‹ Monographie de l'Hotel-de-ville de Lyon. Restauré sous l'administration de M. M. Vaïsse et Chevreau, senateurs. Accompagnée d'un texte historique et descriptifChapitre 3 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

5) A ville de Lyon avait encore, en 1646, pour Maison commune, un édifice situé

dans la rue de la Poulaillerie, et qui, par ses dispositions, était plus propre à servir de logement à des particuliers, qu'à convenir pour les nécessités politiques et administratives d’une cité déjà fort importante. Il y avait donc ) bien des années que les Prévôts des Marchands et les échevins s'étaient FÈA proposé de construire un Hôtel de Ville; mais les charges publiques avaient été telles qu’on avait jusques-là toujours renvoyé ce projet.

Le Consulat était composé alors de Pierre de Sève, baron de Fléchères, conseiller du Roi, président et lieutenant général en la Sénéchaussée et Siége présidial de Lyon, et prévôt des Marchands depuis 1644; de Jean Vidaud, sieur de La Tour, premier échevin; de Jean de Moulceau, docteur en droit, secrétaire de la commune, deuxième échevin; de Rémond Séverat, sergent-major de la ville, troisième échevin, et de François Basset, quatrième échevin.

Une circonstance heureuse vint décider ces magistrats à donner suite enfin à un projet aussi souvent conçu qu'abandonné. On leur offrait, pour la Maison commune de la rue de la Poulaillerie, une somme de 45,000 livres; le projet d’une construction neuve fut remis en avant et, dans une délibération en date du 4 janvier 1646, il fut rappelé : « Qu’avec grande raison, ceux qui les ont « devancés en l'administration consulaire des affaires de la dicte ville et communaulté, avoient « projeté souvent de bastir et construire l’Hostel commun de la dicte ville, en la place du Temple, « jouxte celle des Terreaux, à ce conviez par le peu de commodité qu’il y a en la Maison-de-Ville qui « est à présent, pour y tenir le Consulat, faire les assemblées générales et les autres fonctions publiques « et politiques, outre qu’elle n'a aucune marque de celles que les Hostels communs ont en la plus « grande part des autres villes de ce Royaume, icelle estant située en mauvais endroit, sans place « au-devant, et n’estant apparamment qu’une maison propre pour quelques particuliers et non pour « une communaulté de la qualité de celle de ceste dicte ville. Joinct que la place du Temple « appartient au Consulat, est size dans la direcre de la dicte ville, et propre pour y construire « quelque beau bastiment convenable à la grandeur d'icelle, et pour son ornement, et que si

« bien cette communaulté n’a des moyens, après tant de surcharges auxquelles elle a esté et est

« subjecte, néantmoins, pouvant vendre la dicte Maison-de-Ville qui est à présent, et mesme leur

« ayant esté offert la somme de 45,000 livres, laquelle augmenteroit possible en faisant publier « qu'elle seroit vendue et adjugée par le Consulat à celluy qui feroit la condition de la dicte « ville meilleure, et au plus offrant et dernier enchérisseur, à la chandelle esteinte. Les deniers « qui proviendroient de la dicte vente ayderoient à advancer beaucoup le dit bastiment du dit « Hostel commun en la dicte place du Temple, et que par ce moyen une vieille maison, mal « commode, à l’effect auquel elle est destinée, seroit convertie en une nouvelle, commode, belle « et bien séante à ceste ville. »

Dans la suite de cette délibération, le Consulat ajoutait que le prix, pour lequel l'adjudication de la vente de la Maison commune serait faite, serait remis directement aux entrepreneurs de la construction projetée suivant ses ordres et ses mandements (mandats) et sans pouvoir être employé à aucun autre usage; il terminait en décidant encore que la jouissance de la Maison commune lui resterait acquise pendant quatre années, à commencer du jour du contrat de vente, pour y continuer les fonctions consulaires.

Le 6 février suivant, la vente se fit aux enchères publiques dans la chambre ordinaire du Consulat, et lancienne Maison commune fut adjugée, aux conditions que nous venons de faire connaître, pour la somme de ÿ2,000 livres, au sieur Floris Durieu, dernier enchérisseur.

Les premières ressources étaient trouvées par le Consulat, mais il lui restait encore beaucoup

arrêtés, et si nous consultons les délibérations du Corps

à faire. Les plans n'étaient pe consulaire, nous remarquons qu'il existait sur ce point une certaine hésitation dans lesprit des

échevins, quoiqu'ils se rendissent parfaitement compte de l'importance de l’œuvre à laquelle ils allaient se vouer.

