‹ Monographie de l'Hotel-de-ville de Lyon. Restauré sous l'administration de M. M. Vaïsse et Chevreau, senateurs. Accompagnée d'un texte historique et descriptifChapitre 31 sur 43 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Voici ce que nous apprend à ce sujet le Bulletin de Lyon (n° 85), du 27 messidor an XI : « Le 2$ de ce mois, jour anniversaire de la prise de la Bastille, une fête publique avait été

célébrée, en conformité de la loi du 3 nivôse an VIII Des danses sur la place Bonaparte

, des illuminations

« (Bellecour), des évolutions militaires dans la plaine des Brotteaux, des salv « avaient rempli et terminé la journée. On avait admiré l’illumination de la façade de PHôtel- « de-Ville. À dix heures du soir, cette brillante illumination devint fatale. Un incendie, allumé « par les lampions, éclate, menaçant et terrible. Le feu se déclare au-dessus de la grande salle « presque au milieu de la façade. Malheureusement, un vent du nord souffle avec force et « augmente l’activité de la flamme. L’alarme se répand, la charge (la générale) bat, le beffroi sonne, « le tocsin rassemble bientôt une population nombreuse et les secours d'usage. Dans le principe, « au milieu de leffroi général et des cris, ces secours paraissaient lents à administrer; mais ils

« se multiplient, deviennent rapides et sont si bien dirigés, qu'après de grands efforts on parvient

« à maîtriser l'incendie. Le corps des pompiers, la garnison, les Frères de l'Hôpital, tous les « citoyens redoublent de zèle et de dévouement; chacun croit défendre sa propriété particulière

« en défendant la propriété commune. Quel malheur, disait-on de toutes parts, les or révo-

« lutionnaires ont renversé tous nos édifices, celui-là restait seul, et voilà le feu qui nous l’enlève. « Cette idée donne à tous les cœurs une nouvelle énergie; et, soit par l’effet des secours, soit

« par tout autre concours; l'incendie s'éteint après trois heures d'activité... On évalue à

« 100,000 francs le dommage causé par cet événement. La grande salle et les deux pièces

« attenantes (1), nouvellement réparées et décorées, ont été entièrement dévastées par le feu ou « par les précautions que suggérait la prudence. Les murs seuls restent, mais ils n'ont point été « assez endommagés pour ne pouvoir plus servir. Tous les papiers que renferment les nombreux « corps d'archives ont été préservés; pas une feuille n’est devenue la proie des flammes, et dans

« le cas, d’ailleurs, où l'incendie aurait gagné les ailes du bâtiment, on aurait eu le temps de

« prendre les mesures nécessaires pour conserver les titres les plus précieux. »

Cependant on s’occupa bientôt des moyens de restaurer la grande salle qui avait été incendiée. M. Cochet, architecte, membre de l'Académie de Lyon, dans une brochure datée de Pan XI (1803), développe les raisons qui lui font combattre les idées de ceux qui auraient voulu la couvrir par une voûte en maçonnerie, en observant avec beaucoup de sens que les murs qui lencadrent

n'ont pas été établis pour soutenir la poussée d’une construction de ce genre.

Il se détermine pour qu’on établisse une voûte en bois enduite de stuc à l’intrados, et il ajoute

que la salle, telle qu’elle était avant l'incendie, w’ayant dans sa décoration aucun caractère qui püt

la mettre au rang des ouvrages de goût, il conviendrait de garnir ces murs de seize grandes colonnes d'ordre corinthien, portées sur des piédestaux, entre lesquelles seraient établis des gradins. Ces colonnes, couronnées d’un riche entablement sur lequel on représenterait en sculpture les principaux traits de l’histoire de Lyon, devraient porter une vote d’arête, enrichie de peintures allégoriques.

s de

soie brodées d’or pour les jours de cérémonie, auraient complété un ensemble d’une grande richesse;

Le stuc imitant les marbres les plus précieux, les bronzes et les bois les plus rares, les draperi

mais, à nos yeux, l'établissement de colonnes détachées des murs et occupant par ce motif un espace précieux, ne pouvait qu'altérer les proportions de la salle, qui sont loin de pouvoir être modifiées impunément.

