CHAPITRE QUATRIEME
le Conseil municipal avait arrêté l'établissement, dans le tympan de l'Hôtel-de-Ville, d’un basrelief dont le sujet serait saint Louis (ce n’était plus Louis XVIIT) présentant le duc de Bordeaux à la France, il avait voulu profiter du séjour à Lyon de M. Lemot (1), et l'avait invité à se charger du bas-relief en question; ce dernier ayant accepté, le Maire était entré en correspon-
dance avec lui, après son retour à Paris, et il présentait au Conseil le dessin qu'il en avait reçu
et les conditions faites par l’artiste. Ce dernier demandait dix-huit mois pour l'exécution, et dix mille francs, payables en trois termes, avec la fourniture des pierres de taille et les échafaudages nécessaires pour la sculpture. Le Conseil accepta la proposition du Maire et, dans la même séance, il l’autorisa à faire avec Lemot une convention, au prix de 10,000 francs, pour l'exécution du bas-relief; toutefois, il exprimait le désir qu'il fût apporté quelques changements au dessin de Lemot, quant ë JE position des deux figures de la France et de saint Louis, en invitant le Maire à faire part au sculpteur de ces observations.
Mais l’éminent artiste Lemot mourut en 1827, avant d’avoir rien commencé, et le Conseil municipal fut de nouveau saisi de la question, le 20 juillet suivant, par un rapport du Maire, qui était alors M. de Lacroix-Laval.
Voici ce rapport, qui ne manque pas d'intérêt.
Après avoir rappelé les votes du 27 octobre 1820 et du 4 janvier 1822, ainsi que le traité passé avec Lemot pour lexécution du bas-relief en pierres blanches, et indiqué que tout s’est réduit à lapprovisionnement en pierres que l’on voit encore sur la place, le Maire ajoute :
« L'idée d’un bas-relief de la nature de celui que le Conseil avait voté à la fin de 1820,
avait alors le mérite de l'à-propos; aujourd’hui, l'exécution tardive ferait peu d'impression, pourrait
mème être considérée comme un anachronisme, puisque l’on exécuterait en 1828 un monument
destiné à rappeler le grand événement auquel se sont attachées si merveilleusement, il y a déjà « près de sept ans, les destinées de la France.
« Depuis lors, d'ailleurs, nous avons perdu l'artiste estimable à qui était due la composition « du dessin auquel, dans le temps, vous aviez donné votre approbation.
« Il importe, Messieurs, aujourd’hui que la façade du palais Saint-Pierre est entièrement restaurée,
« de ne pas laisser plus longtemps la façade de l’'Hôtel-de-Ville, sur la place des Terreaux, dans « l’état de dégradation où elle se trouve présentement.
« Toujours en rattachant le projet de monument à la naissance du duc de Bordeaux, j'estime,
Messieurs, que la statue équestre de Henry IV, de ce prince dont la mémoire sera toujours
chère aux Français, et dont le précieux rejeton de nos Rois porte l'auguste nom, fera
indubitablement plus d'effet que le monument qui avait primitivement été projeté. Une statue
Gi) Françc Lemot, statuaire, naquit le 4 novembre 1773 à Lyon, où son père était menuisier, et passa une partie de son enfance à Besançon, où il étudia les premiers principes de l'architecture. Il avait pour jes dispositions si marquées que ses parents, d'après les conseils de son professeur, l'envoyèrent à Paris suivre les cours de l'Académie. Le sculpteur Dejoux le distingua et l'admit dans son atelier ; à dix-sept ans il remporta le grand prix de sculpture et partit pour Rome, en qualité de pensionnaire du Roi. Compris dans la réquisition militaire de 1793, il fut dirigé sur l'armée du Rhin, où pendant près de deux années il servit comme artilleur et paya courageusement de sa personne,
Quand la tyrannie révolutionnaire eut fait place à un gouvernement régulier, Lemot reprit ses études et ses travaux, et, parmi ces derniers, se fit remarquer particulièrement par les statues équestres en bronze de Henry IV, sur le terre-plein du Pont-Neuf, à Paris, et de Louis XIV, sur la place Bellecour, à Lyon. Cette dernière est une œuvre très-remarquable, et suffirait à la réputation du statuaire, s'il n'avait pas exécuté encore d'autres ouvrages, tels qu'un Lycurgue, un L et une Hébé, qui le mettent au premier rang parmi les artistes ses contemporains.
Membre de l'Institut, associé à l'Académie de Lyon, professeur à l'E des Beaux-Arts, officier de la Légion d'honneur, baron et chevalier de
Saint-Michel, Lemot est mort à Paris le 6 mai 1827. — , de Michaud.)