Ainsi, dans leur réunion du 8 mars, ils arrêtèrent : « Qu'il seroit raisonnable auparavant que « commencer à y travailler (au nouvel Hôtel-de-Ville), d’avoir un desseing et plan fait par « architectes, et personnes expertes, afin d'éviter les défauts et manquemens qui arrivent souvent « à de grands bastimens comme est celuy-ci; ils ont arresté, pour obvier à ces inconvéniens, qu'ils « feront dresser plusieurs plans, tant par maistre Simon Maupin, voyer de cette dicte ville, que « par quelques autres personnes d’icelle, à ce entendues, lesquelz ils feront encore consulter par « les plus experts architectes de la ville de Paris. Et parce que, envoyant d'icy au dict Paris les « dicts plans, sans que quelqu'un qui les entende soit présent, on ne pourroit répartir aux objections « que les dicts architectes pourroient faire sur iceux, les dicts sieurs (les échevins) ont aussi arresté

« que le sieur Maupin ira expressement en la dicte ville de Paris, le plus diligemmant qu'il

« pourra, pour, avec les dicts architectes, consulter les dicts plan et desseing, et que le Consulat

« escrira tant à Mgr le marquis de Villeroy, gouverneur et lieutenant général pour le Roi « en ceste dicte ville (de Lyon), pays de Lyonnois, Forestz et Beaujolois, et à Mgr labbé « d'Aisnay, lieutenant général au mesme gouvernement, de vouloir, sil leur plait, assister le dict

« sieur Maupin de leurs bons advis et sentimens, que au sieur Chanu, agent de la dicte ville,

« d'estre présent ès dictes consultations. »

Déjà, en date du 9 février précédent, le Consulat avait écrit à Mgr le marquis de Villeroy,

et à Mgr l'abbé d’Ainay, deux lettres conçues l’une et l’autre dans les mêmes termes, pour les

aviser du projet arrêté pour la construction du nouvel Hôtel-de-Ville, en sappuyant sur les

considérations les plus judicieuses, leur demandant leur concours pour l'obtention des lettres patentes

nécessaires, et enfin leur annonçant qu'il faisait travailler à divers dessins, tant par le voyer de

la ville que par les meilleurs architectes de Lyon, pour les leur montrer ensuite, et prendre leurs

avis auxquels il a le désir de se conformer.

Nous trouvons, aux archives de la ville de Lyon, les lettres que le Consulat a encore écrites À

INTRODUCTION ñ

Christophe Chanu, avocat au conseil privé du Roi, son chargé d'affaires à Paris, en date du o et du 12

mars, pour lui annoncer les décisions prises, au sujet de l’'Hôtel-de-Ville, dans la délibération du 8. Dans

l'une et l'autre de ces lettres, on lui fai

it part du prochain départ pour Paris du sieur Maupin,

SP voyer de la ville, avec le plan du lieu où on doit élever cet édifice, et plusieurs dessins dressés pour cela à Lyon, pour se consulter avec quelque bon architecte, et en particulier avec le sieur

Désargues (1), très-entendu en faict d’architecture.

On prie le sieur Chanu d'assister Maupin dans son voyage, soit auprès du marquis de Villeroy

et de l'abbé d’Ainay, soit pour consulter au sujet des plans et des dessins de l’œuvre projetée. A cette même date du 12 mars, nous trouvons sur le même sujet trois lettres écrites l’une au marquis de Villeroy, l’autre à labbé d'Ainay et la troisième au sieur Désargues, qu'il nous paraît

intére

ant de reproduire en son entier.

« MonsiEUR,

« Ayant résolu icy de construire un nouvel Hostel-de-Ville, jouxte la place des Terreaux, en un

« lieu qui appartient À cette communaulté, et est scis dans sa directe, nous en avons fait dresser « quelques desseings; mais, comme en ouvrages publics, il est bien à propos de consulter les « intelligens en fait de l'architecture, vous estant de ce nombre et des plus capables, nous avons « estimé devoir vous les communiquer, et detant (d'autant) plus qu’estant enfant de ceste ville » et notable bon patriote, nous nous sommes promis que ne nous desnieriez la faveur que nous

« vous demandons de vouloir bien considérer les dicts desseings, et ce que le sieur Maupin, voyer

