeau ne servait à rien, qu'il nuisait à la perspective de la nef et qu'il avait l'inconvénient de couper en deux les processions au moment où elles entraient dans l'église W. Cette dernière raison était suffisante pour convaincre l'auditoire, puisqu'elle avait également déterminé le chapitre de la cathédrale de Paris à faire détruire, en 1 77 1 , le trumeau qui divisait en deux parties le portail central de la façade de Notre-Dame <5>. En conséquence, M. de Monthiers donna l'ordre à l'entrepreneur Denis Belargent de démolir le trumeau de la porte principale. On fit disparaître en même temps le tympan auquel il servait de point d'appui et dont l'ornementation se composait d'une petite rosace gravée en creux <5). Pour combler le vide ainsi formé, M. de Monthiers fit agrandir les deux battants de la porte et le tympan devint un simple panneau de bois. En 1785, la fabrique se décida à faire appliquer des moulures sur la porte et à faire poser un chiffre de Saint-Maclou en cuivre doré W dans le panneau supérieur (8!.
(1) Ce carreau se trouve- placé au milieu de la seconde travée de la nef, du côté nord.
(2) L'église Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, par M. J. Depoin, article inséré dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. III, p. 20.
(3) Cf. pièce justificative n° XLIV.
(4) Ibid.
(5) Description de Notre-Dame, cathédrale de Paris, par MM. de Guilhermy et Viollet le Duc, p. 11.
(6) Cf. pièce justificative n° XLIV.
(7) Ce chiffre coûta 1 74 livres, comme le prouve une note transcrite dans le registre des délibérations de la fabrique (1786- 1793), fol. 9, v°.
(8) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. 97, v°.
Dans un de ses mémoires manuscrits, M. Pihan de la Forest, qui considérait comme « absolument inutile » la petite rosace du tympan, car on ne la voyait pas de l'intérieur, n'hésite pas à déclarer que l'élégance de la nouvelle porte permit de constater que l'ancienne « était désagréable et faisait un mauvais effet » (". C'est également pendant le cours de Tannée 1785 que l'on construisit les tambours des quatre portes latérales de l'église. (2)
Il nous reste encore à mentionner une autre résolution non moins déplorable prise par la fabrique. Dans la nuit du 19 novembre 1784, elle fit disparaître, « pour se conformer au vœu de tous les gens de goût », deux panneaux en bois sculpté représentant saint Eustache à genoux devant un cerf qui portait un crucifix entre ses bois |3>. Ces sculptures avaient été données à l'église, en i63o, par les marchands merciers de Pontoise '+'. Vers la même époque, la fabrique fit entreprendre d'importants travaux de terrassement sur le parvis. Cet emplacement était occupé en partie par un petit cimetière qui s'étendait autour de la chapelle de la Passion. C'était le dernier débris du vaste cimetière situé au nord de l'église et supprimé en 1644 (5). Nous ne savons pour quel motif on avait cru devoir conserver un enclos destiné à enterrer les morts en cet endroit, mais nous sommes certain qu'il se prolongeait tout le long du bas-côté nord de l'église. En effet, ce fut seulement le 12 avril 1733 que René du Guesclin, vicaire général de Rouen, rendit une sentence pour autoriser la profanation de la partie du cimetière adossée au croisillon septentrional et aux deux chapelles latérales dont il est flanqué ,6>. Il faut donc admettre que l'étroite bande de terrain qui sépare l'église de la rue des Balais ne fut occupée par aucune construction avant le second quart du xvnic siècle. Dès le 22 avril 1 78 1 , les paroissiens avaient émis le vœu
11) L'église Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, par M. J. Depoin, article inséré dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. III, p. 20.
(2) Ibid.
(3) Cf. pièce justificative n° XLV.
(4) Ibid.
(5) Cf. pièce justificative n° XI.
(6) Archives de l'église, pièce jointe à l'acte de vente d'une parcelle de terrain située au coin de la rue des Balais et de la rue de la Pierre-aux-Poissons.
de voir désaffecter le petit cimetière du parvis <'>, mais la fabrique ne jugea pas à propos de donner suite à cette affaire. Elle se décida seulement, en 1784, à présenter une requête à ce sujet au grand vicaire, qui fit droit à leur demande le 21 octobre de la même année |2). En conséquence, on commença à exhumer les corps au mois de février 1785, mais comme des gelées persistantes obligèrent les ouvriers à suspendre cette opération, qui ne put être reprise au moment du dégel, on se contenta de niveler le sol du parvis dont la plus grande partie fut rendue à la voie publique (3). M. de Monthiers fit paver avec des grandes dalles de liais le terrain qui s'étend au pied des trois portails et une grille à hauteur d'appui fut posée devant la façade de l'église (4). L'aspect du parvis n'a pas été modifié depuis cette époque. (5)
Le remaniement général du parvis entraîna la disparition de la chapelle du Saint-Sacrement. C'est grâce à M. Pihan de la Forest que nous en connaissons l'existence, car les registres de la fabrique ne nous ont transmis aucun détail sur ses dispositions. « Lorsque, dit-il, la chapelle de la confrairie du Saint -Sacrement eut été totalement détruite, les confrères se sont retirés vers les marguilliers et leur ont demandé de vouloir bien leur assigner une autre chapelle. On leur a concédé, par acte de délibération du 22 mai 1785 (l5), la chapelle de Sainte-Geneviève, à côté du chœur, du côté du jubé de l'Evangile » '7). H est très difficile de déterminer avec exactitude l'emplacement de la chapelle du Saint- Sacrement. Elle avait une entrée particulière sur le parvis is> et commu-
(1) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. 35.
