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CROIX DE LA TROISIEME ÉPOQUE

Croix de forme latine, dite cruciforme ou immissa.

Dont les extrémités des ) branches ne sont pas > pattées et sont carrées. )

N° 18. Sculptée en relief.

différentes. Cette observation, et beaucoup d’autres que nous donnerons au chapitre xiii, feront voir d’une manière évidente que ce monument a reçu de notables modifications après une première destruction.

Il ressort nettement de ce tableau : i° Que, parmi les dix-huit croix de la première époque :

9 sont cruciformes ou immissæ, ou déformé latine.

2 sont de forme grecque.

3 sont monogrammatiques, ou monogrammes unmissce, ou monogrammes cruciformes.

i est decussata.

i est monogramme decussatum.

i à huit branches est composée du monogramme decussatum et d’une haste au sommet de laquelle se voit le p.

2° Que, parmi les croix de la seconde époque :

3 sont cruciformes ou immissæ, ou de forme latine.

i est monogrammatique ou monogramme immissa, ou monogramme cruciforme.

3° Qu’une seule, appartenant à la troisième époque, est cruciforme ou immissa, ou de forme latine.

Examinons maintenant quelles sont les dates auxquelles chacune de ces diverses croix apparut pour la première fois, d’après l’ouvrage de M. le commandeur de Rossi intitulé : Inscriptiones Christianœ urbis Romœ septimo sæculo antiquiores (vol. I, Rome, 1841-1857) ; nous verrons ensuite ce que disent Martignv dans son Dictionnaire, et M. Edmond Le Blant dans son savant recueil des Inscriptions Chrétiennes des Gaules, des époques auxquelles ces croix paraissent avoir disparu.

D’après l’ouvrage précité de M. de Rossi :

La croix decussata, avec la haste (110 5) (1), parait dès les années 268 ou 279 (p. 16, n° 10) (2).

— La croix decussata avec le r, dite monogramme decussatum (n° 1), est signalée dès l’année 298 (p. 28, n° 26).

— La croix à huit branches, composée du monogramme decussatum et d’une barre transversale (n° 21), apparaît dès l’année 348 (p. 64, n° 101).

— La croix de forme latine, dite cruciforme ou immissa avec le p, ou croix monogrammatique ou monogramme immissum, ou monogramme cruciforme (nos 7, 14, 19), est signalée dès l’année 3 54 (p. 75, n° 125).

— La croix de forme latine dite cruciforme ou immissa, aux bras de laquelle pendent I’a et l’m (n° 8), est signalée dès les années 484 et 508 (p. 421, 422, nos 937 et 941).

— La croix de forme grecque (nos 4 et 22) apparaît dès l’année 424 (p. 275, n° 639), et marche concurremment avec les croix decussatæ (n° 6), monogrammatiques

(1) Les numéros placés après l’indication des croix désignent ceux de la planche XV.

(2) Les années, la page et le numéro placés à la fin des phrases renvoient à l’ouvrage, cité plus haut, de M. de Rossi.

(nos 7- 14-19), el ® huit branches, dès les années 542-565 (p. 504, n° 1100), 578 (p. 512, n° 1122), et 584 (p. 515, n° 1125).

D’après Martigny (1) : « Dès le début du ve siècle, le p disparaît à son tour, et » la croix latine t , ou grecque se substitue aux monogrammes. De telle sorte » qu’après405, le f s’éclipse presque complètement, du moins à Rome, et parti- » culièrement sur les épitaphes; que la croix monogrammatique f devient de plus » en plus rare et que l’une et l’autre s’effacent à peu près sans exception devant la » croix nue, qui prend enfin possession du monde... » Il dit aussi plus loin : « La » disparition du monogramme s’opère moins rapidement dans le reste de l’Occident. » Nous lisons aussi dans le Bulletin deM.de Rossi (édit, franç.), 1870, p. 139: « Les » croix monogrammaiiques f se multiplient beaucoup dans notre Occident et riva- » lisent avec le monogramme decussatum ifl vers le milieu du IVe siècle. »

D’après M. Edmond Le Riant, dans son Manuel d’épigraphie chrétienne (2), voici les limites de certains signes ou symboles dans la Gaule : le de 377 à 493, — I’a et IL de 377 à 549, — le f, de 400 environ à 525 ou 540, — les t, au début de la première ligne des inscriptions monumentales, de 445 à 676, — les I dans les épitaphes, de 448 a 585, — les t au début de la première ligne des épitaphes, de 503 à 680 environ.

Nous pouvons, ce nous semble, conclure de cette analyse et des observations judicieuses de nos illustres savants :

1° Que la plupart des croix de notre monument ne peuvent remonter au delà de la seconde moitié du ive siècle, puisque les croi x monogrammatiques s’y voient concurremment avec les monogrammes decussatœ et avec les croix latines et grecques;

20 Qu’elles peuvent même avoir été faites dans le courant du vie siècle, si l’on en juge, du moins, par sept d’entre elles qui paraissent semblables à celles signalées par M. de Rossi, et dont les dates sont : 508, 542, 567, 578 et 584;

30 Qu’elles sont enfin très probablement du vie siècle, si l’on ne s’en rapporte qu’aux observations formulées par MM. Edmond Le Blant et Martigny.