« de ceste ville, que nous envoyons expressément par delà, vous fera entendre, tant touchant

« la situation du lieu où nous désirons faire faire la susdicte construction, que des logemens et

« commoditez convenables, à l’effect auquel le dict Hostel-de-Ville sera destiné. Et sil y avoit à

ts dess

« dire quelque chose aux di eings, de les réformer, mesme en dresser un nouveau, ce sera une

() Girard Désargues est né à Lyon en 1593; il y est mort l'an 1662. Il était d'une famille honor et plusieurs de ses contemporains, et entre autres

Désarg

igné sous le nom de I cependant, dans les reconnaissances qu'il a mises en tête des ouvrages

Descartes, l'ont toujours dés raham

ons; le consulat de Lyon l'écrit de mè

Bosse, son ami, écrit son nom tel que nous le don: enfin les auteurs les plus récents qui ont parlé de lui, et M. Poudra, di

Désargues, qui avait quitté Lyon pour habiter Paris en 162

écrire son nom

parmi € remarquable biographie de cet homme célèbre

it architecte plus remarquables ; ses travaux en géométrie

s de cette sci et à l'indust

ice aux a

. Son non

pure, et dans les diverses a été nombreux et pleins d'origin était très-connu des

savants de son époque, et il était du petit nombre de ceux dont les écrits faisaient autorité dans la science. Son style, très-nourri, mais en même

temps plein de néologismes, est difficile à lire. Cela, joint aux expressions qu'il employait et dont il était seul à se servir, lui fut nuisible dans

rit de

quelques demi-savants, et les portèrent à le critiquer avec d'autant plus de vivacité que Désargues s'en affectait davantage. On croit que ce füt ÿ

eignement fut ce qui étendit le plus ses

dernières années de sa vie.

Fe es, qu'il renonça à écrire sous son nom da

t de ces crit

ont été nombreux, mais son er

remarquable. 11 ava

pour Désargues un profond respect, et disait de lui, en 1640, dans son Essai sur les sections 6

la propriété suivante,

« dont le premier inventeur est monsieur Désargues, Lyonnois, un des plus grands esprits de ce t plus versés aux mathématiques, et entre « autres aux coniques, dont les écrits sur cette matière, quoiqu'en petit nombre, en ont d témoignage À ceux qui auront voulu en « recevoir l'intelligence. » Un autre de ses i lui fut toujours très-attaché, fut e graveur Abraham Bosse, qui ne publiait aucun ouvrage sans le lui avoir montré, sans lui en avoir demandé son avis, et même sa de lui donner des reconnaissances écrites de sa main, qu'il mettait en tête de ses publications.

Le mathématicien Fermat faisait grand cas de Dé d Descartes professait lui une sincère amitié, et il avait une grande estime pour la variété et l'étendue de ses connaissances; dans sa cc jance, il fait souvent mention de Désargues, et toujours 2 $ témoignages sérieux d'un véritable respect pour les idées qu'il émettait. Désargues revint à Lyon au moment de la mort cartes, en 16$ rt l'affligea vivement et fut peut-être la cause de son retour dans sa ville natale, éloignée des luttes que ses écrits et son caractère se pliant mal à là contradiction lui avaient suscitées, et qui, d'ailleurs, devaient lui être devenues plus sensibles avec l'âge. Comme ingénieur, et pour ses grandes connaissances en mécanique, il fut employé, par le cardinal de Richelieu, au siége de La Rochelle. Architecte, il paraît avoir construit, d'après l'A ure de Bosse, de 1664, le

palais Cardinal, un escalier dans une maison de la rue de Cléry, un perron à la grande tour du ch Vizille en exécuté en 1653; les

escaliers de l'hôtel de l'Hospital, celui de Turenne en sa sujettion, ceux des maisons de M. Videau de Grammont, et plusieurs autres, qui sont tous

très-signalée obligation que vous vous acquerrez sur le général de ceste ville, dont nous

« essayerons de nous acquitter en toutes occasions, esquelles nous pourrons par deça vous servir,

< et les vostres, vous priant d’en faire estat assuré et que nous sommes véritablement, « Monsieur,

Vos humbles et très-affectionnez serviteurs,

« Les Prévér, etc.