(2) Ibid. fol. 83, v«.
(3) L'église de Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, par M. J. Depoin , article inséré dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Ve.vin, t. III, p. 21.
(4) Ibid.
(5) La confrérie de la Passion contribua à la dépense occasionnée par la suppression du cimetière qui entourait sa chapelle pour une somme de 72 livres. (Archives de Seineet-Oise, registre de la confrérie de la Passion, p. i83.)
(G) Cette délibération eut lieu le 17 mai et non pas le 22 mai, comme le prouve une note transcrite dans le registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. g5.
(7) L'église de Saint-Maclou de Pontoise et le vandalisme légal, par M. J. Depoin, article déjà cité, p. 21.
(8) Ibid. p. 19.
niquait avec l'église par une autre porte. Nous croyons qu'elle e'tait peut-être adossée à l'extrémité du bas-côté méridional, mais comme nous ne possédons aucun renseignement précis à ce sujet, notre opinion n'est qu'une simple hypothèse. Sa construction ne devait pas être antérieure au xvie siècle.
L'année iy85 ne devait pas s'écouler sans que la démolition du clocher central vînt modifier profondément l'aspect extérieur de l'édifice. Dès le 23 mai 1782, une contestation s'était élevée sur le point de savoir si les réparations du chœur incombaient au curé ou à la fabrique ,l!. D'après l'usage constamment suivi pendant tout le moyen âge, il n'était pas douteux que l'entretien du sanctuaire était à la charge du gros décimateur, c"est-à-dire du curé ,2), mais l'abbé Eustache Chouquet, nommé curé de Saint-Maclou depuis le 24 juin 1779 ,3', prétendait avec raison que les frais des réparations devaient être supportés par les héritiers de son prédécesseur, l'abbé Le Vallois, décédé le r5 juin de la même année <4', qui aurait dû faire exécuter divers travaux urgents dans le chœur, avant sa mort. Les deux parties ne parvenant pas à s'entendre, un procès s'engagea devant le lieutenant général du bailliage de Pontoise, Augustin Le Tavernier de la Mairie. Celui-ci, après avoir nommé comme experts, le 20 mai 1783, les sieurs Canot et Fontaine ,5), leur adjoignit, le i5 août 1784, le sieur Mouchette, pour les départager, parce qu'ils étaient d'un avis différent <6'. Les conclusions du rapport des trois experts furent favorables à l'abbé Chouquet et le lieutenant général rendit, le 28 janvier 1785, une sentence qui condamnait le sieur Le Vallois, seigneur de Bouillon, principal héritier de l'abbé Le Vallois, « à faire faire à ses frais, dans le délai d'un an, toutes les réparations du chœur de l'église Saint-Maclou '?'. Quelques jours auparavant, le 23 janvier, la fabrique
(1) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1 775-1 78G), fol. 90.
(2) On peut consulter à ce sujet un article de M. l'abbé Cochet, inséré dans le Bulletin monumental, t. VII, 1841, p. 283.
(3) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1 775-1 78b), fol. 10, v°.
(4) Ibid.
(5) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1775-1786), fol. 52, v°.
(6) Ibid. fol. 80.
(7) Ibid. fol. 90.