62 HOTEL-DE-VILLE DE LYON « équestre sera, en outre, bien plus en rapport et en harmonie avec l’ordre d’architecture de la « façade elle-même.
« La forme du médaillon repousse le bas-relief comportant plusieurs figures, et on peut dire, « au contraire, qu’elle appelle la statue équestre.
« Vous savez, en effet, qu'avant la Révolution c'était celle de Louis XIV, que le vandalisme « de 1793 a détruite.
« J'ai donc invité M. Legendre-Hérald (1), dont les talents prennent chaque jour un nouveau « développement, à me présenter sur cet objet un travail rédigé sous les trois points ci-après : « en marbre blanc, en bronze, en pierre de Seyssel.
« D’après les devis qu'il m’a fournis, la dépense totale serait
& Die ie HémerGE Œ AUMMAUS G 0 à © à mie < Dans le deuxième cas, d 60000 17.
+ Dansile troisième cas, de. , "+ Sn 1... 04000 fr,
« Il faut, à mon avis, renoncer aux deux premiers projets et ne s'occuper que du troisième.
« Je propose de renvoyer l’esquisse et les propositions de M. Legendre-Hérald à l’examen des « Commissions des finances et des objets d'intérêt public. »
Après la lecture faite, dans la séance du 3 août suivant, du rapport des deux Commissions dont
s'agit, le Conseil émit les vœux suivants :
« ART. 1%. — Il sera placé dans le médaillon de la façade principale de l’'Hôtel-de-Ville une
statue équestre de Henry IV, en pierre blanche de Seyssel.
« ART. 2. — Afin que les délibérations du Conseil, des 20 octobre 1820 et 4 janvier 1822, ne « restent pas totalement sans exécution, M. le Maire est invité, pour perpétuer le souvenir de « la naissance de S. A. R. Mgr le duc de Bordeaux, de donner à l’un des peintres sortis de « l'Ecole lyonnaise, la commande d’un tableau dans les grandes dimensions, dont le sujet sera
« Louis XVIII présentant le duc de Bordeaux à la France.
dre; sa mère, devenue veuve de bonne heure,
ndre-Hérald est né à Montpellier (Hérault), le 23 janvier 1796; son père s'appelait Le
que son fils était encore trèsjeune. Ce
vint à Lyon, où elle connut le nommé Hérald, basson à l'orchestre du Grand-Théâtre, qu pousa le
dernier, qui avait joint au nom de son père celui de son beau-père, entra, en 1810, à l'Ecole des Beaux-Arts, comme élève de sculpture, sous la
sait au Louvre une statue de Narcisse et une Héhé; en 1819, un jeune Lutteur, figure pour laquelle
direction du professeur Chinard; en 1817, il e:
orta deux statues, l’une de Léde, et l’autre d'Eurydice, qu'il
il reçut la grande médaille, et des bustes. En 1820 ou 1821, il partit pour Rome et en rapp
et Legendr é, fit un pied beaucoup plus grand que nature, dont la vér
exposa à Paris; on l'accusa d'avoir moulé la première sur un mod
était assez parfaite pour montrer ce dont il était capable. En 1823, Legendre-Hérald fut nommé professeur de sculpture à l'Ecole des Beaux-Arts de
, dont il eut deux enfants, un fils et une fille. A la suite de dive
ences
d'opinion en matière d'enseignement avec le directeu dre-Hérald donna sa démission de professeur en 1832 ou 1833, et
se retira à Paris. Il y est mort en 1852, d'une maladie de la moelle épinière. Il était alors membre de l'Académie de Lyon et chevalier de la Légion
d'honneur
ère, de M. Bernard de Jussieu;
Rome en 1821; un buste en marbre, de M. un autre, sans date, de même ma
un Sylène, figure en marbre, fait à Lyon en 1833; un Gi en 1842, d'après son fils; une grande statue de Minerve, en marbre;
M. Chenava
sur les dessins
enfin, une seconde Nous avons vu que la statue d'Henry IV, sur le
élevée sur la place Bellecour, n
Ce sculpteur a fait encore es œuvres qui aujourd'hui sont di ,une statue de Psyché pour laquelle sa fille lui servit
e sur la Grande-Place de Pont-de-Vaux, dans le département de l'Ain.
de modèle, et celle en marbre du g al Joul
Il était artiste de talent et homme de cœur aux sensations vives
mécompte dont nous venons de parler et la mort de sa fille, qu'il adorait, furent
pour lui des blessures dont il ne se releva jamais.
L'Académie de Lyon possède son portrait peint par Genod, qui lui a été par le docteur Pointe, un de ses membres.