« A Lyon, le 12° mars 1646. »

Ce fut sans doute à peu près à ce moment-là que partit Simon Maupin, puisque dans une lettre du 20 mars, écrite à Chanu, le Consulat dit qu'il envoie à Paris le voyer de la ville, pour consulter, etc.; mais cette lettre est fort intéressante à d’autres titres. Elle nous apprend que la place, dite du Temple, faisait jadis partie des vieux fossés de la ville, appelés de la Lanterne, qu'un sieur Charpy, ci-devant secrétaire de feu M. de Saint-Marc (s’agirait-il par hasard de Cing- Mars, décapité à Lyon sur la place des Terreaux?), se prétendait donataire de la place du Temple et de la maison de la Fleur-de-Lys, et que le Consulat avait à se défendre de sa poursuite sur ce point en la chambre du Trésor.

Il explique que, par les lettres d'amortissement, que le sieur Chanu a obtenues du Roi, et a adressées naguère au Consulat, cette place ést spécifiée dans ces lettres, non sous ce mot : du

Temple, mais sous la désignation de place servant de chantier sur les vieux fossés de la ville, avec le lieu destiné pour servir de but à tirer l’arquebuse, à la compagnie des Arquebusiers de la ville, et qu’ainsi les consuls ou leurs successeurs ne peuvent jamais, soit pour le présent, soit pour lavenir, voir les héritages et immeubles désignés dans ces lettres sortir de leurs mains, pour quelque cause que ce soit.

Enfin, il ajoute que le nom de place du Temple n'avait été donné à cette place, que depuis le moment où les huguenots, s'étant emparés de la ville, y avaient élevé sur ce point un temple renversé depuis et qu'il ne Sy trouvait plus alors de bâtiment, mais seulement quelques couverts, servant de chantier de bois à bâtir et des écuries.

Le Consulat répondant le 13 avril à une lettre de Chanu du $ de ce mois (1), nous apprend que Maupin était arrivé avant cette date, puisque Chanu lui donnait des détails sur les commen-

des chef-d'œuvre en cet art. La trompe remarquable, démolie en 1844, qui soutenait l'angle de là maison placée sur le pont de Pierre, à Lyon, du côté du quai Villeroy, était de lui, & nous connaîtrons, par cette histoire, la part qu'il prit aux premiers plans faits pour la construction de l'Hôtel-de- Ville.

Désargues avait fait encore plusieurs publications, relatives à l'architecture, et principalement à la coupe des pierres, à la gnomonique et À la perspective.

Plusieurs écrivains se sont occupés de Désargues, quoique son éloignement de Paris, et sa retraite presque absolue dans les dernières années de sa

vie, l'aient fait presque perdre de vue par ses contemporains. Le premier de tous füt Abraham Bosse, qui se dévoua à son maître, et à qui l'on doit la conservation de la plupart de ses ouvrages. Ballet donne quelques renseignements sur Désargues, dans la Vie de Descartes, Paris, 1691. La correspondance

de ce dernier en fait souvent mention, et toujours dans les termes de la plus grande estime. Le Père Colonia, dans son Histoire litéraire de la ville de Lyon,

Lyon, 1730; Per Recherches pour servir à l'histoire de cette ville

on, 1757, firent chacun une notice sur Désargues. Le général Poncelet,

dans son Trai

propriétés projectives, 1822, fit à son tour, sur le même personnage, une notice, où il le considère surtout au point de vue de la

éométrique; puis, en 1837, M. Chasles, dans son Apergu historique sur l'origine et le développement des méthod

fométrie, consacra plusieurs chapitres à Dé

es, et en parla avec plus d'étendue que ne l'avaient fait ses devanciers.

ait réservé

Mais une justice complète, quoique tardive, devait être enfin rendue à notre compatriote illustre; et il à notre époque, si patiente et

gatrice pour toutes les recherches, de retrouver les vrais titres de Désargues à la reconnaissance de la postérité. M. Poudra, officier supérieur

t-major en retra

+ publié, en 1864, à Paris, chez Leïber, les œuvres de Désargues, en deux volumes, pleins de faits curieux et presque

inconnus, dans lesquels, à force de soins et avec ui

science exceptionnel

il a rétabli toutes les œuvres de son auteur, même celles qui avaient à pl (1) Cette lettre du sieur Chanu a malheureusement disparu des archives communales, ainsi que tout le recueil de ses lettres se rapportant à l'année 1646.

disparu. Ces deux volumes sont excellents et complets, et nous y avons puisé

cines mains, pour la rédaction de cette notice.

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