avait soumis à l'assemblée des paroissiens une question très importante au sujet de cette affaire (l). En effet, les experts avaient constaté dans leur rapport que le clocher central de l'église menaçait ruine et ils avaient évalué sa restauration à une somme double de celle que pouvait coûter sa suppression ,2'. Il n'était pas douteux que l'héritier de l'abbé Le Vallois n'eût beaucoup d'intérêt à adopter le second projet, mais il n'avait pas le droit de détruire la tour sans l'autorisation des paroissiens. M. de Monthiers n'eut pas de peine à obtenir leur consentement en leur faisant observer que ce clocher était absolument inutile, que son poids était un danger permanent pour l'église et que l'édifice gagnerait beaucoup à la disparition de « cette masse informe ». (3>
En conséquence, le sieur Belargent, entrepreneur de la fabrique, se mit à l'œuvre, le 5 avril iy85, pour démolir le clocher central ,+). Cette tour, qui s'élevait au-dessus du carré du transept, avait été reconstruite au xvie siècle pour remplacer le clocher primitif, bâti sur la croisée de l'église et renversé par l'ouragan du 3o octobre i3og, comme nous l'avons dit plus haut <5'. Ses murs avaient 3o pieds de hauteur audessus de la voûte du transept et sa flèche en charpente était haute de 25 pieds. Elle présentait un plan légèrement rectangulaire, puisqu'elle mesurait 20 pieds de longueur dans œuvre et 19 pieds de largeur (t>). L'épaisseur de ses murs était évaluée à trois pieds et demi environ, mais nous ne possédons aucun renseignement sur la forme de ses baies et sur ses autres dispositions. Dès que ce clocher eut été rasé, il fallut refaire complètement le comble du transept suivant la forme qu'il affecte encore actuellement. En outre, on posa sur la toiture, au milieu de la croisée de l'église, une grosse boule dorée surmontée d'une croix. Pour conserver le souvenir de la tour bâtie au même endroit, la fabrique fit déposer dans la boule une inscription destinée à rappeler l'époque où elle avait été supprimée '7>. On en trouvera le texte dans le chapitre spécial
(1) Cf. pièce justificative n° XLVI.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
14) Cf. pièce justificative n° XLVII.
(5) Voir ci-dessus, p. 16 et 21.
(6) Cf. pièce justificative n° XLVII.
(7) Cf. pièce justificative n° XLVI.
consacré aux inscriptions de l'église. M. l'abbé Trou a donc commis une grave erreur dans son ouvrage en disant que le clocher central avait été détruit vers 177.S (•>. Tous ces travaux furent exécutés par Denis Belargent aux frais du sieur Le Vallois, moyennant la somme de 685o livres. <2'
En 1787, les marguilliers conçurent le projet d'agrandir la sacristie. La chapelle qui la précède ayant été désaffectée par une sentence du vicaire général, datée du 5 octobre 1 7 3 1 ,3), il était facile de la réunir à la sacristie en reportant le mur de clôture au bord du déambulatoire. Ce remaniement ne devait entraîner qu'une dépense de 690 livres l*>, mais la fabrique fut obligée d'y renoncer à cause des faibles ressources dont elle disposait. A la fin de l'année 1786 ,5) ses dettes étaient évaluées à la somme de 12627 livres '6) et ses revenus suffisaient à peine à l'entretien de l'église. On voit que les actes de vandalisme dont la fabrique s'était rendue coupable, à l'instigation de M. de Monthiers, avaient eu pour résultat de rompre l'équilibre de son budget. Sa situation financière allait devenir encore plus embarrassée à la suite des dégâts causés par une grêle effroyable qui fit éprouver de sérieux dommages à l'édifice, le i3 juillet 1788 •7). Cette tempête fut aussi funeste à l'église que celle du 12 août 1875. La grande rosace fut complètement défoncée, les vitraux de plusieurs fenêtres furent brisés et la force du vent dispersa presque toutes les ardoises des toitures. Il est même fort probable que la violence de l'ouragan amena la chute de la partie supérieure du gable du grand portail, car ce n'est pas en vertu d'une décision prise par les marguilliers ou pendant la Révolution que l'on fit disparaître son couronnement. Pour
(1) Recherches historique!:, archéologiques et biographiques sur ta ville de Pontoise, p. 83.
(2) Cf. pièce justificative n° XLVII.
(3) Archives de Seine-et-Oise, L, 74.
(4) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 12, v°.
(5) Le 8 novembre de la même année, la fabrique conclut avec François-Henri Cliquot, facteur d'orgues à Paris, un marché pour l'entretien de l'orgue de l'église, moyennant le paiement annuel d'une somme de 80 livres. (Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 1 1.)
(6) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 20.
(7) Cf. pièce justificative n° XLVIII.
effacer les traces de ce désastre, la fabrique commença par adjuger, le 28 septembre suivant, les réparations des verrières à un vitrier de Pontoise nommé Charles-François Lecompte, moyennant la somme de 780 livres (I>. L'entrepreneur dut remplacer presque tous les panneaux des fenêtres qui . éclairaient les chapelles méridionales (2>, mais il n'y avait plus de ce côté aucune verrière ancienne depuis qu'elles avaient été déposées en 1739, comme nous l'avons déjà raconté. L'année suivante, au mois de mars 1789, la fabrique fut obligée de faire réparer les couvertures de l'église. L'entrepreneur Denis Belargent ne demanda pas moins de 7055 livres pour se charger du travail (3>. L'importance de cette somme permet d'apprécier toute l'étendue des dégâts causés par la. grêle du i3 juillet 1788. Tel était l'état dans lequel se trouvait l'église de Saint-Maclou, au moment où la Révolution allait éclater.