Ce projet n'eut pas de suite, et la grande salle, après que le plancher qui la recouvrait eut été

nt des

(1) Les deux pièces attenantes, qui sont les salles Henri IV et Louis XIII ne souffrirent pas de l'incendie, fort heureusement, mais seul

secours par lesquels on le combattait.

rétabli, fut simplement garnie de grands châssis de bois, recouverts de toiles peintes à la détrempe dans toute leur hauteur, décoration qui, toute provisoire qu’elle devait être, dura cependant jusqu’à l'année 1864.

On avait placé au sommet du beffroi de l'Hôtel-de-Ville, nous ignorons à quelle époque, une statue en bois de Mercure, symbole du commerce, qui n'avait, paraît-il, aucune analogie avec les ornements d'architecture qui décorent cet édifice; un orage la renversa en 1806 (1) et elle ne

fut jamais relevée, mais seulement remplacée par le drapeau national qui existe encore.

Bien des années s’écoulèrent sans qu'il füt question de faire disparaitre de l'édifice municipal les nombreuses avaries qu'il avait reçues par le fait des discordes civiles; l'Empereur Napoléon I, qui avait fait beaucoup pour aider la ville de Lyon à se relever de ses ruines, avait vu sombrer l'édifice gigantesque de sa puissance sous les coups de la coalition. Le sol de la France avait été envahi par les armées étrangères. L'Empire enfin avait disparu et la Restauration des Bourbons s'était accomplie avant qu'il eût été pris aucune mesure relativement à l’Hôtel-de-Ville.

Cependant, le 19 octobre 1820, le baron Rambaud, alors maire de Lyon, fit au Conseil municipal un rapport dans lequel il rappelait qu'à la séance du 12 du même mois il avait proposé l'érection d’un monument sur l’une des places publiques de la ville, en mémoire de la naissance du duc de Bordeaux, mais que les objections faites contre l’établissement d’une fontaine (2) au milieu de la place des Terreaux avaient déterminé le Conseil à ajourner sa délibération à ce sujet.

Le Maire proposait : 1° de placer dans le médaillon, autrement dit le tympan de lattique de la façade principale de l'Hôtel-de-Ville, un sujet allégorique à la naissance du duc de Bordeaux; 2° de rétablir en grand les armes de France dont cet attique était surmonté avant 1703; 3° d'établir au milieu des deux avant-corps de cette même façade deux piédestaux en marbre sur lesquels seraient placés les deux bronzes représentant le Rhône et la Saône, qui sont sous le vestibule de l'Hôtel-de-Ville, et auxquels on conduirait une quantité d’eau suflisante pour former deux fontaines toujours jaillissantes.

Le Conseil municipal renvoya à une Commission spéciale (3) l’examen de la proposition de M. le Maire, pour qu'il lui soit fait un rapport dans une prochaine séance.

Le Conseil municipal se réunit de nouveau le 27 octobre, et, sur le rapport qui lui fut fait par

M. Degérando, il décida qu'un bas-relief, dont le sujet devait être Louis XVIII présentant le duc

de Bordeaux à la France, serait placé dans le tympan de l'Hôtel-de-Ville, et qu'il serait surmonté des armes de France telles qu’elles étaient avant la Révolution. Il arrêta encore qu’on élèverait au

milieu des deux avant-corps de la façade sur la place des Terreaux, deux fontaines monumentales,

accompagnées d'inscriptions commémoratives; enfin, le Conseil exprimait le désir qu'un concours füt

ouvert pour la présentation des plans, dessins et devis, ainsi que pour le choix des artistes chargés de l'exécution, et il émettait le vote des fonds nécessaires, en chargeant le Maire de prendre toutes les dispositions indispensables à l'exécution de sa délibération.

Le baron Rambaud paraît n’avoir pas donné suite immédiatement à cette décision du Conseil municipal, puisqu'on ne rencontre pas, avant la séance du 22 janvier 1822, des traces de la mise

en exécution de ce projet.

Le Maire exposa, dans cette séance, que pour répondre au vote du 27 octobre 1820, par lequel

GB

€) On avait parlé, dans la séance du 12 novemb

x de Lyon, n° 87, 1 novembre 1806.

, d'utiliser les deux s t de la Saône pour la décoration de cette fontaine.

(3) Cette Commission était formée de MM. de Ruolz, Magneval et Mottet-Di

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