Cette dernière opinion, déjà bien assise, se trouve encore fortifiée par quelques objets datés appartenant à la seconde Aquitaine, sur lesquels se voient des croix monogrammatiques dont le p est notablement amoindri, pour ne pas dire en partie dissimulé, ainsi que diverses autres croix ayant une grande analogie avec les nôtres ; ces objets sont : le pupitre de sainte Radegonde (5 5 87) (l)> sur lequel sont gravés en relief sur bois: une croix latine du genre de celle inscrite au n° 22 de la PI. XV, des croix monogrammatiques

(1) Dict. des Antiq. Clirét ., 1877. Art. Monogramme du Christ , p. 473, 2e colonne.

(2) Manuel d e'pigraphie chrétienne , par Edmond Le Blant. Paris, 1869, p. 29.

(3) Bulletin Monumental , 1873. {Le pupitre de sainte Radegonde , par L. Palustre, p. 258.) (Voir PI. XXVI.)

dont le p est remplacé par un diminutif de l’R, et. un monogramme decussatum, également avec un petit r; — un tiers de sou en or du roi Childebert (511-558), frappé à Arles, au revers duquel se voit une croix monogrammatique avec un petit p (1); — une pièce en cuivre à l’effigie du même roi, ayant au revers une croix monogrammatique dont le p est remplacé par un R (2) ; et une inscription, dans un titulus à queue d’aronde, trouvée dernièrement à Saintes, et que l’on date de Contran (561-595) ou de Thierry II (596-615) (5): un monogramme decussatum, dont l’R tient la place du p, y est gravé en ci eux au-dessous de l’inscription, et sous les branches latérales se lisent les lettres A et <•>.

Ajoutons encore que les croix n“ 5 et 25 (PI. XV) ont quelque analogie avec celle dite de sainte Radegonde (4) ; ainsi, la première est à six branches au lieu de quatre, mais les centres et les branches soirt identiques, et la seconde ci Ici même conformation de forâs.

Il est également à remarquer que les extrémités des branches de quelques-unes de nos croix (n°8 1, 19,21,25) sont arrondies d’une manière étrange, qui ne se rencontre pas avant le vT siècle, et que celles qui sont inscritessous les nos 1, 7, 14, J7> T9 el 21 > onL les p complets ou amoindris et

qu’on n’y voit pas la substitution de l’R au p, comme cela existe sur le pupitre de sainte Radegonde, sur la pièce en cuivre de Childebert et sur l’inscription de Saintes. Cette dernière observation donnerait à penser que les diminutifs du i> et les remplacements des p en R seraient propres à la seconde moitié du vie siècle, et peut-être aussi au commencement du suivant (5).

Notons de plus, dans l’intérêt de la classification des croix, que celle inscrite dans notre tableau (PI. XV) au n° 5, qui se compose d’une croix decussata avec haste, mais sans p, n’a été rencontrée par M. de Rossi que sur une inscription des années 268 ou 279, et qu’elle se trouve en compagnie de croix qui 11e peuvent être que de la fin du ve siècle ou de la première moitié du vie. Ceci prouverait que 1 usage de cette croix s’est perpétué, du moins dans la Gaule, jusque dans le vic siècle.

Après une si longue dissertation, nous pouvons, croyons-nous, affirmer que la construction de notre monument a été faite pendant la première moitié du vie siècle, si l’on n’en juge que par les 18 croix qu’elle renferme; mais, avant d être entièrement fixé sur cette question, il est absolument nécessaire de connaître l’époque à laquelle ont pu être tracées les inscriptions, ainsi que les événementsreligieux et politiques qui se sont accomplis dans cette partie de la seconde Aqui-

(1 2) Glossarium media; et infimœ latinitatis , par Dueange. Art. Monnaies, pl. I, n“ 14 et 3.

(3) Bulletin Monumental, 1881. (Une sépulture du VI‘ siècle, à Saintes, par h. Audiat, p. -Si.) „ . . p ,,,

4 Elle est figurée sur la planche XXVI ; l’original est conservé avec respect dans la communauté de -1^ "“ “' (5) Il ne sera pas sans intérêt de lire un important article de M. de Rossi sur la croix monogrammatique greco-latine. (Bull. d’Archéol. Chrét. Édit, franç., 111" série, 5" année, 1880, p. 162.)

taine pendant les ve et vie siècles. C’est ce que nous rechercherons dans les chapitres suivants de cet ouvrage.

Quant aux croix de la seconde époque, il nous suffira de faire remarquer qu’elles affectent toutes quatre (nos 2, 15, 16, 17) les mêmes caractères que les croix de la première, et que le diminutif du r (n° 17) se rapproche entièrement des précédents ; nous penchons donc pour les croire de bien peu postérieures aux premières.

Nous dirons, de plus, que la croix (n° 16) de la troisième époque parait beaucoup plus récente que les autres ; nous en reparlerons au chapitre des translations.

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