Après l'achèvement de ces travaux, la fabrique se décida à prendre une mesure très grave pour s'acquitter d'une partie de ses dettes qui s'élevaient à plus de 21,000 livres W. Le Ier novembre 1789, elle demanda aux paroissiens la permission d'envoyer à la fonte divers objets en argent du trésor de l'église qui n'étaient pas indispensables au service du culte. Comme cette autorisation lui fut accordée, elle s'empressa de faire dresser l'inventaire des objets destinés à être fondus. Le 27 novembre, elle adressa au directeur de la Monnaie de Paris une caisse renfermant quatre chandeliers, une lampe d'autel, trois bassins, des statuettes de saint Maclou, de saint Sébasti' n, de saint Roch, de saint Antoine et de la Sainte Vierge, un ciboire et une croix processionnelle ,5). Toutes ces pièces étaient en argent et leur poids total fut évalué à 101 marcs (6>, ce qui représentait une somme de 4000 livres environ. Pendant l'année 1790, l'exercice du culte n'eut à subir aucune interruption, mais l'année 1791 ne devait pas s'écouler sans que la fabrique eût le droit de s'inquiéter de la marche des événements. Le 17 avril, deux prêtres de l'église refusèrent de prêter
(1) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 35, V.
(2) Cf. pièce justificative n° XLVIII.
|3) Cf. pièce justificative n° XLVIX.
(4) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 47.
(5) Cf. pièce justificative n» L.
(6j Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 5o.
serment à la constitution civile du cierge. Ils furent remplaces par l'abbé Parent, vicaire de l'église Saint-Pierre de Pontoise, et par l'abbé Tingot, curé de Frépillon ">. Au mois de juillet de l'année suivante, la fabrique crut devoir faire un acte de patriotisme en donnant 4000 livres pour acheter des fusils aux citoyens pauvres de la ville <2'. A partir de ce moment, sa situation devint plus critique. Une loi votée par l'Assemblée législative, le 19 août 1792, avait ordonné la vente de tous les immeubles des fabriques. En conséquence, les biens de la fabrique de Saint-Maclou furent vendus et le maire donna l'ordre au receveur de lui présenter ses comptes (3). Le 6 janvier 1793, le conseil municipal chargea les citoyens Gruel et Lecomte de veiller à la sûreté et à la propreté de l'édifice <<>. Ces deux commissaires s'acquittèrent convenablement de leur mission, car ils firent même installer à Saint-Maclou un tabernacle provenant de l'église des Carmélites de Pontoise. (5)
Le culte continua à être célébré dans l'église jusqu'au 3o avril 1793, jour où les scellés furent apposés sur toutes les portes du monument '6>. Au mois d'août suivant, le conseil municipal donna l'ordre à un architecte nommé Canot de gratter toutes les armoiries et toutes les épitaphes qui se trouvaient dans les églises de Pontoise <?>. Il est difficile de déterminer ce qu'on fit disparaître à Saint-Maclou en vertu de cet arrêté, mais nous sommes persuadé que le monument n'eut pas beaucoup à en souffrir. En effet, nous avons prouvé que les mutilations faites à l'intérieur de la nef avaient été exécutées par ordre de la fabrique dix ans auparavant <8). Comme les armoiries peintes sur les murs étaient recouvertes par le badigeon appliqué en 1783 et comme la plupart des pierres tombales avaient été détruites dans le cours de la même année W, l'édifice
(1) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1786-1793), fol. 56.
(2) Ibid. fol. 60.
(3) Ibid. fol. Ci et 66.
(4) Ibid. fol. 6t.
(5) Ibid.
(6) Calendrier historique de Pontoise, par M. Henri Le Charpentier, p. 34.
(7) Ibid. p. 71.
(8) Cf. pièce justificative n° XLI.
(9) Cf. pièces justificatives nos XL et XLII.
n'offrait plus guère aucun souvenir qui pût choquer la vue des membres du conseil de la commune. A notre avis, les deux seuls dommages que l'église éprouva pendant la période révolutionnaire furent la fonte de plusieurs cloches et l'enlèvement des statues du portail principal. En 1789, le clocher de la façade renfermait sept cloches, à savoir les trois cloches fondues en 1728 (,), la grosse cloche fondue en 1735 M, la cloche du beffroi installée dans le dôme de la tour en 1775 l3> et les deux cloches fondues en 1777 <+'. Comme les cloches actuelles sont au nombre de trois et comme nous avons lieu de croire que la plus petite d'entre elles ne s'y trouvait pas au moment de la Révolution, il est permis de supposer que l'église perdit alors cinq cloches. C'est également à la même époque qu'il faut faire remonter la disparition des statues du portail central et la mutilation des sculptures de la porte méridionale de la façade. Quant au gable du grand portail, rien ne prouve que sa destruction soit contemporaine de cette époque. On peut faire la même remarque au sujet du porche qui devait précéder autrefois la petite porte du croisillon sud.
Les marguillicrs n'avaient pas cessé de se réunir régulièrement depuis que l'exercice du culte avait été interdit dans l'église, mais le Ier octobre 1793, après avoir fait les démarches nécessaires au bureau des hypothèques pour défendre les droits et les intérêts de la fabrique, ils n'osèrent plus se rassembler et les procès-verbaux de leurs délibérations s'arrêtent brusquement à cette date sur le registre où ils avaient l'habitude de les inscrire '5|. Dès le mois de mai 1793, l'église de Saint-Maclou fut utilisée pour les réunions, les banquets et les bals. Le 28 novembre de la même année, elle fut transformée en halle aux grains'61; puis elle devint le Temple de la Raison. Le i5 décembre suivant, i5o prisonniers ennemis arrivèrent à Pontoise et furent logés à Saint-Maclou sous la garde de 24 citoyens '"'. Le 8 juin 1794, un grand bal fut donné dans l'église à
(1) Cf. pièce justificative n° XXII.
(2) Cf. pièce justificative n° XXIII.
(3| Bibliothèque de la ville de Pontoise, manuscrit de M. Pihân de la Forest cote 2855, fol. 42, v».
(4) Cf. pièce justificative n» XXXII.
(5) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique ( 1 786- j 7g3), fol. 67.
(6) Calendrier historique de Pontoise, par M. Henri Le Charpentier, p. 1 [6.
(7) Ibid. p. 123.
l'occasion de la fête de l'Être suprême <". C'est sans doute vers la même époque que le conseil municipal fit peindre dans le panneau supérieur de la porte centrale de la façade l'inscription destinée à proclamer la croyance du peuple français à l'immortalité de l'âme qui fut appliquée sur tous les édifices religieux, en vertu d'un célèbre décret de la Convention. Au mois de septembre suivant, le citoyen Ternuel engagea le conseil a convertir l'église de Saint - Maclou en théâtre, mais il ne fut donné aucune suite à sa proposition. (2)
Lorsque la Terreur eut cessé d'ensanglanter la France, un prêtre nommé l'abbé Coqueret demanda l'autorisation de célébrer le service divin à Saint-Maclou (3) : sa tentative eut un médiocre succès. L'exercice du culte ne put être rétabli régulièrement dans l'église qu'en 1802, après l'élévation de Mer Louis Charrier de la Roche au siège épiscopal de Versailles <*), L'abbé Chouquet, curé de Saint-Maclou depuis le 24 juin 1779, avait survécu aux terribles épreuves de la période révolutionnaire. Il reprit aussitôt ses anciennes fonctions et s'empressa d'effacer la trace des profanations dont l'édifice avait été l'objet pendant la. Terreur. Le conseil de fabrique, reconstitué le 4 juillet i8o5 (5), fit tout d'abord exécuter quelques réparations indispensables à l'orgue ,6). En 1808, il jugea nécessaire d'acheter chez un marchand de cuivre de Paris une petite cloche pour sonner les messes basses, moyennant la somme de 1220 francs (7>. Nous croyons que cette cloche, nommée Eloy et datée de 1543, est celle qui sert encore aujourd'hui au même usage. Elle ne faisait donc pas partie de la sonnerie de l'église avant la Révolution. On profita de l'installation de la petite cloche dans le clocher pour consolider le beffroi (8), mais ce travail n'empêcha pas la chute de l'une des grosses cloches qui eut lieu le 6 décembre 1808 '^. Il fallut la faire remonter par
(1) Calendrier historique de Pontoise, par M. Henri Le Charpenlier, p. 45.
I4I Cette nomination fut faite le 9 avril 1802.
(5) Arch. de l'e'glise, registre des délibérations de la fabrique (i8o5-i83o), fol. 1.
(6) Ibid. fol. 19.
(7) Ibid. fol. 29.
(8) Ibid. fol. 3o.
(9) Ibid. fol. 32.
— 7° — un charpentier et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à la remettre en place. Pour terminer ce qui concerne le clocher, il convient de rappeler que la croix dont il est surmonté fut pose'e le 16 octobre 1826 (l). Elle fut bénie par l'abbé Chouquet, curé de l'église, et hissée à l'aide d'un mouffle au sommet du petit dôme qui couronne la tour, au milieu d'une nombreuse assistance.
De 1808 à 1837, l'histoire de l'église ne renferme aucun fait bien intéressant à signaler. En 1809, en 1816, en 1821, en 1826 et en i83o(2), on réunit à neuf la plus grande partie des toitures, en 180g, en 1820, en 1824 |3), en 1827 <+>, en 1834 et en 1837 (5), on fit des réparations aux vitraux; en 1821, le sépulcre de la chapelle de la Passion fut l'objet de quelques restaurations ; en i83o, le grand orgue fut remanié par le facteur Dallery (6> ; enfin, en i83o '"> et en i835 <8', on restaura la chapelle rayonnante qui se trouve dans l'axe du choeur. Ses fenêtres furent garnies de nouveaux vitraux; le carrelage et l'autel furent remplacés. On crut devoir embellir en même temps les deux chapelles voisines qui furent ornées de peintures et fermées par des clôtures en bois <9>. Le dimanche 29 août 1837, la foudre tomba sur le chœur pendant les vêpres sans causer aucun dégât (,°'. Il est heureux que les travaux de maçonnerie entrepris dans l'église pendant cette période n'aient pas été plus importants, car les architectes étaient encore incapables de restaurer convenablement les édifices religieux. L'ignorance de la valeur artistique des œuvres du moyen âge était encore si grande, que les marguilliers de Saint-Maclou ne craignirent pas de discuter sérieusement, le 28 novembre i83i, la proposition d'un brocanteur qui offrait d'acheter, moyennant la somme
ii) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (i8o5-i83o), fol. 1 j3.
(2) Ibid. fol. 34 v°, 58 v», 95, i58 v» et 228 v°.
(3) Cette date était inscrite sur l'ancien vitrail de la fenêtre centrale du chœur.
(4) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (i8o5-i83o), fol. 33, 92 v°, 98 et 181.
(5) Ibid. (1831-1867), fol. 19 v° et 5i v°,
(6) Ibid. (i8o5-i83o), fol. 235.
(7) Ibid. fol. 238 v».
(8) Ibid. (1831-1867), fol. 48 v» et 5o v».
(9) Ibid. fol. 55 v» et 5G v».
1 10) Ibid. fol. 62 v°.
dérisoire de 3oo francs, les anciens vitraux des chapelles du bas-côte' nord de l'église <■>. Ils ne donnèrent heureusement aucune suite à cette affaire, mais ils furent moins bien inspirés quand ils firent appliquer en 1834 une nouvelle couche de badigeon sur les murs de la chapelle de la Passion. (2) • .
En 1 S 3 7 , l'église de Saint-Maclou avait besoin d'urgentes réparations. La Commission des monuments historiques, qui venait d'être instituée la même année par un arrêté de M. de Montalivet, ministre de l'intérieur, n'avait pas encore eu le temps d'examiner les nombreuses demandes de classement qui lui étaient soumises. La fabrique s'adressa au gouverne^ ment pour obtenir un secours et la Commission des bâtiments civils se montra favorable à cette requête ,3). En conséquence, le ministère de l'intérieur accorda à l'église une somme de mille francs <+'. Le Conseil municipal de Pontoise vota une subvention de deux mille francs et la fabrique préleva sur ses ressources trois mille francs pour permettre d'entreprendre au grand portail, au clocher et à la sacristie divers travaux dont la nécessité se faisait vivement sentir ,5). M. Rousseau, architecte, dirigea les ouvriers chargés d'exécuter ces réparations. En 1839, le banc d'œuvre dut être restauré <6) et en 1843, le grand orgue fut remis entièrement à neuf par le facteur Collinet, moyennant la somme de 10,000 fr. , produit d'un emprunt contracté par la fabrique W. Dans l'intervalle, l'église reçut la visite du roi Louis-Philippe, le 29 août 1841 |ISI. En 1844, le parvis fut entouré d'une grille en fer (9> et son dallage fut remanié en i85o, à la suite d'un tassement des terres ,lo!. Au mois de février i85i, les marguilliers dépensèrent 3746 francs pour faire redorer le maître-
(1) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1831-1867), fol. 12.
(2) Ibid. fol. 19 v».
(3) Ibid. fol. 63.
(4) Ibid. fol. 71.
(5) Ibid. fol. 66 v-o et 72.
(6) Ibid. fol. 76 v°.
(7) Ibid. fol. 85 v° et 86 y.
(8) Ibid. fol. 82 v°.
(9) Ibid. fol. 91.
(io) Ibid. fol. 109.
— T- — autel par le peintre Bcssat (I). Vers la même époque, ils appelèrent de nouveau l'attention du gouvernement sur la restauration de l'église. Le 17 août 1848, ils avaient adressé à ce sujet une pétition au ministre des cultes auquel ils firent parvenir, en i85o, un devis complet des travaux les plus urgents12'. Grâce à leurs démarches, l'église de Saint-Maclou fut classée parmi les monuments historiques de la France en i852. Comme la fabrique pouvait disposer à cette époque d'une somme d'argent assez importante, elle conçut le projet de faire restaurer par Viollet-le- Duc la chapelle de la Passion ,3). Celui-ci se rendit à Pontoise, le i3 janvier i855, mais il déclina la proposition qui lui était faite, à cause de ses nombreuses occupations1^. Au mois d'avril de la même année, le célèbre tableau de Jouvenet, qui surmontait le maître-autel, fut transporté à l'endroit où il se trouve aujourd'hui, au-dessus du banc d'oeuvre (5>. Peu de temps après, la fabrique voulut faire mettre en branle la grosse cloche du beffroi, fixée dans le petit dôme du clocher. Ce projet fut abandonné, parce que le conseil municipal refusa de l'approuver. <6'
On s'occupa ensuite de la restauration de la chapelle de la Passion. M. Blondel, architecte diocésain, fut chargé d'en dresser le devis en 1859'"', mais les travaux ne commencèrent qu'au mois d'avril 1860. Ils furent terminés au mois de mai 1861 et coûtèrent la somme de 55, 000 fr. <8) L'architecte fit disparaître le badigeon qui déshonorait les murs et rendit à cette élégante chapelle son aspect primitif. Une somme de 5qoo francs fut consacrée à sa décoration. On installa le long du mur occidental de la chapelle un petit autel dépourvu de style, en 1862 '9', et les deux fenêtres placées du même côté furent garnies, en 1864, de vitraux modernes qui forment un singulier contraste avec les deux
(1} Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1831-1867), f°'- l2a et t23 v°.
(2) Ibid. fol. 102 et 111.
{3) Ibid. fol. i5g v».
<4) Ibid. fol. 168 v».
(5) Ibid. fol. 171.
{6) Ibid. fol. i85 et iS7 v».
(7) Ibid. fol. 199.
(8| Ibid. fol. 200 V, 202 v et 214 \ ".
(9) Ibid. fol. 206.
— 7^ — verrières voisines, peintes par les artistes de la Renaissance "'..En [866, une tranchée fut creusée dans la nef de l'église pour retrouver les ossements de lord Carington, assassiné à Pontoise par un de ses valets et enterré à Saint-Maclou le 6 mars i665 ,2'. Elles amenèrent la découverte d'un cercueil en pierres taillées, muni à sa partie supérieure d'un emboîtement destiné à recevoir la tête du défunt. Cette tombe, qui remontait évidemment au moyen âge, occupait à peu près l'emplacement indiqué par l'un des registres d'inhumation de l'église. Elle fut considérée, sans aucune espèce de preuve, comme celle de lord Carington et les ossements recueillis furent emportés en Angleterre par les soins de l'un de ses descendants. Un denier de Philippe-Auguste fut trouvé dans les terres provenant des fouilles faites à cette occasion.
Quelque temps avant la funeste guerre de 1870, la fabrique avait fait commencer la restauration de la chapelle de la Vierge. Déjà, en 1868, on avait gratté le badigeon des autres chapelles du bas-côté sud et le chevet du croisillon méridional avait été l'objet d'une reconstruction presque complète. Interrompus par les événements de 1870, les travaux de la chapelle de la Vierge furent repris au mois de mai 1871, sous la direction de M. Blondel, et coûtèrent plus de 6000 francs !3). Les murs et les voûtes furent ravalés avec soin ; un nouvel autel surmonté d'un dais dont le style est loin d'être satisfaisant, remplaça celui qui s'y trouvait placé M et une grille fut posée au mois d'octobre 1872 pour en fermer l'entrée (5). Pour compléter cette décoration, deux verrières modernes furent encastrées dans les meneaux des fenêtres du xvie siècle. La restauration de la chapelle venait à peine d'être terminée quand sa toiture fut enlevée par un orage en 1873 (61, mais ces dégâts n'étaient pas comparables à ceux que l'église devait éprouver deux ans plus tard. Le 12 août 1875, une tempête d'une violence extraordinaire se déchaîna
(1) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1831-1867), fol. 2 1 i v°.
(2) Mélanges historiques sur Pontoise, par M. Henri Le Charpentier, p. 5i.
(3) Archives de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1867-1887), p. i5 et 19.
(4) Ibid. p. 16.
(5) Ibid. p. 20.
(6) Ibid. p. 29.
sur Pontoise ul. La rosace de la façade de Saint-Maclou fut défoncée; ses vitraux, brisés par la grêle, laissèrent la pluie pénétrer librement à l'intérieur de l'édifice. Le grand orgue fut inondé et se trouva mis hors de service en quelques instants. Les couvertures eurent également beaucoup à souffrir de cet ouragan qui causa de véritables désastres dans les environs de la ville. On fut obligé de boucher la rosace avec du plâtre, car son remplage menaçait de s'effondrer. Il fallut s'occuper ensuite de la réparation de l'orgue. M. Cavaillé-Coll demanda 3o,ooo francs pour entreprendre ce travail '->, qui ne fut terminé que le 20 septembre 1877 <-\ La dépense put être couverte au moyen d'une somme de 10,000 francs donnée par le Conseil général de Seine-et-Oise et d'une somme de 20,000 francs fournie par la fabrique et les fidèles. L'inauguration solennelle du nouvel instrument eut lieu le 25 octobre de la même année. W Dès que l'orgue eut été remis à neuf, il parut urgent de rétablir la rosace de la façade, mais comme ce travail devait être très coûteux, on ne put réunir immédiatement la somme nécessaire pour l'entreprendre. En 1882, M. Simil, architecte de la Commission des monuments historiques, fut invité à dresser le devis de la restauration générale de l'église. Ce devis, qui s'élevait à la somme de 1 5(5, 000 francs*51, était divisé en trois chapitres : le premier comprenait la réparation de la grande rosace, des verrières, des arcs-boutants, des couvertures et du portail qui s'ouvre dans le croisillon nord du transept ; le second énumérait les dépenses nécessaires à la restauration de l'abside du grand portail et du soubassement de la façade; le troisième avait pour objet la restauration du portail du croisillon sud, l'enlèvement du badigeon et le nettoyage général de l'église. Grâce au concours de l'État, de la fabrique et de quelques généreux donateurs, on put enfin se mettre à l'œuvre et les travaux compris dans le premier chapitre du devis furent commencés le 23 juillet 1 883 <6>. La grande rosace fut rouverte, mais ses anciens meneaux se
(1) Archives de l'e'glise, registre des délibérations de la fabrique (1867-1887), p. 2'> et 3o.
(2) Ibid p. 32.
(3) Ibid. p. 39.
(4) Ibid. p. 40.
(5) Ibid. p. 97.
(6) Ibid. p. io3.
trouvaient dans un tel état de dégradation qu'il fallut refaire entièrement le remplage. On s'occupa ensuite de rétablir le gable du grand portail dans son état primitif : une balustrade en pierre fut posée à la base de la rosace et la tourelle de l'escalier de la façade fut consolidée. En 1884, les ouvriers se mirent à réparer les arcs-boutants du côté méridional de la nef, après avoir complètement remanié le comble de la chapelle de la Vierge. Deux chapelles du bas-côté nord furent également débarrassées de leur badigeon et l'on confia à M. Didron, vers la même époque, la restauration des deux verrières de la chapelle de la Passion. Une somme de 40,000 francs a été dépensée pour exécuter ces divers travaux.
Vers la fin de l'année 1884, il fut question de commencer la restauration extérieure de l'abside, qui dut être ajournée par suite de l'insuffisance des ressources dont on pouvait disposer. La fabrique s'étant décidée à faire un emprunt de 12,000 francs, le Ministère des Cultes accorda un secours de 6,200 francs et la Commission des monuments historiques vota une subvention de 8,000 francs I". Les travaux, commencés au mois de juin 1886, se continuèrent pendant tout l'été. On refit successivement les toitures des chapelles rayonnantes, les corniches et le soubassement des contreforts. Les grandes baies du chevet furent restaurées et garnies de cinq nouvelles verrières. Enfin, on retailla la base des deux gros piliers placés à l'entrée du chœur. Comme le devis s'est trouvé réduit à cause de l'abandon du projet dressé par M. Simil pour rétablir le triforiurn du sanctuaire, la dépense totale nécessitée par la réparation de l'abside peut être évaluée à 47,000 francs i21, en y comprenant le prix des vitraux qui ornent les fenêtres du chœur. |3)
Malgré l'importance de tous ces travaux, il reste encore beaucoup à faire pour rendre à l'édifice son ancien caractère. La partie inférieure de la façade et le petit portail du croisillon nord se trouvent dans un fâcheux état de dégradation. Il serait à souhaiter que le déambulatoire reprît son aspect primitif et que la nef fût débarrassée du badigeon qui la déshonore.
(1) Arch. de l'église, registre des délibérations de la fabrique (1868-1SS7), P- 'Go et
(2) Ibid. p. 1 74.
(3) Nous nous faisons un devoir de remercier M. Lechalard, président du Conseil de fabrique de Saint-Maclou , qui nous a permis de consulter toutes les pièces relatives à la restauration de l'église dans lts archives de la fabrique.
- 7b - Mais l'une des mesures les plus utiles à prendre pour assurer la conservation du monument, c'est le dégagement de ses abords. En effet, la fabrique ayant vendu, au xvic et au xvmc siècle, le terrain des anciens cimetières qui entouraient l'église, les maisons bâties aujourd'hui sur leur emplacement sont si rapprochées du bas-côté nord et de l'abside qu'elles compromettent la sécurité de l'édifice. Un incendie qui a éclaté le 8 janvier 1887, dans une habitation construite à l'angle du transept <'', a failli se communiquer à l'église et ses dégâts ont été évalués à plus de t),ooo francs M. On s'occupe actuellement d'en faire disparaître les traces en remplaçant les meneaux des deux fenêtres endommagées par le feu. Les verrières qui les ornaient viennent d'être restaurées par les soins de M. Oudinot. La fabrique a profité de la présence des ouvriers pour faire démolir la maison adossée à la chapelle de la Passion, et le dégagement de cette partie de l'église produit un très heureux effet. Il faut espérer que la restauration de Saint-Maclou pourra se continuer avec la même activité pendant quelques années. Confiée aux soins d'un architecte aussi consciencieux qu'habile, elle lui fera grand honneur si les ressources fournies par la Commission des monuments historiques et par la fabrique permettent de la mener à bonne fin.
(1) Le terrain occupi par cette maison fut vendu par la fabrique le 14 avril 1733. après avoir e'té profané, deux jours auparavant, par René du Guesclin, vicaire général du diocèse de Rouen.
(2) En 1860, l'incendie d'une maison voisine avait sérieusement menacé la chapelle de la Passion.